Discours de Jane Philpott devant l'AMC - 21 août 2017

Discours

Bonjour, c'est un honneur d'être de retour parmi vous pour l'Assemblée du Conseil général de l'AMC. Je tiens tout d'abord à saluer les premiers habitants et intendants de ces terres. Je suis ravie d'avoir la chance d'être ici sur le territoire ancestral des Hurons.

C'est important que l'Assemblée se passe à Québec cette année, là où la première Assemblée a eu lieu il y a 150 ans. C'est une réunion historique et l'une des plus grandes assemblées de médecins de l'histoire de l'organisation.

Je tiens à féliciter le docteur Laurent Marcoux pour sa nomination à titre de président de l'AMC. J'ai hâte d'échanger avec vous.

Je veux également remercier le docteur Granger Avery pour son dévouement et son service à titre de président. Nous avons eu plusieurs bonnes conversations sur des sujets variés allant de la consommation du cannabis aux soins pour les personnes âgées. Merci pour votre service.

Avant de commencer mon exposé, j'ai une bonne nouvelle à annoncer : Aujourd’hui, le gouvernement fédéral et le gouvernement du Manitoba se sont entendus sur un nouveau financement fédéral ciblé sur 10 ans en vue d’investissements dans les soins à domicile et en milieu communautaire ainsi que les services de santé mentale et de lutte contre la toxicomanie. Désormais, toutes les provinces et tous les territoires recevront des fonds considérables pour apporter des améliorations significatives dans ces secteurs.

Au cours des 10 prochaines années, notre gouvernement offrira aux provinces et aux territoires un montant supplémentaire de 11 G$ en financement ciblé. Cela signifie un financement supplémentaire de 400 M$ pour le Manitoba, soit 218 M$ destinés à l'amélioration des soins à domicile et 182 M$ pour améliorer l'accès aux services de santé mentale et de lutte contre la dépendance.

J'ai aussi le plaisir d'annoncer que nous avons conclu une entente concernant une déclaration de principes commune sur les priorités communes en matière de santé avec les provinces et les territoires. Elle présente nos priorités de financement fédéral dans les soins à domiciles et communautaires, ainsi que dans les soins de santé mentale et de lutte contre la dépendance, y compris une attention particulière portée sur la santé mentale chez les jeunes.

La déclaration de principes commune décrit le plan voulant que les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux travaillent ensemble et assurent le suivi du progrès à l'aide de mesures nationales pour ces priorités clés.

Maintenant, pour le sujet d'aujourd'hui... j'ai choisi un intérêt que je partage avec le Dr Avery, à savoir la santé de la population, surtout en ce qui concerne la santé des personnes vulnérables.

Voici l'essentiel : Pour que le Canada se porte bien, nous devons améliorer la santé de nos personnes les plus vulnérables. Pour y parvenir, les médecins canadiens doivent prendre un engagement ferme à promouvoir la santé de la population.

Au début de nos études médicales, nous étions animés du souhait de servir les personnes dans le besoin et d'améliorer leur état de santé. La majorité des médecins estiment qu'offrir des soins de grande qualité à chaque patient est leur priorité absolue.

Il est cependant étonnant que le rôle des médecins dans la santé de la population dans son ensemble ne soit pas clairement défini.

Quelles sont nos obligations envers les personnes qui ne viennent pas nous consulter dans les cliniques ou les hôpitaux ou qui attendent trop pour le faire? Qui est responsable de la santé des populations vulnérables? Si ce n'est pas les médecins, est-ce alors les hôpitaux, les autorités sanitaires régionales, les services de santé publique, les gouvernements ou les patients mêmes? Il est incontestable que l'amélioration de la santé de la population est une responsabilité partagée.

Si j'en juge par ma propre expérience, j'ai été formée pour répondre aux besoins de santé de chaque patient qui se rend à la clinique ou à l'hôpital. Pourtant, on m'a peu enseigné à prendre soin de toute une communauté. C'est mon expérience clinique qui m'a fait penser à la santé de la population. Cela a commencé durant les dix premières années de ma carrière que j'ai passées au Niger, en Afrique de l'Ouest. Lorsque je soignais de jeunes enfants dans un état de malnutrition grave ou atteints d'infections évitables ou encore des adultes mourant du sida, j'ai rapidement réalisé que je devais en savoir beaucoup plus sur la santé de la population. Je devais savoir comment protéger la santé des personnes vulnérables.

Vous êtes nombreux à vous consacrer aux soins de personnes vulnérables et marginalisées, au prix d'énormes sacrifices personnels. Lorsque je parcours notre pays, je rencontre beaucoup de médecins et d'autres professionnels de la santé dévoués, qui se soucient non seulement de soigner les malades, mais aussi de combler les lacunes dans les systèmes de santé afin de mieux servir les populations les plus vulnérables. Je tiens aujourd'hui à reconnaître et à saluer votre travail exemplaire.

Commençons par préciser ce que je veux dire par des populations vulnérables. Le Centre de collaboration nationale des déterminants de la santé du Canada définit les populations vulnérables en tant que groupes présentant un risque plus élevé de mauvaise santé en raison des obstacles qu'ils éprouvent sur le plan social, économique, politique et environnemental.

De nombreux groupes entrent dans cette catégorie : les personnes sans emploi ou sans-abri, les personnes atteintes de maladie chronique, les personnes vivant dans des communautés éloignées, les minorités culturelles et religieuses, les individus des communautés LGBTQ2 et plus encore.

En outre, les membres de ces groupes sont vulnérables sur le plan financier et sont en marge de la classe moyenne. Le gouvernement fédéral s'est engagé à favoriser la croissance de la classe moyenne.

Pour y parvenir, nous devons accorder la priorité aux personnes vulnérables et aux groupes marginalisés. Pourtant, ce n'est pas uniquement un objectif politique. La croissance de la classe moyenne est essentielle pour la stabilité de l'économie, la sécurité de nos collectivités et l'amélioration de la santé de l'ensemble des Canadiens et des Canadiennes.

En tant que médecins, nous avons l'occasion exceptionnelle de toucher la vie des plus vulnérables au Canada. Je dois me poser trois questions :

  • Qui est responsable des besoins de santé des personnes vulnérables?
  • Quel rôle les médecins doivent-ils jouer dans la promotion de la santé de la population?
  • Comment pouvons-nous adapter les systèmes de santé (et collaborer avec les autres systèmes de services sociaux) pour améliorer les soins prodigués aux plus vulnérables et, finalement, les aider à rehausser leur qualité de vie?

J'aimerais aborder trois secteurs dans lesquels les personnes vulnérables ont été prioritaires pour le portefeuille fédéral de la Santé et continueront de l'être :

  • la santé des Autochtones;
  • l'épidémie de décès par surdose d'opioïdes;
  • le mieux-être mental des jeunes.

Santé des Autochtones

De tous les défis qui me préoccupent dans mes fonctions de ministre fédérale, le plus difficile est la nécessité de remédier aux écarts déplorables en santé auxquels sont confrontés les Premières nations, les Inuits et les Métis au Canada.

Je tiens à commencer par reconnaître, comme l'a demandé la Commission de vérité et réconciliation, que l'état actuel de la santé des autochtones au Canada résulte directement des politiques gouvernementales de notre passé collectif, y compris la politique des pensionnats.

Une série de mesures - l'espérance de vie, les maladies chroniques comme le diabète, les maladies infectieuses comme la tuberculose, les taux de mortalité infantile et de suicide, les troubles mentaux - démontre clairement que les Premières Nations, les Inuits et les Métis ont souffert de négligence et de discrimination systémique dans le domaine de la santé.

De toute évidence, le piètre état de santé des Autochtones s'explique par de nombreuses inégalités sociales, y compris les conditions de logement, l'emploi, l'éducation, l'infrastructure communautaire et beaucoup d'autres encore.

Quelles mesures les intervenants du portefeuille de la santé ont-ils prises? Je ferai part d'un exemple de mesures que nous prenons. Elle porte sur la période entourant la naissance. Certains faits les plus bouleversants que j'entends concernent les familles séparées au moment de la naissance d'un enfant. Près des deux tiers des mères au Nunavut et de la moitié de celles dans les Territoires du Nord-Ouest doivent quitter leur collectivité pour accoucher et s'éloigner de leur terre, de leur langue et de leurs ancêtres.

Lorsque j'ai visité le Norway House Hospital au Manitoba, l'un des deux seuls hôpitaux fédéraux existants, j'étais accompagnée de la médecin-chef. Lorsque nous passions en revue les besoins à cet hôpital, elle a parlé avec conviction en ces termes : « Si je pouvais combler un seul de nos nombreux besoins, pensons au matériel de laboratoire, aux installations modernes et à un personnel plus nombreux, ce serait de permettre aux jeunes femmes d'être accompagnées par un proche lorsqu'elles quittent leur foyer pour accoucher à Winnipeg ».

Un autre médecin averti a fait part de la sagesse des aînés, selon lesquels les communautés autochtones doivent entendre les cris des nouveau-nés et non seulement des mourants.

Notre première intervention a été d'adopter une nouvelle politique pour faire en sorte que les prestations du Programme des services de santé non assurés pour les Premières Nations et les Inuits au Canada couvrent les frais de transport d'un membre de la famille pour accompagner une femme qui accouche loin de sa résidence.

Deuxièmement, des fonds supplémentaires étaient prévus dans le budget de 2017 pour la santé maternelle et infantile - y compris des ressources pour des projets visant à étendre la pratique de sage-femme - de sorte qu'avec le temps, en collaboration avec des chefs locaux, les cris joyeux qui accompagnent les naissances retentissent de plus en plus dans les collectivités autochtones éloignées.

En fait, le Budget 2017 inclut 828M$ de nouveaux investissements pour améliorer l'état de la santé des membres des communautés inuites et des Premières Nations. C'est la plus grande augmentation dans ce domaine en plus d'une décennie. Ces investissements créeront plusieurs occasions de travailler avec les communautés pour répondre à un large éventail d'enjeux - de la lutte à la tuberculose - à l'expansion de la télémédecine et des soins à domicile pour les peuples autochtones.

Lorsque je songe aux conditions de vie et aux occasions sociales (ou leur absence) réservées à de nombreux membres des Premières Nations, des Inuits et des Métis, je suis envahie par la honte. Je suis consciente de l'énorme quantité de souffrance évitable, d'injustice et de perte de vie dans les collectivités autochtones. Mais l'avenir comporte une occasion et une obligation de remédier à la situation et de redresser les torts.

Pour ce faire, il faut constituer un effectif autochtone robuste dans le secteur de la santé. Je suis profondément reconnaissante des médecins qui se dévouent pour satisfaire les besoins de santé des Premières Nations, des Inuits et des Métis au Canada. En particulier, je suis reconnaissante du nombre croissant de médecins autochtones qui jouent un rôle déterminant dans la transformation des services de santé dans les collectivités autochtones en reconnaissance de leur droit à l'autodétermination.

La population canadienne peut faire confiance à l'engagement durable du gouvernement libéral à l'égard de la réconciliation avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis du Canada - engagement qui est fondé sur la reconnaissance de leurs droits.

Épidémie de décès par surdose d'opioïdes

Le deuxième enjeu prioritaire dont je vais parler est l'épidémie de surdoses mortelles d'opioïdes. Dans ce dossier, les personnes vulnérables comprennent celles qui subissent les effets néfastes des médicaments d'ordonnance et des drogues illicites.

Il s'agit d'un enjeu complexe auquel je pourrais consacrer tout mon exposé et que je ne peux épuiser en quelques brèves observations. Mais je soulève cet enjeu pour souligner l'état d'urgence sanitaire sans précédent qui connaît une croissance rapide des taux de décès par surdose apparemment liée à la consommation d'opioïdes. Cette crise a coûté la vie d'au moins 2 400 Canadiens en 2016, et il est probable que le nombre de décès en 2017 sera encore plus élevé.

Ce défi exige une réponse unie de tous les paliers de gouvernement et de toute la société, y compris les professionnels de la santé. Notre gouvernement a pris des mesures concrètes car nous sommes déterminés à mettre fin à la croissance du nombre de décès.

Nous avons lancé la Stratégie canadienne sur les drogues et autres substances, qui comporte un pilier de réduction des méfaits. Nous avons aussi mobilisé une équipe fédérale d'intervention en matière d'opioïdes. Le projet de loi C-37, entré en vigueur en mai 2017, facilite l'accès aux sites de consommation supervisée dans les collectivités qui ont besoin de cet outil fondé sur des données probantes pour réduire les méfaits. Cette année, nous avons approuvé 15 de ces sites, ce qui porte à 17 le nombre total au pays.

Nous avons rendu la naloxone accessible sans ordonnance et fait en sorte qu'elle soit disponible sous diverses formes. Nous veillons à ce que tous les types de traitements médicamenteux fondés sur l'expérience clinique soient accessibles aux personnes souffrant de dépendance. De plus, nous avons annulé l'interdiction visant l'héroïne de qualité pharmaceutique et autorisé son importation en grande quantité. Nous encourageons fortement les provinces, les territoires et les praticiens de la santé à utiliser ces outils et à faciliter l'accès aux mesures de réduction des méfaits et aux traitements complets pour les personnes éprouvant un problème de dépendance.

Notre approche en réaction à cette crise doit être exhaustive, collaborative, empreinte de compassion et fondée sur des données probantes. Les médecins jouent un rôle considérable, dont la promotion de la sensibilisation à l'inégalité sociale et aux traumatismes persistants, qui sont souvent la cause de la consommation excessive de drogues nocives. D'autres causes sont l'itinérance, la pauvreté, la violence et les sévices sexuels. La dépendance n'est pas un crime et ne dénote pas une faute morale. C'est un problème de santé. Pour de nombreuses personnes, c'est un moyen de gérer une douleur intolérable lorsque leur vie leur offre peu de solutions. Pour résoudre cette crise, il faut contrer la stigmatisation qui fait obstacle à l'obtention de soins. Vous êtes au nombre des personnes les plus influentes de la société. Je vous exhorte donc à intervenir dans vos sphères d'influence pour faire passer le message que les consommateurs de drogues sont des personnes sur lesquelles il ne faut pas porter de jugement de valeur. Elles ont les mêmes attentes que tous les autres Canadiens et Canadiennes à l'égard des systèmes de santé, ce qui comprend des soins prodigués avec compassion.

Comme pour chacun de ces groupes vulnérables, j'aimerais m'arrêter un instant pour remercier l'incroyable effectif médical auquel nous sommes profondément redevables - ceux qui se soucient de soigner les personnes qui ont des problèmes de dépendance et les consommateurs de drogues à risque élevé. Votre passion pour la justice et votre détermination à repousser les limites des systèmes de santé - des enjeux qui vous tiennent à cœur - ont certes su m'inspirer. Vous m'avez incitée avec respect à améliorer constamment notre approche relative à la politique sur les drogues. Vous prenez soin de personnes que d'autres seraient portés à abandonner. Ce faisant, vous adhérez aux plus hautes normes de notre profession.

Mieux-être mental des jeunes

Le troisième et dernier enjeu lié aux populations vulnérables dont je veux parler est le mieux-être mental des jeunes. De toute évidence, celui-ci a un lien avec les deux autres sujets abordés précédemment, surtout en ce qui a trait aux expériences négatives durant la petite enfance et aux conséquences de traumatismes persistants.

Lorsque je pense aux enfants et aux jeunes vivant avec une maladie mentale, un stress psychologique ou une angoisse existentielle, des douzaines d'entre eux me viennent à l'esprit, par exemple, des patients, des membres de ma famille ou les enfants de mes collègues et amis. Je soupçonne que bon nombre d'entre vous pourraient me parler de jeunes en détresse qui font partie de votre vie ou de votre pratique. Des présidents d'université et des dirigeants de PME me parlent des effets pour leur entreprise qui découlent des maladies mentales chez les jeunes.

Le nombre d'enfants et de jeunes sur les listes d'attente pour des soins en santé mentale augmente. Une récente étude menée dans une province canadienne a révélé que les enfants et les jeunes ayant une maladie mentale attendent jusqu'à 18 mois avant d'être soignés.

Lorsque des enfants et des jeunes ne peuvent recevoir les soins en santé mentale dont ils ont besoin, les conséquences sont désastreuses… l'angoisse indicible, l'aggravation de leur maladie mentale, les coûts de santé supplémentaires, l'incapacité à poursuivre leurs activités professionnelles ou scolaires, les troubles de dépendance, la violence et l'incarcération. C'est sans parler de la douleur pour les familles qui reconnaissent l'existence d'un problème grave, mais qui se sentent désespérées et impuissantes devant la souffrance de leurs proches.

Ceci sans mentionner la contribution que ces jeunes pourraient apporter à la société s'ils pouvaient fonctionner ou être mieux acceptés et intégrés dans nos communautés malgré leurs défis en santé mentale.

Il faut avouer que nos systèmes de santé ne répondent pas adéquatement aux besoins des jeunes ayant une maladie mentale ou des victimes de mauvais traitements ou de traumatismes.

Dans ce dossier aussi, des médecins canadiens novateurs imaginent de meilleures façons d'intervenir auprès des jeunes dans le besoin, et consacrent des heures incalculables à la conception d'excellents programmes qui redonnent espoir à certains de nos concitoyens les plus vulnérables. J'ai récemment visité l'organisme Foundry à Vancouver-Granville, où des psychiatres de l'hôpital St. Paul ont aménagé un centre remarquable qui accueille les jeunes et qui répond à leurs besoins de santé et sociaux de façon bienveillante et holistique.

L'enjeu des soins de santé mentale est aussi prioritaire dans les négociations avec les provinces et territoires, qui ont abouti à un investissement sans précédent de cinq milliards de dollars du gouvernement fédéral dans ces soins.

J'ai mentionné plus tôt que les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux ont conclu une entente multilatérale. Nous envisageons d'élaborer une série de paramètres nationaux et de présenter des rapports connexes pour informer la population canadienne de nos résultats en matière de soins à domicile et de bien-être mental, ainsi que des améliorations à apporter.

Conclusion

Il y a bien des populations vulnérables dont j'aurais pu vous parler. Je sais, par exemple, que les besoins des aînés et des personnes âgées en perte d'autonomie sont importants pour l'AMC. J'aurai l'occasion d'en discuter plus tard dans le cadre du Sommet sur les soins aux aînés avec les Drs Avery et Marcoux et mon excellent secrétaire parlementaire, le député Joël Lightbound, de la circonscription de Louis-Hébert.

Revenons donc à mes questions d'ouverture.

Qui est responsable des besoins de santé des personnes vulnérables ?

Quel rôle jouent les médecins dans la promotion de la santé des populations ?

Je crois que la santé des populations est une responsabilité partagée - partagée par les patients, les communautés, les gouvernements, les professionnels de la santé et d'autres intervenants.

Au Canada, le rôle des médecins dans la promotion de la santé des populations n'est pas clair. Mais je ne crois pas qu'on puisse réaliser l'objectif d'une population en santé sans l'expérience et l'engagement actif des médecins canadiens.

Bon nombre d'entre vous connaissent le concept du triple objectif, formulé par l'Institute for Healthcare Improvement des États-Unis et préconisé par la Fondation canadienne pour l'amélioration des services de santé. Ce triple objectif comprend la recherche de meilleurs soins pour les personnes, les coûts abordables et l'amélioration de la santé de la population. Selon de nombreux intervenants avertis, l'amélioration des services de santé, ce qui comprend une meilleure expérience pour les dispensateurs de soins, devrait être le quatrième objectif.

Si nous envisageons sérieusement d'adopter ces objectifs, il va sans dire que les médecins doivent être partis à tous les quatre, y compris à la santé de la population.

Ces remarques nous amènent à la dernière question : Comment adapter les systèmes de santé (et collaborer avec les autres systèmes de services sociaux) afin d'améliorer les soins aux citoyens les plus vulnérables et finalement, rehausser leur qualité de vie?

En tant que ministre de la Santé, je suis consciente que les systèmes de santé ne sont pas conçus pour soutenir ou encourager les médecins qui priorisent l'amélioration de la santé de la population et la réponse aux besoins des plus vulnérables. De fait, il arrive souvent que ce soit le contraire. De plus, les médecins n'ont pas reçu une formation suffisante dans les domaines de la santé publique, de la santé de la population ou de la promotion de la santé.

Les médecins ne peuvent certes satisfaire les besoins des plus vulnérables sans faire appel à de nombreux autres professionnels de la santé et aux systèmes sociaux. Ces systèmes ne pourront y parvenir sans la participation des médecins.

Il faut se pencher sur les enjeux abordés dans ce discours : les résultats de santé des Premières Nations, des Inuits et des Métis; la vulnérabilité des consommateurs de drogues dans une épidémie de surdoses mortelles; l'amélioration des soins de santé mentale surtout pour les enfants et les jeunes.

Peut-être que ces enjeux n'influent pas sur votre travail quotidien. Mais je suis convaincue qu'il est de l'intérêt supérieur de tous les Canadiens et Canadiennes que nos systèmes de santé et de services sociaux accordent la priorité à ces groupes vulnérables. Je suis certaine que vous avez des idées et des expériences utiles à partager.

Peut-être qu'il faut entreprendre une refonte ambitieuse des soins primaires - comme celle envisagée dans le rapport Price-Baker de l'Ontario, qui propose que les médecins de soins primaires servent tous les résidents d'une zone géographique. Nous avons peut-être besoin d'un nouveau barème d'honoraires ou de mesures du rendement qui favorisent les soins aux plus vulnérables.

Selon de nombreuses personnes renseignées, la véritable mesure d'une société civilisée est le traitement qu'elle réserve aux citoyens les plus vulnérables. Ne permettons pas au Canada de ne pas être à la hauteur. La réussite passe par les médecins.

En fait, le Canada est en mesure d'obtenir beaucoup plus que la note de passage à une telle épreuve. Je crois que nous pouvons être des chefs de file mondiaux dans notre engagement à l'égard de l'égalité en matière de santé grâce à notre détermination à n'abandonner personne.

Parce que vous êtes médecin, la société vous accorde pouvoir, privilège et respect, mais vous attribue aussi une responsabilité. Le meilleur usage que vous pouvez faire de ce pouvoir est de défendre les intérêts de ceux qui n'ont pas les mêmes possibilités que vous.

En tant que médecin, vous avez reçu une éducation et acquis des connaissances spécialisées et une sagesse pratique. Il ne fait aucun doute que vous pouvez mettre à contribution votre savoir et votre créativité pour assurer un meilleur avenir pour les personnes les plus vulnérables du Canada.

Parce que vous êtes médecin, vous vous souciez du bien-être d'autrui. L'instinct de guérison peut s'accompagner d'anxiété, d'abattement, de cynisme et de doute. Parfois, l'antidote à ces sentiments est de se concentrer sur les intérêts des autres personnes. Que comptez-vous faire de plus pour promouvoir le bien-être mental des jeunes, réduire les méfaits pour les toxicomanes ou contribuer à la transformation des soins de santé aux Autochtones? Vous avez sans aucun doute les idées, l'expertise et la ténacité dont le Canada a besoin pour répondre à ces priorités.

Pour que le Canada se porte bien, nous devons améliorer la santé de nos populations les plus vulnérables. Pour ce faire, nous avons besoin de l'engagement ferme des médecins canadiens. J'espère que nous pourrons poursuivre ensemble cet important travail. Ne soyons satisfaits que lorsque chaque citoyen bénéficiera équitablement de l'abondance des avantages pour la santé et le bien-être que procure le Canada.


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