Immigrants récents, immigrants antérieurs et natifs du Canada : confiance interpersonnelle et confiance sociale
1. Introduction
La confiance est un « phénomène complexe et multidimensionnel » [TRADUCTION] (Khodyakov, 2007, p. 115) et un élément fondamental de la vie sociale. Elle est aussi souvent utilisée comme indicateur du capital social (Bryant and Norris, 2002), de la cohésion sociale et elle se trouve au cœur de plusieurs conceptualisations de l’intégration sociale (Kunz, 2005). La confiance, dont témoignent les immigrants et les natifs du Canada envers leur famille, les gens de leur quartier et les autres Canadiens, a plusieurs implications sur les plans individuels (micro), communautaire (méso) et sociétal (macro). Pour les immigrants récents, la confiance est un des principaux facteurs d’une intégration réussie, parce qu’elle réduit la friction dans la vie sociale (Putnam 2000, p. 136) et permet de bâtir le capital social, humain et culturel.
Un niveau de confiance élevé des immigrants envers leurs concitoyens entraîne des conséquences sociales positives. Par exemple, Putnam (2000) affirme que les individus qui ont fortement confiance en leurs concitoyens sont plus portés à faire du bénévolat, à contribuer aux œuvres caritatives et à s’impliquer dans les organisations communautaires. En outre, Soroka et coll. (2007) ont montré que les individus ayant un niveau de confiance élevé sont généralement en meilleure santé que les autres.
La confiance est considérée comme un élément très important en ce qui a trait aux relations et interactions sociales, surtout en cette époque de grande interdépendance. La recherche dans ce domaine porte à croire qu’une grande diversité culturelle et ethnique nuit à la confiance généralisée et à la cohésion sociale (Putnam, 2007; Stolle et coll., 2008). Des recherches empiriques ont révélé que « les niveaux de confiance généralisée sont non seulement plus bas chez les minorités visibles, mais aussi chez les populations majoritaires lorsqu’elles sont en présence d’un environnement diversifié » [TRADUCTION] (Hooghe et al., 2008, p. 199). Selon le recensement de 2006, la proportion des Canadiens nés à l’étranger n’a jamais été aussi élevée en 75 ans. [Note 1] En outre, la diversité culturelle et linguistique accrue au Canada rend cette étude particulièrement pertinente. [Note 2]
L’étude se fonde sur les données de l’échantillon canadien de la 5e vague de l’Enquête mondiale sur les valeurs (2006) et sur le travail de Neil Nevitte en vue d’examiner la confiance sociale et interpersonnelle. Elle compare les réponses des immigrants récents et des immigrants antérieurs à celles des natifs du Canada aux questions portant sur la confiance ressentie envers les membres de la famille, les connaissances, les gens du quartier, les Canadiens en général, les immigrants récents et les gens rencontrés pour la première fois.
L’étude se penche sur les questions suivantes : où se situent les immigrants récents, les immigrants antérieurs et les natifs du Canada sur l’échelle de la confiance envers les différents groupes? Les données concordent-elles avec les connaissances théoriques de la confiance (sociale et interpersonnelle)? Les écarts des niveaux de confiance pourraient être un indicateur du degré d’intégration des immigrants récents et antérieurs dans la société canadienne et de l’efficacité des politiques et programmes d’intégration des immigrants.
Le rapport débute par une revue de la littérature portant sur la confiance et ses dimensions, sur l’incidence de l’immigration et de la diversité sur les niveaux de confiance, ainsi que sur l’immigration, la diversité, la cohésion sociale et la confiance au Canada. Suit, un examen de la méthodologie et des résultats.
Notes
- [Note 1] Selon le recensement de 2006, 19,8 % de la population canadienne est née à l’étranger (Statistique Canada, 2007).
- [Note 2] Selon le recensement de 2006, 75 % des immigrants arrivés entre 2001 et 2006 appartiennent à une minorité visible (Statistique Canada 2008b), et 70,2 % de la population née à l’étranger s’expriment dans une langue maternelle autre que le français ou l’anglais (Statistique Canada 2008a).