Des attentes irréalistes : la mission vouée à l’échec de la Luftwaffe durant la bataille d’Angleterre - Partie VI

Le 21 septembre 2020 - Nouvelles de la Défense

Auteur : Major James Pinhorn

L’équipage dans la photo ci-dessus, qui faisait partie du 403e Escadron Wolf, pouvait ravitailler un Spitfire en carburant et en munitions en trois ou quatre minutes.
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    Les équipages au sol jouaient un rôle important partout, mais particulièrement dans le Fighter Command, où ils devaient travailler rapidement. L’équipage dans la photo ci-dessus, qui faisait partie du 403e Escadron Wolf, pouvait ravitailler un Spitfire en carburant et en munitions en trois ou quatre minutes.

    PHOTO : DND pmr80620

À l’été 1940, les perspectives d’avenir de la démocratie en Europe sont très sombres. La machine militaire d’Adolf Hitler, qu’il semble impossible d’arrêter, s’est rendue maître de la plus grande partie de l’Europe de l’Ouest en moins de deux mois, et seule la Manche sépare l’Allemagne nazie des derniers remparts de la démocratie en Europe.

Pour commémorer le 80e anniversaire de la bataille d’Angleterre, nous publions cette série historique en six volets fondée sur l’article rédigé par le Major Jim Pinhorn et publié dans le cadre des Articles de nouvelles de l’ARC.

Partie VI

L’erreur la plus désastreuse du commandement allemand est la décision du 7 septembre 1940, qui consiste à réorienter l’objectif des bombardements allemands, plus précisément de délaisser les terrains d’aviation de la RAF pour se concentrer sur Londres. Cette décision est peut-être motivée par le désir de riposter aux raids des Alliés sur Berlin, ou c’est possiblement le résultat de l’insistance de Göring à affirmer que le Fighter Command ne dispose plus que de quelques avions. Peu importe la raison, cette décision donne à la RAF le temps de regrouper ses forces. Ayant observé les dégâts causés par l’une des premières attaques allemandes contre Londres, le Vice-maréchal de l’Air Keith R. Park comprend rapidement la signification du changement de stratégie des Allemands : « Remercions Dieu pour ça », dit-il de la dévastation causée par les bombes allemandes. Park se rend compte que ce changement de stratégie arrive à un moment important pour la RAF. Les Allemands changent de stratégie alors qu’ils commencent à obtenir des résultats importants. Une telle décision de modifier aussi fondamentalement la stratégie, sans avoir remporté une victoire décisive contre la RAF, est l’erreur la plus coûteuse du commandement pendant la campagne.

La bataille d’Angleterre est le premier échec grave de l’Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale. Toutefois, dans les jours qui précèdent la bataille, une telle défaite semble hautement improbable. La Luftwaffe a enregistré des victoires faciles en France et dans les Pays-Bas; l’élimination certaine de la RAF ne semble donc qu’une seule question de temps. La minuscule armée britannique a déjà été délogée du continent et sa force aérienne a aussi subi des pertes importantes. Néanmoins, les échecs de l’Allemagne avant et pendant la bataille font en sorte qu’elle n’arrive jamais à infliger la défaite à la Grande-Bretagne.

Malgré les difficultés posées par sa doctrine, son équipement et les faiblesses de son renseignement, la Luftwaffe réussit quand même à amener la RAF à deux doigts de la défaite. À la fin du mois d’août, les Allemands abattent les chasseurs britanniques plus rapidement qu’ils ne peuvent être remplacés, et ils semblent avoir acculé le Fighter Command au pied du mur. Si elle avait été mieux dirigée, comme c’était certainement le cas de son adversaire britannique, l’issue aurait pu être bien différente. Hitler et Göring, cependant, jouent un grand rôle dans le scénario des événements, et c’est un scénario qui est tout simplement inadéquat pour la tâche que la Luftwaffe est appelée à accomplir.

La bataille d’Angleterre est censée préparer le terrain pour l’invasion allemande. Pour avoir une chance de réussir, et pour éviter que les navires allemands soient mis hors combat, cette invasion requiert le contrôle de l’espace maritime et la supériorité aérienne. La population britannique perçoit la bataille comme une lutte pour la survie nationale dans laquelle la RAF représente le dernier moyen de défense. En dépit du fait qu’ils sont nombreux en Grande-Bretagne, et bien sûr dans la communauté internationale, à tenir pour acquis que ce n’est qu’une question de temps avant que les Britanniques soient obligés de capituler, l’« inévitable » victoire allemande n’arrive jamais.

Un leadership exceptionnel et les efforts inlassables du personnel de la RAF jouent un rôle essentiel dans la victoire britannique. Néanmoins, les défaillances allemandes avant et pendant la bataille revêtent une importance encore plus grande : ce sont elles qui causent finalement la défaite. Contrairement à la croyance populaire, qui veut que la bataille d’Angleterre en soit une dans laquelle des forces limitées ont remporté la victoire contre un ennemi de beaucoup supérieur en nombre, c’est l’absence d’une doctrine et d’un équipement appropriés, conjuguée aux faiblesses du renseignement et du commandement de la Luftwaffe, qui ont fait en sorte que cette dernière n’est jamais parvenue à assurer la défaite de la RAF.

Cet article a d’abord paru dans la Revue de l’Aviation royale canadienne (numéro 3, volume 1, été 2012), accompagné de notes en bas de page. Au moment de la parution originale, le Major Pinhorn (alors capitaine) était pilote dans le 103e Escadron de recherche et de sauvetage, basé à Gander (Terre-Neuve-et-Labrador).

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