ARCHIVÉ - Maladies chroniques au Canada

 

Volume 29 · Supplément 2 · 2010

L’extraction et la transformation de l’or, du nickel et du cuivre

Nancy E. Lightfoot, Michael A. Pacey et Shelley Darling

Toutes les provinces et tous les territoires du Canada sauf l’Île-du-Prince-Édouard comptent des exploitations minières. Les minerais comprennent le bauxite, le cuivre, l’or, le fer, le plomb et le zinc. Les travailleurs de l’industrie de l’extraction et de la transformation des métaux sont exposés non seulement au métal exploité, mais également à diverses autres substances présentes dans l’industrie, telles que les émissions de diesel, les brouillards d’huile, les explosifs, la silice, le radon et l’arsenic. Nous examinons dans le présent chapitre le risque de cancer associé à l’extraction de l’or, du nickel et du cuivre.

La cancérogénicité du nickel pour l’humain dépend de l’espèce de nickel, de sa concentration et de la voie d’exposition. L’exposition au nickel ou à des composés à base de nickel par des voies autres que l’inhalation n’augmenterait pas, semble-t-il, le risque de cancer chez l’humain. Par conséquent, les sièges de cancer qui sont préoccupants sont le poumon et les sinus paranasaux. Les données proviennent d’études sur des travailleurs d’usines d’affinage et de lavage, de calcination et de frittage dans la première moitié du XXe siècle. Le risque détectable est faible, voire nul, dans la plupart des secteurs de l’industrie du nickel aux niveaux d’exposition actuels. Les concentrations extrêmement faibles de nickel dans l’air ambiant exposent la population en général à un risque infime. La réalisation d’études de cancérogenèse chez les animaux, d’études sur les mécanismes d’action cancérogène du nickel ainsi que d’études épidémiologiques comportant une évaluation quantitative de l’exposition à diverses espèces de nickel permettrait néanmoins de mieux comprendre les risques pour la santé humaine qui sont associés à ce métal.

Il est impossible pour l’instant de tirer des conclusions définitives quant aux liens entre le cancer et l’exposition à l’or et au cuivre dans les activités d’extraction minière et de transformation. Les résultats disponibles soulignent la nécessité d’effectuer d’autres études sur divers facteurs de risque professionnels et non professionnels potentiels.

Introduction

Des mines sont exploitées dans toutes les provinces et tous les territoires du Canada, sauf l’Île-du-Prince-Édouard. Cette industrie occupe toutefois une place des plus importantes en Ontario, au Québec, en Colombie-Britannique et en Saskatchewan. Les mines canadiennes constituent une source de matériaux pour les industries manufacturières, automobiles, chimiques, et de la construction, et elles produisent d’importantes sources d’énergie. Le Canada est un des premiers producteurs de minerai et est très actif dans le commerce du charbon, des métaux, des matériaux de gros œuvre et des minerais non métalliques ou industriels. C’est aussi un important producteur mondial de zinc, d’uranium, de potasse, de nickel, de cadmium, de sélénium, d’indium, de cuivre, d’aluminium, de magnésium, de titane, de molybdène, de gypse et d’or1a. L’expansion récente de l’exploitation minière du diamant dans le Nord fait du Canada le troisième producteur au monde2a.

Dans le présent chapitre, nous résumons l’histoire de l’exploitation minière et les types de minerais extraits au Canada, passons en revue les études sur le risque de cancer chez les travailleurs de l’industrie de l’exploitation minière et du traitement du nickel, de l’or et du cuivre (en faisant abstraction de la fabrication des métaux et des alliages, des produits œuvrés et du finissage des métaux), et recommandons d’autres études scientifiques sur le cancer chez ces travailleurs. Les études sur les travailleurs sont examinées suivant l’ordre chronologique de leur publication. Notre choix des activités d’exploitation minière et de traitement étudiées est fonction de deux critères : la grande valeur économique des métaux et l’existence d’études publiées concernant la santé2b. L’uranium est un cas à part qui mérite d’être étudié séparément et est donc exclu de la présente analyse, comme d’autres types de métaux, de substances non métalliques, de matériaux de gros œuvre et de combustibles. Le lecteur est invité à consulter la section sur le radon du présent volume, dans laquelle on aborde les effets du rayonnement sur l’apparition du cancer.

L’industrie canadienne des métaux

Histoire, production et valeur économique

Les premiers prospecteurs et mineurs canadiens, qui étaient d’origine autochtone, extrayaient le cuivre et le façonnaient pour fabriquer des outils et des artefacts. On retrouve au IXe siècle des traces d’exploitation minière du fer dans les établissements vikings à Terre-Neuve. Puis il faut attendre jusqu’au début des années 1600, moment où Samuel de Champlain, avec l’aide d’Autochtones, se lança à la recherche de gisements de minéraux. Du fer et de l’argent furent découverts en Nouvelle-Écosse et quelques exploitations minières furent par la suite mises sur pied par des colons français et anglais1b. L’agriculture, l’industrie forestière, la pêche et l’industrie de la fourrure ont dominé le développement économique du Canada jusqu’en 1849, année où la découverte d’or placérien (accumulations de sable ou de débris rocheux qui contiennent des métaux précieux)3 en Californie raviva l’intérêt pour l’exploration minière1c. La ruée vers l’or de Cariboo en Colombie-Britannique (C.-B.), l’une des périodes les plus colorées de l’histoire de l’Ouest canadien, contribua à la construction d’un chemin de fer au Canada et marqua les débuts de la prospection, de l’exploitation et de la production minières d’aujourd’hui. Quelques étapes subséquentes sont résumées au tableau 1.

En 2004, d’après la valeur de la production minière, les principaux types de métaux extraits au Canada étaient le nickel, l’or, le cuivre, le minerai de fer, le zinc, l’uranium, les métaux du groupe des platineux, l’argent, le cobalt et le plomb (tableau 2)2c.

Tableau 1
Découvertes de métaux au Canada aux XIXe et XXe siècles
Période Lieu Métaux1d
Fin des années 1800 Ruée vers l’or du Klondike, Yukon Or placérien, or filonien, argent, plomb
Bassin de Sudbury, Ontario Cuivre, nickel
Fin des années 1890 Rossland, Sud de la C.-B. Or
Kimberley, Sud de la C.-B. Plomb, zinc, argent
Années 1900 Cobalt, Nord de l’Ontario Argent
Porcupine et Kirkland Lake, Nord de l’Ontario et Hemlo,  Nord-Ouest de l’Ontario Or
Cadillac, Rouyn-Noranda et Val d’Or, Québec Cuivre-or4a
Flin Flon, Nord du Manitoba Zinc, cuivre-nickel
Yellowknife, Sud des T.N.-O. Or
Great Bear Lake, Nord des T.N.-O. Uranium, radium
Gaspé, Québec Cuivre
Québec/Labrador Fer
Saskatchewan Potasse (1960), uranium (années 1970 et 1980)
Thompson, Nord du Manitoba Cuivre-nickel
Bathurst, Nouveau-Brunswick Cuivre-zinc-plomb
Québec et Terre-Neuve Amiante
Ouest et Est du Canada Charbon
Tableau 2
Valeur économique de la production de certains métaux au Canada, 2004
Métal2d Valeur estimative (en milliards de dollars canadiens)
Nickel 3,3 $
Or 2,2 $
Cuivre 2,0 $
Minerai de fer 1,4 $
Zinc 1,0 $
Uranium 0,6 $
Métaux du groupe des platineux 0,5 $
Argent 0,4 $
Cobalt 0,2 $
Plomb 0,1 $

Stratégies de protection de l’environnement et de la santé

Les sociétés membres de l’Association minière du Canada (AMC) œuvrent pour un développement durable qui implique non seulement une économie prospère, mais également la protection de la santé humaine et de l’environnement naturel. L’AMC met en œuvre l’initiative intitulée « Vers le développement minier durable », qui comprend un processus de vérification externe et la déclaration des rejets de l’industrie dans l’environnement. Les réductions des émissions obtenues en 2004 par rapport à l’année de référence (1988) sont présentées au tableau 3 pour les principales substances couramment rejetées5a. La liste des émissions aux fins de l’initiative comprend l’arsenic, le cadmium, le chrome, le cuivre, les cyanures, le sulfure d’hydrogène, le plomb, le mercure, le nickel, l’argent et le zinc ainsi que le dioxyde de soufre.

L’AMC collabore avec les gouvernements, les collectivités locales et les groupes d’intérêt à l’élaboration, à la mise en œuvre et à l’évaluation des plans de gestion de l’environnement pour chaque fonderie de métaux communs. Elle surveille les niveaux de rejet de dioxines et de furanes provenant des fonderies alimentées par des plastiques chlorés et d’autres substances chlorées et fait rapport au groupe de travail fédéral-provincial. Les entreprises travaillent également de concert avec d’autres industries, les gouvernements, les communautés des Premières nations et les groupes de citoyens en vue de réduire au minimum les effets délétères sur l’environnement5b. En bout de ligne, les gouvernements fédéral et provinciaux demeurent responsables de la surveillance.

Tableau 3
Réductions des rejets dans l’environnement obtenues en 2004 (par rapport aux niveaux de 1988)
Substance Réduction5c
Arsenic 57 %
Cuivre 67 %
Mercure 93 %
Zinc 75 %
Sulfure d’hydrogène 69 %
Cadmium 79 %
Plomb 87 %
Nickel 74 %
Dioxyde de soufre 59 %

Toxicologie de l’exploitation minière et du traitement des métaux

Les travailleurs affectés à l’extraction et au traitement des métaux sont exposés non seulement au métal exploité, mais également à diverses autres substances présentes dans l’industrie et non liées exclusivement à un minerai particulier. Tout un éventail d’expositions pourraient être étudiées, notamment les émissions de diesel, les brouillards d’huile, les explosifs, la silice, le radon et l’arsenic. La toxicologie de certaines de ces substances sera abordée, puis nous étudierons celle de l’or, du nickel et du cuivre. Il importe de noter que les expositions dans l’environnement souterrain et en surface peuvent grandement varier; les expositions peuvent également varier d’un lieu souterrain à l’autre.

L’arsenic peut être présent sous forme de composés organiques ou inorganiques, mais c’est l’arsenic inorganique qui est le plus préoccupant sur le plan toxicologique. Les composés arsenicaux trivalents sont connus pour être cancérogènes pour les humains6a. L’exposition professionnelle à l’arsenic est surtout le fait des travailleurs des usines de traitement des minerais de cuivre, d’or, de plomb et d’antimoine. Au nombre des autres industries où une exposition professionnelle est possible figurent celles qui utilisent ou produisent des composés arsenicaux et des pesticides contenant de l’arsenic, celles qui brûlent du charbon contenant de l’arsenic et qui traitent le bois avec des agents de conservation à base d’arsenic7a,8. Les données sur les niveaux d’exposition professionnelle semblent limitées. La dose journalière totale s’élève en moyenne à environ 90 µg7b,9, dont 45 µg provenant des aliments et 10 µg de l’eau potable7c,10. Les composés arsenicaux peuvent être absorbés par le tube digestif, les poumons et la peau. Ils sont surtout excrétés lors de la miction7d. Chez les travailleurs des fonderies, l’inhalation est la principale voie d’exposition. Le rôle de l’arsenic inorganique dans les cancers autres que ceux de la peau ou du poumon demeure obscur, mais des études ont fait état de cancers de la vessie, du rein, du foie et du côlon6b,7e,11-13. Les mécanismes possibles d’action génotoxique et cancérogène n’ont pas encore été établis6c. Le stress oxydatif et la déplétion du glutathion peuvent être des phénomènes in vitro induits par l’exposition à de fortes doses6d. L’inhibition de la réparation de l’ADN causée par l’inhibition directe d’enzymes ou l’inhibition d’enzymes par la formation de produits d’oxydation médiée par l’arsenic pourrait être une explication plus plausible6e. Certains ont laissé entendre que l’arsenic peut jouer le rôle d’une substance co-cancérogène ou d’un promoteur de tumeurs7f. Le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer) classe le groupe de l’arsenic et des composés arsenicaux parmi les substances cancérogènes pour les humains14a.

Les roches qui forment la croûte terrestre sont composées pour une bonne part de silice, l’un des minéraux les plus répandus sur la terre, qui existe sous forme cristalline (silice libre) et amorphe15a. C’est la forme cristalline qui pose des problèmes15b. La silice se cristallise en trois principales structures polymorphes, ayant toutes la même forme (SiO2)n, où n représente les diverses formes du composé : quartz (forme la plus répandue), tridymite et cristobalite15c. Les ouvriers des fonderies, les mineurs (exposition très variable selon la teneur en silice du minerai), les travailleurs des carrières et les sableurs sont souvent exposés à de fortes doses de silice. On peut également être exposé à de faibles doses lorsque des poussières mélangées sont inhalées, mais la population en général n’est pas exposée à des niveaux suffisamment élevés pour être pathogènes15d. La norme actuelle de l’American Occupational Safety and Health Administration est établie en fonction de la poussière respirable et du pourcentage de silice dans la poussière (c.-à-d. [10 mg/m3]/[pourcentage de silice cristalline+2])15e. La concentration de certains métaux et de silice peut varier d’un gisement de type similaire à l’autre et même à l’intérieur de corps minéralisés dans un gisement.

L’inhalation de silice peut causer une fibrose et un cancer du poumon chez le rat16a. Chez la souris, cependant, elle n’entraîne qu’une fibrose, mais aucune de ces deux pathologies n’a été relevée chez le hamster17. La silice peut provoquer une fibrose ou une granulomatose pulmonaire progressive chez les humains15f. Des études portant sur des travailleurs exposés à la silice semblent indiquer que leur risque de cancer du poumon serait accru, mais les résultats ne sont pas concordants, non plus que dans les analyses exposition-réponse15g. Steenland a conclu que le poids de la preuve est en faveur d’effets cancérogènes de la silice sur le poumon humain15h. D’autres soutiennent que la cristobalite et la tridymite, qui sont plus fibrogènes que le quartz, peuvent avoir un effet cancérogène encore plus important15i,18. D’autres encore prétendent que les données à l’appui d’un effet cancérogène de la silice sont faibles dans certaines cohortes de travailleurs et font défaut dans d’autres. Qui plus est, les rats peuvent avoir tendance à développer une tumeur après avoir été exposés à diverses particules non cancérogènes. Par exemple, les protéases et les oxydants produits par des cellules inflammatoires présentes dans les lésions causées par la silicose et l’amiantose peuvent créer un terrain favorable à la progression et à la formation de métastases du cancer du poumon en facilitant la propagation des cellules tumorales. La question du pouvoir cancérogène de la silice ne sera donc résolue que par la réalisation d’études épidémiologiques bien contrôlées19,20.

En 1997, le CIRC a conclu qu’il existait des preuves suffisantes chez l’humain de la cancérogénicité de la silice cristalline inhalée (sous forme de quartz ou de cristobalite) de sources professionnelles15j,16b.

Le radon est un cancérogène professionnel confirmé. C’est un gaz inerte présent dans la nature en tant que produit de désintégration du radium 226 ou de l’uranium 238. Ces deux dernières substances se retrouvent dans la plupart des sols et des roches, de sorte qu’il existe une source constante de radon dans la terre et certains atomes pourraient se retrouver dans l’air et l’eau environnants. Le radon a une demi-vie de 3,82 jours et se désintègre en une série de radio-isotopes solides à courte période appelés produits de filiation du radon, descendants du radon ou produits de désintégration du radon. Lors de leur désintégration, les produits de filiation du radon émettent des particules alpha qui peuvent endommager l’ADN des cellules tapissant les voies aériennes et finalement causer le cancer du poumon. L’exposition professionnelle aux produits de filiation du radon est préoccupante dans le cas des mineurs de fond et des travailleurs des exploitations d’uranium et de nombreux autres types d’exploitations. Vous trouverez de plus amples renseignements dans la section sur le radon du présent volume. Les produits de filiation du radon constituent également une cause importante de cancer du poumon dans la population en général. Le radon et ses produits de filiation sont toujours présents à l’intérieur des bâtiments et peuvent, dans certains cas extrêmes, atteindre des concentrations équivalentes à celles que l’on retrouve dans les mines21.

Le cobalt et ses composés sont considérés par le CIRC comme des cancérogènes possibles pour les humains14b. D’autres ont indiqué que bien que l’injection de cobalt (par opposition à l’ingestion ou à l’inhalation) se soit révélée cancérogène chez les mammifères22a-26, les rares études réalisées sur des sujets humains n’ont pas mis en évidence un nombre significatif de cas de cancer causés par le cobalt22b-24,27. Certaines données récentes laissent entendre que les travailleurs exposés au cobalt dans l’industrie des métaux durs peuvent courir un plus grand risque de cancer du poumon22c,28-33; toutefois, le problème de la co-exposition à d’autres métaux (p. ex. nickel et arsenic) et la petite taille des échantillons22d,24 font qu’on ne dispose pas encore de suffisamment de données concernant l’effet cancérogène d’une exposition professionnelle au cobalt.

On sait que l’amiante est à l’origine de cancers du poumon et de mésothéliomes, et on en trouve parfois dans les gisements exploités d’autres minéraux. Les amphiboles non fibreux n’ont pas été associés au cancer du poumon, bien qu’on soupçonne qu’ils puissent avoir un effet cancérogène à cause de leur similitude avec les minéraux de texture fibreuse34a.

Le dioxyde de soufre (SO2) fait partie des substances non classifiables eu égard à l’effet cancérogène14c. Le SO2 est une substance émise au cours des procédés d’extraction associés à plusieurs types d’exploitation minière. Ces expositions sont subies par les résidents des collectivités voisines (ou même distantes, dans le cas des grosses cheminées d’usine) et pas nécessairement par les travailleurs seulement.

L’or est considéré comme le métal le plus inerte bien qu’il puisse provoquer une sensibilisation35a. Il est rare que sa dissolution graduelle par des molécules contenant des thiols jusqu’à des concentrations infimes donne des complexes aurifères qui peuvent exercer des effets immunosuppresseurs et immunostimulateurs, selon la dose et la durée de l’exposition35b,36.

Le nickel est un métal ubiquiste, et l’appareil respiratoire (en particulier les cavités nasales et les sinus), le système immunitaire et la peau, sont des voies importantes d’exposition au nickel37a. Le composé de nickel ayant l’effet toxique le plus aigu est le nickel carbonyle, qui peut entraîner des céphalées, des vertiges, des nausées, des vomissements, un effet néphrotoxique et une pneumonie sévère, pouvant être suivis d’une fibrose pulmonaire37b,38a. Un excès de rhinites, de sinusites, de perforations de la cloison nasale et d’asthme bronchique ont été observés chez des travailleurs d’affineries de nickel et d’usines de nickelage37c,39a. On estime que jusqu’à 10 % des femmes et 1 % des hommes dans la population souffrent de dermatite de contact associée au nickel, et cette affection est fréquemment observée chez les travailleurs exposés à des composés de nickel solubles37d,39b. Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) classe les composés de nickel comme des agents cancérogènes pour les humains, et le nickel métallique comme un cancérogène possible pour les humains38b.

Oller et coll. ont fait remarquer que les études épidémiologiques réalisées avant 1990 présumaient que tous les composés solubles et insolubles de nickel avaient le même mécanisme cancérogène, mais des puissances différentes40a. Des études in vivo et in vitro plus récentes remettent cependant en question cette hypothèse et soulignent l’importance de déterminer l’espèce de nickel lorsqu’on évalue le potentiel cancérogène des composés de nickel. À la lumière des données épidémiologiques et des données d’études sur des animaux, Oller et coll. ont conclu que trois composés de nickel examinés avaient des comportements biologiques très différents : 1) Le sous-sulfure de nickel est probablement cancérogène pour les humains. 2) L’hexahydrate de sulfate de nickel, seul, n’est probablement pas cancérogène pour les humains; toutefois, des composés solubles peuvent exercer un effet toxique et induire une prolifération cellulaire, de sorte qu’il est possible que l’effet cancérogène du nickel insoluble s’en trouve renforcé, par conséquent d’autres études animales s’imposent pour examiner cet effet. 3) L’oxyde de nickel vert peut être cancérogène pour les animaux et les humains seulement à des doses assez élevées pour induire une inflammation chronique ou une prolifération cellulaire; in vitro, les concentrations d’oxyde de nickel vert doivent être dix fois plus élevées que les concentrations de sous-sulfure de nickel pour avoir le même pouvoir toxique et induire certains des mêmes effets. Oller et coll. ont intégré les données pertinentes sur les humains et les animaux dans un modèle général de développement du cancer du poumon : 1) initiation de la tumorigenèse à partir d’événements génétiques ou épigénétiques, entraînée par l’action directe ou indirecte de composés de nickel et 2) promotion de la prolifération cellulaire activée par certains composés de nickel. Selon Snow, plusieurs études ont montré que les composés de nickel insolubles sont fortement cancérogènes in vitro et in vivo41a-45, alors que les composés de nickel solubles ont un effet cancérogène plus faible.

Le nickel s’est révélé mutagène dans certains essais de mutagenèse chez des mammifères40b-42,46a, mais non dans des épreuves bactériennes41b,42,47a. En général, les sels de nickel seuls ne sont pas mutagènes, mais agissent en synergie comme co-mutagènes. Dans les cellules de mammifères, la transformation cellulaire in vitro induite par le nickel est liée à l’absorption par les phagocytes des espèces de nickel insolubles41c,43,48. La phagocytose des composés de nickel est également associée à la libération d’espèces d’oxygène par les macrophages des alvéoles pulmonaires41d,49. Snow a fait remarquer que les mécanismes génotoxiques demeuraient obscurs, qu’ils comportaient probablement plusieurs dimensions, étaient dépendants du mécanisme d’absorption du nickel et liés aux altérations des interactions ADN-protéines41e,47b.

Un groupe scandinave a cité le pouvoir cancérogène du nickel et le pouvoir relatif de différents composés de nickel comme le principal problème toxicologique de ce métal :

Le nickel métallique et plusieurs composés de nickel sont cancérogènes chez les animaux de laboratoire après l’exposition à plusieurs régimes différents. Le pouvoir cancérogène des composés de nickel diffère grandement chez les animaux par rapport aux humains. Chez les humains, les sels de nickel solubles sont cancérogènes, alors que, chez les animaux, les composés de nickel moins solubles semblent exercer les effets les plus puissants50a.

Bien que la toxicité du cuivre s’observe à des niveaux d’exposition élevés, le cuivre est un oligo-élément essentiel pour la santé humaine, car c’est un co-facteur de diverses enzymes oxydatives51,52. L’intoxication aiguë par le cuivre est rare chez les humains et due en grande partie à l’ingestion de sels de cuivre2e. On ne s’est pas beaucoup intéressé au rôle des sels de cuivre dans la cancérogenèse53a. Dans les études sur les effets du cuivre et du fer chez les rats Long-Evans Cinnamon, un nombre élevé de cas spontanés de cancer du rein et du foie sont apparus dans certaines conditions53b-55, et un métabolisme anormal du cuivre a été associé à l’hépatite et au cancer du foie54a. Poirier et Littlefield laissent entendre que cette souche de rats pourrait être un excellent modèle pour étudier les mécanismes d’action communs possibles du fer et du cuivre, lesquels causent probablement des lésions oxydatives de l’ADN53c.

Pour connaître les valeurs limites d’exposition (VLE) de 2003 applicables aux substances associées à l’industrie de l’exploitation des mines de métaux, le lecteur est prié de se reporter aux VLE et aux indices biologiques d’exposition (IBE) de 2003, publiés par l’American Conference of Governmental Industrial Hygienists56a. Le lecteur pourra également consulter cette publication pour d’autres expositions pertinentes à des substances chimiques et à des agents physiques. Le tableau 4 présente certaines des VLE qui peuvent nous intéresser. La valeur limite d’exposition-moyenne pondérée dans le temps (VLE-MPT) est la concentration moyenne pondérée en fonction du temps, pour une journée de travail normale de 8 heures et une semaine de travail de 40 heures, concentration à laquelle presque tous les travailleurs peuvent être exposés jour après jour, sans effets indésirables sur leur santé56b.

Tableau 4
Certaines valeurs limites d’exposition (VLE) en 200356c
Substance MPT (moyenne pondérée dans le temps)  mg/m3 à moins d’indication contraire
Arsenic, composés élémentaires et inorganiques 0,01
Amiante, toutes les formes 0,1 f/cc (fibre/centimètre cube)a
Cobalt, composés élémentaires et inorganiques 0,02
Cuivre Fumées 0,2
Poussières et brouillards 1
Diesel Essence (hydrocarbures totaux) 100b
Or Pas importante
Huile minérale Faiblement, moyennement et hautement raffinée 5c
Nickel Élémentaire 1,5c
Composés inorganiques solubles 0,1c
Composés inorganiques insolubles 0,2c
Carbonyle 0,05 ppm
Sous-sulfure 0,1c
Silice cristalline Quartz 0,05d
Cristobalite 0,05d
Tridymite 0,05d
Tripoli (quartz) 0,1d
Soufre, composés de Acide sulfurique 0,2e
Dioxyde de soufre 2 ppm

a Fibres respirables : longueur > 5µm

b Vapeur et aérosol

c Fraction inhalable

d Fraction respirable

e Fraction thoracique

Or

Généralités

L’or est un métal jaune mou, malléable, brillant et de grande valeur qui résiste à la corrosion. C’est peut-être la substance pharmacologique la plus ancienne et la plus moderne35c. Depuis les temps anciens, l’or a été utilisé dans les bijoux et les décorations et comme ingrédient dans les cosmétiques35d. À cause de son manque de dureté à l’état pur, on a recours à des alliages pour fabriquer des bijoux, des ustensiles et des pièces de monnaie57.

Au Canada, on retrouve l’or dans divers cadres géologiques et types de gisements de minerai. Une bonne part (60 %) est disséminée dans le substratum rocheux contenant uniquement de l’or, ce qu’on appelle les gisements d’or en filon. Ceux-ci sont classés selon leur profondeur ou leur température (épithermaux, mésothermaux ou hypothermaux), selon les formations minérales auxquelles l’or est associé (p. ex.  filon carbonaté de quartz ou gîte stratiforme inclus dans une formation ferrugineuse) ou selon la composition de la matrice géologique (c.-à-d. disséminée ou de substitution)58a.

En 2003, le Canada était le huitième producteur mondial d’or, après l’Afrique du Sud, l’Australie, les États-Unis, la Chine, le Pérou, la Russie et l’Indonésie. En 2004, on procédait à l’extraction de l’or dans toutes les provinces et tous les territoires, à l’exception de l’Île-du-Prince-Édouard. Il y avait en outre des affineries d’or au Québec et en Ontario. Plus élevé avant 1966, le niveau d’emploi dans les mines d’or du Canada a atteint un sommet en 1989 (12 631 travailleurs) pour décliner par la suite2f.

Études sur les travailleurs de l’or

La South Dakotan Homestake Gold Mine a été exploitée presque continuellement depuis 187659a. La roche aurifère consiste en des schistes métamorphisés de sidérite et de quartz et de cummingtonite et de quartz. Le minerai d’or contient donc de grandes masses de quartz et de nombreux filons de quartz, de même que de la chlorite, des amphiboles, de la sidérite et des quantités moindres de sulfures (pyrrhotite, pyrite, arsénopyrite, galène, sphalérite et chalcopyrite), de calcite, d’ankérite, de biotite, de grenat, de fluorite, d’oxydes de fer et de gypse59b,60. Gillam et coll. ont examiné la mortalité dans une cohorte de 440 travailleurs de la mine d’or South Dakotan Homestake, qui ont travaillé dans les mines souterraines pendant au moins soixante mois et qui n’ont jamais travaillé dans une autre mine61. Ils ont été suivi d’avril 1960 à décembre 1973. Sur les 71 décès observés (O), 52,9 étaient prévus (P). Pour déterminer le nombre prévu de décès, on multiplie les années-personnes à risque dans la cohorte pour chaque groupe d’âge par le taux de maladie dans la population de référence pour le groupe d’âge correspondant, puis on additionne, ce qui conduit à l’obtention d’une valeur non entière. Des 15 décès par cancer observés, 9,7 étaient prévus. Dix décès étaient attribuables au cancer du poumon, dont 2,7 étaient prévus (p < 0,01). L’étude, qui est basée sur un nombre limité d’événements, a été gênée par l’absence de données sur la santé au travail et un manque d’attention aux facteurs de confusion potentiels, aux expositions antérieures et à d’autres facteurs de risque possibles. Les conclusions, associant le taux en excès d’affections respiratoires malignes (8 O, 3,2 P, p < 0,05) à une exposition à l’amiante, avec la possibilité d’un effet additif d’une faible exposition à de la poussière de silice libre, semblent prématurées.

McDonald et ses collègues ont continué d’étudier la cohorte de mineurs d’or du Dakota du Sud62. Au nombre des sujets étudiés figuraient les membres de la Homestake Veterans Association (HVA), organisation à laquelle étaient automatiquement inscrits les travailleurs ayant plus de 21 ans de service à la mine. La cohorte comprenait 1 321 membres inscrits entre 1905 et la fin de 1973. L’étude a porté sur la période 1937-1973. En tout, 660 décès ont été observés. Les chercheurs ont conclu que les expositions antérieures des mineurs ont entraîné une surmortalité importante, due principalement à la silicose, à la tuberculose et à la silicotuberculose. La mortalité attribuable aux cancers des voies respiratoires n’avait pas augmenté de façon notable (17 décès O, 16,5 P) et la mortalité due aux tumeurs autres que respiratoires ou gastro-intestinales était plus faible que prévu (37 O, 38,9 P). L’étude comportait des relevés plus détaillés des emplois occupés que dans l’étude antérieure, notamment un classement par catégories d’exposition aux poussières basé sur l’exposition cumulative en milieu de travail. Les mêmes critiques formulées à l’endroit de l’étude de Gillam et coll. s’appliquent néanmoins à cette dernière.

Brown et coll. ont continué d’étudier la mortalité chez 3 143 mineurs de la cohorte de mineurs d’or du Dakota du Sud qui avaient travaillé à plein temps pendant au moins un an entre le 1er janvier 1940 et le 31 décembre 1964 (leur emploi pouvait avoir commencé avant 1940)59c,63a. Ils ont vérifié si chaque travailleur était en vie au 1er juin 1977. Huit cent soixante-et-un (861) décès ont été observés, alors que 765 étaient prévus. Toutes les tumeurs malignes (respiratoires, gastro-intestinales et autres) ont été examinées. Rien n’indiquait que le risque de décès par cancer du poumon était plus élevé lorsque les travailleurs étaient davantage exposés aux poussières ou lorsque la période de latence était plus longue. Les auteurs ont conclu que rien ne démontrait que l’incidence de cancer du poumon était élevée à cause d’une exposition au quartz, à l’arsenic, aux particules d’amphibole ou au radon. Encore une fois, l’absence de données sur la santé au travail et le manque d’attention portée aux facteurs de confusion potentiels et à d’autres facteurs de risques possibles enlèvent du poids aux résultats.

Armstrong et coll. ont examiné la mortalité chez 1 974 mineurs d’or de Kalgoorlie, en Australie de l’Ouest, ayant été étudiés relativement aux problèmes respiratoires en 1961 et 196264. Les sujets ont été suivis jusqu’en 1975, et 500 décès ont été enregistrés. On a observé une hausse légère de la mortalité par cancer de l’appareil respiratoire chez les mineurs après 13 à 14 années de suivi (59 O, 40,8 P, p < 0,01); aucune relation dose-réponse statistiquement significative n’a été relevée entre la durée du travail sous terre et le risque de décès par cancer de l’appareil respiratoire. Les auteurs ont indiqué que le tabagisme pourrait expliquer cette surmortalité, vu que 66,3 % des travailleurs fumaient et vu l’association étroite qui existe entre le cancer du poumon et la cigarette. Ils ont utilisé des données sporadiques sur l’exposition professionnelle, notamment des données non datées sur les concentrations d’arsenic dans la mine et un seul dénombrement pour les produits de filiation du radon effectué à la fin de la période d’étude. Sur la foi de ces données limitées, les auteurs ont conclu qu’il existait peu d’indications que le radon, l’arsenic et la silice contribuaient à la mortalité par cancer du poumon.

Muller et coll.65a ont étudié diverses causes de mortalité entre 1955 et 1977 chez des travailleurs ontariens de mines d’uranium et d’autres mines, des travailleurs de l’amiante et des travailleurs de la mine d’uranium Eldorado65b. Les mineurs d’or n’avaient pas travaillé dans des mines d’uranium et avaient au moins 60 mois d’expérience dans les mines, dont 85 % ou plus dans une mine d’or de l’Ontario. Les travailleurs qui avaient été exposés à l’amiante ont été exclus. Les mineurs ont ensuite été classés comme travailleurs de fond à plein temps s’ils avaient passé plus de 50 % de leur période d’exposition aux poussières en Ontario dans des mines d’or souterraines. Les auteurs ont étudié, chez les 6 972 travailleurs des mines d’or souterraines employés à plein temps, la prévalence de cancers digestifs (estomac, intestin et rectum, autres parties de l’appareil digestif), de cancers de l’appareil respiratoire (nez et cavités nasales, etc., trachée, bronches et poumon, larynx, autres parties de l’appareil respiratoire), de cancers des tissus lymphatiques et hématopoïétiques, des os, du rein, de la vessie, de l’encéphale, de la prostate, de la peau et de tous les autres types de cancers. Des valeurs p unilatérales ont été utilisées.

On a observé un rapport standardisé de mortalité (RSM%) de 148 (60 O, 40,40 P, p = 0,0023) pour le cancer de l’estomac. Le RSM% pour le cancer de la trachée, des bronches et du poumon s’élevait à 145 (196 O, 134,90 P, p < 0,0001). Le RSM% est le produit de la multiplication du RSM par 100; ainsi, un résultat de 100 indique que le nombre de décès observés est égal au nombre de décès prévus selon les taux de mortalité signalés dans la région servant de référence. Dans certains articles, on utilise le RSM% à la place du RSM pour présenter les résultats. Les employés des mines d’or qui travaillaient à temps partiel sous terre et à temps partiel à la surface (n = 570) ne présentaient aucune surmortalité importante attribuable au cancer. Lorsqu’on a examiné les décès pour chaque camp de mineurs d’or, la mortalité par cancer n’était pas plus grande à Kirkland Lake, Sudbury et dans les camps où on exploitait plusieurs métaux; toutefois, la mortalité par cancer était beaucoup plus élevée dans le cas du cancer de l’estomac à Timmins (RSM% = 148, 35 O, 23,72 P, p = 0,018) et du cancer de la trachée, des bronches et du poumon à Timmins (RSM% = 154, 119 O, 77,36 P, p < 0,0001) comme à Fort William (RSM% = 168, 19 O, 11,30 P, p = 0,022). Il aurait été utile de disposer de données additionnelles sur la santé au travail et d’autres renseignements sur les facteurs possibles de confusion et d’autres facteurs de risque potentiels. L’inclusion de travailleurs qui ont continué de subir régulièrement des radiographies pulmonaires pour les mineurs même s’ils ne travaillaient plus activement dans l’exploitation minière peut avoir introduit un biais lié à l’auto- sélection, ce qui a pu contribuer à diluer les résultats.

Muller et coll. ont poursuivi le travail sur la cohorte des mineurs d’or de l’Ontario et intégré une étude cas-témoins au sein de la cohorte66a. Ils ont exclu les hommes qui avaient subi volontairement une radiographie pulmonaire pour les mineurs en 1955 ou avant mais qui ne travaillaient plus comme mineurs. Les sujets ont été suivis de 1955 à 1977, ou jusqu’à ce qu’ils aient commencé un emploi dans les mines d’uranium ou jusqu’à leur décès, selon le premier de ces événements. Les hommes qui avaient été exposés à l’amiante ou qui avaient travaillé dans une mine d’uranium à l’extérieur de l’Ontario ou dans une usine de traitement de l’uranium formaient un groupe distinct de sujets exclus. Les deux populations de référence étaient la population masculine de l’Ontario appariée selon l’âge et la période calendrier, et une cohorte de mineurs de nickel et de cuivre de l’Ontario appariés selon l’âge. Les cancers examinés dans l’étude de cohorte étaient les mêmes que dans l’étude antérieure de Muller et coll.65c. Des valeurs p unilatérales ont été calculées pour les RSM%. En se basant sur la population masculine de référence de l’Ontario, le RSM% pour les mineurs d’or sous terre s’établissait à 157 (p = 0,001, 54 O, 34,5 P, intervalle de confiance (IC) à 95 % sur les décès observés : 40,6-70,5) pour le cancer de l’estomac et à 140 (p < 0,0001, 165 O, 117,5 P, IC à 95 % sur les décès observés : 140,8-192,2,) pour le cancer de la trachée, des bronches et du poumon. Les RSM% pour tous les autres sièges de cancer ne s’éloignaient pas significativement de un.

En Ontario, d’importantes méthodes de ventilation et de suppression des poussières mises en place dans le milieu des années 40 ont modifié considérablement le milieu de travail des mineurs de fond. Dans la deuxième étude de Muller et coll., aucune association n’a été établie entre le risque de décès par cancer du poumon et les années d’exposition sous terre. Toutefois, le risque de décès par cancer du poumon augmentait significativement avec le nombre d’années de travail et d’exposition à la poussière dans les mines avant 1945; les expositions après 1945 contribuaient très peu à l’augmentation du risque. Cette différence a incité Muller et coll. à conclure qu’il y avait des données à l’appui de l’hypothèse d’une exposition professionnelle à l’origine de l’augmentation observée du risque de cancer du poumon.

En prenant comme population de référence les mineurs de nickel et de cuivre, on en arrive à un risque relatif (%) de 238 (p = 0,001) pour la mortalité par cancer de l’estomac chez les travailleurs des mines d’or souterraines de moins de 70 ans. Le risque relatif (%) de cancer du poumon dans le même groupe s’élevait à 190 (p < 0,0001), le risque en excès étant le plus élevé dans le groupe des 55 à 64 ans. Aucune différence significative n’a été relevée entre les travailleurs des mines d’or souterraines et les mineurs de nickel ou de cuivre après l’âge de 70 ans. Le risque plus élevé de décès par cancer du poumon chez les mineurs d’or ne s’expliquait pas par la différence d’âge entre les deux populations.

L’étude cas-témoins nichée dans une cohorte a porté sur les hommes décédés d’un cancer du poumon qui ont été appariés de façon aléatoire à un témoin du même âge qui avait pour sa part survécu et avait travaillé comme mineur d’or mais jamais dans des mines d’uranium. Les antécédents de consommation de tabac ont été recueillis chez les hommes, les proches parents ont été retracés et les dossiers médicaux ont été examinés. Les renseignements sur l’usage du tabac ont été difficiles à obtenir pour les mineurs d’or nés avant 1938; seuls ceux dont on connaissait les antécédents de consommation de tabac ont donc été inclus dans l’étude (119 paires sur 165). Le modèle final comprenait les antécédents de consommation de tabac, le nombre de mois de travail dans les mines d’or souterraines, les concentrations élevées de poussière, les concentrations élevées de poussière et d’arsenic, les concentrations élevées de poussière et de sulfures, les concentrations élevées de poussière et de fibres, ainsi que les concentrations élevées de poussière et de silice. Une augmentation du risque de décès par cancer du poumon a été observée chez les travailleurs qui comptaient un plus grand nombre de mois d’expérience dans des environnements très poussiéreux. On a également relevé des hausses statistiquement significatives du risque associé au tabagisme (p < 0,0001), à une forte exposition aux poussières (p = 0,04), et à de fortes concentrations de poussières et de sulfures (p = 0,04). Les fumeurs couraient un risque sept fois plus élevé que les non-fumeurs de mourir d’un cancer du poumon. L’augmentation du risque relatif dans les cas d’exposition à des concentrations élevées de poussières avant 1945 s’établissait à 2,5 pour l’exposition moyenne de 6,6 ans chez les cas (3,1 pour 100 mois).

On ajoutait autrefois de la poussière d’aluminium dans les mines pour protéger les mineurs contre les effets délétères d’autres poussières plus dangereuses, telles que la silice. Aucune association entre la poussière d’aluminium et la mortalité par cancer du poumon n’a été mise au jour. La classification des clichés radiographiques, méthode normalisée pour déterminer l’exposition des mineurs à la silice, était associée de façon significative à la mortalité par cancer du poumon; après correction pour tenir compte du tabagisme, l’association s’est toutefois beaucoup estompée, ce qui semble indiquer un rôle additif possible. L’exposition au radon-222 n’était pas associée à la mortalité par cancer du poumon; par contre, les données sur le radon ne provenaient pas de lectures effectuées en milieu de travail mais ont plutôt été extrapolées à partir des données géologiques existantes. Aucun agent causal et aucune hypothèse n’ont été avancés par les auteurs pour expliquer la surmortalité par cancer de l’estomac, même s’il faut dire à leur décharge qu’ils avaient mis l’accent sur la mortalité par cancer du poumon.

Wyndham et coll. ont examiné la mortalité chez 3 971 mineurs d’or de race blanche d’Afrique du Sud qui avaient passé 85 % de leurs années de service dans des mines d’or67a. Les auteurs ont effectué une étude de cohorte de la mortalité par cancer du poumon, avec un suivi jusqu’en 1978, ainsi qu’une étude cas-témoins. La cohorte était constituée de mineurs nés entre 1916 et 1930, qui avaient subi les examens obligatoires du Medical Bureau of Occupational Diseases en 1969, qui étaient toujours en vie le 1er janvier 1970 et qui travaillaient pour des mines enregistrées auprès de la Chamber of Mines du pays. Tous les mineurs d’or travaillaient dans les zones d’exploitation minières de l’East/Central/West Rand. Cinq cent trente (530) décès ont été recensés (450,6 P) chez les 3 956 sujets pour lesquels on disposait de statistiques de l’état civil. Le RSM% pour toutes les causes s’établissait à 117,6. Une bonne part était attribuable à un taux en excès de cancer du poumon (RSM% 161,2, IC à 95 % : 114,6-220,3; 39 O, 24,2 P), de maladies respiratoires chroniques (RSM% 165,6, IC à 95 % : 108,2-242,7; 26 O, 15,7 P) et de néphrite aiguë et chronique (RSM% 381,0, IC à 95 % : 164,4-750,9, 8 O, 2,1 P).

Dans l’étude cas-témoins, les témoins ont été choisis au hasard parmi les mineurs qui avaient survécu plus longtemps que les cas et qui étaient nés la même année67b. Pour chaque cas de cancer du poumon, les auteurs ont sélectionné quatre témoins. L’exposition cumulative à la poussière et le nombre d’années de travail sous terre ont été évalués dans des composantes séparées de l’étude, en tenant compte de l’effet de la quantité de tabac consommé. Les rapports de risque (RR) pour le tabagisme étaient statistiquement significatifs et similaires pour la composante portant sur l’exposition à la poussière (RR 3,90 [pour 20 cigarettes par jour], IC à 95 % : 1,85-8,21) et celle visant les années de travail sous terre (RR 3,74, IC à 95 % : 1,71-8,20). L’association avec l’exposition à la poussière, même si elle n’était pas significative, atteignait presque le seuil de signification; les auteurs ont constaté que l’effet additionnel sur le risque relatif était de 1,77 par 10 années-particules (p = 0,06). Cependant, le nombre d’années de travail sous terre n’était pas associé de façon significative à la mortalité par cancer du poumon.

En 1993, Kusiak et coll. ont examiné dans une étude de cohorte, la mortalité par cancer de l’estomac chez les mineurs de l’Ontario68a. La cohorte était composée de mineurs qui avaient travaillé pendant au moins 60 mois dans l’industrie minière, dont au moins deux semaines dans des mines en Ontario après 1954, et qui avaient été exposés à la poussière. Les sujets qui avaient travaillé dans des mines d’amiante ou d’uranium à l’extérieur de l’Ontario ont été exclus. Les travailleurs de plus de 74 ans ont été exclus à cause du sous-dénombrement des décès. Les sujets ont été suivis de 1955 à 1986. Les auteurs ont calculé les personnes-années à risque jusqu’au moment du décès, jusqu’à l’âge de 75 ans, ou jusqu’à la fin de la période d’étude, selon la première de ces éventualités. La mortalité par cancer de l’estomac était significativement élevée chez les mineurs d’or qui avaient travaillé ou non dans des mines d’uranium (tableau 5).

Tableau 5
Mortalité par cancer de l’estomac chez les mineurs d’or de l’Ontario, 1955-1986
IC à 95 %
Groupe RSM% Minimum Maximum O P
Mines d’or et d’uranium 152 125 185 104 68,2
Mines d’or seulement 147 117 184 79 53,6
Mines d’or seulement, nés en Amérique du Nord 133  99 175 51 38,2
Mines d’or seulement, nés ailleurs 177 132 231 53 30,0
Moins de 20 années écoulées depuis leur premier emploi  dans une mine d’or, nés en Amérique du Nord 255 139 428 14
Moins de 20 années écoulées depuis leur premier emploi  dans une mine d’or, nés ailleurs 270 140 472 12
Mineurs d’or de moins de 60 ans 167 122 223 45
Mineurs d’or de 60 à 74 ans 143 109 184 59

(d’après Kusiak, 1993)68b

Dans leur étude, Kusiak et coll. ont examiné un certain nombre d’agents suspects présents en milieu de travail, dont le chrome, les émissions de diesel, la poudre d’aluminium, l’arsenic et les fibres minérales. Seul l’indice d’exposition au chrome pondéré dans le temps était associé à la mortalité par cancer de l’estomac. Les chiffres d’exposition ne s’appuyaient pas cependant sur des données sur la santé au travail recueillies régulièrement, mais plutôt sur des échantillons prélevés sporadiquement. Les auteurs ont émis l’hypothèse que deux mécanismes influaient sur la mortalité par cancer de l’estomac; le premier intervenait cinq à dix-neuf ans après l’entrée en fonction du travailleur dans une mine d’or. Les auteurs ont déclaré que ce mécanisme pouvait être dû à la poussière, qui pouvait contenir du chrome ou un agent étroitement associé à ce dernier. Le second mécanisme n’affectait que les hommes nés outre-mer et pouvait entraîner une surmortalité par cancer de l’estomac après l’âge de 60 ans. Les auteurs ont laissé entendre que le tabagisme et la consommation d’alcool n’étaient pas des explications probables de cette surmortalité, mais ils n’ont pas étudié d’autres facteurs liés au mode de vie, telle l’alimentation, qui pourraient être associés au cancer de l’estomac.

Simonato et coll. ont examiné la mortalité dans une cohorte de travailleurs de mines et d’affineries d’or en France69. La cohorte comprenait des hommes nés en France ou à l’étranger, employés après 1954, qui avaient occupé pendant au moins un an un emploi non administratif et qui étaient vivants en 1972 (n = 1 330). Ceux-ci ont été suivis de janvier 1972 à la fin d’août 1987. La mortalité était significativement plus faible que prévu. Deux cent un (201) décès ont été recensés, alors que 248,40 étaient prévus, ce qui donne un RSM% de 81. Tout un éventail de sièges de cancer a été étudié, la mortalité encore une fois étant relativement peu élevée. Pour tous les sièges, le RSM% s’élevait à 93, avec 70 décès observés et 75,0 décès prévus. Des taux remarquablement élevés de décès ont été relevés dans la cohorte pour le cancer du rectum (RSM% 280; IC à 95 % : 113-577; 7 O, 2,50 P) ainsi que pour les cancers de la trachée, des bronches et du poumon (RSM% 213; IC à 95 % : 148-296; 35 O, 16,44 P). Les sujets qui avaient déjà travaillé dans des mines affichaient des taux de mortalité plus élevés que les non-mineurs pour ce qui est du cancer de la trachée, des bronches et du poumon (RSM% 217; IC à 95 % 131-339; 19 O, 8,75 P) et de la maladie de Hodgkin (RSM% 1176; IC à 95 % : 142-4 250; 2 O, 0,17 P). Les travailleurs des affineries présentaient des taux élevés de mortalité attribuables au cancer du rectum (RSM% 483; IC à 95 % : 194-995; 7 O, 1,45 P) et aux cancers de la trachée, des bronches et du poumon (RSM% 229; IC à 95 % : 144-347; 22 O, 9,59 P). Il existait une association faible mais non significative entre la durée d’emploi et le RSM% chez les mineurs. Dans le cas du cancer du poumon, les RSM% étaient cependant liés à la durée d’emploi, des taux en excès étant retrouvés chez les travailleurs embauchés avant 1955. Les auteurs ont constaté d’importantes diminutions de la contamination par l’arsenic et la poussière à l’intérieur de la mine en 1954. Ils ont conclu que le risque global de décès par cancer du poumon était de la même ampleur pour les travailleurs des mines et des affineries. Bien qu’ils n’aient pas recueilli les antécédents de consommation de tabac, ils estimaient que, vu l’ampleur du risque, l’usage du tabac ne pouvait expliquer à lui seul la surmortalité par cancer du poumon et ont laissé entendre que l’augmentation du risque de cancer pouvait être due à la présence d’arsenic insoluble de même qu’à d’autres expositions, notamment au radon et à la silice. L’incapacité de déterminer la cause du décès chez 20,4 % des membres de la cohorte vient quelque peu limiter les résultats de cette étude. On ne peut pas non plus tirer de conclusions précises du fait de la petitesse des échantillons pour certains sous-groupes de mortalité et de l’absence de données sur l’exposition au travail, lacunes reconnues par les auteurs. Le fait qu’ils n’aient pas effectué une analyse adéquate des autres facteurs de risque possibles réduit l’utilité de l’étude.

Steenland et coll. ont effectué une analyse de cohorte et une étude cas-témoins nichée dans une cohorte portant sur le cancer du poumon chez les mineurs d’or du Dakota du Sud34b. Ils ont étudié la même cohorte que Brown et coll.63b et étendu le suivi jusqu’à 1990. Ils ont relevé 1 551 décès chez 3 328 mineurs d’or qui avaient travaillé sous terre au Dakota du Sud pendant au moins un an entre 1940 et 1965. Les sièges de cancer examinés étaient les suivants : appareil digestif, péritoine, appareil respiratoire, larynx, poumon, autres parties de l’appareil respiratoire, appareil urinaire, tissus hématopoïétiques, lymphosarcome/réticulosarcome, maladie de Hodgkin, leucémie, leucopénie et autres. L’étude cas-témoins s’est concentrée sur la mortalité pour chacun de ces sièges; l’exposition à la silice et aux minéraux amphiboles non fibreux constituait les principales formes d’exposition étudiées. Utilisant comme taux de référence la mortalité aux États-Unis, l’analyse de cohorte n’a mis au jour aucun RSM statistiquement significatif. Dans les comparaisons à l’échelle des comtés locaux, les taux de cancer du poumon étaient cependant légèrement plus élevés chez tous les mineurs (RSM 1,25; IC à 95 % : 1,03-1,51; 112 O) et chez ceux qui avaient été exposés pour la première fois il y a 30 ans ou plus (RSM 1,27; IC à 95 % : 1,02-1,57; 88 O). Lorsqu’on utilisait tous les comtés du Dakota du Sud comme population de référence, le cancer du poumon était encore une fois significativement élevé, les taux dépassant ceux obtenus en prenant les comtés locaux comme point de référence (RSM 1,59; IC à 95 % : 1,31-1,92). Il est important de noter qu’aucune tendance exposition-réponse positive n’a été relevée entre la mortalité par cancer du poumon et l’exposition cumulative à la poussière, même lorsqu’on tenait compte du temps écoulé depuis le dernier emploi. À la différence d’autres études examinées ici, la mortalité par cancer du poumon n’augmentait pas selon la période d’embauche. Les auteurs ont cependant observé une tendance significative en ce qui a trait au lymphome non hodgkinien, le RSM étant significativement élevé dans la catégorie d’exposition à la poussière la plus élevée (RSM 3,29, pour 48 000+ jours d’exposition à la poussière; un jour d’exposition à la poussière = 1 jour d’exposition à 1 million de particules par pied cube [mpppc]).

Dans le volet cas-témoins de l’étude, Steenland et coll. ont sélectionné 115 décès par cancer du poumon34c. Chaque cas a été apparié à cinq témoins qui avaient le même âge que le cas au moment du décès et dont l’exposition cumulative a été tronquée au moment du décès du cas. Les données sur le tabagisme étaient historiques, provenant d’une enquête chez les mineurs effectuée en 1960. Une tendance non significative dans le risque de décès par cancer du poumon a été observée en rapport avec la transformation logarithmique de l’exposition cumulative estimée, de même qu’avec la durée estimative de l’exposition. Selon les auteurs, l’exposition à des amphiboles non fibreux ou à de la silice n’était probablement pas responsable des taux en excès de cancer du poumon. Compte tenu des écarts entre leurs observations et d’autres études établissant un lien entre la silice et le cancer du poumon, les auteurs ont avancé que toutes les formes de silice peuvent ne pas avoir le même effet ou que les études démontrant l’existence d’une relation dose-réponse positive à la poussière peuvent en partie être influencées par des facteurs de confusion comme l’exposition au radon ou à l’arsenic. D’autres facteurs de risque potentiels peuvent également jouer un rôle important, mais ils n’ont pas été examinés dans cette étude.

Les mineurs d’or de Kalgoorlie, Australie de l’Ouest, ont fait l’objet d’une analyse de la mortalité proportionnelle70. Les sujets ont été suivis de 1961 jusqu’en 1991. De Klerk et coll. ont défini les cas comme tous les décès par cancer du poumon (n = 98) et les témoins comme les décès dus à d’autres causes (n = 744), à l’exclusion de la tuberculose, d’autres maladies respiratoires et des cancers du larynx ou de siège inconnu. Au moyen d’une régression logistique, ils ont déterminé les risques pour un éventail de variables, dont l’âge, la consommation de tabac, la durée d’emploi sous terre et la présence d’une bronchite au moment de l’enquête. Seul l’usage du tabac semblait exercer un effet important sur le risque de cancer du poumon. Le fait d’avoir travaillé 40 ans ou plus sous terre semblait également contribuer au risque. Les auteurs ont souligné que les résultats étaient préliminaires, mais ont tout de même indiqué que le tabac influait sur le risque relatif de cancer du poumon et que la durée d’emploi exerçait peut-être un effet dans le cas de ceux qui avaient travaillé pendant 40 ans ou plus sous terre. D’autres facteurs de risque potentiels n’ont pas été examinés.

Une autre cohorte de mineurs d’or d’Afrique du Sud ayant travaillé dans les mines d’or de l’East/Central/West Rand a été étudiée par Reid et Sluis-Cremer71. La cohorte comprenait tous les mineurs d’or de race blanche nés entre janvier 1916 et décembre 1930, qui avaient subi les examens obligatoires du Medical Bureau of Occupational Diseases en 1969 (n = 4 925). L’âge des mineurs variait entre 39 et 54 ans au moment de l’étude. Deux mille huit  cent quatre-vingt-douze (2 892) mineurs étaient toujours vivants en 1990. La mortalité était plus élevée que prévu (2 032 O, 1 568 P), et la mortalité par cancer du poumon était significativement élevée (RSM% 139,8; IC à 95 % : 117,8-164,6; p < 0,0005; 143 O, 102,32 P). Une étude cas-témoins nichée dans une cohorte a porté sur les sujets qui avaient travaillé au moins 85 % de leur temps dans des mines d’or, dont au moins 15 % de ce temps sous terre. Pour chaque cas, deux témoins survivants ont été appariés pour l’âge. L’étude cas-témoins a examiné un éventail de facteurs de risque liés au tabagisme et pouvant être liés au travail. Les habitudes de consommation de tabac examinées comprenaient la quantité de tabac fumé, et l’usage de la pipe et du cigare était transformé en équivalent en cigarettes. Ces habitudes ont été enregistrées pour des intervalles de cinq ans de 1960 à 1990, et la moyenne a été notée sous la forme d’une variable quantitative. De plus, la pression artérielle, l’indice de Quetelet et la durée d’emploi dans l’exploitation minière (dont le temps passé sous terre et la durée d’exposition cumulative à la poussière) ont été inclus dans le modèle. Le tabagisme était le seul facteur de risque significatif (RR 2,41, IC à 95 % : 1,4-4,2); 86 % des mineurs avaient fumé à un moment ou à un autre, et la consommation moyenne était de 16 à 17 cigarettes par jour. L’exposition aux produits de filiation du radon, telle qu’évaluée selon le nombre de quarts de travail sous terre en tant que mesure de substitution, n’était pas liée au risque de cancer du poumon. D’après les auteurs, il faudrait que les études futures fournissent plus de données détaillées sur l’exposition aux rayonnements. Il serait également utile de prendre en compte d’autres facteurs de risque potentiels.

De Klerk et Musk ont examiné l’exposition à la silice, la silicose et la mortalité par cancer du poumon dans une cohorte de 2 297 mineurs d’or de Kalgoorlie, en Australie de l’Ouest72a. Cette cohorte provenait d’enquêtes effectuées en 1961, 1974 et 1975 et elle a été suivie de 1961 à 1993. Deux estimations séparées des décès prévus ont été calculées. La première (RSM1) présumait que tous les travailleurs perdus de vue étaient toujours vivants le 31 décembre 1993 ou avaient 85 ans, selon la première de ces éventualités. La seconde estimation (RSM2) a été établie en censurant les données sur les sujets selon la dernière date connue où ils étaient toujours vivants. Les estimations semi-quantitatives de l’exposition moyenne et cumulative à la silice ont été calculées pour l’exposition sous terre et en surface en combinant les scores d’exposition attribués et les relevés d’emploi. En outre, un groupe d’experts a estimé l’exposition à la silice pour chaque emploi. Au moment de l’étude, 654 membres de la cohorte étaient toujours vivants, 1 386 étaient décédés et 257 n’ont pu être retracés. La mortalité, toutes causes confondues, dans la cohorte était similaire à celle d’un groupe de référence d’Australiens de l’Ouest appariés pour l’âge, le sexe et la période, mais la mortalité par cancer du poumon était élevée (RSM1 1,26; IC à 95 % : 1,07-1,59). La censure des données sur les sujets selon la dernière date connue où ils étaient vivants a contribué à augmenter la signification du rapport de mortalité par cancer du poumon (RSM2 1,49; IC à 95 % : 1,26-1,76).

Dans une étude cas-témoins sur le cancer du poumon nichée dans cette cohorte72b, les cas ont été appariés selon l’âge à des témoins qui avaient survécu plus longtemps et n’avaient pas encore développé de cancer du poumon l’année où les cas étaient décédés. Les sujets pouvaient être des témoins pour plus d’un cas, ou être des témoins avant de tomber malades et d’être reclassés comme des cas. Les habitudes de consommation de tabac au moment de l’enquête, la durée d’emploi sous terre et en surface, le score d’exposition cumulative à la silice, la moyenne pondérée dans le temps de l’exposition cumulative à la silice divisée par la durée d’emploi, le temps écoulé depuis la première exposition et la décennie du premier emploi étaient considérés comme des variables prédictives. De plus, une variable liée au lieu de travail a été incluse pour établir des catégories distinctes : emploi sous terre seulement, emploi sous terre et en surface, et emploi en surface seulement. L’effet de la silicose selon la décennie du diagnostic a également été ajouté. Le risque de décès par cancer du poumon était extrêmement élevé chez les fumeurs dans cette étude. Il semblait y avoir une relation apparente dose-réponse : le risque était le plus faible chez ceux qui fumaient 1 à 14 cigarettes par jour (RR 19,4; IC à 95 % : 2,6-143,7), il était intermédiaire chez ceux qui fumaient 15 à 24 cigarettes par jour (RR 23,0; IC à 95 % : 3,2-167,6), et il était le plus élevé chez ceux qui fumaient 25 cigarettes ou plus par jour (RR 32,5; IC à 95 % : 4,4-241,2). Ceux qui fumaient la pipe et le cigare affichaient également des taux plus élevés de mortalité par cancer du poumon (RR 9,1; IC à 95 % : 0,82-101,1). La silicose (RR 1,59; IC à 95 % : 1,10-2,28) et la bronchite (RR 1,60; IC à 95 % : 1,09-2,33) étaient associées à un risque légèrement accru de décès par cancer du poumon. L’effet d’un diagnostic de silicose diminuait légèrement, mais de façon non significative, en fonction du temps écoulé depuis le diagnostic. L’effet le plus important était observé dans l’année qui suivait l’indemnisation des travailleurs pour la silicose. Seul le logarithme de l’exposition cumulative à la silice, en score d’exposition-années, était lié de façon significative au cancer du poumon (RR 1,1; IC à 95 % : 1,01-1,70); lorsqu’on prenait en considération la silicose, la signification de cette observation disparaissait cependant (RR 1,20; IC à 95 % : 0,92-1,56). Les auteurs ont conclu que la surmortalité par cancer du poumon se limitait aux mineurs qui avaient reçu une indemnisation pour la silicose. Ceci pourrait suggérer que l’immunosuppression localisée induite par la silicose ait pour effet d’augmenter le risque de cancer du poumon.

Hnizdo et coll. ont étudié une vaste gamme de facteurs de risque chez une cohorte de 2 260 mineurs d’or sud-africains de race blanche73. On a apparié avec 386 témoins les 78 cas de cancer du poumon trouvés lors d’un suivi effectué entre 1970 et 1986. Les chercheurs ont observé une association entre le risque de cancer du poumon et la consommation de tabac en paquets-année (RR 1,0, pour < 6,5 paquets-année; RR 3,5, IC à 95 % : 0,7-16,8, pour 6,5 à 20 paquets-année; RR 5,7, IC à 95 % : 1,3-25,8, pour 21 à 30 paquets-année; RR 13,2, IC à 95 % : 3,1-56,2, pour > 30 paquets-année), l’exposition cumulative à la poussière (RR 3,19, IC à 95 % : 1,3-7,6, pour le groupe ayant subi la plus forte exposition, valeur retardée de 20 ans [par rapport au décès]), la durée du travail sous terre (RR 3,36, IC à 95 % : 1,02-10,7, pour les personnes ayant travaillé pendant > 20 ans, valeur retardée de 20 ans par rapport au décès), et les cas de silicose (RR 2,45, IC à 95 % : 1,2-5,2). Comme les chercheurs ne pouvaient, à la lumière de leurs résultats, établir de manière concluante l’existence d’une relation de causalité, ils ont présenté quelques explications possibles : les sujets fortement exposés à de la poussière qui développent une silicose présentent un risque accru de cancer du poumon; lorsqu’elle est importante, l’exposition à la poussière de silice joue, en soi, un rôle prépondérant dans la pathogenèse du cancer du poumon, et la silicose est accessoire; une forte exposition à de la poussière de silice peut, en fait, entraîner une exposition à des produits de filiation du radon.

En 2003, McGlachan et coll. ont examiné l’incidence du cancer à partir de 12,8 millions d’années-hommes de suivi chez des hommes noirs ayant travaillé dans des mines d’or sud-africaines entre 1964 et 199674. Ils ont calculé et comparé les rapports d’incidence standardisés pour l’âge et les taux d’incidence bruts de divers types de cancer observés dans dix régions géographiques. Bien que le cancer des voies respiratoires ait été la forme de cancer la plus fréquente au sein de la cohorte, on a relevé un nombre considérablement plus élevé de cas dans certaines régions et un nombre nettement moins élevé dans d’autres. Par exemple, par rapport à l’ensemble de la cohorte de mineurs, le rapport d’incidence standardisé pour l’âge (RISA) était de 148 (p < 0,01) dans la région du Cap, et de 22 (p < 0,01) dans celle du Botswana. Les régions où les cas de cancer des voies respiratoires sont moins nombreux sont celles dans lesquelles l’on ne vend pas de cigarettes commerciales ou dans lesquelles on le fait depuis peu. Les auteurs en concluent donc que la fréquence des principaux types de cancer observée au sein de cette cohorte reflète en fait la fréquence de ces mêmes types de cancer dans les territoires de résidence des travailleurs, et que les travaux de recherche à venir devraient viser à déterminer les facteurs étiologiques dans des régions précises.

En 2003, Eisler a présenté un rapport fouillé dans lequel il effectue une synthèse de divers travaux de recherche ayant porté sur les risques liés à la santé chez les mineurs d’or de diverses régions du monde75. L’auteur a trouvé des données probantes indiquant que, parmi divers problèmes de santé, le nombre de cas de cancers de la trachée, des bronches, du poumon, de l’estomac et du foie était accru. Eisler a également noté que des problèmes de santé préexistants, comme une infection à VIH, et divers comportements, comme le tabagisme et la consommation d’alcool, aggravaient les affections liées aux activités minières. Selon l’auteur, il faut poursuivre la réalisation d’examens médicaux, la surveillance et la recherche relativement aux risques professionnels associés à ce secteur industriel et améliorer, en dehors du travail, les programmes de sensibilisation qui portent sur l’adoption de comportements favorables à la santé.

Analyse

En août 1996, le Comité des maladies professionnelles (CMP) de la province de l’Ontario a conclu dans un rapport à la Commission des accidents du travail qu’il existe un lien probable entre le travail dans les mines d’or de l’Ontario et la survenue du cancer de l’estomac76. Le comité a fait remarquer que : 1) toutes les analyses de la cohorte de l’Ontario et deux des trois études internationales font état de taux élevés de cancer de l’estomac chez les mineurs d’or; 2) des différences dans la structure par âge de la cohorte avant et après 1945 étaient à l’origine des RSM les plus élevés chez les mineurs d’or qui avaient commencé à travailler après 1945; 3) des problèmes de sous-détermination dus à l’absence de numéros d’assurance sociale chez ceux qui avaient été embauchés avant 1945 étaient responsables d’environ 10 % des différences observées entre les RSM avant et après 1945; 4) l’augmentation du taux de cancer de l’estomac apparaissait 5 à 19 ans après le premier emploi dans une mine d’or et atteignait un sommet après 10 à 19 ans d’expérience, puis semblait décliner par la suite; 5) les études ontariennes ont toutes indiqué que les mineurs d’or affichaient des taux significativement élevés de mortalité par cancer de l’estomac, les RSM% s’élevant entre 136 et 157 et culminant à 463 chez les sujets dont l’indice pondéré dans le temps pour l’exposition au chrome était le plus élevé et qui avaient moins de 60 ans; 6) une relation dose-réponse pour la durée d’emploi dans les mines d’or pondérée dans le temps chez les hommes de moins de 60 ans n’a pas été observée dans deux études effectuées en Ontario qui ont pris en compte la durée d’emploi; 7) il semblait y avoir de fortes indications que les mineurs d’or de moins de 60 ans couraient un plus grand risque de cancer de l’estomac que ceux de plus de 60 ans; 8) le lieu de naissance n’était probablement pas un facteur important dans l’augmentation du risque de décès par cancer de l’estomac chez les mineurs d’or de l’Ontario; 9) une augmentation du taux de cancer de l’estomac de type intestinal chez les mineurs plus jeunes pourrait expliquer les taux élevés de mortalité par cancer de l’estomac dans les cinq à dix-neuf années suivant le premier emploi dans une mine d’or.

Le Dr James Heller a été chargé par l’Association des mines de l’Ontario d’examiner les résultats du rapport du CMP. Il a également sollicité la collaboration du Dr Pierre Band, du professeur Jack Mandel et du Dr Anthony Miller. Dans son rapport, le Dr Heller a conclu que les données à l’appui d’une association entre le risque professionnel de cancer de l’estomac et le travail dans l’industrie des mines d’or de l’Ontario étaient insuffisantes et contradictoires77. Il a indiqué que les études épidémiologiques ontariennes n’ont pas tenu compte de la possibilité d’un biais d’information. Dans la cohorte ontarienne, la mortalité attribuable à d’autres cancers du tube digestif était toujours en deçà des prévisions. La mortalité plus élevée par cancer de l’estomac était plus que compensée par les faibles taux d’autres cancers, ce qui a incité le Dr Heller à penser que l’erreur systématique de classification des cancers dans cette cohorte a entraîné une surestimation de la mortalité par cancer de l’estomac. Il a souligné de plus que les études ontariennes n’ont pas tenu suffisamment compte des facteurs non professionnels de confusion, comme le lieu de naissance, l’origine ethnique, l’alimentation, la consommation de tabac et d’alcool, la classe sociale et la situation socio-économique. Il a laissé entendre que pour tous les mineurs ontariens, qu’ils travaillent dans les mines d’or ou d’autres mines, le lieu de naissance pourrait expliquer une bonne part du taux en excès observé de cancer de l’estomac. Selon Heller, l’absence générale de relations dose-réponse dans les études ontariennes, relations nécessaires pour établir un lien de causalité, diminue la portée des résultats. Il a également signalé que l’exclusion des mineurs de plus de 75 ans et de ceux qui n’avaient pas de numéro d’assurance sociale dans les études ontariennes plus récentes remet en question les inférences faites concernant le risque professionnel de cancer de l’estomac. Le CMP a exclu ces mineurs à cause du faible taux de mortalité comparativement à la population masculine de l’Ontario, présumant que c’était dû à une sous-détermination des décès. Selon Heller, ces décisions n’étaient pas fondées, l’inclusion des hommes plus âgés aurait donné une image différente de la mortalité chez les mineurs d’or de l’Ontario, et la sous-détermination des décès dans ce groupe d’âge entacherait la validité de la détermination des décès dans l’ensemble de la cohorte. Heller a indiqué qu’on n’a présenté aucune donnée qui pouvait corroborer l’hypothèse selon laquelle l’absence de numéro d’assurance sociale dans les premières années du fichier principal des mines de l’Ontario avait entraîné une sous-estimation du risque professionnel. Il a conclu que les études sur les mineurs d’or ontariens n’ont pas permis de démontrer qu’il existe une association causale entre le travail dans les mines d’or et la mortalité par cancer de l’estomac, qu’il existe une association entre le cancer primaire de l’estomac et le lieu de naissance chez tous les mineurs de l’Ontario, et qu’il pourrait y avoir des associations avec l’origine ethnique, l’alimentation, la consommation de tabac et d’alcool, la classe sociale, la situation socio-économique et d’autres facteurs non professionnels. Heller a recommandé : 1) la réalisation d’une étude du fichier principal des mines réparti en cohortes selon l’année de début du travail dans une mine (p. ex. avant 1945, 1945-1959, 1960-1975, après 1975) afin d’évaluer la relation dans chaque cohorte entre le risque de cancer de l’estomac et l’âge, avec stratification d’après le lieu de naissance, 2) la réalisation d’une étude distincte sur la santé au travail pour déterminer s’il existe vraiment un nouvel agent cancérogène dans les mines d’or de l’Ontario, 3) la tenue d’une étude additionnelle du fichier principal des mines pour déterminer le rôle des facteurs professionnels et non professionnels et 4) l’adoption de méthodes adéquates, notamment des études cas-témoins et/ou des comparaisons standardisées directes internes, pour tenir compte des facteurs potentiels de confusion non liés au travail.

Nickel

Généralités

Les gisements sulfurés de nickel-cuivre se retrouvent à la base d’intrusions de roches basiques ou ultrabasiques ou de coulées volcaniques. Habituellement, ils se présentent sous forme de sulfure simple, de  pyrrhotite-pentlandite-chalcopyrite, mais leur cadre géologique-tectonique, leur forme géométrique et le style de différentiation des corps magmatiques encaissants varient grandement selon les sous-types. Les sous-types peuvent se présenter sous forme d’amas sulfurés, de brèches dans une gangue sulfurée ou sous forme de sulfures disséminés. Les roches magmatiques encaissantes dans la plupart des sous-types sont des intrusions, mais dans le sous-type komatiitique, il s’agit le plus souvent de coulées volcaniques. La composition des minerais des divers sous-types peut différer, particulièrement dans  le ratio nickel/cuivre (Ni:Cu)78a.

Le nickel revêt une importance économique primordiale; le cuivre peut être un co-produit ou un sous-produit, et les éléments du groupe des platineux sont des sous-produits courants. On peut également récupérer de l’or, de l’argent, du cobalt, du soufre, du sélénium et du tellure, vu qu’ils sont associés aux sulfures78b. Combinés ensemble, les gîtes intra-magmatiques de sulfure de nickel et de cuivre sont à l’origine d’une bonne part de la production mondiale passée et actuelle de nickel. Même si les réserves mondiales sont importantes,  les gisements de nickel latéritique, seule autre source importante de nickel, sont encore plus substantiels.

En 2003, le Canada était le troisième producteur mondial de nickel, après la Russie et l’Australie, En 2004, on procédait à l’extraction du nickel dans les provinces de l’Ontario, du Manitoba et du Québec, et il y avait des fonderies en Ontario et au Manitoba, et des affineries en Ontario et en Alberta2g.

Il y a lieu de dire quelques mots sur les minéraux retrouvés à Sudbury, Ontario, car il s’agit du plus gros gisement de nickel dans le monde et d’une importante source de cuivre79. À part la mine à ciel ouvert de l’INCO, Whistle Mine, toutes les installations modernes à Sudbury sont sous terre80a. Les deux principales sociétés qui exploitent le nickel dans le bassin de Sudbury en Ontario sont INCO Limitée (aujourd’hui Vale Inco) et Falconbridge Limitée (aujourd’hui Xstrata Nickel). L’ancien procédé d’agglomération par frittage associé à la fusion (oxydation à haute température) est utilisé dans les fonderies Copper Cliff et Coniston de l’INCO dans la région de Sudbury ainsi que dans les secteurs de lavage, de grillage et de frittage de la raffinerie de Port Colborne, Ontario, qui a ouvert ses portes en 191880b,81. Le minerai est également aggloméré dans la fonderie de la Falconbridge Limitée dans la région de Sudbury. Les procédés d’agglomération étaient similaires à Copper Cliff (exploité de 1948 à 1963) et à Port Colborne (des années 1920 à 1958), ainsi qu’à Coniston (de 1914 à 1972) et à la Falconbridge (d’environ 1939 à 1978)80c. L’INCO affine le nickel et le cuivre à Sudbury, le nickel, le cobalt et les métaux précieux à Port Colborne (l’affinage du nickel a cessé en 1984), le nickel à haut degré de pureté à Clydach (en exploitation depuis 1902) dans le pays de Galles82a, et les métaux du groupe des platineux à Acton, Londres, Angleterre. La Falconbridge affine essentiellement tous les minerais (nickel, cuivre et cobalt) à Kristiansand, Norvège (en exploitation depuis 1910)80d,83.

On produit du nickel à Sudbury depuis plus d’un siècle. À une époque, les activités de fusion à Sudbury comportaient un grillage sur lit ouvert, avaient recours au bois comme combustible et libéraient de grandes quantités de dioxyde de soufre au niveau du sol. À la fin des années 20, ce procédé a été isolé dans des usines et les émissions ont été évacuées par des cheminées. À la fin des années 40, le recours à de gros séparateurs magnétiques a amélioré la séparation de la pyrrhotite. Dans les années 60, des étapes de traitement ont été mises en place en vue d’éliminer une partie du dioxyde de soufre. En 1972, la nouvelle fonderie de 387 mètres « Superstack » de l’INCO a amélioré de façon substantielle la qualité de l’air et la végétation dans la  région de Sudbury. L’attention a été concentrée récemment sur les techniques de nettoyage et de traitement du minerai qui permettraient d’accroître la productivité et de réduire de façon importante l’impact sur l’environnement80e.

Études sur les travailleurs du nickel

Des taux élevés de cancer du poumon et de cancer du nez ont été observés chez les travailleurs des affineries de nickel et des usines de préparation de sel de nickel et de cuivre de 1929 à 1938 à l’affinerie de Clydach dans le Sud du pays de Galles82b,84. Cette affinerie a commencé à être exploitée en 1902 et affinait du nickel au moyen du procédé faisant appel au nickel carbonyle. Ces taux accrus ont été attribués à l’exposition en milieu de travail à des poussières et/ou au séchage et à la réduction en poudre du sulfate de cuivre et/ou à l’exposition à l’acide sulfurique qui, avant 1921, contenait de l’arsenic82c. Plus tard, le risque a été associé aux étapes précédant la formation de nickel carbonyle. En 1930, ce risque aurait, dit-on, été éliminé85,86a. En 1972, 967 hommes étaient suivis. Le risque relatif de décès par cancer des sinus annexes des fosses nasales a augmenté de façon marquée en fonction de l’âge lors de la première exposition et est demeuré assez stable tout au long de la période de suivi; le risque de décès par cancer du poumon était toutefois indépendant de l’âge au moment de la première exposition et diminuait fortement avec le nombre d’années écoulées depuis l’embauche87a. Dans le cas de ceux qui ont commencé à travailler à Clydach avant 1920, la mortalité par cancer du poumon était de six à onze fois plus élevée que la moyenne nationale86b. Ce risque est tombé à 5,2, 2,5 et 1,5 chez ceux qui ont commencé à travailler entre 1920 et 1924, 1925 et 1929 et 1930 et 1944, respectivement. Même s’ils étaient rares, les décès par cancer du nez dépassaient de 300 à 700 fois la moyenne nationale chez ceux qui avaient commencé à travailler avant 1920; le taux était environ 100 fois supérieur chez ceux qui avaient commencé à travailler entre 1920 et 1925 et il était nul par la suite. Dans le cadre du suivi effectué jusqu’en 1981, on a observé une importante surmortalité par cancer du poumon chez les hommes qui avaient été exposés pour la première fois avant 1925, et un risque plus faible mais significatif d’environ 2 chez ceux qui avaient tout d’abord été exposés entre 1925 et 1929; aucun excès de risque n’était observé par la suite88. À cette époque, un certain nombre de changements ont été apporté à l’affinerie; les impuretés arsenicales ont été éliminées et des appareils de protection respiratoire ont été introduits en 1922; les fours de calcination ont été modifiés pour réduire les émissions de poussière en 1924; après 1932, la quantité de cuivre dans la matière première a été réduite d’environ 90 % et le soufre a été presque complètement éliminé. D’autres changements ont été opérés dans la chimie des procédés après 1930, notamment l’installation de nouveaux fours de calcination entre 1931 et 193687b.

Une étude a été réalisée auprès de 2 247 travailleurs de l’affinerie de nickel de Kristiansand, en Norvège, qui avaient commencé à travailler avant 1966, qui étaient vivants le 1er janvier 1953, qui avaient travaillé pendant au moins trois ans et qui ont été suivis de 1953 (ou du milieu de l’année du premier emploi) jusqu’en 1979. Cette étude a révélé l’existence d’un ratio cas observés/cas prévus de 26,3 pour le cancer du nez et des fosses nasales (21 O, 0,8 P) et de 3,7 pour le cancer du poumon (82 O, 22,0 P)89. On a observé un risque accru pour ces deux cancers chez les personnes qui travaillaient dans les ateliers de traitement par rapport aux autres ateliers, les travailleurs étant classés dans la catégorie correspondant à l’atelier où ils avaient travaillé le plus longtemps. Le risque de cancer du poumon et de cancer du nez était élevé chez les travailleurs qui avaient été embauchés avant 1960. L’excès de risque pour les deux cancers a diminué dans chaque cohorte successive, le risque de cancer du nez étant beaucoup plus faible chez ceux qui avaient commencé à travailler vers 1960 par rapport à ceux qui avaient été embauchés en 1930.

Une étude cas-témoins a été effectuée en Nouvelle-Calédonie, où se trouve une affinerie de nickel90. Soixante-huit cas de cancer du poumon (qui étaient presque tous décédés) ont été recensés à partir d’un examen des dossiers d’un hôpital, et 109 témoins non atteints du cancer ont été sélectionnés par l’entremise du laboratoire de l’hôpital. Le travail dans l’industrie du nickel (RR 3,0, < 0,05) et le tabagisme (RR 22, p < 0,05) étaient associés de façon significative au cancer du poumon après correction pour tenir compte de l’âge et du travail dans l’industrie du nickel.

L’incidence des cancers du poumon, de la plèvre, du larynx et du pharynx entre 1978 et 1987 a été examinée dans la population masculine de la Nouvelle-Calédonie (240 082 années-personnes de la population générale, dont 87 957 étaient des travailleurs du nickel)91. Aucune augmentation du risque n’a été relevée chez les travailleurs du nickel par rapport à la population masculine en général. Dans une étude cas-témoins nichée dans une cohorte (80 cas de cancer du poumon, 12 cancers du larynx, 20 cancers du pharynx et 298 témoins), aucune des substances examinées (poussière de charbon, poussière de minerai brut, poussière de minerai calciné, poussière totale, goudron, silice, amiante, gaz de raffinerie divers, poussière de bois, poussière des voies de mines et poussière sur le site, émission de moteur diesel dans les mines, nickel silicaté et oxydé, oxydes de nickel mélangés ou complexes, sulfure de nickel, nickel métallique, nickel soluble, nickel total et poussière nickélifère) ni aucune autre variable professionnelle n’augmentaient le risque de cancer de l’appareil respiratoire; toutefois, on a observé un lien entre le cancer du larynx et l’intensité et la durée de l’exposition à la poussière dans les mines et aux émissions de moteur dans les zones d’exploitation minière, les rapports des cotes étant statistiquement significatifs (de 5 à 5,4). Les auteurs ont reconnu que la puissance statistique de l’étude était peut-être insuffisante. Ils ont cependant conclu que les résultats ne confirmaient pas l’existence d’un risque professionnel accru de cancer de l’appareil respiratoire chez les travailleurs du nickel de la Nouvelle-Calédonie. Ces résultats pourraient être dus, selon eux, à la moins grande quantité de nickel aéroporté par rapport à celle relevée dans les autres études et au fait que les cancers respiratoires chez ces travailleurs résultaient probablement d’une exposition à des fibres minérales dans les strates géologiques et de la consommation de tabac et d’alcool.

Enterline et coll. ont étudié la mortalité attribuable à différentes causes et à divers cancers (toutes les tumeurs malignes, les cancers de l’appareil digestif, de l’appareil respiratoire et du larynx, le cancer de la trachée, des bronches et du poumon, et d’autres tumeurs malignes résiduelles) pour la période s’étendant de 1948 à 1977 chez une cohorte de 1 855 sujets ayant travaillé au moins un an dans une affinerie de nickel de la Virginie occidentale92a. De 1922 à 1947, cette affinerie a reçu des mattes de nickel de fonderies de l’Ontario. Les auteurs ont également étudié 1 354 hommes ayant travaillé pendant au moins un an entre 1948 et 1959 dans une usine de production d’alliage de nickel qui était exploitée conjointement avec l’affinerie. Seul le risque de tumeur résiduelle était élevé chez les travailleurs embauchés avant 1947 et ayant travaillé pendant au moins un an, et seulement lorsqu’il s’était écoulé 20 ans depuis la première exposition. Ce risque était significativement élevé (RSM % 1 643,9, < 0,05, 2 O, 0,12 P), basé sur deux cas de décès par cancer du nez et des sinus dans la cohorte. Aucun excès significatif de cancer du poumon n’a été observé. Les taux de mortalité par cancer étaient élevés, mais pas de façon significative, chez les travailleurs de l’affinerie par rapport aux autres employés. Un léger taux en excès non significatif de cancer du poumon, de l’estomac et de la prostate avec possibilité d’une relation dose-réponse a été noté chez tous les travailleurs du nickel de sexe masculin.

Les auteurs ont estimé l’exposition moyenne au nickel en suspension dans l’air pour chaque secteur en utilisant des données historiques et des données plus récentes, et calculé des expositions cumulatives pour chaque travailleur. Les tendances observées manquaient de cohérence lorsque la mortalité par cancer de l’appareil respiratoire était liée à l’exposition. Les expositions au nickel dans cette étude étaient jugées beaucoup plus faibles que celles enregistrées à Clydach, Port Colborne ou Copper Cliff93. Les auteurs ont évoqué la possibilité d’une certaine relation causale entre le cancer du poumon et le nickel, vu que certaines données indiquaient l’existence d’une relation dose-réponse pour le cancer du poumon, même à des niveaux d’exposition plus faibles  au nickel92b.

Dans une autre étude, on s’est intéressé aux employés d’une usine française de fabrication d’acier inoxydable et d’acier allié travaillant avec divers alliages métalliques, notamment le nickel94. Tous les membres de la cohorte, tant les hommes (n = 4 288) que les femmes (n = 609), avaient travaillé au moins un an entre le 1er janvier 1968 et le 31 décembre 1991.  (Le suivi s’est échelonné jusqu’au 31 décembre 1992.) Un groupe d’experts a créé une grille d’exposition professionnelle pour estimer les concentrations aériennes auxquelles étaient exposés les employés. On a également mené une étude cas-témoins nichée pour obtenir des données sur les antécédents professionnels et les habitudes de consommation de tabac de 54 cas et de 162 témoins. Le taux global de mortalité était nettement plus faible que prévu (RSM 0,91, 649 O, 716,9 P, IC à 95 % : 0,84-0,98), et on a laissé entendre que ce résultat pouvait être dû à l’effet du travailleur en bonne santé. Il n’y avait aucune augmentation notable des causes de décès, y compris du cancer du poumon, pour l’ensemble de la cohorte. On n’observait aucune tendance en ce qui concerne les décès par cancer du poumon en fonction de la durée d’emploi, de l’âge au moment du décès, du moment du décès ou de la durée du premier emploi. On notait toutefois une augmentation statistiquement significative du nombre de cas de cancer du poumon chez les employés comptant moins de dix ans de travail (RSM 5,37, IC à 95 % : 1,71-12,53), ce qui n’était pas le cas chez les employés ayant travaillé plus longtemps. Le volet cas-témoins de l’étude a confirmé que le tabagisme constitue un important facteur de risque de cancer du poumon lorsqu’on compare des fumeurs à des non-fumeurs (RC 17,0, IC à 95 % : 2,23-130, p = 0,0007). L’exposition au nickel et/ou au chrome ne s’est pas traduite par des RC statistiquement significatifs; il est à noter, cependant, que l’on ne connaît pas la nature précise des composés du nickel auxquels les travailleurs ont été exposés. Selon l’auteur, l’étude avait une faible puissance statistique en raison de la petite taille des échantillons, et il n’y avait pas de mesures échelonnées dans le temps, ce qui pourrait avoir entraîné des erreurs de classification.

Annila et coll.95 se sont intéressés à l’exposition au nickel chez des travailleurs finlandais. Ils ont étudié 1 339 hommes et 49 femmes ayant travaillé à la fonderie et à l’affinerie de cuivre/nickel de Harjavalta, en Finlande, entre 1960 et 1985. (Le suivi s’est échelonné jusqu’à la fin de 1995.) Les travailleurs ont été séparés selon leur exposition au nickel (les employés ayant travaillé avant 1960 ne pouvaient avoir été exposés au nickel, car on n’effectuait pas la fonte du nickel avant cette date), le lieu de travail et la durée d’emploi. De façon globale, les taux d’incidence des divers types de cancer étaient près des valeurs prévues chez les employés exposés et les employés non exposés au nickel. Seule exception : la fréquence des cancers du nez et des sinus chez les personnes exposées au nickel, laquelle était plus élevée que prévu (RSI% 879, 2 O, 0,2 P, IC à 95 % : 106-3 170). Pour une période de latence de 20 ans, on a noté, une fois de plus, une incidence accrue des cancers du nez et des sinus (RSI% 1 590, 2 O, 0,1 P, IC à 95 % : 192-5 730) et des cancers du poumon et de la trachée (RSI% 212, 20 O, 9,4 P, IC à 95 % : 129-327) chez les travailleurs exposés au nickel. La seule augmentation statistiquement significative observée chez les travailleurs de la fonderie exposés au nickel était celle de l’incidence des cancers du poumon et de la trachée, pour une période de latence de 20 ans (RSI% 200, 13 O, 6,5 P, IC à 95 % : 107-342). Chez les travailleurs de l’affinerie exposés au nickel, les taux de cancer de l’estomac (RSI% 498, 5 O, 1 P, IC à 95 % : 162-1 160) et des cancers du nez et des sinus (RSI% 411, 2 O, 0,05 P, IC à 95 % : 497-1 480) étaient élevés. Pour des périodes de latence de 5 ans et de 20 ans, les taux de tous les types de cancer (estomac, nez et sinus) étaient élevés. Les auteurs ont précisé que les travailleurs de l’affinerie avaient été exposés à du sulfate de nickel soluble et que ceux de la fonderie n’avaient été que très peu exposés à des composés solubles du nickel, ce qui serait l’explication la plus probable du taux accru des cancers du poumon et du nez chez les travailleurs de l’affinerie. Selon les auteurs, les deux groupes avaient des habitudes semblables en ce qui concerne  la consommation de tabac, ce qui exclurait la  possibilité que l’augmentation observée chez les travailleurs de l’affinerie soit due au tabagisme.

En 2001, Egedahl et coll. ont publié les résultats d’une étude menée auprès de travailleurs de l’usine Sherritt International de Fort Saskatchewan, en Alberta, qui étaient affectés à l’affinage hydrométallurgique du nickel et à la production d’engrais96. La cohorte englobait 1 649 hommes ayant travaillé au moins 12 mois entre 1954 et 1978. (Le suivi s’est échelonné jusqu’à la fin de 1995.) Les activités effectuées dans cette usine entre 1954 et 1976 faisaient intervenir des minerais sulfurés de nickel-cuivre-cobalt provenant du Manitoba. En comparaison de la population canadienne, le taux de mortalité chez ce groupe de travailleurs était considérablement moins élevé que ce qui était prévu (RSM% 66, 183 O, 275,6 P, IC à 95 % : 57-77), tout comme le taux de mortalité des travailleurs ayant été exposés à du nickel (concentré de nickel et nickel métallique) (RSM% 57, 59 O, 103,2 P, IC à 95 % : 43-74). Le cancer de la plèvre est la seule cause de décès qui ait été associée à une augmentation statistiquement significative chez l’ensemble des travailleurs (RSM% 1 135, 2 O, 0,1 P, IC à 95 % : 127-4 097), et aucune cause de décès n’était notablement plus élevée chez les travailleurs exposés à du nickel. Selon les auteurs, la diminution de la mortalité pourrait s’expliquer, en partie, par l’effet du travailleur en bonne santé. Les résultats observés chez les travailleurs exposés au nickel sont semblables à ceux d’études similaires.

Les travailleurs de l’affinerie de nickel de Clydach ont fait l’objet d’une autre étude sur l’incidence du cancer et la mortalité, par Sorahan et Williams97. Les auteurs ont examiné les antécédents professionnels détaillés de 812 hommes ayant travaillé au moins cinq ans entre 1953 et 1992 en fonction de diverses variables, comme la nature des principaux composés du nickel auxquels les travailleurs étaient exposés. Chez la totalité des membres de la cohorte, il n’y avait pas de surmortalité statistiquement significative pour l’ensemble des causes de décès, pour une cause de décès en particulier ou pour les décès dus au cancer. En analysant la période de début d’emploi, on a noté une augmentation statistiquement significative de la mortalité par cancer du poumon chez les derniers travailleurs ayant fait l’objet d’un suivi de 30 ans (RSM% 186, 16 O, 8,6 P, IC à 95 % : 106-301). L’analyse de la nature de l’exposition au nickel a révélé que le risque de cancer du poumon était considérablement plus élevé chez les employés affectés à la manutention des matières d’alimentation et à l’extraction de nickel (nickel oxydé et nickel métallique), bien qu’il n’y ait eu aucune discordance notable sur le plan des RSM et que le RSM% de 186 n’ait pas été sensiblement différent du RSM global de 139 associé au cancer du poumon (p = 0,18). On savait que 417 employés consommaient du tabac et on a remarqué, chez ces personnes, une augmentation notable des décès par cancer du poumon (RSM% 236, 16 O, 6,8 P, IC à 95 % : 135-383). À la lumière des résultats de leur analyse, les auteurs concluent qu’il est plus probable que les tendances observées en ce qui concerne la mortalité soient attribuables à divers effets de sélection, gradients socio-économiques, effets régionaux et facteurs liés au mode de vie plutôt qu’à une exposition professionnelle.

Diverses études ont été publiées par un groupe de chercheurs du Registre des cancers de Norvège et de Falconbridge Nikkelverk, une affinerie de nickel située à Kristiansand, en Norvège98a-100. Grimsrud et coll.98b ont mené une étude cas-témoins nichée dans une cohorte auprès de 5 389 hommes ayant travaillé à l’affinerie pendant au moins un an entre 1910 et 1994. Le Registre des cancers de Norvège a relevé 227 cas de cancer du poumon entre 1952 et 1995 (13 d’entre eux n’ont pas participé à l’entrevue). On a choisi 525 témoins à partir de la cohorte, que l’on a appariés aux cas en fonction de l’âge. On s’est servi d’une grille d’exposition professionnelle pour étudier les associations liées à la dose entre l’exposition cumulative à différentes formes de nickel (soluble, sulfuré/oxydé, métallique) et le cancer du poumon, et on s’est aperçu que le nickel soluble était la forme de nickel qui avait les effets les plus importants (RC 3,8, IC à 95 % : 1,6-9,0) dans la catégorie d’exposition cumulative la plus élevée. Le graphique du logarithme du risque en fonction de l’exposition médiane donne à penser que la relation dose-effet serait curviligne dans le cas du nickel soluble. Après ajustement des données en fonction de la consommation de tabac et de l’exposition à du nickel hydrosoluble, les autres formes de nickel n’entraînaient aucun effet ou relation notable; on a cependant observé des rapports de cotes élevés dans le cas du nickel sulfuré et du nickel oxydé. Selon les auteurs, les données d’exposition recueillies avant 1973 pourraient avoir été  mal classées, car on n’effectuait alors aucune  surveillance individuelle.

Grimsrud et coll. ont une fois de plus présenté, en 2003, des données sur le risque de cancer du poumon en fonction de la durée d’emploi et en fonction de l’exposition à différents composés du nickel99. L’étude a été menée auprès de 5 297 hommes ayant travaillé à l’affinerie de nickel norvégienne entre 1910 et 1989, qui étaient toujours vivants et qui résidaient toujours en Norvège après janvier 1953. Les auteurs ont examiné les antécédents professionnels des membres de la cohorte ayant travaillé dans divers services ainsi que le temps qu’ils ont passé dans ces services, et ils se sont servis d’une grille d’exposition professionnelle pour répartir les sujets dans diverses catégories d’exposition au nickel. De façon générale, l’incidence du cancer du poumon était plus élevée que prévue entre 1952 et 2000 (RSI% 260, 267 O, 104 P, IC à 95 % : 230-290); le rapport standardisé d’incidence était le plus élevé chez les personnes ayant travaillé entre 1910 et 1929 (RSI% 480, 17 O, 3,5 P, IC à 95 % : 280-760). Les hommes ayant déjà travaillé dans des services où l’on effectuait l’affinage du cuivre ou du nickel par électrolyse présentaient un RSI% élevé, soit de 350 et 400; ceux qui avaient déjà travaillé au grillage de minerais présentaient un RSI% de 340 (IC à 95 % : 230-480); ceux qui avaient déjà travaillé à la fonderie présentaient un RSI% de 270 (IC à 95 % : 210-360); et les préposés à l’entretien et aux réparations présentaient un RSI de 240 (IC à 95 % : 180-300). En limitant l’analyse aux personnes comptant au moins 15 années de travail dans un même service, on notait une augmentation du RSI du cancer du poumon. Les sujets ayant travaillé pendant 15 ans à l’affinage du nickel ou du cuivre par électrolyse présentaient un RSI% combiné de 600 (IC à 95 % : 420-830), tandis que ceux qui comptaient plus de 15 ans de travail à la fonderie ou au grillage de minerais présentaient un RSI% de 330 (IC à 95 % : 180-560). Les chercheurs ont noté que le risque de cancer du poumon augmentait en fonction de l’exposition cumulative à des composés hydrosolubles du nickel ainsi qu’en fonction de l’exposition cumulative à toutes les formes de nickel.

Nombre d’études ont été effectuées sur les travailleurs du nickel employés à Sudbury, dans le Nord-Est de l’Ontario et à Port Colborne dans le Sud-Ouest de la province. Nous résumons ces études en mettant l’accent sur les résultats relatifs à la partie de l’effectif qui travaille sous-terre et, lorsque plusieurs analyses ont été effectuées, nous faisons ressortir les résultats les plus récents.

Shannon et coll. ont examiné de multiples causes de décès dans une cohorte de 11 567 travailleurs du nickel qui avaient occupé un emploi pendant au moins six mois aux installations de la Falconbridge à Sudbury entre 1950 et 1976101. La cohorte a été suivie de 1950 à 1984. Les auteurs se sont basés sur des données limitées sur la santé au travail. Des mesures de la concentration de particules par centimètre cube (konimètre) avaient été effectuées de façon sporadique avant 1960 et deux fois par année entre 1960 et 1984. Certaines données d’échantillonnage gravimétrique mesurant la poussière totale en milligrammes par mètre cube étaient accessibles à partir de 1978. Des échantillonnages côte-à-côte ont été effectués à des fins de comparaison. Les auteurs ont eu recours à la régression pour transformer le résultat des mesures par konimètre en mesures gravimétriques. Durant les périodes où ils ne disposaient que de données limitées ou d’aucune donnée, ils ont estimé au mieux l’exposition en tenant compte des méthodes de travail, de la ventilation et de la production. Ils ont présumé que les espèces de nickel se retrouvaient dans la poussière respirable dans les mêmes proportions que dans les matériaux manipulés dans les différents secteurs de travail. Les concentrations moyennes de nickel dans les mines entre 1933 et 1978 par secteur (lieu de travail) étaient très faibles (0,02 mg/m3); elles s’élevaient en moyenne entre 0,03 et 0,04 mg/m3 dans les usines de concentration et à 0,22 mg/m3 dans l’usine de frittage. Les concentrations estimatives de diverses espèces de nickel et les données sur les antécédents professionnels ont servi au calcul des expositions cumulatives : les auteurs ont multiplié le nombre d’années à un niveau donné d’exposition à un composé de nickel par la concentration estimative. Les changements d’emploi ou de concentration ont été pris en compte en additionnant les expositions cumulatives pour chaque travailleur dans les différents emplois.

Les cancers étudiés étaient les suivants : lèvre, cavité buccale et pharynx; appareil respiratoire; nez, etc.; larynx; trachée, bronches et poumon; os et cartilage articulaire; organes génito-urinaires masculins; prostate; rein; tissus lymphatiques et hématopoïétiques; leucémie; et cancers d’autres sièges. Les auteurs ont recensé 1 398 décès dans la cohorte, alors que 1 283,3 étaient prévus (RSM % 108, IC à 95 % : 103-114, p < 0,001). Lorsqu’on excluait les morts accidentelles et violentes, le nombre de décès observés s’établissait à 1 053 et de décès prévus à 1 073 (RSM% 98, IC à 95 % : 92-104). Un RSM% de 128 a été observé pour les cancers de l’appareil respiratoire (IC à 95 % : 105-155, p < 0,05, 104 O, 81,3 P) et le cancer de la trachée, des bronches et du poumon (IC à 95 % : 104-156, p < 0,05, 98 O, 76,6 P), mais aucune tendance constante ou statistiquement significative liée à une augmentation de l’exposition soit à toutes les formes de nickel ou à la poussière n’a été mise en évidence. Lorsqu’on examinait la mortalité pour chaque secteur (mines, usine de traitement, fonderie, service et administration) et au moins 15 ans après la première exposition dans ce secteur, les RSM% pour tous les décès par cancer s’établissaient à 123 (IC à 95 % : 104-145, p < 0,05, 150 O, 121,7 P) chez les mineurs et à 55 chez les travailleurs des services administratifs (IC à 95 % : 33-86, p < 0,01, 19 O, 34,5 P). De même, pour le cancer du poumon, les pourcentages atteignaient 153 (IC à 95 % : 118-196, p < 0,001, 63 O, 41,1 P) chez les mineurs et 9 (IC à 95 % : 1-49, p < 0,01, 1 O, 11,4 P) chez les travailleurs des services administratifs. Shannon et coll.  ont souligné un certain nombre de problèmes : les limites liées à la taille de l’échantillon, la pénurie de données sur la santé au travail et l’absence de données sur les antécédents de consommation de tabac. Ils ont toutefois indiqué que ni les résultats calculés selon l’époque du premier emploi dans l’exploitation minière et la durée de cette activité ni leur évaluation de l’exposition cumulative à différentes espèces de nickel ne semblaient être compatibles avec une cause professionnelle.

Roberts et ses collègues ont étudié divers types de décès dans une très grosse cohorte de travailleurs du nickel. Tous les travailleurs de sexe masculin qui avaient travaillé pour la société INCO Limitée en Ontario pendant au moins six mois et qui étaient toujours vivants à un certain moment durant la période de suivi (1950-1984), et tous les travailleurs de l’usine de frittage, peu importe leur durée d’emploi, étaient admissibles (n = 54 509 dont 50 222 avaient travaillé à Sudbury et 4 287 à Port Colborne)102a,103a. Les travailleurs  de bureau non affectés à la production et les femmes ont été exclus. La cohorte a été suivie jusqu’en 1984. Des valeurs p unilatérales ont été utilisées pour les tests statistiques. On a recensé 8 387 décès dans la cohorte (7 382 décès sont survenus alors que 7 138,3 décès étaient prévus chez les 50 222 travailleurs de Sudbury; 1 005 décès ont été observés et 1 044,7 étaient prévus chez les 4 287 travailleurs de Port Colborne). L’effet du travailleur en bonne santé était assez marqué sur le plan de la mortalité par cancer, la mortalité observée demeurant plus faible que celle prévue pendant environ 15 ans après l’embauche. Dans le cas des travailleurs de l’usine de frittage, le temps écoulé depuis la première exposition était basé sur la première date d’emploi à l’usine de frittage et dans le cas des travailleurs non affectés à l’usine de frittage, on a utilisé la date de la première embauche.

La cohorte de travailleurs ayant été exposés pendant 15 ans ou plus a été subdivisée en deux groupes : les hommes qui avaient travaillé et ceux qui n’avaient pas travaillé dans un des trois secteurs où les concentrations de poussière de nickel étaient élevées – les usines de frittage de Copper Cliff et de Coniston, et les ateliers de lessivage, de grillage et de frittage (LGF) à Port Colborne103b. À l’usine de frittage de Copper Cliff : 1) les travailleurs affichaient un RSM% attribuable au cancer du poumon de 311 (IC à 95 % : 243-398, p < 10-7, 63 O, 20,27 P); 2) les travailleurs exposés pendant cinq années ou plus dans ce secteur présentaient un RSM% de 790 (IC à 95 % : 538-1 114, p < 0,001, 32 O, 4,1 P); et 3) le RSM% augmentait de façon abrupte avec le nombre d’années d’emploi. Le personnel de la plus petite usine de frittage de Coniston démontrait un risque en excès de décès par cancer du poumon similaire (RSM% 298, IC à 95 % : 127-590, p = 0,0016, 8 O, 2,68 P). Dans le secteur de LGF de Port Colborne : 1) la mortalité par cancer du poumon était plus élevée que prévu (RSM% 241, IC à 95 % : 191-303, p < 10-7, 72 O, 29,93 P); et 2) les travailleurs qui comptaient cinq années ou plus d’exposition dans ce secteur affichaient un RSM% de 366 (IC à 95 % : 258-503, p < 0,001, 38 O, 10,4 P)102b.

Les travailleurs non affectés aux usines de frittage de la région de Sudbury qui avaient travaillé pendant 15 ans ou plus depuis leur première exposition présentaient un RSM% dû au cancer du poumon de 112 (IC à 95 % : 103-123, p = 0,006, 485 O, 433,27 P); les auteurs estimaient que cet excès  de décès était en grande partie attribuable au travail dans les mines (RSM% 111, p < 0,05, 298 O, 268,9 P; après 25 ans ou plus d’exposition, le pourcentage s’élevait à 130, p < 0,05, 111 O, 85,6 P) ou au travail dans l’affinerie de cuivre (RSM% 138, p < 0,05, 50 O, 36,3 P; après 25 ans ou plus d’exposition, le pourcentage atteignait 196, p < 0,0001, 26 O, 13,3 P). D’autres analyses de la cohorte de travailleurs de l’affinerie de cuivre ont indiqué qu’une bonne part de ce risque en excès était imputable à un petit groupe de soudeurs de plomb qui réparaient les cuves électrolytiques plombées et aux conducteurs de ponts roulants de la salle des cuves, qui travaillaient pour la plupart au-dessus des cuves d’électrolyse où les fumées étaient peut-être plus concentrées.

Les décès par cancer du nez étaient beaucoup plus fréquents chez ceux qui comptaient 15 années ou plus depuis leur première exposition à l’usine de frittage de Copper Cliff (RSM% 3 704, IC à 95 % : 1 380-8 190, < 10-7, 6 O, 0,16 P) et dans le secteur de LGF à Port Colborne (RSM% 7 755, IC à 95 % : 4 600-11 800, < 10-7, 19 O, 0,25 P). Aucune surmortalité par cancer du larynx n’a été observée dans l’un ou l’autre des trois secteurs où la concentration de poussière de nickel était élevée ni ailleurs. Peu de données semblaient démontrer l’existence d’une surmortalité par cancer du rein dans les secteurs où les concentrations de poussière de nickel étaient élevées ou dans d’autres secteurs d’activité. Bien qu’une surmortalité significative par cancer du rein ait été relevée chez les travailleurs de Sudbury non affectés à l’usine de frittage, qui comptaient 15 années d’expérience depuis leur première exposition, et dont la durée d’exposition variait entre 15 et 24,9 ans (RSM% 197, < 0,01, 16 O, 8,13 P), rien n’indiquait que le risque augmentait avec la durée d’exposition chez les mineurs exposés pendant 15 ans ou plus (RSM% 141, = 0,036, 30 O, 21,2 P).

Voici en résumé les conclusions de cette étude : 1) d’importants risques en excès de cancer du poumon ont été détectés dans les usines de frittage de Copper Cliff et de Coniston et dans le secteur de LGF de  Port Colborne. 2) Le gradient de risque de cancer du poumon selon le nombre d’années d’emploi était faible dans le cas des travailleurs non affectés au frittage. Une bonne part de la surmortalité par cancer du poumon chez les travailleurs non affectés au frittage semblait être associée à l’extraction minière. Les auteurs ont laissé entendre qu’il pourrait s’agir de l’extraction de la roche dure plutôt que de nickel, car les concentrations de nickel respirable dans l’air étaient de l’ordre du microgramme. La présence de quartz dans la poussière en suspension dans l’air sous terre a été citée comme une des explications possibles. Comme il existait une surmortalité par cancer du poumon chez les travailleurs des secteurs de LGF à Port Colborne et que le taux était très voisin de celui prévu pour les travailleurs ontariens non affectés dans les secteurs de LGF, Roberts et Coll. en ont attribué la cause à une exposition dans des secteurs où les concentrations d’oxyde et de sous-sulfure de nickel dans l’air étaient élevées. 3) Des risques de cancer du nez ont été décelés dans l’usine de frittage de Copper Cliff et le secteur de LGF de Port Colborne. Dans cette étude, les cancers du nez englobaient le cancer du nez, du rhinopharynx et de l’ethmoïde. Les cas étaient dispersés et sont survenus chez des hommes qui ne semblaient pas avoir travaillé dans des zones où les concentrations de nickel étaient élevées. Les auteurs croyaient toutefois que ces risques légèrement en excès pouvaient être dus à un travail antérieur non consigné dans les secteurs où les concentrations d’oxyde de nickel ou de sous-sulfure de nickel étaient élevées. En outre, le RSM pour ce cancer peut avoir été sous-estimé à cause d’une surestimation du nombre prévu de cas; comme ce cancer est rare, le nombre excédentaire de décès à l’INCO aurait eu pour effet d’accroître de façon notable le taux de mortalité de l’Ontario, gonflant le nombre prévu de décès. 4) Il ne semblait pas y avoir de surmortalité par cancer du poumon ou par cancer du nez dans d’autres secteurs d’activité (sauf pour les soudeurs de plomb et les conducteurs de ponts roulants dans l’affinerie de cuivre). 5) Le cancer du larynx et du rein n’était pas associé aux activités de l’INCO. Enfin, les données sur la santé au travail étaient rares et les auteurs n’ont pas tenu compte des facteurs possibles de confusion 103c.

Julian et Muir ont étudié l’incidence du cancer dans les cohortes combinées de travailleurs des exploitations de nickel de l’INCO et de la Falconbridge en Ontario46b. Les sujets ont été suivis de 1964 à 1989. Ils devaient avoir travaillé pendant six mois ou plus dans les services autres que les services de bureau et avoir occupé un emploi ou avoir reçu une pension entre janvier 1950 et décembre 1976 pour être intégrés dans la cohorte originale, qui a été plus tard élargie pour inclure les années 1976 à 1989. Tous les travailleurs ayant été exposés aux activités de frittage ont été inclus. Comme les données du Registre du cancer de l’Ontario débutaient en 1964, la définition de la cohorte a été mise à jour pour inclure tout sujet vivant en date du 1er janvier 1964; ainsi, les décès survenus avant 1964 ont été exclus. L’information sur  les sujets de 20 à 85 ans a été analysée.  Sur les 61 964 hommes, on comptait 4 199 cas diagnostiqués de cancer. Les cancers étudiés étaient les suivants : poumon, larynx, sinus paranasaux, cavité buccale, œsophage, côlon et rectum, prostate, vessie, rein, encéphale et système nerveux central, lymphome et leucémie. Des tests unilatéraux de la signification statistique ainsi que des limites de confiance bilatérales à 95 % ont été fournis. Les auteurs ont habituellement présenté les résultats des sujets comptant 15 ans ou plus d’expérience depuis leur première exposition, et les résultats pour ces travailleurs sont repris ici, à moins d’indication contraire. Julian et Muir ont souligné que : 1) l’information sur l’exposition était limitée au secteur et à la catégorie d’emploi et ne comprenait pas de données sur les mesures de la santé au travail ou sur les facteurs non professionnels, et 2) la liste de catégories d’emploi était très complexe, évoluait avec le temps et n’était pas identique dans les deux entreprises.

Un risque significativement élevé de cancer du larynx a été observé chez les travailleurs des usines de traitement ayant été exposés pendant plus de 25 ans (RSI% 400, IC à 95 % : 147-871, 6 O, 1,5 P). Le risque avait également tendance à croître avec la durée d’exposition chez les mineurs de fond, tendance qui commençait à être perceptible dans la catégorie d’exposition de 25 à 29 ans.

Une augmentation significative du risque de cancer du poumon a été détectée chez les travailleurs affectés au frittage; le RSI% pour les travailleurs de l’usine de frittage de Copper Cliff qui avaient été exposés pendant 10 années ou plus s’élevait à 250 (IC à 95 % : 205-302); les travailleurs des secteurs de LGF de Port Colborne exposés depuis 15 ans ou plus affichaient un RSI% de 178 (IC à 95 % : 139-224); et les travailleurs de la Falconbridge exposés depuis 15 ans ou plus présentaient un RSI% de 141 (IC à 95 % : 103-189). Une augmentation significative du risque de cancer du poumon a été relevée chez les mineurs de fond comptant plus de 25 années d’exposition. Les hausses significatives étaient concentrées chez les mineurs de fond de l’INCO qui avaient été d’abord exposés avant et durant les années 30 et les mineurs de fond de la Falconbridge tout d’abord exposés entre 1940 et 1949; ce résultat statistiquement significatif a été enregistré chez ceux pour qui l’exposition a débuté durant les années 60 ou après, mais le risque n’avait pas tendance à augmenter avec la durée d’exposition. Dans le cas des mineurs de fond, le RSI% s’établissait à 102 (IC à 95 % : 94-111) dans l’ensemble, à 142 (IC à 95 % : 114-174) chez ceux qui comptaient 25 à 29 années d’expérience, à 139 (IC à 95 % : 110-173) chez les travailleurs de 30 à 34 ans d’expérience et à 171 (IC à 95 % : 122-233) chez ceux qui travaillaient depuis 35 ans ou plus.

Un risque substantiel de cancers du nez et des sinus a été détecté chez les travailleurs de l’usine de frittage de Copper Cliff qui avaient été exposés pour la première fois avant 1952 et chez ceux du secteur de LGF de Port Colborne. Le RSI% général pour le cancer du nez et des sinus se chiffrait à 2 004 pour l’usine de frittage de Copper Cliff (IC à 95 % : 1 067-3 427, 13 O, 0,649 P) et à 2 656 (IC à 95 % : 1 518-4 312, 16 O, 0,603 P) pour le secteur de LGF de Port Colborne. Des risques statistiquement significatifs mais moins importants de cancers du nez et des sinus ont également été décelés chez les travailleurs de fonderie de l’INCO (RSI% 217, 116-371, 13 O, 5,99 P). Le risque chez les sous-groupes affectés au transport et à l’entretien était élevé, mais n’était pas significatif (RSI% 213, IC à 95 % : 92-420, 8 O, 3,75 P); ce résultat peut être dû cependant à une classification erronée des emplois dans le cas de certains travailleurs.

Julian et Muir ont fait valoir que d’autres recherches devaient être effectuées pour tenter d’expliquer plusieurs risques en excès observés dans les analyses exploratoires. Un RSI% de 157 (IC à 95 % : 88-259, 15 O,  9,55 P) a été relevé pour le cancer de la cavité buccale dans le secteur de LGF de Port Colborne. Le RSI% pour le cancer de l’œsophage chez les travailleurs de l’affinerie de cuivre Copper Cliff de l’INCO s’élevait à 263 (IC à 95 % : 136-460, 12 O, 4,56 P). Les mineurs de fond de l’INCO qui comptaient 30 à 34 années d’expérience présentaient un RSI% de 161 (IC à 95 % : 120-213, 50 O) pour le cancer colorectal. Le groupe assez large de travailleurs rémunérés à l’heure et de contremaîtres affectés au transport des minerais et à l’entretien de l’INCO (y compris l’entretien électrique) enregistrait des résultats inhabituels pour le cancer de la prostate (RSI% 114, IC à 95 % : 89-144, 70 O, 61,61 P); le RSI% était de 253 (IC à 95 % : 142-417, 15 O, 5,93 P) chez ceux qui comptaient 25 à 29 années d’exposition, et de 201 (IC à 95 % : 130-296, 25 O, 12,45 P) chez ceux qui avaient été exposés pendant au moins 25 ans. Dans les usines de frittage de la Falconbridge et de Coniston, un RSI% de 164 (IC à 95 % : 97-259, 18 O, 10,97 P) a été relevé pour le cancer de la vessie; les travailleurs exposés durant 10 années ou plus présentaient un RSI% de 389 (IC à 95 % : 106-995, 4 O, 1,03 P). Dans la salle des cuves de l’affinerie de cuivre de l’INCO, le RSI% pour le cancer  de l’encéphale se chiffrait à 366 (IC à 95 % : 158-721, 8 O, 2,19 P) chez les travailleurs comptant dix années ou plus d’exposition et à 472 (IC à 95 % : 173-1 028, 6 O, 1,27 P) chez ceux qui avaient été exposés pendant plus d’un an.

Julian et Muir ont indiqué que certaines des associations décelées dans leur étude étaient probablement liées au travail (p. ex.  chez les travailleurs exposés depuis plus de 25 ans, le risque de cancer du larynx était multiplié par quatre chez les employés des usines de traitement, et le risque de cancer du larynx et du cancer du poumon était quatre fois plus élevé chez les mineurs de fond). Cependant, leurs critères pour déterminer le lien avec le travail n’étaient pas clairs. Les auteurs ont reconnu que puisque l’intensité des expositions passées à certains contaminants n’avait pas été prise en compte, ils ne pouvaient que spéculer quant aux causes spécifiques de l’augmentation des risques qu’ils considéraient être liées au travail. Dans leur résumé, ils ont également fait ressortir le risque très élevé de cancers du nez et des sinus chez les travailleurs de l’usine de frittage de Copper Cliff qui avaient été exposés pour la première fois avant 1952 et du secteur de LGF de Port Colborne. Certains ont exprimé des réserves concernant la fusion des cohortes de l’INCO et de la Falconbridge, vu qu’elle présumait nécessairement que les expositions et les conditions de travail étaient similaires pour des appellations d’emploi, des secteurs  et des périodes similaires.

Analyse

Le Comité international sur les effets cancérogènes du nickel chez l’homme, présidé par sir Richard Doll, s’est réuni pour la première fois en 1985 afin de faire la lumière sur le risque de cancer associé au nickel. En 1989, le Comité a préparé un rapport résumant les résultats obtenus pour dix cohortes de travailleurs du nickel, les cohortes de l’Ontario étant les plus importantes104.

Le Comité a conclu qu’étant donné les importants taux en excès de cancers de l’appareil respiratoire détectés principalement chez les travailleurs affectés à l’électrolyse de l’affinerie de Kristiansand en Norvège, les données militaient fortement en faveur d’une association entre l’exposition au nickel soluble et l’augmentation du risque de cancer de l’appareil respiratoire. Chez ces travailleurs, les concentrations estimatives ambiantes de nickel soluble variaient de 1 à 5 mg Ni/m3, certaines concentrations dépassant 5 mg Ni/m3, et les travailleurs étaient exposés à de faibles concentrations de nickel oxydé et de nickel sulfuré (< 1 mg Ni/m3) en suspension dans l’air. Les risques de cancer du poumon chez les travailleurs des affineries de nickel étaient étroitement associés à la durée de l’exposition au nickel soluble; les hommes exposés pendant plus de 10 ans couraient un risque près de trois fois plus élevé de cancer du poumon que ceux qui n’avaient pas été exposés au nickel. À l’affinerie de Clydach, l’association entre l’exposition au nickel soluble et le risque de cancer du poumon chez les travailleurs de l’atelier d’hydrométallurgie était plus faible, mais on estimait que le nickel soluble dans cette affinerie contribuait dans une certaine mesure à accroître le risque associé à l’exposition à d’autres composés de nickel. Les risques de cancer du poumon étaient plus élevés chez les travailleurs soumis à des niveaux élevés d’exposition cumulative à du nickel sulfuré et à du nickel soluble que chez les personnes exposées à des quantités similaires de nickel sulfuré mais à des concentrations moins fortes de nickel soluble. Les quantités de matières insolubles auxquelles sont exposés les travailleurs de l’atelier d’électrolyse de Kristiansand étaient sept fois plus élevées que dans l’affinerie de Port Colborne, mais les concentrations de nickel soluble étaient probablement similaires. Les résultats obtenus pour les travailleurs des affineries de Clydach et Kristiansand démontrent que l’exposition au nickel soluble peut accroître le risque de cancer du nez.

On ne sait pas très bien dans quelle mesure l’exposition au nickel sulfuré contribue au risque de cancers du poumon et du nez observé dans les affineries, car de fortes concentrations de nickel sulfuré ont été retrouvées en même temps que de fortes concentrations d’autres espèces de nickel, dont le nickel oxydé et soluble. Certains des plus hauts risques de cancer du poumon et du nez ont été relevés chez les travailleurs de l’usine de frittage de Copper Cliff, ceux du secteur de LGF de Port Colborne et chez les travailleurs de l’usine de grillage linéaire de Clydach, où les expositions au nickel sulfuré étaient extrêmement élevées, mais où les concentrations de nickel oxydé étaient également les plus fortes; les travailleurs ont également pu être exposés à de fortes concentrations de nickel soluble (> 5 mg Ni/m3).

Le Comité a indiqué que :

Les mineurs exposés à de faibles concentrations de nickel sulfuré sous forme minérale (pentlandite et pyrrhotitite) aux mines de l’INCO et de la Falconbridge en Ontario couraient un risque accru de cancer du poumon... mais les données montrant un taux accru de cancer du poumon chez d’autres travailleurs des mines de roches dures n’ayant pas été exposés au nickel donnent à penser que les risques peuvent ne pas être attribuables à l’exposition au nickel.

Certaines données présentées indiquent que l’exposition au nickel oxydé peut entraîner une augmentation des risques de cancers du poumon et du nez. Les travailleurs des ateliers de calcination, de fusion et de grillage de Kristiansand, qu’on pensait être surtout exposés à du nickel oxydé, présentaient des signes de risque accru de cancer du poumon, mais l’excès de risque et l’association entre la durée d’exposition et le risque étaient faibles. Certaines données semblent indiquer que les risques de cancer du poumon chez les travailleurs des ateliers de calcination, de fusion et de grillage diminuaient lorsque les concentrations de nickel oxydé dans l’atmosphère étaient réduites par suite de changements apportés au procédé d’affinage. Les travailleurs de Clydach pour qui l’exposition cumulative au nickel oxydé était > 50 mg/m3 couraient des risques élevés de cancer du poumon par rapport aux travailleurs exposés à des quantités moindres, tandis que ceux qui travaillaient dans l’usine de cuivre de Clydach, où les concentrations de nickel oxydé dépassaient 10 mg/m3, présentaient un risque très accru de cancers du poumon et du nez. On ignore si cette augmentation du risque est due à une exposition au nickel oxydé ou soluble ou à leur combinaison. De plus, certaines données militaient en faveur d’une association entre une exposition au nickel oxydé et le risque de cancer du nez. À Clydach, des cancers du nez ont été observés chez des hommes comptant plus de 15 ans d’exposition à de fortes concentrations de nickel oxydé dans les fours et moins d’une année dans d’autres zones où les concentrations de nickel sulfuré ou soluble étaient élevées. À Kristiansand, cinq des sept cas de cancer du nez sont survenus chez des hommes ayant travaillé pendant longtemps dans les ateliers de calcination, de fusion et de grillage, et dont l’exposition cumulative au nickel oxydé était la plus élevée (> 90e percentile). Les données n’ont pas permis d’estimer séparément le risque pour l’oxyde de nickel-cuivre par rapport aux formes de  nickel oxydé dépourvues de cuivre.

Dans les études qui ont été passées en revue, seuls les travailleurs de l’Oak Ridge Gaseous Diffusion Plant ont été exposés à du nickel métallique seulement, à de faibles concentrations (< 1 mg Ni/m3), et rien n’indiquait que le risque de cancer de l’appareil respiratoire fût accru. Dans les cohortes des affineries, l’exposition à du nickel métallique était combinée à l’exposition à d’autres formes de nickel, mais les analyses de la mortalité par cancers du poumon et du nez qui ont fait l’objet d’une classification croisée d’après l’exposition cumulative au nickel métallique à Clydach et Kristiansand n’ont pas mis en évidence d’augmentation du risque de cancers du poumon ou du nez associée à une exposition au nickel métallique.

Le Comité international a observé que plus d’une forme de nickel pouvait entraîner le développement de cancers du poumon et du nez. Une bonne part du risque en excès de cancer de l’appareil respiratoire relevé chez les travailleurs des affineries a été attribué à l’exposition à un mélange de nickel oxydé et sulfuré à de très fortes concentrations, bien que l’augmentation du risque soit également associée à l’exposition à de fortes concentrations de nickel oxydé sans nickel sulfuré. L’exposition au nickel soluble augmentait le risque de cancers du poumon et du nez et pouvait majorer le risque découlant d’une exposition à des types moins solubles de nickel. Rien n’indiquait que le nickel métallique fût associé à une augmentation du risque de cancers du poumon et du nez et l’on ne disposait pas d’indications substantielles que l’exposition professionnelle au nickel ou à un de ses composés risquait d’entraîner des cancers autres que les cancers du poumon et du nez. Aucun taux en excès d’un type quelconque de cancer n’a été observé dans les cohortes qui ne présentaient pas de taux excessif de cancers du poumon et du nez. Le comité a noté que les données penchaient plus en faveur d’une augmentation des risques de cancers du poumon et du nez chez les travailleurs des affineries exposés à de fortes concentrations d’espèces de nickel, dans les procédés utilisés dans le passé.

Le Comité a conclu que les risques de cancer de l’appareil respiratoire sont principalement liés à l’exposition au nickel soluble à des concentrations dépassant 1 mg Ni/m3 et à une exposition à des formes moins solubles à des concentrations dépassant 10 mg Ni/m3. L’étude d’hommes exposés à diverses espèces de nickel n’a pas fourni d’indications concluantes d’une augmentation du risque de cancer associée à une exposition au nickel métallique, au nickel oxydé et au nickel sulfuré (c.-à-d. nickel insoluble) à des concentrations inférieures à 1 mg Ni/m3. Les concentrations de nickel soluble proches de 1 mg Ni/m3 entraînaient une augmentation des risques de cancer du poumon et peut-être de cancer du nez. D’autres recherches doivent être effectuées pour qu’on puisse obtenir des estimations quantitatives du risque en fonction de la dose.

Le Comité est également arrivé à la conclusion suivante : étant donné qu’un excès de risque n’était observé qu’à des niveaux élevés d’exposition et que le nickel métallique ne comportait pas de danger, le risque que courrait la population en général exposée à de très faibles concentrations dans l’air ambiant (moins de 1 µg Ni/m3) serait infime, voire nul. Le Comité a reconnu l’utilité d’obtenir des données additionnelles, notamment d’effectuer des études sur la cancérogenèse chez les animaux et des études sur les mécanismes cancérogènes du nickel pour qu’on puisse mieux comprendre les risques pour la santé humaine associés au nickel.

Deux autres groupes ont tiré leurs propres conclusions à partir des données disponibles. Le Nordic Expert Group for Criteria Documentation of Health Risks from Chemicals a conclu que :

L’exposition par inhalation au nickel soluble et aux oxydes/sulfures de nickel a entraîné un cancer du nez et du poumon chez les travailleurs des affineries de nickel... Dans les affineries de nickel, l’exposition à une dose d’environ 0,1 mg/m3 de sels de nickel soluble et d’environ 1 mg/m3 d’oxydes/sulfures de nickel semble comporter un risque d’effet cancérogène, alors que dans le cas de la poussière de nickel métallique, on ne dispose pas de données concluantes sur l’effet cancérogène chez les humains. L’exposition au nickel ou à des composés de nickel par d’autres voies que l’inhalation ne semble pas accroître le risque de cancer chez les humains50b.

Ce groupe a également recommandé la réalisation d’autres études, en particulier des études épidémiologiques sur des  groupes de population ayant une exposition qualitative et quantitative définie, ainsi que des recherches fondamentales sur les mécanismes cancérogènes du nickel, faisant appel à des systèmes expérimentaux qui présentent de l’intérêt pour la cancérogenèse chez l’humain, à des concentrations de nickel auxquelles les cellules humaines peuvent être exposées en milieu de travail.

L’Organisation mondiale de la santé a conclu même si que certaines formes de nickel, et peut-être toutes les formes, peuvent être cancérogènes, le risque est faible ou non détectable dans la plupart des secteurs de l’industrie du nickel aux niveaux d’exposition actuels38c. Certains procédés utilisés dans le passé étaient associés à des risques très élevés de cancers du poumon et du nez. L’exposition prolongée à des concentrations d’environ 1 mg/m3 de nickel soluble peut causer une augmentation marquée du risque de cancer du poumon, mais le risque relatif chez les travailleurs exposés à des concentrations moyennes d’environ 0,5 mg/m3 se situe autour de un. Le risque de cancer à un niveau d’exposition donné peut être plus élevé dans le cas des composés de nickel soluble que dans celui du nickel métallique et peut-être d’autres formes de nickel. Selon le CIRC, les composés de nickel sont cancérogènes pour l’humain, et le nickel métallique est probablement cancérogène pour l’humain38d.

Cuivre

Généralités

Les gisements de cuivre-nickel de Sudbury et les nombreux amas sulfurés d’origine volcanique dans tout le Canada constituent d’importantes sources de cuivre. Certains aspects des gisements sulfurés de nickel-cuivre ont été abordés dans la section précédente sur le nickel. Les gisements de cuivre porphyrique (minerai de cuivre sous forme disséminée à l’intérieur ou autour d’une intrusion de roche de grande taille)3a constituent la principale source mondiale de cuivre, mais représentent moins de 50 % de la production de cuivre au Canada et environ 60 % des réserves de cuivre105a. Les amas de minerais des skarns (roches métamorphiques entourant une intrusion en contact avec une formation de calcaire ou de dolomie)3b et les filons (fissures, failles ou craques dans une roche remplies de minéraux qui ont migré d’une source profonde) représentent également d’importantes sources de production105b.

En 2003, le Canada venait au huitième rang mondial des producteurs de cuivre, après le Chili, les États-Unis, l’Indonésie, le Pérou, l’Australie, la Russie et la Chine. Le cuivre était extrait au Nouveau-Brunswick, au Québec, en Ontario, au Manitoba, en Saskatchewan et en Colombie-Britannique, les principales fonderies étant situées au Québec, en Ontario et au Manitoba, et les affineries, au Québec, en Ontario et en Colombie-Britannique2h.

Études sur les travailleurs du cuivre

Tokudone et Kuratsune ont examiné le risque de cancer chez 839 travailleurs de fonderies de cuivre qui faisaient partie d’une plus vaste cohorte de 2 675 hommes japonais travaillant dans des fonderies; ceux-ci étaient soit retraités ou occupaient un emploi depuis au moins un an le 1er août 1971106. Les hommes qui vivaient à l’extérieur de la région étudiée et qui avaient moins d’un an d’ancienneté à la fin de 1971 ont été exclus de l’étude. Les travailleurs des fonderies de cuivre appartenaient depuis au moins un an à la section affectée à la fusion du cuivre et certains avaient également de l’expérience dans la fusion du plomb. Cent cinquante-sept décès ont été enregistrés chez les travailleurs des fonderies de cuivre. L’absence de données quantitatives sur les expositions à l’arsenic et à d’autres substances lors de la fusion a amené les auteurs à établir des catégories approximatives d’exposition, ce qui leur a permis de subdiviser cette cohorte en un certain nombre de sous-groupes. Les sous-groupes ont également été définis d’après la durée d’emploi à la fonderie. Ils ont utilisé comme cohortes de comparaison des travailleurs de fonderie de ferronickel (n = 268; 6 décès), des travailleurs de l’entretien et du transport (n = 821; 108 décès), des travailleurs affectés à l’électrolyse du cuivre ou du plomb ou  à la production d’acide sulfurique (n = 389; 22 décès) et des employés de bureau (n = 358; 32 décès).

Cinquante-cinq décès attribuables à des tumeurs malignes ont été recensés chez  les travailleurs des fonderies de cuivre, alors que 28,82 décès étaient prévus (RSM% 191, = 0,01). Une surmortalité  a été relevée dans cette cohorte pour le cancer du gros intestin (sauf le rectum) (RSM% 508, = 0,05, 3 O, 0,59 P), le cancer du foie (primaire, secondaire et de nature non précisée), le cancer des voies biliaires (RSM% 337, = 0,01, 11 O, 3,26 P),  et le cancer de la trachée, des bronches et du poumon (RSM% 1 189, = 0,01, 29 O,  2,44 P). Des RSM% significativement élevés ont également été observés pour le cancer du poumon dans toutes les sous-cohortes de travailleurs des fonderies de cuivre, avec un gradient positif distinct pour le niveau d’exposition, la durée d’emploi et la période d’exposition. Les travailleurs exposés pendant 15 années ou plus avant 1949 couraient un beaucoup plus grand risque de décès que les autres (RSM% 2 048, = 0,01, 17 O, 0,83 P). Compte tenu  du petit nombre observé de décès dans les sous-groupes, le risque de décès  chez les travailleurs exposés avant 1949  était également étroitement associé au  niveau d’exposition, les rapports de risque étant de 25, 28 et 14 dans les catégories soumises à une exposition intense, modérée et légère. La période de latence du cancer du poumon était de 37,6 ans en moyenne.

Après la Seconde Guerre mondiale, la production de cuivre a chuté, les méthodes de production ont changé et la source de minerai contenait beaucoup moins d’arsenic. Dans le groupe exposé après 1949, la mortalité était supérieure chez les travailleurs comptant 15 années ou plus d’exposition que chez ceux qui avaient moins d’expérience, mais le gradient de mortalité en fonction du niveau d’exposition n’était plus apparent. Sur les 29 travailleurs des fonderies de cuivre qui sont morts d’un cancer du poumon, 28 avaient commencé à travailler avant 1949.

Les auteurs ont conclu que les composés d’arsenic et le dioxyde de soufre étaient probablement responsables de la surmortalité par cancer du poumon chez les travailleurs des fonderies de cuivre, mais ils ont également souligné que les hydrocarbures aromatiques polycycliques pouvaient également être impliqués. Les cancers du foie et des voies biliaires étaient en général de nature non précisée et sans validité diagnostique. Tokudone et  Kuratsune ont également relevé avec un certain étonnement l’absence de décès par cancer de la peau, qui auraient dû être plus nombreux à cause de l’exposition à l’arsenic. Ils ont avancé l’hypothèse que le pronostic favorable de ce cancer peut avoir eu pour effet de réduire la mortalité.

Ahlman et coll. ont fait état de la mortalité par cancer du poumon dans une cohorte de sexe masculin composée de travailleurs d’une mine de cuivre et d’une mine de zinc en Finlande107. Un excès de mortalité a été observé pour chaque mine; le nombre total était statistiquement significatif comparativement à la population finlandaise masculine, mais non comparativement à la population régionale de référence (10 O, 4,3 P, p < 0,05 pour la population finlandaise de référence; 6,9 P pour la Carélie du Nord). La prévalence du tabagisme chez les mineurs était semblable à celle observée chez les employés affectés aux travaux en surface. Les auteurs ont conclu que le léger excès de mortalité par cancer du poumon pouvait s’expliquer par l’exposition aux produits de filiation du radon en plus de la poussière de silice et des émissions  de diesel dans la mine de zinc.

La mortalité chez les mineurs du cuivre en Chine a été examinée par Chen et coll.108a. La cohorte comprenait des Chinois qui avaient extrait du cuivre pendant au moins un an entre 1969 et 1988 (n = 7 088). L’accent a été mis dans cette étude sur les cancers de l’œsophage, de l’estomac, du foie et du poumon. Les auteurs ont constaté une augmentation significative du nombre de décès par cancer de l’estomac (RSM% 131; IC à 95 % : 105-161; p < 0,05; 90 O, 68,82 P) et par cancer du poumon (RSM% 147; IC à 95 % : 112-189; p < 0,01; 60 O, 40,75 P). Le risque accru de cancer du poumon n’était observé que chez les hommes qui avaient travaillé dans les mines durant les années 50 (RSM% 157; p < 0,05; 56 O, 35,75 P). L’âge au début de l’exposition semblait n’avoir aucun effet sur le risque, mais une relation dose-réponse a été observée en rapport avec la durée d’exposition, le temps écoulé depuis la première exposition et le degré d’exposition déterminé d’après le type d’emploi; les RSM% s’élevaient à 147 (p < 0,01; 60 O, 40,75 P) pour tous les mineurs, à 169 (p < 0,01; 57 O, 33,80 P) pour les mineurs de fond et à 193 (p < 0,01; 48 O, 24,85 P) pour les mineurs préposés au forage. Les auteurs ont indiqué que le RSM% pour le cancer du poumon chez les mineurs de cuivre peut être sous-estimé car ceux-ci représentent environ 15 % de la population de référence. Lorsqu’on utilisait la population masculine du pays comme population de référence, le RSM% pour le cancer du poumon chez les mineurs de cuivre s’établissait à 423 (p < 0,01; 60 O,  14,2 P). Les auteurs ont considéré que l’extraction du cuivre présentait un véritable risque professionnel de cancer  du poumon.

Selon les auteurs, les méthodes de production ont été modifiées en Chine au début des années 60. Avant cette date, l’exploitation minière du cuivre exigeait beaucoup de main-d’œuvre. Le forage à sec était une méthode beaucoup employée, produisant de grandes quantités de poussière inhalée. Après 1963, le forage à l’eau a été introduit et la ventilation a été améliorée, ce qui a réduit la quantité de poussière ambiante. Les auteurs estiment que cela pourrait peut-être expliquer le faible risque de cancer du poumon chez ceux qui ont travaillé dans les mines de cuivre après les années 50.

D’après Chen et coll., il est peu probable que l’exposition au rayonnement ait contribué à la surmortalité par cancer du poumon chez les mineurs de cuivre parce que le rayonnement mesuré dans les sites (1,29, écart type 0,55, × 1011 curies/litre) était inférieur au seuil accepté (3 × 1011 curies/litre). Deuxièmement, l’augmentation du RSM% pour le cancer du poumon était observable surtout chez les mineurs préposés au forage. Étant donné la surmortalité observée chez les mineurs préposés au forage et les mineurs qui avaient travaillé dans les années 50 et qui avaient été exposés à une plus grande quantité de poussières, les auteurs estimaient qu’on devrait concentrer l’attention sur les constituants du minerai soupçonnés d’être cancérogènes pour les humains. Voici la liste des constituants présents dans le minerai étudié, par ordre décroissant de quantité : silice, fer, cuivre, manganèse, arsenic, titane et soufre. Les concentrations d’arsenic étaient assez faibles (0,061 %), ce qui a amené les auteurs à écarter ce dernier de la liste des substances importantes associées au cancer du poumon chez ces travailleurs; la silice et le fer n’ont pas été exclus. Le rôle possible du tabagisme chez ces mineurs a été ignoré, à cause surtout de la forte prévalence du tabagisme dans la population masculine. On ne pouvait cependant écarter la possibilité d’une interaction entre le tabagisme et d’autres facteurs de risque professionnels, et les auteurs envisagent cette possibilité dans une autre étude cas-témoins108b.

Viren et Silvers ont examiné les données provenant de diverses cohortes de travailleurs des fonderies de cuivre dans l’État de Washington, en Suède et au Montana, en vue d’établir des estimations du risque unitaire pour l’exposition à l’arsenic en suspension dans l’air109. Une estimation combinée a été obtenue en regroupant l’exposition cumulative à l’arsenic dans l’air et les données sur la mortalité par cancer du poumon de toutes les études examinées. Le risque unitaire a été défini comme l’excès de risque de développer un cancer du poumon chez des individus exposés de façon continue à une concentration atmosphérique de 1 µg/m3 d’arsenic durant toute leur vie. Il s’agit de la meilleure estimation pour prévoir l’excès de risque  de cancer du poumon dans la population en général. La valeur du risque unitaire pour une exposition chronique à vie à l’arsenic dans l’air a été établie à 1,43 × 10-3 par Viren et Silvers. Ces derniers ont fait valoir l’utilité d’une évaluation complète et adéquate de l’exposition lorsqu’on élabore des estimations quantitatives à partir de données épidémiologiques. La reconstruction détaillée de l’exposition a été jugée utile pour résoudre des incertitudes dans les analyses futures. Ils ont également recommandé que l’on clarifie l’association entre les concentrations d’arsenic mesurées dans l’urine des travailleurs et les concentrations d’arsenic dans l’air afin d’évaluer la relation entre l’arsenic inorganique et les cancers d’autres sièges. Le rôle d’autres sources d’exposition à l’arsenic et de facteurs de confusion possibles pourrait être examiné dans des études cas-témoins ultérieures.

Lubin et coll. ont effectué une mise à jour de l’analyse portant sur 8 014 travailleurs de race blanche de sexe masculin qui étaient à l’emploi d’une fonderie de cuivre du Montana entre 1938 et 1989110. Ils ont observé une hausse significative du RSM pour le cancer de l’appareil respiratoire (RSM 1,55, IC à 95 % : 1,41-1,70). Les analyses faisant appel à un groupe de référence interne ont fait ressortir une augmentation linéaire significative de l’excès de risque relatif de cancer de l’appareil respiratoire au fur et à mesure qu’augmentait l’exposition à l’arsenic aéroporté inhalé. L’estimation de l’excès de risque relatif par mg/m3-année était de 0,21/(mg/m3-année) (IC à 95 % : 0,10, 0,46).

Dans une mise à jour d’une étude précédente, Enterline et coll. ont examiné le cancer et d’autres types de causes de décès dans une petite cohorte de 2 802 hommes de l’État de Washington qui avaient travaillé dans une fonderie de cuivre pendant un an ou plus entre 1940 et 1964111. La fonderie de cuivre avait été exploitée de 1913 à 1984. Les sujets ont fait l’objet d’un suivi pour le cancer de 1941 à 1986 et pour d’autres causes de décès de 1960 à 1986. En tout, on a recensé 1 583 décès, dont 395 étaient dus au cancer. L’exposition à l’arsenic a été estimée à partir de dosages de l’arsenic dans chaque secteur, surtout dans ceux où l’on pensait que l’arsenic posait des problèmes. Ces données ont été publiées dans des rapports annuels de l’entreprise à partir de 1938. Les dosages de l’arsenic urinaire, offerts à tous les travailleurs, ont débuté en 1948. Les données sur les concentrations d’arsenic dans l’air ont été obtenues à partir d’échantillons ponctuels et d’échantillons sur papier-filtre avant 1971 et à partir d’échantillons personnels à compter de 1971. Une matrice d’exposition à l’arsenic dans l’air a été élaborée pour chaque secteur et pour chaque année entre 1938 et 1984. Les antécédents professionnels de chaque travailleur ont été combinés aux données sur l’arsenic pour le calcul de l’exposition cumulative (µg/m3/an) de chaque sujet. Cette matrice d’exposition comportait les catégories suivantes < 750, 750-, 2 000-, 4 000-, 8 000-, 20 000- et 45 000-µg/m3/an.

Une surmortalité significative a été observée pour les tumeurs malignes (RSM% 143,1; p < 0,01; 395 O, 276,06 P), le cancer du gros intestin (RSM% 161,8; p < 0,01; 38 O,  23,48 P), et l’ensemble des cancers de l’appareil respiratoire (RSM% 209,7; p < 0,01; 188 O, 89,65 P). La mortalité était également significativement plus élevée pour le cancer de la trachée, des bronches et du poumon (RSM% 214,1; p < 0,01; 182 O, 85,03 P) et le cancer des os (RSM% 455,6; p < 0,05; 5 O, 1,10 P). Dans le cas des travailleurs qui comptaient moins de 20 ans d’exposition, des augmentations significatives de la mortalité ont été relevées pour l’ensemble des cancers de l’appareil respiratoire (RSM% 176,0; p < 0,05; 17 O,  9,66 P) et pour le cancer de la trachée, des bronches et du poumon (RSM% 188,1;  p < 0,05; 17 O, 9,04 P). Ceux qui avaient été exposés pendant 20 ans ou plus présentaient une surmortalité pour toutes les tumeurs malignes combinées (RSM% 146,7; p < 0,01; 352 O, 239,95 P), le cancer du gros intestin (RSM% 172,5; p < 0,01; 36 O, 20,87 P), l’ensemble des cancers de l’appareil respiratoire (RSM% 213,8; p < 0,01; 171 O, 79,99 P), le cancer de la trachée, des bronches et du poumon (RSM% 217,1; p < 0,01; 165 O, 76,99 P) et le cancer des os (RSM% 610,2; p < 0,01; 5 O, 0,82 P).

Une surmortalité statistiquement significative a été enregistrée pour toutes les catégories d’exposition sauf la catégorie d’exposition la plus faible, et une relation dose-réponse a été mise en évidence. La corrélation linéaire entre le logarithme de la dose et les RSM% attribuables au cancer de l’appareil respiratoire était significative (< 0,001). L’équation de régression ajustée entre la dose et les RSM% a été exprimée de la façon suivante : RSM% = 100 + 10,5 (exposition cumulative) x 0,279. Les plus grosses augmentations du risque étaient observées aux niveaux d’exposition plus faibles. Lorsqu’on séparait la cohorte en deux catégories, à savoir les travailleurs engagés avant 1940 et ceux embauchés après, les points sur les graphiques étaient plus irréguliers, en partie à cause du plus petit nombre de sujets, mais la même tendance que pour l’ensemble de la cohorte était toujours visible.

Il ne semblait pas y avoir de relation entre l’exposition cumulative à l’arsenic dans l’air et le cancer colorectal ou de la cavité buccale, et on observait une faible association pour les cancers du rein et des os. Les cancers autres que ceux de l’appareil respiratoire étaient relativement peu nombreux. Enterline, Day et Marsh ont conclu que leur étude évoquait l’existence d’un lien entre l’exposition à l’arsenic dans l’air et le cancer du rein, mais non d’un lien avec d’autres cancers, en dehors du cancer du poumon. Ils ont indiqué que la relation dose-réponse entre l’arsenic en suspension dans l’air et le cancer de l’appareil respiratoire était inhabituelle. Selon eux, les dosages des concentrations dans l’air  peuvent ne pas être des mesures adéquates de la dose biologique. Ils considéraient que la relation n’était probablement pas due à des facteurs de confusion tels que le tabagisme, mais que cette question méritait une étude plus approfondie. Ils ont de plus indiqué que le taux en excès de cancer des os pouvait être important, vu que l’arsenic est emmagasiné dans les os.

Chen a étudié diverses causes de décès chez 7 031 sujets qui avaient travaillé dans une mine de cuivre en Chine pendant au moins un an entre le 1er janvier 1969 et le 30 juin 1985. La période de suivi s’étendait de 1970 à 1992. Il a recensé 1 121 décès dans la cohorte, alors que 799,81 étaient prévus. Il a examiné le cancer de l’œsophage, de l’estomac, du foie, du poumon et de tous les sièges combinés112. Une surmortalité statistiquement significative attribuable au cancer a été observée pour tous les sièges de cancer confondus (RSM% 129; p < 0,01; 397 O, 307,75 P), le cancer de l’estomac (RSM% 141; p < 0,01; 114 O, 80,85 P) et le cancer du poumon (RSM% 152; p < 0,01; 89 O, 58,55 P). Le risque de décès par cancer était le plus élevé dans le groupe des 50 à 59 ans, augmentait en fonction du nombre d’années et semblait être associé au jeune âge lors du premier emploi dans une mine de cuivre. Les RSM%s augmentaient également en fonction de la durée d’exposition et du temps écoulé depuis la première exposition. Le risque semblait plus faible chez les mineurs qui avaient commencé à travailler après 1960, ce qui, selon l’auteur, pouvait être dû aux plus faibles concentrations de poussière de minerai dans les mines de cuivre après 1963, au moment où de nouvelles méthodes  de forage à l’eau ont été introduites. Lorsque les appellations d’emploi étaient utilisées pour rendre compte des niveaux d’exposition professionnelle et d’exposition aux poussières qui variaient d’intense à légère, les RSM% pour tous les sièges de cancer s’établissaient à 129 pour l’ensemble des mineurs (397 O, 307,75 P; p < 0,05), à 137 (353 O, 257,66 P; p < 0,05) pour tous les mineurs de fond et à 138 (251 O,  181,88 P; p < 0,05) pour les mineurs préposés au forage. Chen a indiqué que le risque de cancer était plus fréquent chez les mineurs de fond et préposés au forage, et que l’exposition à la poussière de silice jouait peut-être un rôle dans le développement du cancer chez ces mineurs. Il a également calculé l’espérance de  vie (pour tous les cancers, les maladies de l’appareil circulatoire, la silicose et les accidents du travail) selon le groupe d’âge et a constaté que, dans les groupes d’âge plus jeunes, l’espérance de vie était plus courte chez les mineurs de cuivre par rapport aux résidents locaux de sexe masculin. L’espérance de vie était légèrement plus grande chez les mineurs de plus de 60 ans. Cela voudrait dire, selon Chen, que les risques professionnels avaient tôt dans la vie un impact sur l’espérance de vie des mineurs.

En plus des études effectuées sur les travailleurs, d’autres études ont examiné le risque pour la santé des personnes vivant à proximité de fonderies de cuivre. Une étude cas-témoins suédoise sur les décès par cancer du poumon chez les hommes a fait état d’un risque relatif de 2,0 pour le cancer du poumon chez les hommes qui vivaient dans un rayon de 20 km d’une importante fonderie de cuivre113. Les décès ont été enregistrés de 1961 à 1979, et les habitudes de consommation de tabac et les antécédents professionnels ont été pris en considération. Les auteurs ont laissé entendre que les rejets très importants dans l’atmosphère provenant de la fonderie (p. ex. arsenic) pouvaient avoir joué un rôle, mais il était impossible de tirer de conclusions définitives en raison du manque de données sur l’exposition.

En Arizona, la mortalité par cancer du poumon a été examinée dans une étude cas-témoins (n = 142 cas, appariés à 2 témoins chacun) dans le cadre de laquelle on a examiné les résidents qui vivaient à proximité de fonderies de cuivre entre 1979 et 1990114. Les antécédents résidentiels, professionnels et les antécédents de consommation de tabac ont été recueillis pour l’ensemble de la vie des sujets. Les expositions estimatives passées à des agents environnementaux ont été liées au rejet des fonderies à l’aide de modèles de diffusion dans l’atmosphère de concentrations mesurées de dioxyde de soufre. L’étude a fourni peu de données à l’appui d’une association entre le cancer du poumon et l’exposition à domicile à des rejets provenant d’une fonderie, bien qu’une association statistiquement significative ait été décelée entre le cancer du poumon et l’emploi déclaré dans des mines de cuivre et/ou des fonderies de cuivre. Les rapports de cotes s’élevaient à 1,73 (= 0,05) pour les travailleurs du cuivre et les emplois liés directement au travail de fonderie, et à 2,24 (= 0,005) chez les travailleurs qui avaient déjà été employés dans une mine de cuivre. Toutefois, les auteurs n’ont pas identifié d’expositions particulières ni d’autres facteurs.

Une étude américaine s’est penchée sur les maladies aiguës et chroniques de l’appareil respiratoire relevées entre 1969 et 1975 chez les femmes de race blanche qui vivaient près de fonderies de cuivre dans huit régions115. Les deux auteurs ont dégagé une tendance statistiquement significative, soit une association entre des taux élevés de mortalité attribuables à des maladies respiratoires aiguës et l’augmentation de particules ambiantes en présence d’émissions de dioxyde de soufre, mais le taux de mortalité due aux maladies respiratoires chroniques ou aux cancers de l’appareil respiratoire n’était pas élevé. Certains facteurs de confusion pourraient expliquer cette différence et les auteurs se proposent d’en tenir compte dans l’avenir. Les habitudes de consommation de tabac demeuraient pour une bonne part inconnues dans la population étudiée. Les auteurs ont émis l’hypothèse que l’absence de relations avec le cancer de l’appareil respiratoire pouvait être due au fait que les rejets des fonderies exerçaient peu d’effets par rapport à d’autres facteurs de risque. L’étude comportait certaines limites, notamment la petite taille de la population de base et l’absence de données complètes sur le contrôle de la pollution atmosphérique, de sorte que les données sur l’exposition aux constituants autres que les particules et le dioxyde de soufre étaient limitées.

Analyse

Il est impossible pour l’instant de tirer des conclusions établissant un lien entre le cancer et les expositions liées à l’extraction et à la transformation du cuivre, sauf dans le cas de l’exposition par voie aérienne à l’arsenic et aux composés arsenicaux, qui sont considérés en tant que groupe comme des agents cancérogènes pour les humains14d.

Conclusions

La preuve la plus évidente d’une association entre le cancer et le travail dans l’industrie de l’exploitation minière et du traitement des métaux concerne le nickel. Des études menées dans divers endroits ont mis en évidence une augmentation des risques de cancers du poumon et du nez chez les travailleurs des affineries, des fonderies et des ateliers de lessivage, de brûlage et de grillage d’autrefois. Il reste cependant toujours difficile de savoir où diriger les efforts de prévention. Il est impossible de tirer des conclusions définitives quant aux liens entre le cancer et les expositions dans les activités d’extraction et de traitement  de l’or et du cuivre. Les résultats disponibles semblent indiquer qu’il faut effectuer d’autres études sur divers facteurs de  risque professionnels et non professionnels possibles.

On encourage les équipes d’épidémiologie du travail à utiliser des études cas-témoins bien conçues comportant un important volet sur la santé au travail. L’expertise en santé au travail est particulièrement utile dans les cas où les données consignées sur la santé des travailleurs sont rares116,117. L’évaluation de l’exposition professionnelle doit faire appel à des mesures quantitatives adéquates fondées sur un échantillonnage prospectif représentatif (incluant l’emploi de données d’échantillonnage personnel), à une étude plus détaillée des zones particulières de travail et il faut tenir compte de l’intensité et de la relation dose-réponse. Les équipes d’enquête auraient intérêt à connaître à fond les aspects techniques des méthodes d’extraction et de traitement des métaux, de même que l’évolution des procédés et des expositions avec le temps.

Un grand nombre d’études ont été examinées. Les plans expérimentaux les plus solides sont ceux qui comprennent des mesures adéquates de l’exposition et ceux qui font appel à des populations témoins convenables ou qui prennent en compte de manière satisfaisante le tabagisme et l’exposition à d’autres substances cancérogènes.

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