Section 1 : Recherche sur le suicide au Canada : Aperçu descriptif – Recherche biomédicale

1. Recherche biomédicale

La recherche sur les facteurs de risque biologiques et génétiques associés au suicide a proliféré dans les dernières années, et les chercheurs canadiens ont largement contribué à faire avancer ce corpus de connaissances. Trente études canadiennes environ ont été publiées dans ce domaine au cours de la période comprise entre 1985 et 2003.

Hrdina a beaucoup contribué à faire comprendre les bases biologiques possibles de la suicidalité à partir d'une série d'études post mortem (Hrdina, 1996; Hrdina et Du, 2001). Par exemple, Hrdina et ses collaborateurs (1993) ont rapporté une augmentation des récepteurs 5-HT2 dans le cerveau de suicidés et de patients déprimés morts de causes naturelles. Leurs conclusions sont venues appuyer le point de vue selon lequel une altération du système sérotoninergique cérébral était associée à la dépression et au comportement suicidaire. Des études plus récentes (Alda et Hrdina, 2000) ont analysé la distribution statistique des densités de récepteurs 5-HT2A dans les plaquettes. Des résultats provenant de cette étude contribuent à l'idée qu'une forte densité de récepteurs 5-HT2A est un marqueur de suicidalité et peut éventuellement être établi génétiquement.

Pour essayer d'élucider la composante génétique des anomalies sérotoninergiques relevées chez les suicidés, Turecki et ses collaborateurs du Groupe McGill d'études sur le suicide (1999) ont examiné la variance observée au niveau de la fixation aux récepteurs cérébraux de la sérotonine de type 2A (5-HTR2A) chez des patients décédés par suicide. En comparant des échantillons de tissus cérébraux de sujets décédés par suicide avec ceux qui ne l'étaient pas, ces chercheurs ont pu confirmer les observations précédentes, à savoir une fixation plus importante aux récepteurs 5-HTR2A chez les patients décédés par sucide. Chose plus importante encore, cette étude fournit également des arguments préliminaires quant à l'hypothèse selon laquelle le nombre de récepteurs 5-TR2A est à médiation génétique. Dans une étude portant sur des patients souffrant de dépression majeure, Du et al. (2000) ont examiné la variance au niveau du polymorphisme 102T/C sur ce locus et ont constaté une association importante entre ce variant et un niveau d'idéation suicidaire accrû, tel que mesuré par la partie « idéation suicidaire » sur l'échelle HAM-D.

Des chercheurs canadiens ont également effectué des études génétiques ayant pour cible d'autres récepteurs sérotoninergiques. Par exemple, l'étude d'un polymorphisme situé dans la région d'activation de l'autorécepteur 5-HT1A a révélé que l'allèle mineur de ce locus a une rétroaction négative sur l'activité de répression d'un facteur transcriptionnel agissant sur cet autorécepteur dans les cellules du raphé. Ces observations ont donné à entendre que la variation génétique sur ce locus conduit à une réduction de la neurotransmission sérotoninergique et, par conséquent, à une prédisposition à la dépression et au suicide (Lemonde et al., 2003). Le rôle éventuel d'une variation génétique au niveau des gènes codant pour d'autres récepteurs sérotoninergiques a également été étudié. Turecki et ses collaborateurs (2003) ont étudié la variation au niveau de sept gènes récepteurs de la sérotonine (5-HTR1B, 5-HTR1D a, 5-HTR1E, 5-HTR1F, 5-HTR2C, 5-HTR5A, and 5-HTR6) chez des personnes ayant complété un suicide. Ils n'ont pas pu trouver d'argument probant quant à un rôle majeur de ces loci dans la prédisposition au suicide.

Des chercheurs canadiens (Du et al., 1999; Du, Faludi, Palkovits, Bakish et Hrding, 2000; Turecki, 2001; Fitch et al. 2001; Anguelova, Benkelfat et Turecki, 2003) ont également étudié le rôle du gène transporteur de la sérotonine. Les résultats actuels semblent indiquer que la variation au niveau de ce gène, en particulier au niveau d'un locus de délétion/insertion de 44 pb sur le site promoteur de ce gène, un variant considéré comme fonctionnel, peut jouer un rôle important dans la prédisposition au suicide et aux comportements suicidaires. En utilisant un modèle et une méthodologie différents, Filteau et ses collaborateurs (1993) ont rapporté des données qui soutiennent indirectement le rôle du transporteur de la sérotonine dans la suicidalité. Ils ont mis en évidence une baisse significative de l'idéation suicidaire chez les patients déprimés traités par des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) comparativement à ceux traités par des inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline et par des antagonistes de la sérotonine-2.

Des chercheurs canadiens spécialisés en recherche biomédicale ont analysé d'autres gènes codant pour des composantes des voies sérotoninergiques. On pense que les gènes codant pour la tryptophane-hydroxylase (TPH), en particulier, jouent un rôle de premier plan dans la suicidalité (Du et al., 2000; Turecki et al., 2001; Lalovic et Turecki, 2002); toutefois, des données plus récentes semblent indiquer que ce gène particulier ne code pas pour une isoforme de la TPH qui est exprimée dans le tissu cérébral. Un gène homologue, désigné sous le nom de TPH2, code pour un tel variant. Ceci est cohérent avec les résultats de la méta-analyse d'études portant sur la TPH1 réalisée par Lalovic et Turecki (2002).

Du et ses collaborateurs (2002) ont étudié une possible contribution du gène de la monoamine-oxydase (MAO-A) chez les personnes suicidaires déprimées. Chose intéressante, ils ont mis en évidence une association entre forte activité de l'allèle correspondante et personnes suicidaires déprimées chez les sujets de sexe masculin. Cette observation montre que le gène de la MAO-A peut également contribuer à conférer une prédisposition au suicide chez les personnes déprimées de sexe masculin.

Par ailleurs, Turecki (2001) laisse entendre qu'une partie de la vulnérabilité au suicide peut s'expliquer par la présence de tendances génétiques à des comportements impulsifs et impulsifs-agressifs. Le même groupe de chercheurs (Sequeira et al., 2003) a signalé une association entre un variant génétique du gène du syndrome de Wolfram (WFS1) et le suicide et rapporté des mesures d'impulsivité plus élevées. Leurs conclusions préliminaires ont mis en évidence un rôle de ce gène dans la physiopathologie du suicide impulsif. En étudiant la relation entre le suicide et les comportements impulsifs-agressifs en faisant appel à une approche différente, Arato et ses collaborateurs (1991) ont suggéré que l'asymétrie hémisphérique des mécanismes sérotoninergiques relevée lors de suicides pouvait être associée à la violence et à l'agressivité.

Une autre piste de recherche biologique concerne le lien entre le niveau de cholestérol sérique et le risque suicidaire. En reliant les données de l'Étude Nutrition Canada avec les enregistrements de décès de la Base canadienne de données sur la mortalité, des chercheurs canadiens (Ellison et Morrison, 2001) ont conclu que de faibles niveaux de cholestérol sérique étaient associés à un risque accrû de suicide. En outre, l'association persistait même après neutralisation des effets du chômage ou d'un traitement pour la dépression.

Des chercheurs canadiens ont également étudié des anomalies dans la transduction du signal. En 1999, Reiach et ses collaborateurs (1999) ont apporté des preuves préliminaires d'une réduction de l'immunomarquage de l'adényl-cyclase de type 4 et de son activité post mortem dans le cortex temporal de suicidés déprimés. Ces résultats ont suggéré que ce changement expliquait les perturbations observées au niveau de la cascade de signalisation du post-récepteur AMPc lors de la dépression. En outre, Young et ses collaborateurs (2003) ont contribué à prouver le fait que des anomalies de la transduction du signal surviennent chez des patients présentant un trouble de l'humeur et décédés par suicide. Leurs données ont montré que le facteur de transcription CREB pourrait jouer un rôle important dans la neurobiologie du suicide et l'effet antisuicidaire du lithium. Au titre de cet effort engagé par des chercheurs canadiens pour étudier les mécanismes moléculaires impliqués dans le suicide, Honer et ses collaborateurs (2002) ont analysé des composantes moléculaires de connectivité neurale chez des personnes victimes de troubles mentaux sévères et chez des sucidés.

Au Canada, des chercheurs ont également abordé plusieurs autres aspects qui pourraient être impliqués dans le suicide. Par exemple, on a signalé des taux élevés de catécholamine chez des patients déprimés, avant un suicide et au moment d'une tentative de suicide (Dent, Ghadirian, Kusalic et Young, 1986; Mancini et Brown, 1992). En outre, on a relevé des concentrations accrues en protéines de stress des récepteurs des oestrogènes dans le cortex temporal de personnes suicidaires déprimées (Bown, Wang, MacQueen et Young, 2000). Le travail de recherche effectué par Merali et ses collaborateurs (2004) sur le cerveau de personnes suicidaires a conduit à l'éventualité que les changements observés au niveau de l'hormone libératrice de la corticotrophine (CRH) et de la sous-unité du récepteur de l'acide g -aminobutyrique (GABA-A), ou bien la dysrégulation entre ces sous-unités du récepteur GABA-A, confèrent un risque de dépression et/ou de suicide ou bien sont consécutifs à la psychopathologie qui leur est associée.

Enfin, des études biologiques plus détaillées faisant appel à des micro-réseaux commencent à voir le jour. Le Groupe McGill d'études sur le suicide (Turecki, Sequeira, Gwadry, Canetti, Gingras et French-Mullen, 2003) a récemment entrepris de procéder à des études de grande envergure analysant les profils d'expression dans plusieurs zones du cerveau cortical. Ces études sont prometteuses et attestent d'une série de nouveaux systèmes candidats pour de futures études qui représentent de nouvelles possibilités pour la recherche biomédicale dans le domaine du suicide.

En résumé, il existe un faisceau grandissant de preuves confirmant que des facteurs neurobiologiques et génétiques jouent un rôle important dans l'étiologie du suicide. Des chercheurs canadiens ont été pour beaucoup dans l'élucidation de certaines des voies moléculaires et processus génétiques qui semblent contribuer à un risque accru de suicide. Beaucoup d'autres études neurologiques et génétiques sont actuellement en cours au Canada et s'inspirent de travaux antérieurs pour chercher à identifier plus précisément les gènes associés au suicide.

2. Recherche clinique

Plus de 90 articles de recherche abordant le suicide du point de vue clinique ou du traitement ont été publiés au Canada depuis 1985. Ces articles comprennent des études qui ont a) examiné des caractéristiques précises de la personnalité (p. ex., la dépendance, le perfectionnisme) ou d'autres dimensions psychologiques du risque suicidaire chez les individus, et b) analysé le risque suicidaire chez certaines populations vulnérables ou des populations cliniques (p. ex., les malades psychiatriques hospitalisés, les jeunes).

Pour faciliter la discussion, la recherche clinique a été divisée en cinq sous-catégories :

  1. méthodes de traitement et d'intervention
  2. facteurs familiaux
  3. populations cliniques vulnérables
  4. dimensions psychologiques
  5. personnes endeuillées.

Des études cliniques et théoriques qui présentent des modèles de prise de décisions cliniques (p. ex., Kral et Sakinofsky, 1994; Truscott, Evans et Knish, 1999) ainsi que des analyses de données probantes (p. ex., Lesage, 2002) sont incluses ici.

2a. Méthodes de traitement et d'intervention

Les études canadiennes portant sur les méthodes de traitement dans les cas de comportement suicidaire et de risque suicidaire ont été peu nombreuses, la plupart ayant été publiées dans les dix dernières années. Les recherches vont de grands essais internationaux multisites (Ahrens, Grof, Möller, Müller-Oerlinghausen et Wolf, 1995) à des études qualitatives approfondies d'envergure plus limitée (Hoover et Paulson, 1999), et jusqu'à des études de cas unique (Malcolm et Janisse, 1994; Lum, Smith et Ferris, 2002).

Suicide et traitement des troubles de l'humeur

Bien qu'une grande partie de la recherche clinique ait été consacrée à la détermination de l'efficacité de traitements précis pour les patients atteints de troubles de l'humeur, seules quelques études canadiennes ont expressément analysé ces interventions afin d'évaluer leurs effets sur les comportements suicidaires. Par exemple, Sharma (2001) a examiné l'effet de l'électroconvulsothérapie (ECT) sur le risque suicidaire chez des patients atteints de troubles de l'humeur. Il a constaté que cette thérapie (ECT) avait un effet bénéfique aigu mais à court terme sur le comportement suicidaire. Cependant, d'après l'auteur, il faut interpréter les résultats avec prudence, étant donné certaines limites particulières de l'étude. Dans un grand essai clinique multicentres, Ahrens et ses collaborateurs (1995) ont constaté que chez les patients ayant été traités au lithium, de manière prophylactique, pendant deux ans ou plus, la mortalité due au suicide et aux maladies cardiovasculaires était la même, ou seulement légèrement plus élevée, que la mortalité de la population en général.

Analysée sous un autre éclairage, la relation entre la suicidalité, les effets indésirables du traitement (p. ex., la sédation, la manie, la baisse de la libido, la psychose) et le traitement pharmacologique de la dépression a été explorée (Tollefson, Rampey, Beasley, Enas et Potvin, 1994). Les résultats semblaient indiquer qu'il n'y avait pas de relation entre un profil d'effets indésirables du traitement et la suicidalité chez cette population.

Facilitation de la guérison

Hoover et Paulson (1999) ont utilisé une approche phénoménologique pour identifier les thèmes de guérison chez des personnes auparavant suicidaires. Se fondant sur une analyse approfondie, ils ont pu identifier une série de processus pouvant avoir d'importantes répercussions et orienter les décisions futures en matière de traitement des individus suicidaires.

McCormick (1996, 1997b) et Paproski (1997) ont décrit les stratégies qui facilitent la guérison chez les Autochtones. Il s'agit entre autres d'établir un lien social et d'obtenir de l'aide des autres, de s'ancrer dans la tradition, de faire de l'exercice et de pratiquer l'autonomie en matière de santé, de participer à des activités stimulantes et de se fixer des objectifs, de s'exprimer, d'établir un lien spirituel et de participer aux cérémonies, d'aider les autres, de comprendre le problème, d'apprendre d'un modèle et d'établir un lien avec la nature (McCormick, 1997b).

Détermination du risque

deMan et ses collaborateurs au Québec ont validé les propriétés psychométriques de l'Échelle d'idéation suicidaire (de Man et Leduc, 1995) et l'ont adaptée pour l'utiliser avec de jeunes Canadiens français (de Man, Leduc et Labrèche-Gauthier, 1993). Reynolds (1991) a contribué quant à lui à la compréhension du rôle des instruments de dépistage et à l'évaluation du risque suicidaire, particulièrement chez les enfants et les adolescents. Il a mis au point une série d'outils de dépistage utiles, notamment le Questionnaire d'idéation suicidaire (Reynolds, 1988).

Entre-temps, dans un effort pour identifier les prédicteurs potentiels du suicide, d'autres chercheurs canadiens (Enns, Inayatulla, Cox et Cheyne, 1997) ont examiné la relation entre les symptômes dépressifs, l'anxiété, le désespoir et l'intention suicidaire chez un groupe d'adolescents autochtones et non autochtones qui avaient été hospitalisés à la suite d'une tentative de suicide. Ailleurs, Wright et Adam (1986) ont constaté que même si beaucoup de personnes ayant tenté de se suicider ont affirmé qu'elles voulaient mourir au moment de leur admission à l'hôpital, toutes celles qui ont survécu ont exprimé le désir de vivre lorsqu'elles ont obtenu leur congé de l'hôpital.

Holden et des collaborateurs (1985, 1989) ont examiné la relation entre l'intention suicidaire et la désirabilité sociale et ont constaté qu'une « réaction négative au regard de la désirabilité » participait d'une détresse dans le contexte d'un comportement suicidaire. Enfin, Truant, O'Reilly et Donaldson (1991) nous ont donné un aperçu de la façon dont les psychiatres évaluent les facteurs de risque associés au suicide quand ils déterminent globalement le risque. Ils ont constaté que le désespoir était classé comme le plus important facteur de risque, suivi de l'idéation suicidaire, des tentatives antérieures, du niveau de l'humeur et de l'affect, de la qualité des relations, des signes et symptômes de dépression et de l'intégration sociale.

Études de cas cliniques

D'autres recherches sur le suicide ayant des répercussions cliniques ont été entreprises au Canada au cours des dernières années. Par exemple, Malcolm et Janisse (1994) ont procédé par étude de cas pour analyser une série de suicides par imitation qui se sont déroulés au sein d'une petite organisation fermée en Colombie-Britannique et ont constaté que la détermination des niveaux de dépression, d'anxiété et d'hostilité, combinée à des entrevues cliniques, était utile pour identifier les groupes à haut risque à la suite de décès par suicide. Leenaars et Wenckstern (1998) ont présenté une analyse de protocole des derniers poèmes de Sylvia Plath, qui a mis en évidence dans ces écrits des facteurs de risque différentiels particuliers. Plus récemment, Lum et des collaborateurs (2002) se sont basés sur une étude de cas pour montrer comment appliquer le modèle thérapeutique de Satir au traitement d'un jeune homme suicidaire. Leenaars (1997) a présenté un cas qui a fait ressortir que certains patients réussissent à dissimuler ou cacher le risque de suicide qu'ils présentent même lorsqu'on tente une évaluation exhaustive de ce risque.

2b. Facteurs familiaux

Les études qui explorent les liens entre la dynamique familiale, les relations parentales, les profils d'attachement et le risque suicidaire forment une partie limitée mais importante des écrits canadiens sur le traitement. Un chercheur bien connu dans ce domaine est Ken Adam, qui a fait des recherches sur le rôle des profils d'attachement précoce dans l'étiologie du comportement suicidaire (Adam, 1985; 1986; Adam, Keller, West, Larose, and Goszer, 1994; Adam, Sheldon-Keller, and West, 1996). Beaucoup de ses travaux publiés datent d'avant la période visée par le présent document, mais certaines études récentes, qui s'inspirent de ses précédentes pistes de recherche, sont exposées brièvement ci-dessous.

Dans une perspective différente, le Groupe McGill d'études sur le suicide, dirigé par Gustavo Turecki, se livre actuellement à des études poussées sur des familles pour cerner l'agrégation familiale du suicide et des facteurs comportementaux qui influent sur le risque de suicide.

Études sur l'attachement

Dans une étude, Adam et ses collaborateurs ont évalué des adolescents qui avaient été dirigés vers des services de consultation externe ou des services de soins en établissement dans trois villes canadiennes afin de connaître leurs idées suicidaires et tentatives de suicide depuis le début de leur vie, qu'ils ont comparées aux résultats qu'ils avaient obtenus avec l'Instrument de lien parental (Adam et al., 1994). Les jeunes suicidants ont rapporté des soins moins nombreux et une surprotection plus grande par rapport à leur mère que leurs pairs non suicidaires. Dans une étude ultérieure (Adam et al., 1996), les chercheurs ont examiné les profils d'attachement et l'historique du comportement suicidaire chez des adolescents en traitement psychiatrique. Dans le même sens, West et ses collaborateurs (1999) ainsi que Lessard et Morretti (1998) ont exploré la relation entre les niveaux perçus d'attachement aux dispensateurs de soins (attachement-sécurité ressentie) et l'idéation suicidaire relevée dans des échantillons cliniques d'adolescents.

Relations parents-enfants

Abordant l'exploration des facteurs de risque liés à la famille dans une perspective différente, de Man, Labrèche-Gauthier et Leduc (1993) ont examiné le lien entre les relations parents-enfants et les idées suicidaires chez de jeunes Canadiens français. Ils ont constaté que les idées suicidaires chez les adolescents et les adolescentes étaient associées à un style de parentage caractérisé par un contrôle élevé assorti d'un soutien social maternel et paternel insuffisant.

Tousignant et des collaborateurs ont eux aussi examiné le rôle de la famille dans le contexte du suicide et du comportement suicidaire (1986, 1993) en étudiant les contributions respectives des soins donnés par le père et par la mère afin de déterminer leur association potentielle avec le comportement suicidaire. Les résultats ont montré que des lacunes dans les soins donnés par le père sont fortement associées au comportement suicidaire.

2c. Populations vulnérables

Les chercheurs canadiens ont entrepris plusieurs études qui font ressortir les répercussions cliniques des interventions auprès de certaines populations à haut risque. Le manque d'espace nous empêche de revoir chaque étude individuelle, mais bon nombre de ces travaux sont examinés très brièvement.

Individus atteints de troubles mentaux

Étant donné la forte association entre les troubles mentaux et le suicide (Tanney, 2000), il n'est pas surprenant que beaucoup d'études aient tenté d'expliquer cette relation avec plus de précision, cela dans plusieurs groupes différents à haut risque. Par exemple, dans une importante étude cas-témoin sur de jeunes hommes au Québec qui a constitué à première étude fondée sur des autopsies psychologiques à être réalisée au Canada, Lesage et des collaborateurs (1994) ont constaté que, chez les jeunes hommes, le suicide complété est lié aux troubles mentaux suivants : la dépression majeure, le trouble de la personnalité limite et la toxicomanie. D'autres études portant sur un échantillon élargi ont mis en évidence le rôle important que joue la comorbidité au regard du risque de suicide (Kim et al., 2003).

Dans une série d'études sur le risque suicidaire chez des patients atteints du trouble de la personnalité limite, des chercheurs canadiens ont trouvé que les prédicteurs les plus significatifs chez cette population clinique étaient les tentatives de suicide antérieures et un niveau d'instruction plus élevé (Paris, 1987; 1990; Paris, Nowlis et Brown, 1989).

Plusieurs études canadiennes ont examiné en profondeur les risques particuliers de suicide chez les patients psychiatriques hospitalisés. Selon les résultats d'une étude réalisée à Montréal, les patients hospitalisés atteints d'un trouble de l'humeur ou de schizophrénie constituaient l'essentiel de l'échantillon des individus ayant complété leur suicide (Proulx, Lesage et Grunberg, 1997), alors qu'en Ontario des chercheurs ont constaté que les patients hospitalisés les plus à risque de se suicider correspondaient au profil suivant : comportement suicidaire antérieur, chez une personne atteinte de schizophrénie, hospitalisée contre son gré et vivant seule (Roy et Draper, 1995). Dans une étude plus récente en Ontario, des chercheurs ont constaté qu'il était plus probable de constater chez les patients hospitalisés qui s'étaient suicidés des antécédents familiaux de problèmes psychiatriques et des tentatives de suicide antérieures, et que le diagnostic le plus commun était les troubles de l'humeur et non pas la schizophrénie (Sharma, Persad et Kueneman, 1998). Holley et ses collaborateurs (1998) ont procédé à un examen de la mortalité qui s'est échelonné sur 13 ans auprès d'une cohorte régionale de 876 personnes ayant tenté de se suicider et qui avaient été hospitalisées entre 1979 et 1981. Comparativement à la population en général, les sujets de cette étude couraient quatre fois plus de risques de mourir de n'importe quelle cause, mais 25 fois plus de risques de mourir par suicide. Enfin, dans une autre étude canadienne, Chandrasena et des collaborateurs (1991) ont constaté que beaucoup de patients étrangers qui étaient morts par suicide étaient en chômage et s'étaient mal intégrés à la société.

Patients parasuicidaires

Un autre groupe d'études ayant des répercussions cliniques importantes a porté sur les patients qui se livrent de façon répétée à l'automutilation et à des comportements suicidaires. Reynolds et Eaton (1986) ont comparé ceux qui ont fait de multiples tentatives de suicide avec ceux qui n'en ont fait qu'une seule et ont constaté que les « récidivistes » ont des niveaux plus élevés de dépression, de désespoir et de toxicomanie ainsi que des taux de létalité plus élevés. Sakinofsky et Roberts (1990) ont examiné pourquoi les patients parasuicidaires continuent d'avoir des comportements automutilatoires malgré la résolution apparente de leurs problèmes. Dans une étude antérieure, Goldberg et Sakinofsky (1988) ont exploré, grâce à divers modes d'entrevue, les niveaux de « tendance intrapunitive » chez les patients parasuicidaires. Ils ont constaté que les individus ayant une forte tendance intrapunitive et qui faisaient partie du groupe d'entrevues cognitives présentaient les améliorations les plus marquées au regard des mesures autodéclarées des symptômes de dépression. Leenaars, Lester, Wenckstern et leurs collaborateurs (1992), après avoir étudié des personnes ayant tenté de se suicider et des personnes mortes par suicide, sont arrivés à la conclusion qu'il pourrait bien exister davantage de similitudes que de différences entre ces deux groupes. Il est possible en outre que les deux groupes se recoupent.

Jeunes

L'augmentation, au cours des 30 à 40 dernières années, du taux de suicide chez les jeunes a incité plusieurs chercheurs canadiens à essayer de mieux comprendre les facteurs de risque particuliers liés au suicide chez les jeunes et de mettre en lumière les répercussions possibles en matière de traitement et d'interventions de soutien. Par exemple, des études qualitatives ont été effectuées afin de faire ressortir certains des processus qui ont amené les jeunes à envisager le suicide et les facteurs qui les ont aidés à se rétablir (Everall, 2000; McCormick, 1997a; Paulson et Everall, 2001). Au Québec, de Man et ses collaborateurs ont sondé un groupe d'élèves du secondaire (de Man et Leduc, 1995; de Man, 1999) dans le but de cerner les corrélats des idées suicidaires. Ils ont constaté que la dépression était l'un des facteurs les plus importants, constat qui a des répercussions cliniques évidentes. D'autres groupes de jeunes à haut risque ont également été étudiés, notamment les jeunes placés en famille d'accueil (Charles et Matheson, 1991). Leenaars, De Wilde, Wenckstern etKral (2001) ont montré que le suicide chez les adolescents pourrait être relié de près à la constriction cognitive et à un manque de compréhension; il est fort possible que les adolescents suicidaires sont aveugles à bon nombre d'aspects de leur propre mort.

Personnes âgées

La persistance de taux élevés de suicide chez les personnes âgées a également alimenté un certain nombre d'études récentes entreprises par des chercheurs canadiens. Par exemple, à partir d'un paradigme de recherche en soins infirmiers, Delisle (1992) s'est penché sur les questions suivantes : « Qu'est-ce qui rend les nouveaux pensionnés vulnérables au suicide? Leur suicide est-il évitable? Quelles sont les meilleures interventions en soins infirmiers? ». Fortin et des collaborateurs (2001) ont examiné la relation entre l'idéation suicidaire et l'autodétermination chez les personnes âgées vivant en établissement et ont constaté que les personnes âgées suicidaires ne différaient pas des non-suicidaires pour ce qui est de la dimension de l'autodétermination.

D'autres populations à risque très précises ont aussi fait l'objet d'études, notamment les patientes canadiennes d'origine chinoise (Lalinec-Michaud, 1988), les patients faisant usage d'isotrétinoïne pour le traitement de l'acné (Jick et al., 2000) et les patients qui se présentent à un service d'urgence avec une douleur à la poitrine, un trouble panique et des idées suicidaires (Fleet et al., 1996; 1997). Leenaars (1992) a découvert que parmi les périodes de la vie, la vieillesse est celle à l'égard de laquelle notre compréhension du suicide est la plus pauvre, et il en a conclu que le sujet mérite une attention beaucoup plus grande.

2d. Dimensions psychologiques

Antoon Leenaars a considérablement contribué au corpus des connaissances nationales et internationales sur la prévention du suicide grâce à son étude empirique des notes de suicide ainsi que par d'autres études menées au Canada et à l'échelle internationale.

Étude des notes de suicide

Grâce à l'élaboration de protocoles précis d'analyse des notes de suicide, lesquels ont été appliqués à l'égard de plusieurs sujets suicidaires différents (hommes, femmes, jeunes, personnes âgées, méthodes létales, méthodes passives, personnes ayant tenté de se suicider, personnes s'étant suicidées), Leenaars a proposé un modèle multidimensionnel du suicide en étudiant à la fois les dimensions intrapsychiques et interpersonnelles, ce qui peut nous aider à mieux comprendre l'individu suicidant (Leenaars, 1996). Il a ensuite examiné certaines caractéristiques psychologiques très précises liées au suicide, notamment la douleur insupportable, la constriction cognitive, les expressions indirectes, l'incapacité de s'adapter, l'ego, les relations interpersonnelles, le rejet-agression et l'identification-égression.

Une étude récente (Leenaars, De Wilde, Wenckstern et Kral, 2001) fournit un résumé concis de certains des principaux résultats qui découlent de l'analyse des notes de suicide. Des notes de suicide représentant quatre âges du développement (adolescents, jeunes adultes, adultes d'âge moyen, adultes âgés) ont été analysées d'après des protocoles précis suivant huit dimensions psychologiques multidimensionnelles : douleur insoutenable, constriction cognitive, expressions indirectes, incapacité de s'adapter, ego, relations interpersonnelles, rejet-agression et identification-égression. Malgré de nombreux points communs dans les groupes d'âge, les résultats semblent indiquer que le suicide des adolescents est plus susceptible d'être davantage lié à la constriction cognitive, aux expressions indirectes, au rejet-agression et à l'identification-égression que le suicide des sujets des autres groupes d'âge. Les jeunes adultes présentent des marqueurs particuliers; ce sont eux qui présentent la plus forte incidence de psychopathologie (ou d'incapacité de s'adapter).

Pour réaliser des progrès dans le domaine de la santé, il est important de soumettre les recherches réalisées dans un pays à une répétition dans d'autres pays de manière à confirmer la validité interculturelle des résultats obtenus. Leenaars et un certain nombre de collègues d'autres pays ont appliqué le modèle multidimensionnel de Leenaars à des notes de suicide recueillies non seulement au Canada, mais aussi aux États-Unis, en Irlande du Nord, en Hongrie, en Russie et en Australie (voir Leenaars, Lester, Lopatin, Schustov et Wenckstern, 2002).

Caractéristiques de la personnalité

Outre Leenaars, d'autres chercheurs canadiens ont examiné des caractéristiques psychologiques ou des traits de personnalité précis liés au suicide. Par exemple, Bettridge et ses collaborateurs (1995) ont examiné le besoin de dépendance ainsi que les perceptions liées à la disponibilité et au caractère suffisant des relations chez des adolescentes ayant tenté de se suicider et chez d'autres n'ayant pas tenté de le faire, au Canada. Hewitt et ses collaborateurs ont quant à eux étudié la dimension du perfectionnisme et son lien avec les comportements suicidaires dans plusieurs populations cliniques différentes, notamment chez des adolescents patients psychiatriques et des adolescents alcooliques (Hewitt, Flett et Weber, 1994; Hewitt, Newton, Flett et Callander, 1997; Hewitt, Norton, Flett, Callander et Cowan, 1998). Enfin, le Groupe McGill d'études sur le suicide a réalisé plusieurs études sur les traits de personnalité de personnes mortes par suicide (voir par exemple Kim et al., 2003).

2e. Personnes endeuillées

Très peu d'études canadiennes publiées examinent la question du deuil après le suicide. Une brève recension des écrits dans ce domaine suit.

Deuil consécutif à un suicide

Séguin et ses collaborateurs (1995a) ont constaté que, comparativement aux parents qui avaient perdu un enfant dans un accident de motocyclette, les parents endeuillés par un suicide étaient plus déprimés (quoique les différences disparaissaient après neuf mois), éprouvaient plus de honte, vivaient plus d'événements marquants et avaient subi un plus grand nombre de pertes. Dans une autre étude (Séguin et al., 1995b), des mères ayant perdu un enfant mort par suicide ont été interviewées au sujet de la perte qu'elles avaient éprouvée, et ces résultats ont été complétés par les résultats d'une autopsie psychologique. Une analyse ultérieure a révélé la présence d'une perte transgénérationnelle importante, d'une séparation et d'une éducation des enfants inadéquate.

Dans une étude plus récente, Bailley, Kral et Dunham (1999) ont comparé les expériences du deuil chez des étudiants universitaires en fonction d'une gamme de décès différents. Ils ont constaté que les personnes en deuil après un suicide, comparées à celles d'autres groupes, éprouvaient des sentiments plus fréquents de rejet, de responsabilité, de réactions « particulières », de réactions de deuil total, de honte accrue et de stigmatisation perçue.

Groupes de soutien aux endeuillés

Hopmeyer et Werk (1994) ont examiné la structure et la composition de divers types de groupes de soutien aux endeuillés mis sur pied à Montréal : les groupes de soutien destinés aux veufs ou aux veuves, ceux pour les membres de la famille en deuil à la suite d'un suicide et ceux pour les membres de la famille en deuil à la suite d'un décès par cancer. Tous les participants ont dit être très satisfaits de leur expérience, mais les raisons de se joindre à un tel groupe et les aspects les plus valables de l'expérience différaient selon la nature du groupe. Enfin, Rubey et McIntosh (1996) ont effectué une enquête auprès des groupes de soutien aux endeuillés à la suite d'un suicide, aux États-Unis et au Canada, afin de mieux comprendre leur composition et leur nature.

3. Services et systèmes de santé

Peu d'études canadiennes ont été entreprises dans cette catégorie comparativement à celle de la recherche clinique. Dans les travaux publiés – environ 45 au total – un éventail d'intérêts ressort, notamment l'évaluation des lignes d'écoute téléphonique et des centres de prévention du suicide, l'évaluation des programmes, l'analyse rétrospective des services donnés à la suite d'un suicide ainsi que le perfectionnement professionnel et la formation en prévention du suicide et en intervention. Comme il a été mentionné précédemment, plusieurs études sont incluses ici parce qu'elles sont pertinentes pour la prévention du suicide, mais aussi parce qu'elles ont des applications plus vastes pour la santé et le bien-être de la population en général, c.-à-d. pour les programmes de promotion de la santé mentale et de prévention. Les examens et commentaires théoriques (p. ex., Boyer et Loyer, 1996), la présentation de modèles d'organisation des services (p. ex., Boldt, 1985) et la recension des écrits pertinents (p. ex., Frankish, 1994; Rhodes et Links, 1998) ne font pas partie du présent document.

Pour faciliter l'examen, les études seront réparties dans les rubriques suivantes : centres de prévention du suicide, organisation et évaluation des services, formation et perfectionnement professionnel ainsi que programmes de promotion de la santé mentale et de prévention.

3a. Centres de prévention du suicide

Les contributions canadiennes au corpus des connaissances internationales sur l'efficacité des lignes d'écoute téléphonique d'urgence et des autres centres de prévention du suicide ont été importantes. Dans une des premières études d'une série portant sur la nature et l'efficacité des centres de prévention du suicide, Mishara et Daigle (1992) ont étudié les services d'écoute téléphonique offerts par des bénévoles dans deux centres différents au Québec. En écoutant discrètement une série d'appels d'arrivée et en codant toutes les réponses, les chercheurs ont pu évaluer l'efficacité du programme en fonction des trois aspects suivants : modification de l'évaluation de l'état dépressif, modification de l'urgence et utilisation de contrats de non-suicide ou d'ententes de sécurité. Des études ultérieures (Daigle et Mishara, 1995; Mishara et Daigle, 1997) ont porté sur des types précis d'interventions réalisées par des bénévoles de services d'écoute téléphonique et ont permis de constater que dans l'ensemble, une plus grande proportion de réponses non directives ou « rogériennes » était liée à un recul des mesures de l'état dépressif. Mishara et Giroux (1993) ont étudié le rôle du stress chez les bénévoles des lignes d'écoute téléphonique à trois moments différents : avant le quart de travail, pendant les appels et à la fin du quart de travail.

D'autres chercheurs canadiens ont examiné la nature et l'incidence des centres de prévention du suicide et des centres d'intervention d'urgence dans des villes de différentes régions du Canada (Adamek et Kaplan, 1996; Leenaars et Lester, 1995). Adamek et Kaplan (1996) ont étudié plusieurs lignes d'écoute téléphonique aux États-Unis et au Canada pour déterminer leur état de préparation et leur capacité de réagir vis-à-vis d'adultes plus âgés suicidaires. Dans l'ensemble, ils ont trouvé qu'il y avait un manque de formation précise dans ce domaine, une mauvaise connaissance des tendances récentes en matière de suicide et une capacité limitée de se rapprocher des adultes plus âgés.

Tout compte fait, les preuves empiriques de l'efficacité des lignes d'écoute téléphonique à réduire les taux de suicide sont maigres, dans le meilleur des cas. Leenaars et Lester (1995) ont montré que les Centres de prévention du suicide avaient un effet positif au regard de la réduction des taux de suicide au Canada, mais que cet effet n'était pas suffisamment marqué pour être statistiquement significatif. Les chercheurs canadiens ont été les premiers à résumer les résultats à ce jour ainsi qu'à exposer clairement les défis méthodologiques et éthiques inhérents à ce type de recherche (Mishara et Daigle, 2000). Ils mènent actuellement d'autres études d'évaluation des services assurés par les centres de crise, et ces études sont décrites plus loin dans le présent document.

3b. Organisation et évaluation des services

Les chercheurs canadiens ont également évalué les programmes de prévention du suicide autres que les lignes d'écoute téléphonique. Par exemple, de Man et Labrèche-Gauthier (1991) ont évalué deux programmes communautaires différents de prévention du suicide au Québec, en examinant les niveaux d'estime de soi, de stress et d'idées suicidaires chez des individus qui ont participé aux programmes. Entre-temps, dans une étude qui a d'importantes répercussions sur la façon dont sont organisés les services destinés à des jeunes potentiellement suicidaires, Cappelli et d'autres chercheurs (1995) ont trouvé que chez les jeunes fréquentant une clinique de santé pour adolescents, la dépression et les pensées suicidaires constituaient une partie importante des problèmes de santé mentale. Plus récemment, Breton et ses collaborateurs (2002) ont procédé à un examen approfondi des programmes de prévention du suicide offerts partout au Canada afin d'en décrire la nature générale et de préciser leurs bases théoriques sous-jacentes. Ces auteurs ont conclu que la plupart des programmes de prévention du suicide qui sont offerts au Canada ne sont pas évalués officiellement et que la plupart des descriptions de programmes manquent de détails, particulièrement en ce qui concerne leurs fondements théoriques.

Les études qui recensent les « pratiques exemplaires » dans la prévention du suicide chez les jeunes (Gardiner, 2002; White et Jodoin, 1998) et d'autres études, fondées sur des données probantes, de l'efficacité des programmes de prévention du suicide destinés aux jeunes (Guo et Harstall, 2002; Ploeg et al., 1996) ne sont pas incluses ici.

Interventions auprès de suicidants

Allard et d'autres chercheurs (1992) ont examiné, au moment d'un suivi après deux ans, si des interventions précises de suivi offertes après une tentative de suicide pouvaient diminuer le risque de récidives. À la suite de leur analyse, ces auteurs ont conclu que des interventions intensives de suivi ne réduisaient pas les risques de tentatives de suicide répétées. Greenfield et ses collaborateurs (1995) ont dirigé une étude afin de déterminer l'effet d'une équipe de consultations psychiatriques externes sur le taux d'hospitalisation de jeunes en détresse, dont la plupart étaient des adolescents suicidants. Dans une étude plus récente, Links (2002) a déterminé que le contact continu avec les patients pendant deux ans après leur sortie de l'établissement était associé à une plus grande possibilité de survie chez les patients qui présentaient un risque de suicide après une crise.

Analyses et vérifications rétrospectives

Grunberg et ses collaborateurs (1994) ont examiné l'utilisation des services de santé en se livrant à une analyse rétrospective de suicides complétés par de jeunes hommes au Québec. Ces auteurs ont constaté que près de la moitié des sujets qui s'étaient enlevé la vie avaient consulté un professionnel de la santé mentale au cours de l'année précédant le suicide, comparativement à 5 % dans le groupe témoin. Plus récemment, dans une analyse rétrospective de tous les suicides complétés réalisée dans un grand établissement psychiatrique de l'Ontario, Martin (2002) a décrit les caractéristiques les plus communes des patients et il a également relevé de possibles lacunes dans les soins donnés à ceux qui se sont suicidés. Selon l'auteur, cette étude constitue le premier rapport canadien sur une série cumulative de suicides, y compris sur les lacunes documentées concernant les soins, dans un établissement psychiatrique donné.

Études d'analyse des coûts

Au moins trois études ont évalué les coûts liés au suicide et à sa prévention. Ces études sont pertinentes au regard de la façon dont ces services sont conceptualisés, justifiés et fournis. Dans un des premiers rapports visant à calculer les coûts de la mortalité par suicide dans une province canadienne, Clayton et Barcel (1999) ont constaté que, au Nouveau-Brunswick, l'estimation du coût total moyen d'un décès par suicide en 1996 était (y compris les charges indirectes) de 849 877,80 $. Suivant une piste de recherche différente, Barnett et ses collaborateurs de l'Université de l'Alberta (1999) ont examiné les coûts précis associés à l'utilisation du flumazénil dans les cas de surdose. Dans un essai comparatif avec placebo et randomisé visant à évaluer l'efficience, ils ont constaté que l'utilisation du flumazénil dans une surdose intentionnelle de médicaments d'une étiologie inconnue n'est pas efficace par rapport au coût. Enfin, en calculant les coûts globaux liés aux blessures par balle au Canada en 1991, Miller (1995) les a estimés à 6,6 milliards de dollars. Les suicides et les tentatives de suicide représentaient le gros de ces coûts, soit 4,7 milliards de dollars, ce qui inclut les coûts indirects.

3c. Formation et perfectionnement professionnel

On a entrepris au Canada très peu d'études visant expressément à déterminer l'efficacité de la formation en prévention du suicide et des mesures d'intervention, malgré le fait que les activités de formation et d'éducation jouent un rôle d'importance dans la plupart des activités et efforts locaux en matière de prévention du suicide.

Davis (1991) décrit la mise en œuvre d'un programme utilisé pour former des bénévoles qui donnaient du counselling de suivi à des clients suicidants. Les bénévoles qui ont évalué le programme l'ont trouvé efficace, quoi qu'ils étaient préoccupés par le temps limité consacré aux exercices pratiques. Tant les professionnels des services communautaires que les stagiaires estimaient que le projet avait atteint ses objectifs.

Tierney (1994) s'est servi de jeux de rôle pour évaluer dans quelle mesure les participants à un programme de formation des sentinelles, d'une durée de deux jours, sur les mesures d'intervention en cas de suicide, avaient maîtrisé diverses habiletés, connaissances et attitudes. En évaluant les effets immédiats de la formation, Tierney a conclu qu'il y avait eu une hausse importante des habiletés pour intervenir en cas de suicide.

Ross et ses collaborateurs (1998) étaient intéressés à savoir dans quelle mesure les écoles canadiennes de sciences infirmières incluaient dans leur programme un contenu lié à la violence (y compris la prévention du suicide). Grâce à un sondage avec un taux de réponse de 88 %, ils ont appris que le contenu sur la violence faite aux enfants et aux femmes et le suicide comme réaction à cette violence faisaient partie du programme de toutes les écoles de sciences infirmières.

3d. Prévention et promotion de la santé mentale

Les programmes primaires de prévention et de promotion de la santé mentale s'adressent d'ordinaire à une population en santé qui n'a pas encore montré des signes de maladie. Parmi ces programmes figurent la promotion des aptitudes sociales chez les jeunes, des stratégies de renouvellement communautaire et des programmes de soutien des familles. Des chercheurs canadiens ont étudié et évalué plusieurs programmes de prévention et de promotion de la santé

Les approches adoptées pour l'élaboration des programmes de formation, p. ex. les travaux de Ramsay et al. (1990) se trouvent dans une catégorie présentée plus loin, celle du Développement des connaissances et recherche sur les politiques.

2 Les approches adoptées pour l'élaboration des programmes de formation, p. ex. les travaux de Ramsay et al. (1990) se trouvent dans une catégorie présentée plus loin, celle du Développement des connaissances et recherche sur les politiques.

mentale au cours des dernières années, la plupart de leurs études ayant été publiées à la fin des années 1990. Ne sont pas prises en compte dans ce document les études qui résument les résultats des recherches sur la résilience (p. ex., Steinhauer, 2001), les examens des composantes optimales de la prévention et de la prestation des services cliniques dans le domaine de la santé mentale des enfants (p. ex., Offord et al., 1989) et les lignes directrices sur l'établissement de programmes efficaces de promotion de la santé mentale auprès des Autochtones (p. ex., Kirmayer et Boothroyd, 1999).

Les enfants, les jeunes et leurs milieux

Bélanger et ses collaborateurs (1999) ont évalué les effets d'un programme destiné à promouvoir les aptitudes sociales chez des enfants de la maternelle à Montréal. L'analyse a révélé qu'il y avait des gains importants sur le plan de l'estime de soi et des habilités à résoudre des conflits chez les enfants du groupe expérimental comparativement aux enfants d'un groupe témoin.

Reconnaissant l'incidence du milieu social sur le bien-être des enfants et des jeunes, d'autres chercheurs canadiens ont examiné les changements apportés par des écoles à leurs systèmes à la suite de leur participation à un programme novateur et global de promotion de la santé mentale. (Bond, Glover, Godfrey, Butler et Patton, 2001). Le projet Gatehouse à Victoria (C.-B.) était conçu comme une intervention de l'ensemble de l'école et comprenait les éléments suivants : la constitution et le soutien d'une équipe de santé composée d'adolescents de l'école, la détermination, à partir de sondages auprès des élèves, des facteurs de risque et de protection dans chaque milieu social et milieu d'apprentissage de l'école ainsi que la détermination et la mise en œuvre de stratégies efficaces pour agir à l'égard de ces questions.

Dans une étude antérieure, Peirson et Prilletensky (1994) ont examiné comment des changements apportés à l'école pouvaient contribuer à créer un climat propice à la prévention au niveau secondaire. Il en est ressorti une théorie du changement scolaire réussi fondée sur les faits, qui comprenait l'appropriation communautaire, l'attention aux facteurs humains et une bonne mise en œuvre. Enfin, Collins et Angen (1997) ont fait ressortir l'importance de la participation des jeunes à l'élaboration de programmes de promotion de la santé et de prévention du suicide.

Modèles et approches conceptuels

Dans une étude réalisée au Québec, des chercheurs ont examiné la pratique actuelle liée aux interventions auprès d'enfants, de jeunes et de familles afin de préciser les assises conceptuelles de divers modèles de prévention. Chamberland et ses collaborateurs (2000) ont analysé plusieurs programmes différents de prévention mis en œuvre au Québec et destinés aux jeunes de 18 ans et moins et à leurs familles. Les résultats ont indiqué que les stratégies d'intervention n'étaient pas uniquement destinées à modifier les caractéristiques des enfants, des jeunes et de leurs familles. En effet, certains projets visaient également à modifier les milieux de vie, révélant ainsi l'influence de modèles écologiques et sociaux dans l'élaboration de programmes. Pancer et Cameron (1994) ont utilisé l'initiative de prévention primaire appelée « Partir d'un bon pas pour un avenir meilleur » pour évaluer l'incidence de la participation des citoyens aux programmes communautaires de prévention. Grâce à une méthodologie de recherche qualitative, ces auteurs ont pu évaluer les résultats positifs et négatifs que les résidents de sept collectivités de l'Ontario ont pu retirer de leur participation à ce projet.

Quoique beaucoup de programmes de promotion de la santé mentale et de prévention soient destinés aux enfants, aux jeunes et à leurs familles, deux études canadiennes récemment publiées visaient respectivement les adultes plus âgés ainsi que les familles d'agriculteurs ou des collectivités agricoles. Bouffard et ses collaborateurs (1996) ont étudié l'élaboration, la mise en œuvre et l'évaluation d'un programme de promotion de la santé mentale, qui cherchait à aider les femmes âgées à se fixer des objectifs personnels et à les réaliser. Suivant une approche d'étude de cas, Gerrard (2000) a décrit comment il a utilisé un modèle de psychologie communautaire pour concevoir et mettre en place un programme de gestion du stress dans des exploitations agricoles en Saskatchewan. Entre autres considérations, Gerrard a fait ressortir l'importance de conceptualiser les questions de santé mentale, comme le stress suscité par l'exploitation d'une ferme, dans la perspective de l'« individu dans sa collectivité ».

4. Santé des populations et déterminants socioculturels

De nombreuses (environ 85) études de recherche sur le suicide publiées au Canada entrent dans cette catégorie. Pour que la tâche de les passer en revue soit gérable, les études ont été réparties dans les rubriques suivantes : variables sociales et culturelles, populations à risque particulières et déterminants de la santé, cette dernière rubrique incluant le développement sain de l'enfant, le revenu, l'emploi, les études, les conditions de travail, le soutien social et l'environnement.

4a. Variables sociales et culturelles

Ce groupe d'études comprend celles qui ont porté sur les taux de suicide au niveau de la population en fonction d'une gamme de variables sociales et culturelles différentes, notamment l'âge, le sexe, l'état matrimonial, l'ethnicité, les attitudes et les questions régionales. Bon nombre des études incluses ici reflètent une orientation clairement durkheimienne et découlent de la tradition sociologique, Frank Trovato de l'Université de l'Alberta étant à l'origine d'une grande partie de ces études. L'espace ne permettant pas de revoir chacune des études menées par Trovato, elles seront donc examinées brièvement.

Facteurs sociaux

Les études de Trovato comprennent un examen de la relation entre les taux de suicide au Canada et de grands facteurs sociaux comme l'ethnicité et le statut au regard de l'immigration (Trovato, 1986a; 1986b; 1992), le sexe et l'état matrimonial (Trovato, 1986c; 1987; 1991), la participation au marché du travail (Trovato et Vos, 1992), les variations régionales et écologiques (Trovato, 1992) ainsi que la migration interprovinciale (1986d). Trovato a aussi examiné les taux de suicide au niveau provincial, plus particulièrement au Québec (Krull et Trovato, 1994; Trovato, 1998). Dans une analyse durkheimienne du suicide chez les jeunes au Canada, Trovato (1992) a examiné les effets de trois mesures de l'intégration sociale sur les taux de suicide des jeunes : l'intégration à la famille, la participation à la vie religieuse et le chômage. Il a constaté que le désintérêt des jeunes vis-à-vis de la religion était associé à une propension accrue au suicide.

D'autres chercheurs canadiens ont examiné les taux de suicide en s'appuyant sur les concepts de Durkheim de l'intégration sociale et de l'anomie pour mieux comprendre les corrélats sociaux et économiques du suicide (Leenaars, Yang et Lester, 1993; Leenaars et Lester, 1995; Leenaars et Lester, 1998; 1999). Les cadres théoriques décrivant l'aliénation et les risques précis de suicide ne sont pas inclus ici.

D'autres études qui portent sur les vastes influences sociales et démographiques qui n'appartiennent pas nécessairement à la tradition sociologique comprennent : l'examen de l'effet de l'âge relatif et son influence sur le suicide des jeunes (Thompson, Barnsley et Dyck, 1999), les facteurs de risque socioéconomiques associés au suicide chez les personnes âgées (Agbayewa, Marion et Wiggins, 1998), une analyse démographique du suicide des enfants et des adolescents (Thompson, 1987), une étude du chômage et de la participation au marché du travail comme facteurs de risque suicidaire (Cormier et Klerman, 1985), les variations régionales et écologiques des taux de suicide dans les provinces au Canada (Agbayewa, 1993; Sakinofsky et Roberts, 1987), l'étude des taux de suicide des immigrants (Kliewer et Ward, 1988; Singh, 2002), et les corrélats psychosociaux du suicide dans des populations particulières (Bagley et Ramsay, 1985; de Man, Labrèche-Gauthier et Leduc, 1993; Hurteau et Bergeron, 1992).

Facteurs culturels

Les études canadiennes qui portent sur le vaste rôle des influences culturelles (y compris le sexe, les attitudes et les facteurs interculturels) sur le suicide sont variées. Dans une étude récente, Pinhas et ses collaborateurs (2002) ont examiné le rôle du sexe pour comprendre le comportement suicidaire chez les adolescents. Ces auteurs ont trouvé que le conflit des rôles sexuels peut être un facteur contributif potentiel dans l'étiologie du comportement suicidaire chez les adolescentes. Bien qu'éclairantes, les discussions théoriques sur le sexe et le suicide (p. ex., Canetto et Sakinofsky, 2000) ne sont pas incluses ici.

Dans une enquête communautaire, Bagley et Ramsay (1989) ont analysé les attitudes à l'égard du suicide, les valeurs religieuses et le comportement suicidaire. Domino et Leenaars (1989) ont utilisé le Questionnaire sur les opinions concernant le suicide pour comparer les attitudes à l'égard du suicide des étudiants des collèges canadiens et américains. Les étudiants des collèges canadiens étaient beaucoup plus susceptibles que leurs collègues américains de considérer le suicide comme « faisant partie de la vie courante ». Utilisant le même questionnaire auprès d'une population générale au Canada et aux États-Unis, Leenaars et Domino (1993) ont également observé ici des différences dans les attitudes, mais pas aussi marquées que chez les jeunes.

Des études qui comparent le Canada et d'autres pays dans le but de mieux comprendre les risques de suicide potentiels liés à la culture ont aussi été entreprises dans les dernières années. Dans une série d'études interculturelles qui comparent le Canada et les États-Unis, Leenaars et ses collaborateurs (Leenaars, 1992; Leenaars et Lester, 1994; Leenaars, 1995; Leenaars et Lester, 1995; Sakinofsky et Leenaars, 1997) ont relevé des différences claires entre ces deux pays voisins, dont certaines peuvent aider à expliquer des différences dans les profils suicidaires. D'autres études interculturelles ont comparé les idées suicidaires des étudiants des collèges au Canada et au Japon (Heisel et Fuse, 1999). Cantor, Leenaars, Lester et leurs collaborateurs (1996) ont comparé les taux et tendances associés au suicide au Canada à ceux qui sont observés dans sept autres pays.

Lester et Leenaars (1998) ont examiné la relation écologique entre les suicides, les homicides et les décès accidentels par arme à feu dans les provinces canadiennes. Ils ont mis au jour une corrélation positive à l'égard de chacune de ces trois causes de décès, et ils ont vu dans ce résultat le preuve de l'existence au Canada d'une sous-culture régionale de la violence faisant intervenir des armes à feu.

4b. Populations à risque particulières

Outre la recherche portant sur des populations cliniques précises (laquelle a été résumée dans la section précédente), plusieurs autres groupes ont été identifiés dans les études empiriques comme présentant un risque élevé de suicide, y compris les jeunes, les personnes âgées, les Autochtones, les gais et lesbiennes et les personnes incarcérées. Chacune de ces populations a fait l'objet d'études en fonction de plusieurs perspectives différentes dans l'espoir de déterminer les facteurs de risque ou de protection précis qui leur sont associés par rapport au suicide. Des études canadiennes portant sur certaines populations à haut risque sont résumées ci-dessous. Les recensions des écrits pertinents (p. ex., Kirmayer 1994; Clarke, Frankish et Green, 1997) ne sont pas incluses ici.

Jeunes

deMan et ses collaborateurs (1992, 1993) ont examiné les risques de suicide chez des adolescents canadiens français en fonction d'un éventail de variables, y compris le stress et le soutien social. Bagley a apporté une contribution de taille à la recherche sur le suicide au Canada. Il est particulièrement pertinent de noter ici l'étude qu'il a faite d'une série de facteurs associés au suicide des jeunes (1989, 1992), notamment le rôle de l'agression sexuelle comme facteur de risque lié à un comportement suicidaire (1995, 1997). McBride et Siegel (1997) ont trouvé des preuves préliminaires suggérant une association entre le suicide des adolescents et les difficultés d'apprentissage. Barber (2001) s'est fondé sur une « hypothèse de détresse absolue » comme façon de rendre compte de la suicidalité chez les jeunes et il a constaté que le risque suicidaire chez les jeunes hommes est plus grand quand ceux qui les entourent sont perçus comme étant plus favorisés. Des chercheurs en Ontario (Kidd, 2001; Kidd et Kral, 2002) ont étudié la signification du suicide chez les jeunes de la rue et chez les jeunes qui s'adonnent à la prostitution. Les thèmes principaux qui revenaient dans les récits des participants comprenaient des sentiments d'inutilité, de solitude et de désespoir.

Personnes âgées

À l'autre bout du continuum de l'âge, des chercheurs canadiens ont consacré des études assez approfondies au suicide des personnes âgées. Duckworth et McBride (1996) ont examiné des dossiers de médecins légistes concernant le suicide de personnes âgées en Ontario et ont déterminé, entre autres, que les personnes âgées qui étaient mortes par suicide avaient rarement reçu un traitement psychiatrique avant leur décès. Des chercheurs en Colombie-Britannique ont examiné les effets des conditions météorologiques et des saisons sur les taux de suicide des personnes âgées (Marion, Agbayewa et Wiggins, 1999), tandis que des chercheurs en Alberta (Quan et Arboleda-Florez, 1999) ont utilisé des dossiers de médecins légistes pour décrire les caractéristiques des suicides complétés chez les personnes de plus de 55 ans, en accordant une attention particulière aux différences entre les hommes et les femmes. Dans une étude plus récente (Quan, Arboleda-Florez, Fick, Stuart et Love, 2002), des chercheurs ont examiné la relation entre le suicide et la maladie physique chez les personnes âgées. Dans l'examen de la relation entre les idées suicidaires et une gamme de variables personnelles et sociales, des chercheurs au Québec ont constaté que les idées suicidaires chez les personnes âgées étaient associées à une consommation d'alcool peu fréquente, au sexe, à la dépression, à l'isolement social et à l'insatisfaction en matière de santé et de soutien social (Mireault et de Man, 1996).

Autochtones

Les taux élevés de suicide chez les Autochtones du Canada ont suscité une série d'études dans les dernières années, dont bon nombre visaient à comprendre le suicide chez les Autochtones dans un contexte régional et culturel précis. Dans l'Ouest d'abord, plusieurs chercheurs ont étudié le suicide des Autochtones en Colombie-Britannique (Lester, 1996; Chandler et Lalonde, 1998; Cooper, Corrado, Karlberg et Adams, 1992). Cooper et ses collaborateurs (1992) ont examiné les circonstances entourant le suicide des Autochtones en Colombie-Britannique et ont constaté que les taux de suicide chez les Autochtones vivant en dehors des réserves se rapprochaient plus étroitement des taux observés dans la population en général. Dans une étude ultérieure sur les jeunes Autochtones en Colombie-Britannique, Chandler et Lalonde (1998) ont constaté que bien que le taux global de suicide chez les jeunes était plus élevé dans les collectivités autochtones comparativement à ceux de la population en général, plusieurs Premières nations avaient des taux de suicide faibles ou nuls. Ils ont conclu à l'existence d'une forte association entre ces collectivités ayant un faible taux de suicide chez les jeunes et certains marqueurs de « continuité culturelle », notamment : progresser vers l'autonomie gouvernementale et le règlement des revendications territoriales, exercer un contrôle sur les services sociaux communautaires (c.-à-d. la police, l'éducation et les services de protection de l'enfance) et se livrer à des pratiques culturelles traditionnelles de guérison.

En Alberta, les corrélats de la suicidalité des adolescents chez les jeunes Autochtones ont été relevés puis comparés à ceux des jeunes non-Autochtones (Gartrell, Jarvis et Derckson, 1985). Une fois l'effet de l'âge neutralisé, les facteurs de risque associés aux tentatives de suicide chez les Autochtones comprenaient une consommation abusive d'alcool, l'absence du père, des troubles du sommeil et un mal-être psychologique. Dans une étude sur de jeunes hommes autochtones vivant dans des réserves en Alberta, Bagley (1991) a constaté que la pauvreté et le suicide avaient une forte corrélation positive.

Au Manitoba, les caractéristiques du suicide d'Autochtones vivant dans des réserves ont été comparées à celles du suicide d'Autochtones vivant en dehors des réserves (Malchy, Enns, Young et Cox, 1997). Les résultats indiquaient qu'il n'y avait pas de différences significatives dans l'âge moyen, le sexe, le taux d'alcoolémie sanguine et les soins psychiatriques antérieurs entre les Autochtones qui s'étaient suicidés pendant qu'ils vivaient dans une réserve et ceux qui l'avaient fait quand ils vivaient hors réserve. Un examen, échelonné sur cinq ans, de tous les suicides des jeunes a été effectué au Manitoba (Sigurdson, Staley, Matas, Hildahl et Squair, 1994), tout comme une étude du suicide et du parasuicide dans une collectivité autochtone éloignée dans le Nord (Ross et Davis, 1986).

Le suicide et la détresse psychologique dans les collectivités autochtones en Ontario et au Québec ont également fait l'objet d'études. Par exemple, Spaulding (1985) a analysé les taux de suicide dans dix bandes d'Indiens Ojibwa dans le Nord-Ouest de l'Ontario. Au Québec, Barss (1988) a résumé les circonstances entourant les suicides complétés et les tentatives de suicide chez les Cris de la baie James, tandis que Kirmayer et ses collaborateurs (2000) ont recensé les facteurs précis de risque et de protection associés à la détresse psychologique dans cette population.

Le suicide et les comportements suicidaires chez les Inuits ont aussi été étudiés au cours des dernières années (Kirmayer, Malus et Boothroyd, 1996; Kirmayer, Boothroyd et Hodgins, 1998; Kral et al., 2000; Leenaars, 1995; Leenaars, Anawak, Brown, Hill-Keddie et Taparti, 1999). Les facteurs associés aux tentatives de suicide chez les jeunes Inuits comprennent : la consommation de drogue (solvants, cannabis, cocaïne), l'abus récent d'alcool, les problèmes psychiatriques et un nombre plus élevé d'événements stressants dans la dernière année. La fréquentation régulière de l'église était associée négativement aux tentatives de suicide (Kirmayer et al., 1998). Les récits de suicides faits directement par les aînés inuits, leur détresse et leur guérison dans l'Arctique oriental ont été recueillis dans une série de témoignages qui ajoutent une riche dimension à notre corpus de connaissances actuelles (Kral et al., 2000 ; Leenaars, 1995). Leenaars et al. (1999) ont étendu ce champ d'étude en recueillant non seulement des récits de certains Inuits, mais aussi de certains Aborigènes en Australie. Ces comparaisons internationales font ressortir de riches similitudes entre les deux peuples en ce qui concerne le malaises, liées par exemple aux perturbations sociales et culturelles causées par les politiques colonialistes du Canada et de l'Australie.

En examinant plus globalement la question du suicide des Autochtones au Canada, Lester (1995a) a constaté qu'il n'y avait pas d'association entre la proportion d'Autochtones vivant dans une région en particulier et le taux global de suicide.

Gais et lesbiennes

La recherche canadienne sur l'orientation sexuelle et le risque suicidaire s'est principalement concentrée sur les hommes gais. Par exemple, Bagley et Tremblay (1996) ont constaté que les taux de tentative de suicide chez les jeunes hommes gais de leur échantillon se situaient entre 20 % et 50 %. D'après une enquête menée à Calgary, ces auteurs ont trouvé des taux considérablement plus élevés d'idées et de gestes suicidaires antérieurs chez les hommes d'orientation homosexuelle que chez les hommes hétérosexuels (Bagley et Tremblay, 1997). Dans une étude canadienne plus récente sur les hommes gais et bisexuels, un peu moins de la moitié des sujets ont rapporté avoir envisagé le suicide, alors qu'environ 20 % ont dit avoir essayé de se suicider au moins une fois (Botnick et al., 2002).

Populations carcérales

Plusieurs études canadiennes récentes ont examiné le risque suicidaire chez les prisonniers. Bland, Newman, Dyck et Orn (1990), à Edmonton, ont étudié la prévalence des troubles psychiatriques et des tentatives de suicide chez les prisonniers, tandis que Lester (1995b) s'est attardé aux taux globaux de suicide chez les prisonniers canadiens. Green et ses collaborateurs (1993) ont résumé les caractéristiques les plus communes des suicides complétés chez les prisonniers incarcérés dans des établissements fédéraux et ils ont remarqué que les suicides n'étaient pas associés à l'âge, à l'infraction, aux condamnations précédentes ou à la durée de la peine. Dans une étude ultérieure, les facteurs de risque suivants associés au suicide des détenus ont été précisés après examen des décès par suicide dans les établissements fédéraux : longs démêlés avec le système de justice pénale, plus grande probabilité d'être incarcéré pour vol qualifié ou meurtre et implication dans des incidents graves dans les institutions (Laishes, 1997). Plus récemment, Fruehwald et ses collaborateurs (2001) ont fait des recherches sur la pertinence des comportements suicidaires antérieurs pour comprendre le suicide complété chez les prisonniers canadiens.

4c. Déterminants de la santé

Les études de cette catégorie sont examinées ci-dessous dans les rubriques suivantes : développement de l'enfant, soutien social ainsi que professions et conditions de travail. Les recensions des écrits concernant les déterminants de la santé et le suicide (c.-à-d. Dyck, Mishara et White, 1998) ainsi que les études fondées sur des données probantes concernant l'association entre le chômage et le suicide (Jin, Shah et Svoboda, 1996) ne sont pas incluses ici.

Développement de l'enfant

Dans des études portant sur la compréhension qu'ont les enfants de la mort et du suicide, des chercheurs du Québec ont constaté que chez les enfants de première, troisième et cinquième années qui connaissaient la signification du suicide, le concept était relié à l'âge, au concept de la mort et aux expériences personnelles de la mort (Normand et Mishara, 1992). Dans une étude ultérieure, Mishara (1999) a constaté que dès la troisième année, les enfants avaient une compréhension passablement élaborée du suicide et que la plupart des enfants se renseignent sur le suicide en regardant la télévision et à partir de discussions avec d'autres enfants.

Soutien social

Hanigan et des collaborateurs (1986) ont étudié la relation entre les comportements suicidaires de jeunes adultes et le niveau et la qualité du soutien qu'ils ont reçu de leur milieu social après un événement stressant crucial. Plus tard, Tousignant et Hanigan (1993) ont examiné le rôle du soutien social chez des étudiants suicidaires du collégial qui venaient de perdre un amoureux ou un ami proche. Ils ont constaté que le groupe suicidaire nommait un moins grand nombre de personnes importantes dans le réseau de la parenté et avait plus de conflits avec les membres de ce réseau que le groupe non suicidaire. Par ailleurs, dans une étude plus récente, Stravynski et Boyer (2001) se sont penchés sur le concept de la solitude et de sa relation avec le suicide. Ils ont observé de fortes associations entre les idées suicidaires, le parasuicide et les expériences subjectives et objectives associées au fait d'être solitaire et seul.

Professions et conditions de travail

Une série d'études ont été menées au Canada dans les dernières années pour déterminer si certains groupes professionnels présentent des risques élevés de suicide. Par exemple, Loo (1986) a examiné les risques de suicide dans la GRC et a constaté que le taux de suicide annuel moyen était environ la moitié de celui de la population générale comparable. Le revolver de service était la méthode la plus communément utilisée par les agents qui s'enlevaient la vie.

Sakinofsky (1987) a étudié les taux de suicide chez les médecins et a comparé leurs ratios de mortalité normalisés d'après l'âge avec ceux d'autres groupes professionnels.

Dans une étude portant sur les caractéristiques du suicide chez les exploitants agricoles canadiens, y compris les risques posés par l'exposition à des dangers précis comme les pesticides, Pickett et ses collaborateurs (1993, 1998, 1999) ont constaté que les taux de suicide provinciaux chez les exploitants agricoles étaient généralement plus faibles que ceux des Canadiens en général ou équivalents à ceux-ci. En outre, des analyses ont révélé qu'il n'y avait aucune association entre le suicide et l'exposition à des herbicides ou à des insecticides.

Baris, Armstrong, Deadman et Thériault (1996) ont étudié les risques de suicide chez les travailleurs des services d'électricité et n'ont pas trouvé de preuves solides d'association causale entre l'exposition aux champs électriques et le suicide dans ce groupe particulier.

Enfin, dans une étude récente sur les risques de suicide chez les gardiens de la paix des Nations Unies, Wong et ses collaborateurs (2001) n'ont trouvé aucun risque accru de suicide chez les casques bleus canadiens. Le taux de suicide chez les hommes de ce groupe de militaires était deux fois moins élevé que dans un groupe de comparaison formé de civils canadiens. Un apparent risque accru dans un sous-groupe du personnel de la force aérienne n'était pas associé aux risques associés à la vie militaire mais à des problèmes personnels liés par exemple aux relations interpersonnelles et à la situation financière, et peut-être aussi à la solitude et l'isolement. Le personnel de la force aérienne n'était pas assujetti aux procédures détaillées de pré-sélection et de formation qui étaient imposées à leurs collègues de l'armée et débouchaient sur le développement de liens et le soutien mutuel. Ces auteurs suggèrent que les activités de maintien de la paix en elles-mêmes n'accroissent pas le risque global de suicide, mais que le mode de vie militaire peut mettre à l'épreuve les relations interpersonnelles, favoriser l'abus d'alcool et contribuer à la maladie psychiatrique et au suicide chez une minorité d'individus vulnérables

5. Information sur la santé et épidémiologie

Beaucoup d'études de cette catégorie chevauchent en grande partie les études présentées dans la section précédente sur la santé des populations. Cependant, les études incluses ici découlent surtout de la tradition épidémiologique, c.-à-d. qu'elles portent sur les taux de prévalence, les profils de distribution de la morbidité et de la mortalité au niveau de la population et les analyses des taux de suicide et des tendances au fil du temps. Environ une cinquantaine d'études ont été publiées dans cette catégorie au cours de la période visée. Pour faciliter la discussion, les études sont présentées sous les rubriques suivantes : analyses nationales et régionales des statistiques sur la mortalité, prévalence des comportements suicidaires et études des méthodes.

5a. Analyses nationales et régionales des statistiques sur la mortalité

À partir de l'étude des taux de suicide en fonction d'une analyse des cohortes de naissances (Lester, 1988; Reed, Camus et Last, 1985), on peut dire que l'intérêt à étudier les taux de suicide à l'échelle nationale au Canada existe depuis longtemps et se maintient. Certains chercheurs ont examiné les tendances globales des taux de suicide au Canada (Beneteau, 1988; Chipeur et Von Eye, 1990; Lester, 2000), tandis que d'autres se sont penchés sur des facteurs contributifs plus précis : l'âge, le sexe et la région géographique (Dyck, Newman et Thompson, 1988); le pays d'origine (Strachan, Johansen, Nair et Nargundkar, 1990); les taux de natalité (Lester, 2000); les facteurs socio-démographiques (Hasselback, Lee, Mao, Nichol et Wigle, 1991); les effets âge-période-cohorte (Newman et al., 1988; Trovato, 1986); les tendances particulières au sexe (Hutchcroft et Tanney, 1988, 1990) et la taille de la cohorte (Leenaars et Lester, 1996). D'autres études nationales se sont fondées sur des analyses chronologiques (Lester, 1997) ou de vastes perspectives épidémiologiques (Mao, Hasselback, Davies, Nichol et Wigle 1990) pour examiner les suicides au Canada, tandis que d'autres se sont attardées au phénomène des meurtres suicides (Gillespie, Hearn et Silverman, 1998).

En examinant les taux de suicide à l'échelle provinciale et régionale, les chercheurs au Canada ont pu suivre les tendances importantes et faire ressortir des différences interprovinciales. Par exemple, des chercheurs en Ontario ont analysé les taux de suicide dans cette province de 1877 à 1976 (Barnes, Ennis et Schrober, 1986), tandis que d'autres se sont penchés sur les taux de suicide au Québec de 1951 à 1986 (Lester,1995b). D'autres chercheurs au Québec ont examiné les taux de suicide dans une région particulière de la province pour la période de 1986 à 1991 (Caron, Grenier et Béguin, 1995) ou dans des groupes d'âge précis (Chiefetz, Posener, LaHaye, Zajdman et Benierakis, 1987). Isaacs et ses collaborateurs (1998) ont effectué une analyse descriptive de tous les suicides dans les Territoires du Nord-Ouest, et Aldridge et St. John (1991) ont étudié les taux de suicide des enfants et des adolescents à Terre-Neuve et au Labrador. Des chercheurs au Québec ont examiné de près les homicides qui sont suivis d'un suicide (Buteau, Lesage et Kiely,1993; Bourget, Gagne et Moamai, 2000), tandis que des chercheurs de l'Alberta (Davies et Wilkes, 1993) et du Manitoba (Wilkie, Macdonald et Hildahl, 1998) ont fait des recherches sur le phénomène des suicides en série.

5b. Prévalence des comportements suicidaires

Plusieurs chercheurs canadiens ont mené des études épidémiologiques de grande envergure dont le but est d'estimer la prévalence des comportements suicidaires dans des populations particulières. Bland et ses collaborateurs ont examiné les dossiers de fréquentation des hôpitaux pour estimer la prévalence des comportements parasuicidaires à Edmonton, en Alberta, et ont trouvé que 466 personnes âgées de 15 ans et plus sur 100 000 tentaient de se suicider chaque année (Bland, Newman et Dyck, 1994). Newman et Bland (1988) ont par ailleurs constaté que le risque suicidaire variait le long du spectre des troubles affectifs. D'autres chercheurs de l'Alberta (Ramsay et Bagley, 1985) se sont fondés sur une enquête communautaire pour mieux comprendre l'association entre les comportements suicidaires, les attitudes et les expériences dans une population adulte à Calgary.

Utilisant les données recueillies dans l'Étude sur la santé des enfants de l'Ontario, Joffe et ses collaborateurs (1988) ont constaté qu'entre 5 % et 10 % des garçons âgés de 12 à 16 ans rapportaient avoir eu des gestes suicidaires dans une période de six mois. Chez les filles du même âge, ce pourcentage augmentait pour se situer entre 10 % et 20 %. Dans une étude sur les adolescents ayant tenté de se suicider, Grossi et Violato (1992) ont noté que l'absence d'une personne proche sur le plan affectif différenciait le jeune suicidant de celui qui n'avait jamais tenté de se suicider. Plusieurs chercheurs du Québec ont examiné les taux de prévalence des idées et des comportements suicidaires chez les jeunes de cette province (Bouchard et Morval, 1988; Coté, Provonost et Ross, 1990; Coté, Provonost et Larochelle, 1993; Pronovost, Coté et Ross, 1990). Enfin, un profil national des blessures intentionnelles et non intentionnelles chez les peuples autochtones au Canada a récemment été publié pour la période de 1990 à 1999 (Santé Canada, 2001).

5c. Études des méthodes

Dans un effort visant à éclairer les possibilités de prévention, plusieurs études canadiennes ont analysé les méthodes utilisées par les personnes mortes par suicide au Canada. Par exemple, Avis (1993, 1994) a résumé les caractéristiques les plus communes des suicides par balle et par noyade. Au Québec, des chercheurs ont analysé en rétrospective les circonstances entourant les décès par suicide à un pont particulier (Prevost, Julien et Brown, 1996), tandis que Mishara (1999) a analysé une série de suicides dans le métro de Montréal.

Examinant des méthodes plus rares de suicide, Bullock et Diniz (2000) se sont attardés aux cas d'asphyxie à l'aide d'un sac de plastique en Ontario, Ross et Lester (1991) ont étudié les suicides aux chutes Niagara tandis que Shkrum et Johnston (1992) ont analysé les décès par immolation au cours d'une période de trois ans.

Enfin, Killias (1993) s'est penché sur l'association entre le fait de posséder une arme à feu et les taux de suicide et d'homicide. Plusieurs autres recherches canadiennes ont examiné plus particulièrement l'effet sur le suicide de la législation sur le contrôle des armes à feu, et ces études seront passées en revue dans la prochaine section.

6. Développement des connaissances et recherche sur les politiques

Cette catégorie de recherches limitée mais importante met l'accent sur des aspects pratiques comme les méthodes de recherche et la diffusion des résultats. Sont également incluses ici les études épistémologiques qui portent sur ces deux aspects, c'est-à-dire le « comment savons-nous? », ainsi que les études qui visent à déterminer « quelles sont les connaissances qui comptent ». Les quelques études qui ont été publiées en ce domaine l'ont été dans les cinq dernières années. La recherche sur les politiques, y compris l'examen de certains effets de la législation sur les taux de suicide au Canada, fait également partie de cette catégorie. Deux sous-rubriques sont utilisées pour revoir les 16 études de cette catégorie : questions de recherche et développement des connaissances, et recherche sur les politiques.

6a. Questions de recherche et développement des connaissances

Les études mentionnées dans cette catégorie sont assez diversifiées et comprennent celles qui portent sur des questions de recherche particulières ainsi que celles qui explorent les bases philosophiques et éthiques de certaines traditions de recherche et méthodes de prévention.

Au niveau le plus pratique se trouvent les études qui portent expressément sur les aspects méthodologiques des recherches sur le suicide. Par exemple, Speechley et Stavraky (1991) ont soulevé des questions au sujet de la pertinence des statistiques sur le suicide pour les fins de la recherche épidémiologique. Malgré des preuves de sous-déclaration, ces auteurs ont conclu que la sous-déclaration n'est pas suffisamment importante pour menacer la validité globale des taux de suicide officiellement déclarés.

Plus récemment, van Reekum et Links (1997) ont mis en lumière certaines considérations importantes en matière de recherche dans l'étude de l'impulsivité et du suicide, tandis que Breton et ses collaborateurs (2002) ont relevé l'importance de recourir à des corrélats du comportement suicidaire propres aux informateurs dans le développement de la recherche et des interventions visant le comportement suicidaire des jeunes.

Une autre piste de recherche sur le suicide comprend les études qui portent sur le processus même du développement des connaissances. Nous incluons ici l'étude de Ramsay et de ses collaborateurs (1990), qui, à l'aide du modèle de recherche de développement de Rothman, ont examiné rétrospectivement le modèle de formation des sentinelles en prévention du suicide utilisé en Alberta et élaboré par Living Works Inc. Plus récemment, Breton (1999) a analysé une série de programmes de promotion de la santé mentale et de prévention mis en œuvre partout au Canada, et il a constaté un manque distinct de cohérence conceptuelle ainsi que beaucoup de confusion quant aux objectifs appropriés des programmes. Breton (1999) affirme que pour remédier à certaines de ces difficultés, il faudrait peut-être acquérir une nouvelle compréhension des problèmes de santé mentale qui touchent les enfants et les jeunes.

S'inspirant de cette piste de recherche, Schrecker et ses collaborateurs (2001) ont récemment publié un article qui soulève d'importantes questions sur la façon dont les méthodes et modèles courants de recherche sur la prévention peuvent orienter notre attention à l'égard de certaines dimensions particulières du risque tout en dissimulant peut-être d'autres facteurs contributifs à l'émergence d'une vulnérabilité globale. Plus particulièrement, ces auteurs laissent entendre que les approches biologiques et biomédicales ont tendance à dominer la recherche et ont pour effet de nous faire perdre de vue la santé publique. En outre, ils croient que les discussions sur la santé publique et sur la maladie mentale devraient porter non seulement sur la prévention, mais aussi sur la réduction du risque social.

6b. Recherche sur les politiques

Plusieurs études canadiennes ont expressément analysé l'effet du projet de loi C-51 sur les suicides commis à l'aide d'une arme à feu au Canada. Cette législation a été adoptée en 1977 afin de restreindre l'utilisation des armes à feu au Canada, et beaucoup de chercheurs ont fait l'hypothèse qu'elle aurait des répercussions favorables en réduisant le nombre de suicides commis à l'aide d'une arme à feu au Canada.

Dans l'une des premières études sur le sujet, Rich et ses collaborateurs (1991) ont examiné les taux et les méthodes de suicide à Toronto (Ontario) cinq ans avant et cinq ans après l'entrée en vigueur des mesures législatives sur le contrôle des armes à feu. Ils ont constaté que ces mesures législatives avaient entraîné une diminution globale des suicides commis à l'aide d'une arme à feu chez les hommes, mais que cette différence était apparemment neutralisée par une augmentation des suicides commis en sautant d'un lieu élevé, ce qui appuyait de façon préliminaire l'hypothèse d'une substitution de la méthode.

D'après Lester et Leenaars (1993), qui ont analysé les données canadiennes, il y a eu une tendance à la baisse du taux global de suicide commis à l'aide d'une arme à feu et du pourcentage de suicides de ce type après l'adoption du projet de loi C-51. Carrington et Moyer (1994) ont analysé les données sur les décès par suicide en Ontario avant et après l'adoption des mesures législatives sur le contrôle des armes à feu et ils ont observé une tendance globale à la baisse du nombre de suicides commis à l'aide d'une arme à feu, sans relever de preuve concomitante de substitution de la méthode. Leenaars et Lester (1998) ont effectué une analyse approfondie des études sur les mesures législatives sur le contrôle des armes à feu au Canada et ont conclu que bien que ces mesures aient pu avoir une incidence sur le taux de suicide commis à l'aide d'une arme à feu, d'autres études étaient nécessaires. Par ailleurs, Carrington (1999) a réanalysé les données antérieures résumées par Lester et Leenaars et a contesté certains de leurs résultats originaux. Qui plus est, d'autres comparaisons internationales étendues ont mis en évidence la grande utilité que présente le contrôle de l'environnement dans la réduction du suicide (Leenaars et al., 2000). Les approches axées sur la santé publique semblent être les plus efficaces pour réduire le suicide, cela non seulement au Canada, mais partout dans le monde.

En plus d'examiner la question de la disponibilité des armes à feu au Canada et de son effet sur le taux global de suicide et d'homicide (Lester, 1994, 2000), Lester a aussi examiné de façon plus générale l'effet de la décriminalisation du suicide au Canada (1992).

Enfin, une autre étude canadienne s'est penchée sur les répercussions des politiques provinciales sur l'élaboration de programmes destinés à prévenir les problèmes de santé mentale (Nelson, Prilleltensky, Laurendeau et Powell, 1996). Les auteurs ont conclu que bien que la rhétorique de la prévention filtrait à travers bon nombre des documents provinciaux sur les politiques, il n'y avait pas eu de réaffectation de fonds, dans le domaine de la santé, des services de traitement et de réadaptation vers les programmes de prévention, et que le financement des programmes de prévention demeurait minime.

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