Fiche Technique Santé-Sécurité : Agents Pathogènes – Bacillus cereus

FICHE TECHNIQUE SANTÉ-SÉCURITÉ : AGENTS PATHOGÈNES

SECTION I - AGENT INFECTIEUX

NOM : Bacillus cereus

SYNONYME OU RENVOI : Intoxication alimentaire à Bacillus cereus.

CARACTÉRISTIQUES : Les souches de B. cereus sont constituées de bacilles Gram positif de 1,4 µm habituellement observés en paires ou en chaînettes courtes Note de bas de page 1, Note de bas de page 2. B. cereus est anaérobie facultatif, mobile et capable de former des endospores, et ses colonies blanches d’aspect granuleux font entre 2 et 7 mm de diamètre Note de bas de page 3. Une croissance est observée à des températures se situant entre 10‑20 °C et 35‑45 °C, la température optimale étant d’environ 37 °C Note de bas de page 1, Note de bas de page 2. Le bacille peut produire six types de toxines, à savoir cinq entérotoxines et une toxine émétique, qui peuvent être thermostables ou thermolabiles, selon les souches Note de bas de page 2, Note de bas de page 4.

SECTION II - DÉTERMINATION DU RISQUE

PATHOGÉNICITÉ ET TOXICITÉ : B. cereus est responsable d’intoxications alimentaires spontanément résolutives (24‑48 heures) de deux types (syndrome diarrhéique et syndrome émétique) ainsi que d’infections opportunistes; il est aussi associé à certaines infections cliniques comme l’endophtalmie et d’autres infections oculaires Note de bas de page 2, Note de bas de page 5-Note de bas de page 7. La forme diarrhéique de l’intoxication à B. cereus est caractérisée par la présence de crampes abdominales, d’une diarrhée aqueuse profuse et d’un ténesme rectal parfois associés à de la fièvre et à des vomissements. La forme émétique de l’intoxication alimentaire à B. cereus est quant à elle caractérisée par la présence de nausées, de vomissements et d’une sensation de malaise parfois associés à une diarrhée Note de bas de page 2. B. cereus peut aussi être responsable d’infections des plaies, de bactériémies, de septicémies, de méningites, de pneumonies, d’infections du système nerveux central, d’endocardites, de péricardites, d’infections respiratoires et d’infections périphériques Note de bas de page 2, Note de bas de page 7, Note de bas de page 8. Chez les patients immunodéprimés, l’infection peut être mortelleNote de bas de page 5. Les souches de B. cereus qui possèdent des plasmides codant des facteurs de virulence semblables à ceux de B. anthracis peuvent être responsables de pneumonies graves chez les patients immunocompétents Note de bas de page 9.

ÉPIDÉMIOLOGIE : Répandu dans le monde entier Note de bas de page 2. Les affections attribuables à B. cereus sont couramment observées dans les régions où les aliments sont manipulés de façon inadéquate. Entre 1973 et 1985, B. cereus a été responsable de 17,8 % des intoxications alimentaires bactériennes observées en Finlande; cette proportion s’établissait à 11,5 % aux Pays‑Bas, à 0,8 % en Écosse, à 0,7 % en Angleterre et au pays de Galles, à 2,2 % au Canada, à 0,7 % au Japon et à 15 % (entre 1960 et 1968) en Hongrie Note de bas de page 10. Un total de 103 cas liés à une éclosion confirmés ont été signalés aux États‑Unis pour la période se terminant en 2008 Note de bas de page 11. En Norvège, B. cereus a été le pathogène le plus fréquemment mis en cause dans les maladies d’origine alimentaire observées en 1990 Note de bas de page 10.

GAMME D'HÔTES : Animaux et humains. Le bacille touche surtout les patients immunodéprimés, les utilisateurs de drogues par injection et les nouveau‑nés Note de bas de page 1, Note de bas de page 2, Note de bas de page 7.

DOSE INFECTIEUSE : La toxine responsable de la forme diarrhéique de l’intoxication est produite par le bacille dans l’intestin grêle; la dose infectieuse est alors de 104‑109 bacilles par gramme d’aliment. La toxine émétique est quant à elle préformée dans l’aliment ingéré (environ 105 à 108 bacilles par gramme d’aliment sont dans ce cas nécessaires à la production d’une quantité suffisante de toxine) Note de bas de page 2.

MODE DE TRANSMISSION : Le mode de transmission principal est l’ingestion d’aliments contaminés par B. cereus Note de bas de page 1, Note de bas de page 2. Le syndrome émétique est fortement associé à la consommation de riz et de pâtes alimentaires, tandis que le syndrome diarrhéique est principalement attribuable à la consommation de produits laitiers, de légumes et de viande. B. cereus forme des spores et se propage facilement Note de bas de page 10; en milieu hospitalier, il peut être transmis par contact avec de la literie contaminée Note de bas de page 12.

PÉRIODE D'INCUBATION : La forme diarrhéique de l’intoxication à B. cereus est associée à un délai d’apparition de 8 à 16 heures tandis que la forme émétique apparaît en 1 à 6 heures. Dans les deux cas, il y a habituellement résolution complète des symptômes en 24 heures Note de bas de page 1, Note de bas de page 2.

TRANSMISSIBILITÉ : Aucune transmission directe entre humains.

SECTION III - DISSÉMINATION

RÉSERVOIR : Animaux, humain, selles, sol Note de bas de page 10, paille et aliments associés aux maladies d’origine alimentaire (riz, pâtes alimentaires, produits laitiers, épices, légumes et viande) Note de bas de page 13.

ZOONOSE : Aucune.

VECTEURS : Aucun.

SECTION IV - VIABILITÉ ET STABILITÉ

SENSIBILITÉ AUX MÉDICAMENTS : B. cereus est sensible à l’imipénem et à la vancomycine; la plupart des souches sont aussi sensibles au chloramphénicol, aux aminosides, à la ciprofloxacine, à l’érythromycine et à la gentamicineNote de bas de page 1, Note de bas de page 2, Note de bas de page 7Note de bas de page 14. Certaines souches présentent une sensibilité modérée à la clindamycine et à la tétracycline Note de bas de page 1. L’administration précoce d’une association clindamycine‑gentamicine constitue le meilleur traitement des infections ophtalmiques à B. cereus.

RÉSISTANCE AUX MÉDICAMENTS : B. cereus produit de grandes quantités de β‑lactamases et est résistant à la pénicilline, à l’ampicilline, aux céphalosporines et au triméthoprime Note de bas de page 1, Note de bas de page 2, Note de bas de page 7.

SENSIBILITÉ AUX DÉSINFECTANTS : Le glutaraldéhyde est un agent chimique utilisé pour stériliser les matériaux contaminés par des bacilles. Les spores sont sensibles à l’hypochlorite de sodium à 1 %, à l’acide paracétique, au peroxyde d’hydrogène activé, au dioxyde de chlore Note de bas de page 15, au formaldéhyde, aux produits iodés, aux acides et aux bases Note de bas de page 7, Note de bas de page 16 employés à de fortes concentrations et selon des temps de contact prolongés. Les oxazolidinones sont aussi efficaces contre B. cereus Note de bas de page 1.

INACTIVATION PHYSIQUE : B. cereus peut être inactivé par un traitement par champ électrique pulsé en solution saline (0,15 % de NaCl) Note de bas de page 17. Bien que les spores de B. cereus puissent être résistantes à la chaleur et au rayonnement, une exposition à une température de 100 °C pendant 5 minutes entraîne des lésions de la membrane cellulaire et des ribosomes Note de bas de page 2, Note de bas de page 18. Un rayonnement gamma de 2 à 5 kGy est nécessaire à l’inactivation de B. cereus Note de bas de page 19.

SURVIE À L'EXTÉRIEUR DE L'HÔTE : B. cereus survit dans le sol et sur la végétation; généralement résistant à la chaleur, il peut survivre au traitement thermique des aliments, et ce, qu’il ait subi ou non des lésions cellulairesNote de bas de page 11, Note de bas de page 20.

SECTION V - PREMIERS SOINS ET ASPECTS MÉDICAUX

SURVEILLANCE : Surveiller l’apparition de symptômes. La culture et l’isolement des souches de B. cereus peuvent être réalisées en laboratoire, à 37 °C. Les échantillons de selles humaines contaminées peuvent être mis en culture dans un bouillon trypticase‑soja additionné de polymyxine Note de bas de page 2. Il sera ensuite possible d’isoler le microorganisme sur une gélose B. cereus, à savoir sur une gélose Mossel (mannitol, jaune d’œuf, polymyxine B, aussi appelée MEYP) ou sur une gélose PEMBA (polymyxine B, jaune d’œuf, mannitol, bleu de bromothymol). Des épreuves immunologiques, la PCR et des épreuves biologiques peuvent être employées afin de détecter l’activité entérotoxique de B. cereus Note de bas de page 10. L’isolement de plus de 105 microorganismes/g de l’aliment suspect confirme le diagnostic d’intoxication alimentaire à B. cereus Note de bas de page 1.

Remarque : Les méthodes de diagnostic ne sont pas nécessairement disponibles dans tous les pays.

PREMIERS SOINS ET TRAITEMENT : Administrer le traitement médicamenteux et le traitement de soutien appropriés Note de bas de page 6. La réhydratation orale constitue le traitement de choix des intoxications alimentaires aiguës, et les antibiotiques ne sont que rarement nécessaires Note de bas de page 21. Le traitement de première ligne des infections oculaires à B. cereus consiste quant à lui en l’administration de corticostéroïdes et d’antibiotiques Note de bas de page 22. Lorsque des bacilles Gram positif sont isolés dans le sang ou le liquide céphalorachidien d’un patient immunodéprimé présentant des signes cliniques d’infection, l’antibiothérapie empirique doit comprendre un agent efficace contre B. cereus (B. cereus est habituellement sensible à la clindamycine, aux aminosides, à la vancomycine, au chloramphénicol et à l’érythromycine) Note de bas de page 1, Note de bas de page 23.

IMMUNISATION : Aucune.

PROPHYLAXIE : La prise de sous‑salicylate de bismuth à raison de deux comprimés quatre fois par jour, aux repas et au coucher, peut s’avérer utile en tant que traitement prophylactique des diarrhées infectieuses aiguës non inflammatoires. La durée du traitement ne doit cependant pas dépasser 3 semaines Note de bas de page 21.

SECTION VI - DANGERS POUR LE PERSONNEL DE LABORATOIRE

INFECTIONS CONTRACTÉES AU LABORATOIRE : Aucun cas n’a jusqu’à présent été signalé.

SOURCES ET ÉCHANTILLONS : Selles humaines Note de bas de page 1, aliments contaminés Note de bas de page 10, sol Note de bas de page 7, Note de bas de page 10.

DANGERS PRIMAIRES : Ingestion de matériel contaminé. B. cereus produit des toxines qui peuvent être présentes dans les aliments et le sol Note de bas de page 10.

DANGERS PARTICULIERS : Aucun.

SECTION VII - CONTRÔLE DE L'EXPOSITION ET PROTECTION PERSONNELLE

CLASSIFICATION PAR GROUPE DE RISQUE : Groupe de risque 2 Note de bas de page 24.

EXIGENCES DE CONFINEMENT : Installations, équipement et pratiques opérationnelles de niveau de confinement 2 pour le travail avec des matières, cultures ou animaux infectieux ou potentiellement infectieux Note de bas de page 25.

VÊTEMENTS DE PROTECTION : Sarrau. Gants, lorsqu’un contact direct de la peau avec des matières infectées ou des animaux est inévitable. Une protection pour les yeux doit être utilisée lorsqu’il y a un risque connu ou potentiel d’éclaboussure Note de bas de page 25.

AUTRES PRÉCAUTIONS : Toutes les procédures pouvant produire des aérosols ou mettant en cause des concentrations ou des quantités élevées doivent s’effectuer dans une enceinte de sécurité biologique (ESB). L’utilisation d’aiguilles, de seringues et d’autres objets tranchants doit être strictement restreinte. Des précautions supplémentaires doivent être envisagées pour les activités avec des animaux ou à grande échelle Note de bas de page 25.

SECTION VIII - MANUTENTION ET ENTREPOSAGE

DÉVERSEMENTS : Laisser les aérosols se déposer et, tout en portant des vêtements de protection, couvrir délicatement le déversement avec des essuie‑tout et appliquer un désinfectant approprié, en commençant par le périmètre et en se rapprochant du centre. Laisser agir suffisamment longtemps avant de nettoyer.

ÉLIMINATION : Décontaminer toutes les matières à éliminer contenant l’agent infectieux ou ayant été en contact avec celui‑ci par stérilisation à la vapeur, désinfection chimique, rayonnement gamma ou incinération Note de bas de page 25.

ENTREPOSAGE : Dans des contenants étanches étiquetés de façon appropriée.

SECTION IX - RENSEIGNEMENTS SUR LA RÉGLEMENTATION ET AUTRES

INFORMATION SUR LA RÉGLEMENTATION : L’importation, le transport et l’utilisation de pathogènes au Canada sont régis par de nombreux organismes de réglementation, dont l’Agence de la santé publique du Canada, Santé Canada, l’Agence canadienne d’inspection des aliments, Environnement Canada et Transports Canada. Il incombe aux utilisateurs de veiller à respecter tous les règlements et toutes les lois, directives et normes applicables.

DERNIÈRE MISE À JOUR : Décembre 2011

PRÉPARÉE PAR : Direction de la règlementation des agents pathogènes, agence de la santé publique du Canada.

Bien que les renseignements, opinions et recommandations présentés dans cette Fiche de renseignements proviennent de sources que nous jugeons fiables, nous ne nous rendons pas responsables de leur justesse, de leur caractère exhaustif ou de leur fiabilité, ni des pertes ou blessures pouvant résulter de l’utilisation de ces renseignements. Comme on découvre fréquemment de nouveaux dangers, il est possible que ces renseignements ne soient pas tout à fait à jour.

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