Initiatives et étapes clés à l'échelle nationale : Recherche sur le suicide au Canada : Aperçu descriptif

B. Initiatives et étapes clés à l'échelle nationale

Voici un bref résumé des initiatives et étapes clés de l'histoire de la prévention du suicide à l'échelle nationale au Canada.Note de bas de page 3

Dixième congrès de l'Association internationale pour la prévention du suicide, 1979

Ce congrès a joué un rôle catalyseur en donnant lieu à la création de l'Association canadienne pour la prévention du suicide (ACPS). En effet, les participants à cette rencontre ont décidé d'établir un comité directeur, en le chargeant d'examiner la viabilité d'une approche coopérative afin de promouvoir et de faciliter les activités dans le domaine de la prévention du suicide. Les tâches entreprises par ce comité directeur incluaient une évaluation des besoins, qui a permis de cerner les priorités de recherche suivantes : évaluation des programmes de prévention, évaluation des risques, psychologie du suicide et épidémiologie. Les répondants au questionnaire sur les besoins ont également précisé qu'il était important d'avoir un mécanisme pour échanger de l'information sur la recherche (Santé nationale et Bien-être social, 1987).

Rapports du Groupe d'étude canadien sur le suicide, 1987 et 1994

En 1979, Santé nationale et Bien-être social Canada a créé un Groupe d'étude national sur le suicide au Canada. Les membres du Groupe d'étude se sont rencontrés en 1980 et ont produit le premier rapport national en 1987, Le suicide au Canada : Rapport du groupe d'étude national sur le suicide au Canada. Ce rapport détaillé donnait un aperçu de l'ampleur du problème à l'échelle nationale, examinait le corpus des connaissances épidémiologiques et étiologiques, présentait les résultats concernant des populations à haut risque particulières et proposait une série de recommandations recoupant des activités de prévention, d'intervention et de postvention. Neuf recommandations portaient sur la nécessité de faire avancer la recherche sur le suicide, notamment par l'établissement d'une vaste base de données nationale sur la mortalité, l'évaluation des méthodes actuelles de collecte des données afin de les uniformiser et d'accroître l'efficience, la recherche interdisciplinaire sur l'efficacité des efforts de formation en prévention du suicide et la recherche multicentres et multidisciplinaire sur le suicide des jeunes. Certaines des recommandations qui figuraient dans le rapport initial du Groupe d'étude ont débouché sur des mesures concrètes (Tanney, 1995), mais la plupart des recommandations n'ont donné lieu qu'à très peu de réalisations, plus de dix ans après (Leenaars et al., 1998). En 1994, une mise à jour du rapport initial a été produite, et bon nombre des recommandations initiales ont été reprises et renforcées.

Association canadienne pour la prévention du suicide

Les efforts visant à établir une association nationale vouée à la prévention du suicide et à l'étude du comportement suicidaire ont débuté en 1985 avec la constitution en personne morale de l'Association canadienne pour la prévention du suicide (ACPS). En 1988, l'organisation avait élu son premier président, M. Antoon Leenars, et un conseil d'administration avait pris des règlements officiels et dressé un plan quinquennal afin d'orienter son avenir. La vision initiale de l'ACPS était de promouvoir, au Canada, des activités visant à réduire l'incidence du suicide et ses effets.

L'ACPS organise des conférences annuelles dans des villes canadiennes depuis 1990. Elle décerne des prix pour la recherche et pour la reconnaissance de services depuis 1992. Une série de sous-comités spécialisés existe depuis plusieurs années, notamment sur la recherche, les jeunes et les écoles, les endeuillés, les centres de crise et les étudiants. Le mandat de l'ACPS a très peu changé depuis sa création, et celle-ci est toujours déterminée à promouvoir et encourager l'élaboration d'activités de prévention du suicide, d'intervention et de postvention à l'échelle nationale, et à unir les personnes des différentes cultures du Canada pour en arriver à mieux comprendre le suicide et à réduire son impact.

Association québécoise de suicidologie

La première réunion de l'Association québécoise de suicidologie (AQS) a eu lieu en 1987 à Montréal. À cette réunion, les documents exposant la philosophie, les objectifs et les règlements généraux ont été adoptés, et le premier conseil d'administration a été élu. L'AQS a été constituée dans le but d'unir et de coordonner les efforts de plusieurs centres de prévention du suicide, qui travaillaient auparavant en vase clos. Au fil des ans, l'AQS a continué de croître pour devenir une vibrante organisation provinciale vouée à l'avancement de la prévention du suicide au Québec. En 1992, elle a modifié ses règlements généraux pour les rendre plus conformes à ceux de plusieurs autres associations provinciales. Au même moment, une première subvention du ministère de la Santé et des Services sociaux permettait à l'AQS d'établir un bureau dont la principale fonction était de coordonner et d'appuyer les activités de l'organisation.

Réseau de lignes d'écoute téléphonique

L'une des premières lignes d'écoute téléphonique exploitées par des bénévoles au Canada a vu le jour à Sudbury, en Ontario. Peu de temps après, en 1967, le Distress Centre de Toronto ouvrait ses lignes d'écoute téléphonique (Leennars et al., 1998). Aujourd'hui, des services d'écoute téléphonique d'urgence ouverts 24 heures sur 24 sont établis dans la plupart des grandes villes du pays et en sont à diverses étapes de développement. Plusieurs centres d'écoute au Canada ont été agréés par l'American Association of Suicidology, et un mouvement est actuellement en cours pour examiner la viabilité d'un réseau de lignes d'écoute téléphonique au Canada (Ian Ross, communication personnelle).

Conférence des Nations Unies à Calgary, 1993

En 1993, lors d'une rencontre internationale sur la prévention du suicide, un groupe d'experts interrégional parrainé par les Nations Unies a été invité à élaborer des lignes directrices pour la création et la mise en œuvre de stratégies nationales de prévention du suicide. Cette rencontre, d'une durée d'une semaine, a eu lieu en Alberta et a réuni des représentants de 12 pays. L'ébauche des lignes directrices découlant de cette rencontre a été présentée aux Nations Unies et publiée plus tard sous le titre de Prevention of Suicide: Guidelines for the formulation and implementation of national strategies (Nations Unies, 1996). Les principaux éléments d'une stratégie nationale y étaient exposés et comprenaient les caractéristiques suivantes : politique gouvernementale, cadre conceptuel, buts et objectifs généraux, objectifs mesurables, mise en œuvre par des organismes communautaires et suivi et évaluation (Ramsay et Harrington, 2000). Un grand nombre de pays se sont servis de ce document comme plan détaillé pour élaborer leur stratégie nationale de prévention du suicide.

Réunion conjointe de l' Association internationale pour la prévention du suicide, de l'Association canadienne pour la prévention du suicide, de l'Association québécoise de suicidologie et de Suicide-Action Montréal, 1993

Cette rencontre réunissait plus de 700 participants et a été une excellente occasion d'accroître les échanges a) entre les chercheurs canadiens francophones et anglophones et b) avec les chercheurs étrangers.

Choisir la vie. Un rapport spécial sur le suicide chez les Autochtones, 1995

Une Commission royale a été créée afin d'enquêter sur le problème du suicide chez les peuples autochtones du Canada. Après la tenue d'audiences publiques d'une durée de 172 jours dans 96 collectivités au pays, la Commission royale a produit un rapport final qui résumait les résultats des audiences. Le rapport examine les taux de suicide chez les peuples autochtones et fait état de bon nombre des facteurs individuels, culturels, sociaux et historiques qui ont contribué à des taux élevés de suicide dans beaucoup de collectivités autochtones. Le rapport met en lumière plusieurs approches prometteuses qui sont adoptées par des collectivités autochtones au Canada afin de réduire le suicide, tout en signalant également certains obstacles possibles. Il se termine par une série de recommandations et une forte insistance sur les principes d'appropriation et de développement communautaires.

Congrès international francophone sur la prévention du suicide, 2000 et 2002

Le premier Congrès international francophone sur la prévention du suicide s'est déroulé à Québec, en 2000, et a réuni plus de 800 personnes. Le congrès avait été organisé par l' Association québécoise de suicidologie et le Centre de recherche et d'intervention sur le suicide et l'euthanasie (CRISE) de l'Université du Québec à Montréal. Une deuxième rencontre internationale francophone a eu lieu à Liège, en Belgique en 2002, et a attiré un nombre important de participants canadiens français. Une troisième rencontre f rancophone est prévue en France en 2004.

Première Conférence internationale sur les pratiques novatrices pour la prévention du suicide, 2004

Le CRISE organise, en collaboration avec Suicide-Action Montréal et l' Association internationale pour la prévention du suicide, la première Conférence internationale sur les pratiques novatrices pour la prévention du suicide, du 4 au 7 mai 2004 à Montréal.

Collaboration France-Québec

Il existe une collaboration continue entre la France et le Québec pour la prévention du suicide, qui inclut des composantes de recherche dans le cadre du Projet de coopération France-Québec. Il y a eu des échanges dans des domaines comme le suicide dans le métro (Montréal et Paris), le contrôle des armes à feu et l'évaluation des programmes de formation. La collaboration est en train de s'élargir dans certains domaines pour inclure la Belgique.

Dans le domaine de la santé publique, le Réseau international francophone de prévention des traumatismes et des accidents (REFIPS) a organisé plusieurs activités, dont des séminaires annuels, et plus précisément des séminaires de recherche et des conférences internationales sur le suicide, dans le cadre de ses activités sur la prévention des blessures. La dernière réunion a eu lieu à Montréal en 2002 et la prochaine se tiendra au Liban. La sixième C onférence mondiale sur la prévention des blessures avait pour thème « Blessures, suicide et violence » et s'est déroulée à Montréal en mai 2002. Elle a réuni plus de 1 600 participants de partout dans le monde. Au cours de cette conférence se sont tenues bon nombre de séances sur la recherche sur le suicide, qui bénéficiaient d'un service de traduction simultanée.

Groupes de soutien aux endeuillés

Les personnes endeuillées à la suite d'un suicide offrent une perspective inestimable pour faire avancer le corpus des connaissances et améliorer les pratiques quotidiennes de prévention du suicide. Il y a plusieurs années déjà, l'ACPS s'est dotée d'un Comité des endeuillés, qui a permis aux endeuillés de faire connaître leurs intérêts particuliers à la communauté plus vaste des intervenants en prévention du suicide. Les conférences annuelles de l'ACPS ont été un important moyen pour les endeuillés, les professionnels de la santé mentale et les chercheurs d'échanger entre eux. Cependant, il est probablement juste de dire que les intérêts des endeuillés ont souvent été mal compris, c.-à-d. que leurs besoins ont d'ordinaire été réduits à l'accès à des services de soutien, alors qu'ils ont un rôle valable à jouer dans la promotion des programmes de prévention du suicide et l'éducation de la société sur les changements qu'il faut apporter au système global de santé mentale (Bonny Ball, communication personnelle).

Unités de recherche

Plusieurs unités de recherche spécialisée qui se consacrent expressément à l'étude du suicide ont été créées au Canada dans les dernières années, notamment : le Centre de recherche et d'intervention sur le suicide et l'euthanasie (CRISE) à l'Université du Québec à Montréal, la Chaire Arthur Sommer Rotenberg en suicidologie à l'Hôpital St. Michael de Toronto et le Laboratoire d'étude sur le suicide et le deuil au Centre de recherche Fernand-Séguin à l'Hôpital Louis-H. Lafontaine à Montréal et le Groupe McGill d'études sur le suicide. Chacun de ces centres sera décrit brièvement ci-dessous.Note de bas de page 4

Centre de recherche et d'intervention sur le suicide et l'euthanasie

Le Centre de recherche et d'intervention sur le suicide et l'euthanasie (CRISE) est une unité de recherche affiliée à l'Université du Québec à Montréal (Montréal, Québec, Canada) qui regroupe des chercheurs, des praticiens et des étudiants de toute la province. Le Centre est unique en ce sens que tous les projets supposent la collaboration de chercheurs sur le suicide et d'organismes communautaires. Les membres du CRISE abordent le phénomène du suicide sous l'angle du modèle social écologique mis au point par Uri Bronfenbrenner. Selon cette approche, le phénomène complexe du comportement suicidaire peut être compris en termes d'échanges réciproques entre des individus et diverses influences socio-environnementales.

Chaire Arthur Sommer Rotenberg, Université de Toronto

La Chaire Arthur Sommer Rotenberg en suicidologie (Arthur Sommer Rotenberg Chair in Suicide Studies) est un programme universitaire qui relève du département de psychiatrie de l'Université de Toronto. Les bureaux de la Chaire se trouvent à l'Hôpital St. Michael, centre de santé urbain situé au centre-ville de Toronto. À cette chaire de recherche en suicidologie est associée la mission de faire des recherches afin de mieux comprendre les divers facteurs biologiques, psychologiques et sociologiques du comportement suicidaire et de mettre en place des mesures sociétales et cliniques en soins de santé visant à réduire les pertes et les souffrances résultant du suicide et du comportement suicidaire. L'équipe multiprofessionnelle de la Chaire Arthur Sommer Rotenberg en suicidologie est dirigée par le D r Paul S. Links, professeur de psychiatrie à l'Université de Toronto, et comprend des professionnels de recherche et de soins de santé représentant les domaines de l'épidémiologie, la psychiatrie, la psychologie, le service social et la sociologie.

Groupe McGill d'études sur le suicide

Établi à Montréal, et affilié à la fois à l'Université McGill et à l'Organisation mondiale de la santé, le Groupe McGill d'études sur le suicide (GMES) est la seule unité de recherche de ce genre au Canada. Il possède l'une des plus importantes collections au monde d'échantillons d'ADN de personnes mortes par suicide. Dirigé par le Dr Gustavo Turecki, le GMES compte cinq chercheurs indépendants et plus de vingt associés de recherche oeuvrant dans une vaste gamme de disciplines allant de l'histopathologie à la psychologie clinique, en passant par les soins infirmiers psychiatriques et la technologie de laboratoire. Le GMES a pour mandat d'étudier les facteurs de risque biologiques, comportementaux et cliniques associés au suicide.

Centre de recherche Fernand-Séguin, Montréal.

Le Laboratoire d'étude sur le suicide et le deuil est financé par le Fonds de recherche en santé du Québec. Il fait partie du Centre de recherche Fernand-Séguin depuis 1994. Une des principales missions du Centre est d'entreprendre divers projets de recherche qui portent sur le suicide, les morts violentes et le deuil. Le suicide et les accidents sont les principales causes de décès chez les hommes adultes. Il est donc essentiel de mieux définir les facteurs de risque associés à ces décès afin de pouvoir les prévenir. C'est donc dans cet esprit qu'un groupe de chercheurs a entrepris un programme de recherche afin d'évaluer les dimensions neurobiologiques, psychologiques et génétiques de ce type de mortalité.

Parmi les autres centres de recherche canadiens importants figurent le Centre for Suicide Studies (Centre de suicidologie) de l'Hôpital Douglas, affilié à l'Université McGill de Montréal, le Suicidology Research Group (Groupe de recherche en suicidologie) de l'Université Windsor, le Centre for Addiction and Mental Health (Centre des toxicomanies et de la santé mentale) de l'Institut Clarke à Toronto, la Culture and Mental Health Research Unit (Unité de recherche sur la culture et la santé mentale) à l'Université McGill de Montréal et la Mental Health Evaluation and Community Consultation Unit (MHECCU – Unité de consultation communautaire et d'évaluation de la santé mentale) à l'Université de la Colombie-Britannique, à Vancouver.

Pour un examen plus détaillé des initiatives canadiennes dans la prévention du suicide, voir Leenaars, A. (2000), Suicide Prevention in Canada: A history of a community approach, « Revue canadienne de santé mentale communautaire », 19(2), p. 57-73.

La description de ces trois centres se fonde sur l'information fournie dans leur site Web respectif.


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