Page 13 : Recommandations au sujet de la qualité des eaux utilisées à des fins récréatives au Canada – Troisième édition

Partie II : Documentation technique

8.0 Caractéristiques physiques, esthétiques et chimiques

Cette section décrit les principales caractéristiques physiques, esthétiques et chimiques qui peuvent avoir une incidence sur les plans d'eau récréatifs. Des informations sont fournies sur les effets potentiels que chacune de ces caractéristiques pourrait avoir sur une utilisation des eaux récréatives sécuritaire et agréable. Des valeurs de recommandations et des objectifs esthétiques ont été proposés lorsque cela était possible, l'objectif étant que ces recommandations et les directives qui y sont associées soient appliquées à l'ensemble des étendues d'eau à vocation récréative, indépendamment des types d'activités qu'on y pratique. Les autorités compétentes voudront peut-être définir, à leur discrétion, des valeurs ou des objectifs esthétiques recommandés indépendants pour des eaux qui ne sont pas prévues pour des activités de contact primaire.

Les méthodes pour déterminer les caractéristiques physiques, chimiques et esthétiques des eaux récréatives sont présentées dans Standard Methods for the Examination of Water and Wastewater (APHA et coll., 2005). L'échantillonnage pour ces paramètres est à la discrétion des autorités responsables; on suggère toutefois que, parmi les dates choisies, certaines se situent durant les périodes suivantes particulièrement propices :

  • au moment d'effectuer l'ESHM;
  • au début de la saison de baignade et à intervalles réguliers durant cette saison;
  • le cas échéant, durant les évaluations de zone menées en réponse à des problèmes d'eaux récréatives.

8.1 Caractéristiques physiques

8.1.1 pH
Recommandations

Des eaux alcalines ou acides peuvent irriter les yeux. Afin que les usagers soient protégés contre des irritations des yeux, le pH des eaux récréatives doit se situer entre 5,0 et 9,0.

Description

Mood (1968) a conclu qu'il n'est pas normal pour les yeux d'être exposés à l'eau et que dans certaines circonstances, cette exposition peut être très irritante. Il a supposé qu'une solution non irritante idéale devrait présenter les mêmes propriétés physicochimiques que les larmes, dont un pH de 7,4, même si certains éléments de preuve donnent à penser que des solutions ophtalmologiques légèrement plus alcalines seraient en fait préférables (Raber et Breslin, 1978).

Mood (1968) a signalé que les larmes pouvaient neutraliser rapidement des solutions non tamponnées dont le pH était aussi faible que 3,5 ou aussi élevé que 10,5. Toutefois, le potentiel de neutralisation serait insuffisant dans des eaux à haut pouvoir tampon. Il a cependant conclu qu'on ne trouvait pas d'eau non tamponnée dans la nature, dans des conditions normales. Il a donc suggéré que la gamme normale de pH pour des eaux à faible pouvoir tampon devrait s'établir entre 5,0 et 9,0. Dillon et coll. (1978) ont rapporté que la plupart des lacs du centre-sud de l'Ontario affichaient un potentiel de neutralisation de l'acide (PNA) variant de 10 à 200 µeq/L et que nombre de ces lacs avaient un pH faible.

Des études réalisées par Basu et coll. (1984) ont porté sur l'eau de deux lacs ontariens de l'intérieur : le lac Clearwater (pH d'environ 4,5; PNA de -40 µeq/L) (Ministère de l'Environnement de l'Ontario, 1980) et le lac Red Chalk (pH d'environ 6,5; PNA de 70 µeq/L). Les réactions à l'exposition des yeux de lapins expérimentaux et d'humains volontaires à l'eau de ces deux lacs n'ont laissé constater aucune différence significative (Basu et coll., 1984). Basu et coll. (1984) ont ensuite exposé un oeil des sujets expérimentaux à de l'eau présentant un pH plus faible, et l'autre à de l'eau présentant un pH plus élevé. Les yeux des humains ont été exposés pendant des périodes de 5 minutes, sans qu'aucun effet oculaire ne soit observé. Les yeux des lapins ont été exposés pendant des périodes de 15 minutes, puis soumis à une série de tests de réaction oculaire : hypérémie conjonctivale, coloration de l'épithélium cornéen à la fluorescéine, teneur des larmes en cellules épithéliales et en globules blancs, variation de la molarité des larmes et de la pénétration de la fluorescéine dans la chambre antérieure. Basu et coll. (1984) ont conclu que l'exposition des yeux sains à de l'eau de lac dont le pH était d'à peine 4,5 était sans danger pour les tissus oculaires externes.

8.1.2 Température
Recommandations

Il n'est pas possible de définir des valeurs de recommandations précises à utiliser pour la baignade. La tolérance à la température de l'eau peut varier considérablement d'un individu à l'autre. Les usagers ne devraient pas s'adonner à des activités récréatives à des températures et pendant des durées pouvant entraîner une augmentation ou une baisse significatives de leur température corporelle centrale.

Description

Exposition à l'eau froide

L'eau est un milieu très propice à la déperdition de la chaleur corporelle. Lorsque le corps est immergé, contrairement à ce qui se passe dans l'air, la surface disponible pour l'échange de chaleur atteint près de 100 % (Transports Canada, 2003). L'eau présente une conductivité thermique 25 fois supérieure à l'air, et refroidit le corps quatre à cinq fois plus rapidement que l'air à la même température (Tipton et Golden, 2006).

La définition de ce qu'on entend par « eau froide » dépend de la température normale du corps, de la durée d'exposition et du degré de protection par isolation (Croix-Rouge canadienne, 2006a). Lorsque la déperdition de chaleur excède sa production, la température du corps passe au-dessous de sa valeur normale de 37 °C (Tipton et Golden, 2006). Même lorsque sa température est confortable, l'eau provoque une déperdition de chaleur. On a fait état de cas de décès dus à une immersion prolongée dans l'eau en régions subtropicales (Croix-Rouge canadienne, 2006a). La neutralité thermique de l'eau par rapport au corps s'établirait à 35 °C (Croix-Rouge canadienne, 2006a). En dessous de ce seuil, on peut s'attendre à ce que le corps perde plus de chaleur qu'il n'est capable d'en produire. Par ailleurs, une immersion soudaine sans protection dans une eau dont la température est égale ou inférieure à 15 °C peut être mortelle (Croix-Rouge canadienne, 2006a).

Figure 2. Rapport entre la température de l'eau et le temps de survie dans l'eau froide (adapté de Société royale de sauvetage Canada, 1976).

Figure montrant le rapport entre la température de l'eau et le temps de survie dans l'eau
Description de la figure montrant le rapport entre la température de l'eau et le temps de survie dans l'eau - Équivalent textuel
Le graphe montre sur l'axe des abscisses des températures croissantes en degrés Celsius et des temps croissants en heures sur l'axe des ordonnées. Le graphe comporte deux courbes en forme de J: la courbe inférieure commence au coin inférieur gauche avec une courbure vers le haut et se termine dans le coin supérieur droit; la courbe supérieure commence au coin inférieur gauche avec une courbure vers le haut et se termine sur l'axe supérieur, aux deux tiers environ du coin droit. Ces courbes séparent le graphe en trois régions définies par les combinaisons température et temps. La région désignée "sans danger" correspond à la région inférieure, c'est-à-dire à partir d'une immersion pour une durée maximale d'une demi-heure à une température en dessous de zéro degré jusqu'à 6 heures à 20 degrés Celsius. La région supérieure désignée "mortelle" correspond à une immersion pour une durée minimale d'une demie heure à moins de zéro degré jusqu'à six heures à 12 degrés Celsius. La région intermédiaire désignée par "état marginal" correspond à une immersion à partir d'une demi-heure de durée à zéro degré jusqu'à 6 heures entre 12 et 20 degrés Celsius. La région inférieure reflète aussi la zone où une personne serait consciente alors que la région supérieure reflète la zone d'inconscience.

Les experts distinguent quatre phases dans la réaction du corps à l'immersion dans l'eau froide : 1) halètement et choc thermique; 2) épuisement à la nage; 3) hypothermie; 4) effondrement (collapsus) post-sauvetage (Transports Canada, 2003; Croix-Rouge canadienne, 2006a). On pense que la plupart des décès par noyade survenant dans l'eau froide sont dus à une submersion des voies respiratoires pendant les deux premières phases de l'immersion (Croix-Rouge canadienne, 2006a).

Les taux de refroidissement du corps et de survie dans l'eau froide peuvent varier considérablement d'une personne à l'autre. Cette variabilité peut être liée à l'âge, au sexe, à la masse corporelle, au ratio de la masse corporelle à la surface exposée, au pourcentage de gras corporel et à la forme physique générale du sujet. Le ratio de la masse corporelle à la surface exposée est plus grand chez les personnes plus corpulentes et plus lourdes, et la température de ces dernières varie plus lentement que celle des petits enfants (Kreider, 1964). Le degré de protection assuré par les vêtements, le comportement physique et la posture dans l'eau peuvent également influer sur la déperdition de chaleur. La consommation de drogues ou d'alcool peut enfin exacerber les effets de l'immersion dans l'eau froide en réduisant la vivacité et les aptitudes motrices et en influant sur les mécanismes de régulation de la température (Croix-Rouge canadienne, 2006a).

L'immersion dans l'eau froide peut être volontaire ou non. Les usagers des eaux récréatives doivent être conscients des risques qu'ils courent, et prendre les précautions voulues pour se protéger. La Croix-Rouge canadienne (2008) et Transports Canada (2006) ont publié des guides de survie en cas d'immersion dans l'eau froide. On recommande aux adeptes de loisirs aquatiques de porter des vêtements protecteurs appropriés - par exemple, combinaison humide ou combinaison de survie - lorsqu'ils prévoient être exposés à l'eau froide. Il convient également de prendre des précautions contre le risque d'immersion accidentelle, et notamment d'utiliser un filin de sécurité et un vêtement de flottaison individuel.

Exposition à l'eau chaude

Par comparaison, on possède relativement peu d'information sur les effets physiologiques de l'exposition des humains à l'eau chaude. Les études plus anciennes portant sur cette question donnent à penser qu'au plan physiologique, ni les adultes ni les enfants ne risquent de subir un stress thermique dans des conditions modérées de production de chaleur métabolique à condition que la température de l'eau soit inférieure à la température normale de la peau, soit 33 °C (Newburgh, 1949). Des températures de l'eau variant de 20 à 30 °C sont considérées comme étant confortables pour la plupart des baigneurs (OMS, 2003a, 2006).

Au Canada, il est rare que les températures ambiantes atteignent des niveaux suffisants en été pour porter la température des eaux récréatives au-dessus de la température normale du corps humain. Les sources naturelles d'eau chaude, qui peuvent atteindre des températures supérieures à 37 °C, constituent l'exception. Les personnes qui utilisent ce genre d'installations doivent doser soigneusement leur exposition pour éviter toute élévation anormale de la température de leur corps. Dans la plupart des zones de loisirs aquatiques, les effets dus à la chaleur observés en été sont en grande partie attribuables à l'exposition au soleil. De nombreux services de santé ont formulé des recommandations sur les moyens d'éviter une exposition à la chaleur pendant les activités de plein air; ces informations doivent être perçues comme s'appliquant également à l'exposition aux eaux récréatives.

Le stress thermique ou l'épuisement par la chaleur peuvent survenir à l'issue d'une période d'exercices vigoureux dans des milieux chauds. Les signes de l'épuisement par la chaleur peuvent inclure une sudation excessive, une température du corps ou un pouls élevés, des céphalées et des étourdissements, ou une faiblesse générale. La Croix-Rouge canadienne a publié à cet égard des guides sur la prévention des maladies ou des blessures liées à la chaleur (Croix-Rouge canadienne, 2011). Les précautions à prendre pour limiter les effets d'une exposition à la chaleur pendant les activités de loisirs aquatiques sont semblables à celles recommandées pour réduire l'exposition au rayonnement solaire : porter des vêtements légers et des chapeaux à bord large, rechercher les endroits frais et ombragés, éviter les activités de mi-journée, lorsque le rayonnement solaire est le plus intense, boire beaucoup d'eau, et remplacer les électrolytes perdus.

8.2 Caractéristiques esthétiques

La qualité esthétique est un critère important à prendre en compte pour assurer le plein usage et la jouissance des eaux à vocation récréative. Une zone de loisirs aquatiques doit être considérée acceptable sur le plan esthétique par ses usagers. Les eaux utilisées à des fins récréatives doivent être exemptes de substances (d'origine anthropique ou naturelle) susceptibles de compromettre son appréciation esthétique. Parmi ces substances, on peut citer :

  • des substances produisant une couleur, une odeur, un goût ou une turbidité désagréables;
  • des débris, de l'huile, de l'écume ou d'autres déchets flottants;
  • des matières en suspension formant des dépôts indésirables; et
  • des substances ou des conditions propices à la reproduction de formes de vie aquatiques indésirables.

On qualifie d'esthétique « ce qui a rapport au sentiment, à la perception du beau » (Petit Larousse illustré, 2001). Ainsi, il importe non seulement que les zones de loisirs aquatiques soient exemptes de facteurs désagréables, mais également qu'elles présentent un ensemble de propriétés esthétiques propres aux écosystèmes aquatiques et aux écosystèmes terrestres qui les entourent. Les eaux récréatives devraient également être jugées exemptes de substances susceptibles de nuire aux diverses formes de vie ayant une valeur esthétique.

La présente section traite des divers paramètres qui risquent d'influer sur la qualité esthétique des zones de loisirs aquatiques. Aux fins de ce document, ce sont les effets possibles de ces facteurs sur la perception esthétique qui priment. Notons toutefois que ces paramètres ont également des incidences sur la santé et la sécurité des êtres humains. Par exemple, des eaux où la visibilité est considérablement réduite peuvent constituer un risque pour la sécurité des usagers.

Des objectifs esthétiques ont été proposés pour la turbidité, la limpidité et la couleur de l'eau. Cependant, il est admis que les niveaux naturels de ces paramètres dans les eaux canadiennes peuvent varier considérablement. Il est donc recommandé, lorsque l'évaluation de ces paramètres fait partie intégrante d'une enquête relative à la sécurité et à l'hygiène du milieu, de prendre en compte les valeurs naturelles de fond dans la formulation de conclusions à cet égard.

8.2.1 Turbidité
Objectif esthétique

On suggère un objectif esthétique de 50 unités de turbidité néphélémétriques (uTN) pour les eaux à vocation récréative.

Description

Les Standard Methods for the Examination of Water and Wastewater (APHA et coll., 2005) définissent la turbidité comme « l'expression de la propriété optique ayant pour effet de disperser la lumière et de l'absorber, plutôt que de la transmettre sans en changer la direction ni le flux à travers l'échantillon ». La méthode retenue au Canada pour la mesure de ce paramètre est la méthode néphélométrique, et l'unité de turbidité utilisée par cette méthode est l'unité de turbidité néphélométrique, ou uTN (Santé Canada, 2012c).

La turbidité de l'eau est causée par des matières colloïdales ou en suspension comme l'argile, le limon, les matières organiques ou inorganiques en particules fines, le plancton et d'autres organismes microscopiques (APHA et coll., 2005). Ce paramètre est important pour des raisons d'esthétique, de sécurité et, dans une moindre mesure, de santé. Une turbidité élevée est esthétiquement désagréable et peut devenir une source de danger lorsqu'elle réduit la visibilité dans l'eau. Comme il n'est pas envisageable d'utiliser des dispositifs de filtration ou des procédés modernes de traitement de l'eau dans les zones de baignade naturelles, les risques que pose une eau turbide ou trouble pour la sécurité des baigneurs dépendent de la qualité intrinsèque de l'eau elle-même. Les maîtres nageurs et les autres personnes présentes près de l'eau doivent être en mesure d'apercevoir et de distinguer les baigneurs en difficulté. Par ailleurs, les baigneurs devraient être capables de voir raisonnablement bien sous l'eau.

L'incidence de la turbidité sur la santé des usagers dépend principalement de la capacité des particules en suspension d'adsorber les microorganismes et les contaminants chimiques. Cette capacité peut avoir un certain nombre d'effets importants sur la qualité de l'eau :

  • Les particules en suspension peuvent, dans une certaine mesure, protéger les microorganismes (bactéries, virus, protozoaires) adsorbés à leur surface contre les effets de facteurs environnementaux comme le rayonnement UV et la prédation par des microorganismes de rang supérieur.
  • La turbidité peut faire obstacle à la quantification des indicateurs de contamination fécale. Lors du dénombrement des bactéries, on suppose que chaque colonie représente une cellule; cependant, il peut arriver qu'une colonie unique provienne d'une particule contenant plusieurs cellules bactériennes adsorbées à sa surface. On enregistrerait alors un nombre de cellules inférieur au nombre de cellules effectivement présentes. Ce phénomène conduirait également à une sous-estimation du nombre de bactéries obtenu à l'aide de la technique du nombre le plus probable (Santé Canada, 2012c).
  • Les particules risquent par ailleurs de contenir des contaminants chimiques comme les métaux lourds et les biocides (Santé Canada, 2012c).

La turbidité des eaux de surface peut varier de 1 à plus de 1 000 uTN (Santé Canada, 2012c). Des mesures de la qualité des eaux de ruissellement ont donné des valeurs variant de 4,8 à 130 uTN pendant la première heure d'une pluie tombée en milieu urbain (U.S. EPA, 1978). On suggère que, dans les endroits tranquilles d'une plage de baignade ou de toute autre zone de loisirs aquatiques, des mesures de la turbidité au voisinage de 50 uTN soient suffisantes pour satisfaire à la plupart des usages récréatifs, y compris la baignade.

8.2.2 Limpidité (pénétration de la lumière)
Objectif esthétique

L'eau devrait être assez limpide pour qu'un disque de Secchi soit visible à une profondeur minimale de 1,2 m.

Description

Le Petit Larousse illustré (2001) définit la limpidité comme suit : « Caractère de ce qui est limpide (clair et transparent) ». La limpidité détermine la profondeur de pénétration de la lumière dans une masse d'eau, c'est-à-dire la profondeur maximale à laquelle il est toujours possible d'apercevoir des objets sous l'eau. On peut l'évaluer simplement à l'aide d'un disque de Secchi, qui sert à obtenir une mesure approximative de la transparence de l'eau. La face supérieure de ce disque métallique de 20 cm de diamètre est divisée en quatre secteurs égaux, dont deux secteurs (opposés) sont peints en noir et les deux autres en blanc. Suspendu au bout d'un fil gradué, il est descendu dans l'eau jusqu'à disparaître à la vue, indiquant ainsi la limite de visibilité. On le remonte ensuite jusqu'à ce qu'il redevienne visible et on établit la moyenne des deux mesures, qui donne une valeur de la transparence de l'eau appelée « transparence au disque de Secchi ».

Les principaux facteurs qui influent sur la profondeur de pénétration de la lumière dans les eaux naturelles sont les organismes microscopiques et macroscopiques en suspension, les particules minérales en suspension, les substances colorantes, la mousse de détergent, les tapis denses de débris flottants ou en suspension, ou une combinaison de ces facteurs.

Il est important que l'eau des zones de baignade soit assez limpide pour permettre aux usagers d'en estimer la profondeur, de voir facilement les objets sous la surface de l'eau, et de détecter les corps submergés de baigneurs ou de plongeurs qui pourraient être en difficulté. Outre son incidence sur la sécurité, la limpidité de l'eau influe sur la jouissance que procurent les lieux aux adeptes de loisirs aquatiques.

Pour les activités récréatives de contact primaire, on a proposé une valeur minimale de la transparence au disque de Secchi de 1,2 m (Environnement Canada, 1972). Dans les zones utilisées pour l'apprentissage de la natation, il convient qu'un disque de Secchi posé sur le fond soit visible. Dans les zones utilisées pour le plongeon, la transparence doit satisfaire aux normes minimales de sécurité établies en fonction de la hauteur de la plateforme ou du tremplin (National Technical Advisory Committee, 1968).

8.2.3 Couleur
Objectif esthétique

Aucune valeur numérique ne peut être établie pour la couleur des eaux récréatives. Il suffit de préciser que la couleur ne doit pas être intense au point de réduire la visibilité dans les zones de baignade.

Description

La couleur de l'eau telle qu'on la perçoit résulte de la rétrodiffusion de la lumière par une masse d'eau; elle dépend de la profondeur de la couche d'eau traversée par la lumière et de l'absorption sélective qu'elle y subit (CCME, 1999). Il existe deux mesures de la couleur de l'eau : la vraie et l'apparente. Le terme « couleur » sert d'ordinaire à désigner la couleur vraie, c'est-à-dire la couleur de l'eau dont on a éliminé toute turbidité. Pour mesurer la couleur vraie, il faut d'abord filtrer ou centrifuger l'eau pour en supprimer toutes les sources de couleur apparente. La méthode standard de mesure de la couleur de l'eau est fondée sur l'utilisation d'un étalon de platine-cobalt (APHA et coll., 2005). Il s'agit de comparer visuellement la couleur de l'eau aux couleurs d'un ensemble de solutions étalons de concentrations connues. Une unité Pt-Co équivaut, dans cette méthode, à la couleur produite par 1 mg de platine/L sous forme d'ion chloroplatinate. Le ratio cobalt-platine ainsi obtenu correspond à la couleur vraie de l'eau.

On désigne par l'expression « unité couleur » (UC) l'unité de mesure de la couleur vraie, 1 UC équivalant à 1 unité Pt-Co (APHA et coll., 2005). La couleur vraie de l'eau peut varier d'une valeur inférieure à 5 UC pour les eaux très limpides à 1 200 UC pour les eaux sombres et tourbeuses (Kullberg, 1992). Les minéraux naturels influent sur la couleur vraie de l'eau. Par exemple, le carbonate de calcium des régions à sol calcaire donne à l'eau une couleur verdâtre, tandis que l'hydroxyde ferrique lui donne une couleur rouge. Les substances organiques, les tanins, la lignine et les acides humiques provenant de la décomposition de la végétation influent également sur la couleur vraie de l'eau (Ministère de la Santé nationale et du Bien-être social, 1979).

La couleur apparente dépend non seulement des substances en solution dans l'eau, mais également de celles en suspension (APHA et coll., 2005). Les mesures de la couleur apparente sont effectuées sur l'échantillon original, sans filtration ni centrifugation préalable (APHA et coll., 2005). Cette couleur résulte habituellement de la présence de particules colorées, de la diffraction causée par les particules en suspension et de facteurs comme la réflexion du fond ou du ciel. Une concentration élevée de cyanobactéries peut donner à l'eau une teinte verdâtre foncée, tandis que les diatomées et les dinoflagellés lui donnent une couleur jaunâtre ou jaune-brun. Certaines algues donnent à l'eau une couleur rouge; il arrive également, mais plus rarement, que des organismes zooplanctoniques - notamment des microcrustacés - donnent aussi à l'eau une teinte rouge. Les eaux polluées peuvent présenter une couleur apparente intense. Les effluents industriels (notamment ceux des usines de pâtes et papiers et de textiles) peuvent être très colorés et influer sensiblement sur la couleur de l'eau. Les facteurs agissant sur la turbidité des eaux naturelles peuvent eux aussi avoir un effet sur leur couleur apparente.

La couleur de l'eau des lacs peut parfois varier de la surface au fond; elle peut également changer périodiquement. Une augmentation du ruissellement des eaux de surface apporte dans les lacs de grandes quantités de substances inorganiques et organiques. Les proliférations de phytoplancton en été et en début d'automne peuvent donner aux lacs une couleur vert sale, qui disparaîtra plus tard dans la saison. L'exposition à la lumière défraîchit certaines couleurs des eaux naturelles, et cet effet varie en fonction de la transparence de l'eau. La couleur peut également dépendre de certains facteurs - par exemple, la température et le pH - qui influent sur la solubilité et sur la stabilité des fractions dissoutes et particulaires de l'eau.

En règle générale, un lac riche et très productif pourra prendre une coloration jaune, gris-bleu ou brune à cause de la matière organique qu'il contient, les lacs moins productifs ayant tendance à prendre une coloration bleue ou verte causée par l'absorption différentielle de la lumière et la diffusion de diverses longueurs d'ondes (Ruttner, 1963; Reid et Wood, 1976).

Les sources de la couleur dans les eaux marines sont mal connues, mais les substances dissoutes comptent parmi les facteurs en cause. Le bleu de la mer résulte de la diffusion de la lumière par les molécules d'eau, comme dans le cas des étendues d'eau intérieures. Les détritus et les organismes en suspension produisent des couleurs variant du brun au rouge et au vert. Les eaux estuariennes ne sont pas aussi brillamment colorées que l'eau de mer; leur couleur plus foncée découle de la turbidité plus grande qui les caractérise habituellement (Reid et Wood, 1976).

Les effets principaux de la couleur de l'eau sur les activités récréatives sont liés à l'esthétique et à la sécurité. Les eaux très sombres réduisent la visibilité tant pour les baigneurs que pour les personnes responsables de leur sécurité. Il est souhaitable que la couleur naturelle des eaux à vocation récréative ne soit pas modifiée du fait d'activités humaines. Environnement Canada (1972) a proposé une valeur maximale de 100 UC, et Alberta Environment (1999) recommande une valeur ne dépassant pas de plus de 30 UC la valeur correspondant à l'eau naturelle. Aucune donnée à l'appui n'a été fournie pour étayer ces valeurs. Il est donc recommandé, en l'absence d'éléments de preuve solides, de les considérer comme des valeurs guides.

8.2.4 Huiles et graisses
Objectif esthétique

Aucune valeur numérique ne peut être établie pour les huiles et les graisses dans les eaux récréatives. Les huiles, les graisses et les substances pétrochimiques ne doivent pas être présentes dans les eaux récréatives en concentrations telles :

  • qu'elles forment un film visible, des reflets ou une décoloration de la surface;
  • qu'elles dégagent une odeur;
  • qu'elles forment des dépôts, visibles ou décelables à l'odeur, sur les rives ou sur les sédiments du fond (Commission mixte internationale, 1987).
Description

Les Standard Methods for the Examination of Water and Wastewater (APHA et coll., 2005) définissent « les huiles et les graisses » comme étant « toute matière récupérée comme substance soluble dans un solvant ». La catégorie des huiles et des graisses comprend de nombreuses substances différentes d'origine minérale, animale, végétale ou synthétique, qui présentent une très grande variété de propriétés physiques, chimiques et toxicologiques. Il est en conséquence très difficile d'établir un critère numérique pour les huiles et les graisses.

La contamination des eaux récréatives par des substances huileuses provient de sources naturelles ou découle d'activités humaines. Certaines huiles sont naturelles - par exemple, celles qui s'écoulent des gisements d'hydrocarbures sous-marins ou qui sont produites par la décomposition de certaines matières. Les populations biologiques naturelles produisent également, en se décomposant, des composés lipidiques qui peuvent former des pellicules naturelles à la surface de l'eau.

La contamination anthropique est la plus préoccupante. Elle provient de diverses sources telles que les effluents industriels, les eaux de ruissellement des routes, les résidus d'hydrocarbures provenant des gaz d'échappement des moteurs de bateaux, les rejets accidentels ou délibérés provenant des réservoirs de carburant des navires, et les épaves de navires. Les marinas et les rampes de mise à l'eau peuvent également devenir des sources importantes de contamination des eaux récréatives par les huiles et les graisses.

Même de très petites quantités de substances huileuses suffisent à rendre l'eau peu esthétique. Les huiles peuvent former des films, et certaines composantes volatiles peuvent dégager des odeurs ou conférer un goût à l'eau (OMS, 2003a). Les huiles et les graisses peuvent également souiller les équipements, les rives et le corps des baigneurs. Il est possible, dans les cas de faible contamination, que les adeptes de loisirs aquatiques persistent à utiliser les lieux. Les risques d'intoxication par ingestion, par absorption cutanée ou par inhalation de vapeurs des substances huileuses pendant les activités récréatives sont jugés faibles. Les huiles et les graisses d'origine animale ou végétale sont en général jugées non toxiques pour les humains. De même, on reconnaît que les composés d'hydrocarbures peuvent devenir désagréables au plan organoleptique à des concentrations très inférieures à celles à partir desquelles ils commencent à présenter une toxicité chronique pour les humains. Ainsi, la consommation d'eau polluée par les produits pétroliers ne constituera vraisemblablement pas une source importante d'exposition pour les humains (Train, 1979).

8.2.5 Déchets
Objectif esthétique

Aucune valeur numérique ne peut être établie pour les déchets dans les zones de loisirs aquatiques. Ces dernières doivent être exemptes de débris flottants ou de matières en suspension formant des dépôts indésirables.

Description

On peut trouver, dans les eaux récréatives et sur les plages, divers types de déchets. Par exemple, des déchets d'aliments et d'emballages, des produits en papier ou en carton, des contenants en plastique, des produits en styromousse ou en caoutchouc, des canettes d'aluminium, des éclats de verre, des vêtements abandonnés, des mégots de cigarettes, des déchets médicaux et des cadavres d'animaux. Techniquement, les plantes aquatiques et les algues ne sont pas considérées comme des déchets, mais leur accumulation risque de poser un problème sur le plan esthétique, ainsi qu'un problème d'odeurs.

En plus d'être désagréables sur le plan esthétique, les déchets peuvent également présenter un risque pour la santé et la sécurité des usagers des eaux récréatives. Certains déchets peuvent être dangereux en cas de contact direct. Les déchets risquent aussi d'attirer les animaux sauvages, qui pourraient contribuer à la contamination fécale des eaux récréatives. On a d'ailleurs songé à faire du dénombrement des déchets un indicateur possible du risque de maladies gastro-intestinales chez les adeptes de loisirs aquatiques. De même, il existe peut-être un lien entre l'abondance des insectes volants ou piqueurs et les déchets. Ces insectes, considérés à tout le moins comme une nuisance, pourraient également poser une menace pour la santé en transmettant des zoonoses (NHMRC, 2008).

8.3 Caractéristiques chimiques

Recommandations

On ne possède pas suffisamment de données pour justifier l'établissement de valeurs de recommandations concernant des paramètres chimiques particuliers dans les eaux récréatives. Les risques associés aux dangers chimiques particuliers liés à la qualité de l'eau dépendront des conditions propres au secteur considéré et devront être évalués au cas par cas.

En général, les risques chimiques potentiels sont beaucoup plus faibles que les risques microbiologiques dans les eaux récréatives (OMS, 2003a). Les concentrations typiques de substances chimiques mesurées dans l'eau ne seront pas suffisamment élevées, dans la plupart des cas, pour engendrer chez les usagers exposés des maladies aiguës ou chroniques.

Description

Les contaminants chimiques peuvent pénétrer dans les eaux récréatives ou se déposer sur les plages à partir de sources naturelles et anthropiques (OMS, 2003a), notamment les sources ponctuelles, comme les rejets industriels ou les sources d'eau naturelles, et les sources diffuses comme les eaux de ruissellement provenant des zones urbaines ou agricoles. Les contaminants chimiques que l'on retrouve dans l'eau peuvent être inorganiques ou organiques.

Substances chimiques inorganiques

Les études nationales de la qualité de l'eau des lacs et des cours d'eau à vocation récréative donnent à conclure que les concentrations de substances inorganiques sont faibles dans ces milieux (NAQUADAT, 1988; Gouvernement du Canada, 1991). Les analyses de métaux lourds indiquent que ceux-ci sont présents à des concentrations de loin inférieures aux seuils recommandés pour la qualité de l'eau potable (Gouvernement du Canada, 1991). L'ingestion est considérée comme la voie primaire d'exposition aux contaminants chimiques inorganiques; toutefois, l'absorption cutanée est aussi considérée comme une voie possible d'exposition dans le cas de certaines formes de métaux lourds. Compte tenu des faibles concentrations rencontrées dans la plupart des eaux naturelles ainsi que des types et des degrés d'exposition liés à la pratique de loisirs aquatiques, l'exposition aux contaminants chimiques inorganiques n'est pas considérée comme un danger important pour la santé des usagers des eaux récréatives dans les zones de baignade reconnues.

Substances chimiques organiques

Il existe de nombreuses sources de contamination par les substances chimiques organiques, notamment les procédés industriels et l'utilisation de produits comme les peintures, les carburants, les teintures, les colles, les pesticides et les produits de nettoyage (NAQUADAT, 1988; Santé Canada, 1997).

Les études nationales ont examiné le degré de contamination des eaux à vocation récréative par les substances organiques. Les concentrations mesurées de ces substances dans les plans d'eau qui pourraient servir à des activités récréatives sont inférieures aux seuils recommandés pour la qualité de l'eau potable (Gouvernement du Canada, 1991; Marvin et coll., 2004), et ne devraient donc pas constituer une menace sérieuse pour la santé humaine.

On a avancé que l'absorption cutanée pourrait jouer un rôle aussi important que l'ingestion dans les cas d'exposition à certaines substances chimiques organiques (Brown et coll., 1984; Moody et Chu, 1995). Toutefois, compte tenu des faibles concentrations de ces substances mesurées dans la plupart des eaux naturelles et des scénarios d'exposition typiques qui caractérisent les activités aquatiques récréatives, l'exposition par voie cutanée ne présente vraisemblablement pas un risque important (Moody et Chu, 1995; Hussain et coll., 1998). Néanmoins, certaines précautions comme la limitation de la baignade aux plages publiques et la douche au savon et à l'eau après les activités récréatives contribueront à réduire encore plus ce risque.

Gestion des risques sanitaires

Le risque d'exposition humaine aux contaminants chimiques dans les eaux à vocation récréative canadiennes est jugé faible. Néanmoins, il existe effectivement certains scénarios susceptibles de contribuer à la présence d'un risque chimique pour la qualité de l'eau dans un plan d'eau récréatif particulier. Il est donc important que les exploitants de plages et les fournisseurs de services disposent d'un mécanisme pour s'assurer que les dangers chimiques potentiels sont connus. L'enquête relative à la sécurité et à l'hygiène du milieu est un outil important pour aider les exploitants des zones de loisirs aquatiques à déterminer et à évaluer les sources possibles de contamination chimique qui risquent d'influer sur la qualité des lieux dont ils sont responsables.

Les risques associés aux dangers chimiques particuliers liés à la qualité de l'eau dépendront des conditions propres au secteur considéré. Ainsi, les risques d'exposition humaine aux contaminants chimiques dans les eaux récréatives doivent toujours être évalués au cas par cas, en tenant compte des facteurs locaux. Voici quels sont, en règle générale, les éléments essentiels dont il conviendra de tenir compte dans le cadre de toute approche visant à évaluer les dangers chimiques liés à la qualité de l'eau dans les eaux récréatives :

  • connaissance historique de la zone permettant de déterminer les activités passées qui auraient pu conduire à une contamination de l'eau ou des sédiments;
  • inspection de la zone de loisirs aquatiques afin de déterminer toute source visible de contamination chimique comme les rejets ou les effluents;
  • mise en oeuvre des mesures supplémentaires requises à l'appui d'une évaluation quantitative des risques pour la santé humaine, y compris l'analyse chimique d'échantillons représentatifs (à l'aide de méthodes jugées acceptables par les organismes de réglementation) et l'examen des renseignements toxicologiques disponibles portant sur les contaminants chimiques en question;
  • étude des types d'activités récréatives et des tendances qu'elles affichent afin de déterminer l'existence ou non de voies non négligeables d'exposition des humains (p. ex. par ingestion, par inhalation ou par absorption cutanée);
  • examen des effets des dimensions de l'étendue d'eau (superficie, profondeur) et des autres caractéristiques hydrodynamiques et météorologiques (marées, courants, vents dominants) sur l'impact du risque chimique pour la qualité de l'eau en question.

On considère qu'une approche à barrières multiples constitue le moyen le plus efficace de protéger les usagers des eaux récréatives contre les risques d'une exposition à la contamination chimique de ces eaux. Cette approche s'appuie sur une enquête relative à la sécurité et à l'hygiène du milieu, afin de mettre en lumière les dangers chimiques potentiels pour la qualité de l'eau et de préciser en même temps les barrières à mettre en place pour réduire le risque de contamination chimique et limiter l'exposition des baigneurs pendant les périodes ou dans les zones où on estime que les risques sont plus importants.

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