Agent de détérioration : Incendie

Deborah Stewart

Introduction

Aucun établissement n'est à l'abri des risques d'incendie. Contrairement à d'autres agents de détérioration couverts dans le présent texte, le feu peut causer des dommages graves et parfois irréparables à l'édifice et aux collections qui s'y trouvent ainsi que des interruptions majeures aux activités qui s'y déroulent et aux services qui y sont offerts. Il peut également causer des blessures, et même la mort, chez les personnes. Il est donc important d'accorder la plus haute priorité possible à la prévention des incendies et à la lutte contre les incendies. De même, il faut consacrer tous les efforts possibles à limiter les risques qu'un incendie survienne et à réduire au minimum ses incidences. Si le coût de tels efforts peut sembler prohibitif, celui de l'inaction peut l'être encore plus!

Comme les questions liées à la sécurité des personnes relèvent de la compétence des autorités gouvernementales, il n'en sera pas question dans la présente section. On y examinera plutôt la sécurité-incendie et la protection contre les incendies dans l'optique de la préservation et de la protection des biens culturels, en particulier des collections. Bien que de nombreux musées puissent satisfaire aux exigences de base en matière de sécurité des personnes, ces exigences se révèlent trop souvent inadéquates à la protection des biens culturels.

Bref exposé sur le feu : les principes de la combustion

Le feu provient de la combustion, phénomène résultant d'une réaction chimique qui, pour pouvoir prendre naissance et se développer, requiert la présence de trois éléments réunis selon une combinaison appropriée : une source de combustible (toute matière pouvant brûler), de l'oxygène (un élément constituant de l'air) et une source d'inflammation, telle que la chaleur ou une étincelle. On appelle souvent cette dynamique le « triangle du feu », tel que représenté à la figure 1.

Diagramme montrant triangle du feu, avec l'oxygène, source d'inflammation, incendie, et la source de combustible.
Figure 1. Triangle du feu

Pour pouvoir éteindre un incendie, il faut habituellement priver le feu d'au moins un de ces éléments.

Le texte suivant décrit brièvement les divers stades de l'incendie.

Principaux stades du développement d'un incendie

Stade de pré-embrasement

Au début, le feu demeure d'une ampleur limitée et on peut facilement l'éteindre en utilisant d'abord un extincteur portatif. Il se peut qu'on ne détecte pas sa présence tant que les flammes ne sont pas visibles ou qu'il n'y pas de chaleur. Lorsqu'il y a suffisamment de chaleur près du plafond, les gicleurs se déclenchent et réussissent à maîtriser, voir à éteindre, l'incendie. S'il n'y a pas d'installation automatique d'extinction d'incendie, le feu peut se propager librement, ce qui peut mener au prochain stade.

Stade d'embrasement

La chaleur devient intense et suffisamment élevée pour enflammer des matières combustibles courantes dans la pièce, causant ainsi un brasier. Ceci peut se produire quelques minutes seulement après le début du stade de pré-embrasement général lorsque les conditions appropriées sont réunies.

Stade postérieur à l'embrasement

Braser, où toutes les matières combustibles exposées dans la pièce nourrissent le feu. Ceci peut causer la perte totale de collections se trouvant dans cette pièce, et le bâtiment en entier est alors menacé. Les flammes peuvent s'étendre à d'autres pièces par les corridors et les vides du plafond. Une fois tous les combustibles consumés, l'incendie s'éteint peu à peu.

Comme un feu peut se développer et se propager rapidement, il est important de le détecter et de l'éteindre à son stade le plus précoce possible afin de réduire le risque de dommages graves, de blessures corporelles et de pertes de vies humaines.

Les sources d'inflammation

Si les musées et les établissements connexes sont vulnérables au feu provenant de plusieurs sources différentes, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du bâtiment, la plupart des feux qui y éclatent découlent d'une négligence et d'un manque de diligence de la part d'êtres humains, ou encore sont allumés intentionnellement.

Parmi les sources d'inflammation les plus courantes, mentionnons les suivantes :

  • sources extérieures et naturelles, telles que la foudre et la proximité d'incendies de forêt, de brousse ou de prairies, l'exposition à des bâtiments en flammes contigus ou à des conteneurs à ordures en flammes, etc.;
  • sources électriques, telles que câblages, panneaux électriques, matériel et appareils électriques et systèmes de CVCA (chauffage/ventilation/conditionnement d'air), défectueux ou surchargés;
  • proximité de matières combustibles par rapport à une source de chaleur, telle qu'un appareil de chauffage portatif;
  • sources de flamme nue, telles que les bougies et les réchauds que l'on utilise en restauration et dans les réceptions;
  • feux lors d'événements ou d'activités d'interprétation, éclatant à partir de foyers, de fourneaux de cuisine, de chandelles, d'ateliers de forgeron, etc.;
  • activités liées à la construction et à la rénovation, comme les travaux à haute température (c.-à-d. soudage, décapage, coupe, etc.); utilisation de matériaux de coulage qui produisent de la chaleur, etc.;
  • utilisation, élimination et/ou entreposage inadéquats de liquides inflammables tels que diluants à peinture;
  • matériel de fumeur;
  • fuites de gaz (figure 2); et
  • incendies criminels.
L'incendie dans ce musée.
Figure 2. L'incendie dans ce musée a été causé par une fuite de gaz.

Parmi les sources ci-dessus, le risque provenant de sources électriques, d'incendies criminels et de travaux de construction ou de rénovation tend à être le plus courant dans les établissements culturels.

Le fil défectueux.
Figure 3. Le fil défectueux que l'on voit ici provient du câble d'alimentation d'une étuve de laboratoire. Il faut faire inspecter le système de distribution d'électricité du bâtiment par un électricien au moins tous les 10 ans, faire l'entretien des systèmes de chauffage une (1) fois par année et inspecter régulièrement outils, matériel et appareils de toutes tailles, afin de réduire les risques d'incendie d'origine électrique.

Bien que, habituellement, les collections comme celles de films en nitrate de cellulose, d'armes, de munitions, de matériel de sautage, de liquides inflammables (collections dites humides), etc. ne soient pas elles-mêmes à l'origine des incendies, elles contribuent néanmoins à la charge combustible (charge d'incendie) du bâtiment et accroissent grandement la menace du point de vue des pompiers.

Les lieux de culte sont tout particulièrement vulnérables aux incendies criminels car ils sont souvent relativement isolés et ouverts au public, et comportent de grands espaces ouverts et des vides dissimulés qui permettent au feu de se répandre rapidement. Les structures patrimoniales qui demeurent inoccupées ou non fréquentées sont également très vulnérables.

Les musées saisonniers peuvent également être vulnérables aux incendies. Étant donné que de nombreux établissements parmi ces musées de petites localités ne possèdent pas de systèmes de CVCA, on utilise parfois, au printemps et en automne, des radiateurs autonomes, des appareils de chauffage portatifs et même des poêles à bois pour mieux contrôler l'humidité et procurer de la chaleur aux membres du personnel qui travaillent dans ces bâtiments. De plus, plusieurs de ces petits musées sont situés en des lieux éloignés, où les actes de vandalisme et les incendies criminels peuvent passer inaperçus pendant quelque temps, et plus particulièrement hors saison. Ces musées sont souvent construits de matières hautement combustibles, ne sont pas protégés par des systèmes de détection surveillés et d'extinction automatique et, dans certains cas, ne peuvent accéder à une source d'alimentation en eau qui soit fiable. Certains établissements sont protégés par des détecteurs de fumée alimentés par pile. Or, il est important de tester et de nettoyer ces dispositifs régulièrement, et de remplacer leurs piles. Bien que ces systèmes d'alarme puissent suffire à la sécurité des personnes lorsque le bâtiment est occupé, en dehors des heures d'ouverture, cependant, l'intervention du service d'incendie local pourrait être considérablement retardée.

Les maisons patrimoniales faisant fonction de musées sont tout particulièrement vulnérables à des développements d'incendie rapides, et leur réhabilitation à ce titre peut être plus problématique. Leur vulnérabilité peut être attribuable à un certain nombre de causes :

  • Ces bâtiments peuvent être construits en matériaux hautement combustibles et qui favorisent la propagation de la flamme, car ils ont séché avec le temps.
  • Ils peuvent comporter des câblages électriques et des systèmes de chauffage anciens, inadéquats et dangereux.
  • La conception de plusieurs de ces bâtiments comporte des escaliers ouverts de grandes dimensions qui permettent une propagation rapide des flammes et de la fumée d'un étage à un autre.
  • Il peut y avoir des vides dissimulés au-dessus des plafonds, sous les planchers et derrière les murs.
  • Les sous-sols et les greniers de nombreux bâtiments de ce type ne sont pas compartimentés.
  • Il est possible que les ouvertures sur le périmètre des gaines, des canalisations électriques, des tuyaux de plomberie, etc., à l'installation ou à l'enlèvement, n'aient pas été munies d'une barrière faite d'un matériau résistant à la propagation de la flamme aux points où ces pénétrations traversent planchers, plafonds et murs.
  • Les accessoires de nettoyage, les solvants, les peintures, les cires, etc. sont souvent rangés de façon non appropriée au sous-sol ou dans un placard sans cote de résistance au feu.

La charge combustible attribuable au contenu de la maison et à ses finis peut être élevée, et le mode d'exploitation de l'installation peut créer des risques d'incendie supplémentaires. Par exemple, mentionnons l'utilisation de foyers ou de poêles à bois pour chauffer le musée ou à des fins d'interprétation comme la cuisson, au four ou autrement. En outre, le musée peut être loué à des fins de tournage de films, ou utilisé pour la tenue de dîners spéciaux et de réunions au cours desquels il est permis d'allumer des sources de flamme nue telles que des bougies. En dépit de tels risques, nombreux sont les musées qui ne possèdent pas un système de détection d'incendie surveillé ou d'extinction automatique. Toutefois, avant d'apporter des modifications à la structure dans le but de la rendre plus sécuritaire, ou d'installer ou d'améliorer des systèmes de protection incendie, il peut se révéler nécessaire de consulter un architecte patrimonial habitué à mettre en œuvre ces types de projets dans la reconnaissance et le respect du tissu patrimonial et de la conception d'origine de la structure.

Cependant, qu'une installation du type musée soit à caractère patrimonial ou de construction moderne et adaptée à ces fins, il est important de connaître à fond le bâtiment et les systèmes qu'il comporte et d'en assurer l'entretien de façon adéquate. Malheureusement, on néglige trop souvent d'investir l'argent et les heures-personnes que demandent la prévention des incendies et la protection et l'entretien des bâtiments au profit d'autres programmes et activités. En faisant de la sécurité incendie une priorité, on peut prendre des mesures qui permettront de protéger le personnel, les visiteurs, les collections, le ou les bâtiments, ainsi que les services. Selon l'étendue des dommages, la restauration et la réouverture d'une installation suite à un incendie peuvent prendre de nombreuses années ou même demander la construction d'un nouveau bâtiment. Certains musées ne peuvent plus jamais rouvrir leurs portes.

Incidence des incendies sur les collections

Suivant le type, l'étendue et la gravité de l'incendie, de même que la vulnérabilité des pièces de collection à la chaleur et à la fumée, les dommages aux collections vont d'une légère coloration à la perte totale. Les pièces de collection qui se trouvent dans le brasier central d'un incendie à combustion vive peuvent prendre feu et brûler, complètement ou non. Des pièces de collection même situées ailleurs, par exemple, dans une autre pièce, peuvent se déformer, changer de couleur ou devenir friables, ou encore être recouvertes d'un dépôt de suie, comme à la figure 4.

Dommages de suie sur vitrine.
Figure 4. Les pièces de collection à l'intérieur de cette vitrine d'exposition ont été adéquatement protégées contre les dommages causés par la suie.

La suie et les gaz chauds ne causent pas nécessairement une perte totale, mais ils peuvent provoquer des dommages étendus et irréparables (figure 5).

Dégâts de feu aux pages d'accueil d'un livre.
Figure 5. Même si les pages du dessus de ce livre ouvert ont été endommagées, le reste est demeuré relativement intact.

Les matières organiques provenant de produits d'origine végétale ou animale, comme le papier, les textiles et le bois, sont hautement combustibles, tout particulièrement si elles sont très sèches. En général, plus l'article est mince, plus il sera susceptible de prendre feu et de brûler complètement. Par exemple, une feuille de papier détachée prend feu et brûle rapidement, alors que des livres rangés bien serrés sur une étagère peuvent demeurer relativement exempts de dommages, si ce n'est au dos (figures 6 et 7) et, peut-être, de dépôts de suie ou d'un changement de couleur sur la tranche supérieure.


Les blocs de feuillets composés de ces livres sont demeurés intacts.
Figures 6 et 7. Les blocs de feuillets composés de ces livres sont demeurés intacts; toutefois, leurs couvertures ont été sérieusement endommagées et devront être remplacées.

Bien que les pièces de collection fabriquées à partir de matières inorganiques telles que la pierre, le verre, le métal et la céramique ne soient pas susceptibles de prendre feu, elles peuvent néanmoins subir des dommages importants : fusion, gauchissement, ternissement, fragilisation, fissuration, voire bris en éclats.

En plus des dommages causés par la chaleur, les objets de collections peuvent également être gravement endommagés par la fumée et la suie. La fumée désigne le produit de la combustion et est généralement constituée de particules fines et de gaz chauds. La suie désigne quant à elle le carbone en fines particules qui est déposé par les flammes résultant d'une combustion incomplète de substances organiques. La fumée comme la suie sont dommageables pour les biens culturels.

La surface du dessus d'armoire est couverte de suie.
Figure 8. La surface du dessus de cette armoire est couverte d'un dépôt important de suie.

Les dépôts de suie, comme celui du dessus de l'armoire de la figure 8, sont ordinairement poudreux, ressemblent à de la cendre et peuvent ternir, voire oblitérer des images et des détails des surfaces atteintes. Si l'on manipule du matériel ayant été recouvert de suie, la suie risque alors d'être imprégnée davantage dans les surfaces. Les matières organiques ayant des surfaces poreuses ou hautement texturées sont tout spécialement vulnérables à ce processus et peuvent être extrêmement difficiles à nettoyer. Par conséquent, il faut éviter le plus possible de manipuler des pièces de collection ayant été endommagées par la suie.

Selon les observations de conservateurs ayant de l'expérience dans la récupération et le nettoyage des objets endommagés par la suie, plus le temps passe, plus celle-ci a tendance à devenir difficile à enlever. Il faut donc l'enlever dès que possible en suivant les directives d'un conservateur chevronné. La suie produite par un incendie touchant des matériaux synthétiques tend à être d'une nature plus huileuse et se révèle plus difficile à enlever que la suie poudreuse.

Réduction du risque d'incendie

La plupart des musées peuvent contenir des charges combustibles considérables pouvant alimenter un incendie. Cela est tout particulièrement le cas de nombreuses maisons patrimoniales faisant fonction de musées, ayant une construction à ossature de bois et comportant des pièces d'époque remplies d'objets et de finis intérieurs combustibles. Les chambres et installations d'archivage qui sont équipées de systèmes de stockage mobiles (compacts), d'ordinaire, contiennent également des charges combustibles élevées.

Certaines collections peuvent en soi représenter un risque additionnel. Lorsqu'un incendie éclate, les films en nitrate de cellulose, les collections d'histoire naturelle dont les pièces sont conservées dans de l'alcool, ainsi que les matières explosives, comme les munitions et certains matériels d'exploitation minière, peuvent être tout particulièrement dangereux pour les pompiers qui interviennent. Autant que possible, ces objets devraient être rendus sécuritaires et les modifications qui y ont été apportées, documentées, et l'on devrait établir et mettre en application des procédures pour leur manutention, leur entreposage et leur exposition en toute sûreté. Dans le cas d'aires dangereuses comme les locaux de fournitures chimiques ou d'aires contenant des collections dangereuses, placarder des enseignes d'avertissement visant à alerter le personnel de même que le service d'incendie de la présence de toute source de danger.

Certaines situations pouvant accroître le risque d'endommagement grave pour un musée sont inévitables, par exemple, la construction combustible d'une maison-musée patrimoniale à ossature est en bois, ou la création d'un musée en un lieu éloigné, où l'alimentation en eau peut ne pas être fiable, ou où le temps d'intervention du service d'incendie local peut se révéler beaucoup plus long que dans une agglomération plus importante. Toutefois, des mesures peuvent toujours être prises en vue de réduire le risque et la gravité des incendies : création et mise en œuvre de politiques de prévention et d'intervention en cas d'incendie, de plans et de consignes; mise en application de pratiques sécuritaires en matière de sécurité incendie; et améliorations apportées à l'installation.

Au tableau 1 sont identifiés certains moyens permettant d'atténuer le risque d'incendie, ou d'en réduire au minimum l'incidence. Les mesures à appliquer varieront d'un établissement à un autre en raison de leurs ressources et de leurs besoins différents et aussi en fonction de la disponibilité de l'expertise. Ce ne sont pas toutes ces mesures qui s'appliqueront nécessairement à votre cas; cette liste ne se veut pas exhaustive

Certaines stratégies de réduction du risque d'incendie et des dommages causés par les incendies.

Généralités (tous les risques) :

  • Mettez au point et en application un programme de protection contre l'incendie qui couvre la prévention, les réhabilitations aux bâtiments, les consignes d'intervention en cas d'incendie, les systèmes et les dispositifs de protection incendie, et enfin la formation du personnel.

  • Mettez sur pied un comité de prévention des incendies formé à la fois de membres de la direction et de membres du personnel d'intervention. Tenir régulièrement des réunions ayant pour objet de discuter de problèmes de sécurité incendie.

  • Mettez au point et en application des politiques, des méthodes et des marches à suivre en matière de sécurité incendie, dans le but de créer un environnement sans danger tant pour les personnes que pour les objets. Par exemple : mise en application d'une politique d'interdiction de fumer, élimination des fouillis et des résidus; interdiction d'utiliser des flammes nues et des câblages temporaires; interdiction d'utiliser du matériel produisant de la chaleur à proximité de matières combustibles; etc.

  • Donnez au personnel une formation sur les méthodes de prévention, d'évacuation en cas d'incendie et d'utilisation des extincteurs portatifs.

  • Entreprenez une évaluation du risque dans le but d'identifier et de prioriser les menaces d'incendies, ainsi que les mesures visant à les réduire.

  • Entreprenez des inspections régulières et éliminez tout risque ainsi mis au jour. Utilisez une liste de contrôle d'inspection afin de vous assurer que rien n'a été omis.

  • Développez de bons rapports avec le service d'incendie local. Invitez toutes les équipes de quart à une visite du musée afin de leur permettre de se familiariser avec sa construction, son aménagement, son contenu et toute aire dangereuse comme les aires d'entreposage de produits chimiques, les cabines de peinture au pistolet ou les aires contenant des collections dangereuses.

  • Discutez de vos préoccupations liées aux dégâts causés par l'eau, et faites savoir au service d'incendie ce qui est le plus important entre le bâtiment lui-même et son contenu. Demandez des recommandations en vue de rendre votre musée plus sécuritaire/mieux protégé ainsi que de l'information sur la prévention des incendies. Dirigez chaque année des exercices d'évacuation en cas d'incendie.

  • Invitez un agent de la prévention du crime, ou un autre représentant en matière d'application de la loi, à venir visiter votre musée afin d'émettre des recommandations sur les mesures à adopter pour mieux en assurer la sécurité.

  • S'il y a planification en vue d'une installation neuve ou d'une réhabilitation de l'installation existante, choisissez des matériaux incombustibles et résistant au feu, subdivisez le bâtiment en plusieurs compartiments résistant au feu et installez des systèmes de protection incendie permettant de détecter et maîtriser le feu et de contrôler la fumée. Installez des éléments coupe-feu et coupe-fumée, ou améliorez les existants, aux endroits où cela est requis, ainsi que des matériaux coupe-feu dans les vides de construction et les autres vides verticaux et/ou horizontaux, afin de limiter la propagation de la fumée et des flammes. Veillez à ce que tout élément pénétrant un plafond, un mur ou un plancher soit muni d'un coupe-feu adéquat; installez des dispositifs de maintien des portes en position ouverte d'un type approuvé sur les portes coupe-feu qui sont normalement laissées ouvertes; et installez le dispositif de fermeture automatique de l'installation de ventilation en cas d'incendie. Faites inspecter l'installation électrique du bâtiment par un électricien tous les 10 ans, ou à la suite de toute modification, afin de vous assurer qu'elle ne présente pas de danger.

  • Inspectez tous les systèmes de chauffage et les systèmes de protection, et maintenez-les en bon état de fonctionnement.

  • Installez les matériels et systèmes de protection incendie les plus efficaces et adéquats possible, selon vos besoins et votre budget, et maintenez-les en bon état de fonctionnement.

  • Mettez en œuvre des mesures visant à protéger les collections entreposées et exposées contre les dommages causés par le feu et les dégâts causés par l'eau.

  • Mettez au point des procédures et des plans pour faire face aux situations d'urgence, pour manipuler les collections endommagées, pour récupérer celles-ci, et pour protéger sur place les pièces de collection de grandes dimensions ou qui sont particulièrement à risque.

Tableau 1. Certaines stratégies de réduction du risque d'incendie et des dommages causés par les incendies.
FoudreInstallez et entretenez le matériel de protection contre la foudre.
Proximité d'incendies voisins, c.-à-d.:
  • feux de forêt, de broussailles ou d'herbe;
  • bâtiments en flammes.
Écoutez les nouvelles. Maintenez les lieux dégagés d'arbres, de gazon non tondu et de broussailles si l'aire est à risque élevé. Couvrez les collections pour les protéger contre la fumée. Fermez l'installation de ventilation. Obturez le pourtour des ouvertures. Maintenez le site et le ou les bâtiments mouillés.
Sources électriques :
  • câblages et panneaux électriques défectueux ou surchargés;
  • matériel ou appareils électriques défectueux.
Faites inspecter le système de distribution d'électricité et les travaux par un électricien.
Assurez-vous que tout le matériel et tous les appareils sont répertoriés ou homologués, en bon état de fonctionnement, et mis hors circuit et débranchés lorsqu'ils ne servent plus. Mettez au rebut les appareils dont le cordon d'alimentation est effiloché, ou dont l'état de marche est douteux. Ne surchargez pas les circuits. Veillez à ce que les fusibles et les disjoncteurs soient utilisés de façon appropriée. Évitez d'utiliser des câbles de rallonge et des adaptateurs de prise de courant à prises multiples. Faites plutôt ajouter d'autres prises murales si nécessaire. N'utilisez que du matériel électrique homologué CSA (Association canadienne de normalisation) ou coté ULC (Laboratoires des assureurs du Canada).

Utilisation de flamme nue et de sources de chaleur (c.-à-d. feux d'activités d'interprétation, appareils de chauffage portatifs, etc.)

Travaux à haute température (soudage, coupe, brûlage, etc.)

Maintenez la chaleur et les flammes éloignées des matières combustibles. Munissez les foyers d'un pare-étincelles. Gardez un extincteur à portée de la main. Maintenez un piquet d'incendie composé de personnes qui ont été formées à l'utilisation des extincteurs.
Établissez un système de permis d'exécution de travaux à chaud, le cas échéant. Supervisez les travaux, et maintenez un piquet d'incendie durant l'exécution des travaux (et pendant au moins une [1] heure après ceux-ci). Éliminez les matières combustibles de l'aire des travaux à chaud. Gardez à portée de la main un extincteur portatif d'un type approprié, et veillez à ce que les systèmes de protection incendie soient opérationnels à la fin de la journée.
Présence de liquides inflammables dans le bâtiment Gardez seulement de petites quantités à l'intérieur du bâtiment. Mettez en application des marches à suivre appropriées de manutention, d'entreposage et d'élimination. Veillez à ce que les fiches signalétiques (FS) soient à jour, et étiquetez les contenants des liquides de la façon appropriée. Interdisez l'entreposage de ces liquides à l'intérieur des locaux d'installations mécaniques ou électriques, ou à proximité des boîtes électriques.
Collections dangereuses telles que : films en nitrate de cellulose, armes, explosifs, liquides inflammables, etc. Examinez les collections afin d'en identifier les pièces dangereuses. Autant que possible, mettez hors service les pièces afin que leur manutention, leur entreposage et leur exposition ne présentent pas de danger; étiquetez-les en conséquence, et tenez un registre de ces interventions. Gardez les films de nitrate dans un lieu d'entreposage froid, ou faites-en faire des copies par une entreprise d'expérience, puis éliminez les originaux (en ayant d'abord consulté votre service d'incendie pour connaître les mesures d'élimination sans danger), ou encore remettez les originaux à une société d'archivage ayant l'expérience requise pour les entreposer en toute sûreté.
Incendies criminels (parfois utilisés dans le but de détourner l'attention d'un autre crime commis, comme un vol) Demandez à un agent de la prévention du crime de vous conseiller sur les différentes façons de rendre votre établissement plus sécuritaire. Maintenez l'extérieur du bâtiment bien éclairé la nuit; enlevez tout matériel et toute pièce de collection qui n'ont pas à se trouver à proximité du bâtiment et qui pourraient servir de combustibles pour allumer un feu; rabattez les arbustes qui pourraient dissimuler un intrus ou incendiaire, plus particulièrement à proximité des portes et des fenêtres. Demandez à la police de patrouiller dans les environs la nuit. Pour tout candidat à un poste, effectuez une vérification de sécurité. Embauchez des agents de sécurité supplémentaires pour toute exposition pouvant prêter à controverse. Développez de bonnes relations avec le public et avec la communauté en général.

Il est possible de contrôler en partie la propagation des flammes et de la fumée à des aires contiguës ou dans tout le bâtiment en incorporant certains éléments architecturaux et certaines caractéristiques de conception, comme les suivants : l'utilisation de procédés de construction et de finis incombustibles et résistant à la propagation de la flamme; la fermeture automatique en cas d'incendie de l'installation de ventilation; la compartimentation ou la subdivision d'espaces tels que les réserves de collections et les aires à risques très élevés en aires résistantes au feu; l'installation de matériaux et éléments coupe-feu dans les greniers et combles, ainsi que dans les espaces dissimulés et dans les vides de construction sous les lames de plancher, au-dessus des plafonds, derrière les murs, etc.; l'installation de matériaux coupe-feu au droit des éléments de plomberie, des conduits, des canalisations électriques, etc., ou à la place de ceux-ci (s'ils ont été enlevés), dans les murs, les planchers et les plafonds; la fermeture complète des cages d'escalier; et l'installation de portes coupe-feu. Si les portes coupe-feu sont normalement gardées ouvertes, elles devraient être munies de dispositifs automatiques de fermeture des portes en cas d'activation du système d'alarme incendie.

De nombreux musées ont œuvré en étroite et fructueuse collaboration avec les services d'incendie locaux à améliorer la sécurité incendie dans leurs établissements, et à mettre au point des mesures en vue de protéger leurs collections irremplaçables contre les dommages et les dégâts dus aux incendies. Dans de nombreux cas, et pourvu que l'incendie soit maîtrisé et que la sécurité des personnes ne soit pas mise en jeu, des mesures peuvent être prises pour protéger les pièces des collections contre la chaleur, la fumée, la suie, et l'eau. On a réussi à épargner des pièces de collection précieuses d'une perte ou de dommages certains en les menant en un lieu sûr, en les recouvrant de bâches imperméables à l'eau, en détournant l'eau utilisée dans la lutte contre l'incendie et en employant pour la lutte de l'eau atomisée plutôt que des jets. Prenez le temps de développer de bonnes relations avec votre service d'incendie, donnez-lui des copies des plans de votre bâtiment, et offrez des visites guidées du musée à tous ses membres pour leur permettre de se familiariser avec les aménagements et les systèmes du bâtiment (soit l'emplacement des canalisations d'incendie et des vannes de régulation par zones des gicleurs), ainsi qu'avec toute aire qui pourrait constituer une source d'incendie potentielle ou encore présenter des risques potentiels ou inattendus en cours de lutte contre l'incendie. Veillez à ce que le service d'incendie puisse avoir accès à toutes les parties du bâtiment en cas d'incendie. Demandez au service d'incendie de passer en revue vos consignes d'intervention en cas d'incendie, et faites en sorte qu'il prenne part à la formation de votre personnel en matière de prévention et d'intervention en cas d'incendie.

Matériel et systèmes de protection incendie

On appelle « protection incendie active » l'installation de matériel, de systèmes et de dispositifs qui demandent une source d'énergie pour fonctionner, comme les systèmes de détection et d'alarme incendie et les systèmes d'extinction. Que ce soit pour installer un tout nouveau système, ou pour remplacer un système existant, faites appel aux services d'un spécialiste en protection incendie ayant de l'expérience dans la conception de systèmes destinés aux installations à valeur patrimoniale ou aux installations de salles blanches ou de milieux stériles, et qui travaillera de concert avec vous en vue d'atteindre vos objectifs en matière de protection incendie. Un système de protection professionnellement conçu, mis en place, entretenu et surveillé peut vous sembler coûteux, mais son absence peut être bien plus onéreuse.

Le spécialiste en protection incendie évaluera quel système doit être utilisé (pour la protection de la sécurité des personnes seulement, du bâtiment et de son contenu, des collections, ou pour e l'ensemble); quels sont les risques contre lesquels ce système est censé vous protéger; la construction, les dimensions et la configuration de la structure et des espaces qu'elle contient; quelle est l'utilisation actuelle ou prévue des espaces qui sont protégés; quelles sont la disponibilité de l'alimentation en eau et la pression d'eau; et plusieurs autres facteurs. Dans le cas des établissements d'une taille allant de petite à moyenne, il suffira de mettre en place des systèmes de conception classique qui sont simples, fiables et économiques d'installation et d'entretien. Les établissements de plus grande taille ayant des exigences plus complexes demanderont des systèmes également plus complexes. À titre d'exemple, les établissements de taille moyenne peuvent n'avoir besoin que d'un tableau de signalisation de base qui indiquera qu'un dispositif de sécurité incendie a été activé en un point quelconque, alors que ceux de plus grande taille nécessiteront des tableaux de signalisation hautement perfectionnés, qui peuvent identifier précisément le dispositif ayant été activé, ainsi que remplir d'autres fonctions.

Tout système devrait être conçu et installé en conformité avec les codes et les normes qui s'appliquent. Utilisez les composants de la meilleure qualité que vous pouvez vous permettre. Dans bien des cas, la différence de coût d'une qualité supérieure est négligeable, mais non la valeur ajoutée! Selon la taille et les ressources des établissements, les systèmes seront surveillés soit par une entreprise spécialisée externe, soit directement par le service d'incendie local, si ce service est offert dans votre communauté. Les établissements de plus grande taille peuvent disposer d'un personnel sur place chargé de la surveillance de leurs systèmes, et également d'une source d'alimentation électrique de secours en cas de panne de courant. Une fois installés, ces systèmes doivent être inspectés, testés et entretenus par une personne compétente et en conformité avec les codes qui s'appliquent.

Détection automatique des incendies

Bien que les dispositifs du type détecteur de fumée puissent alerter d'un danger les personnes dans l'aire protégée et solliciter leur évacuation immédiate du bâtiment, ils se révèlent inadéquats pour protéger les biens culturels parce que la plupart des musées demeurent inoccupés (vacants) pendant de longues périodes. Si personne ne se trouve sur les lieux pour entendre l'alarme du détecteur de fumée et appeler le service d'incendie, le feu peut gagner en intensité et s'étendre rapidement avant qu'on ne le remarque et qu'on ne communique avec le service d'incendie.

Les systèmes de détection et d'alarme incendie vont des installations de base aux systèmes plus complexes qui peuvent identifier lequel des dispositifs de détection a été activé et exécuter un certain nombre de fonctions secondaires comme mettre à l'arrêt les systèmes de circulation d'air, fermer les registres coupe-fumée des réseaux de conduits, déclencher des dispositifs de maintien des portes coupe-feu, avertir un service de surveillance 24 heures, 7 jours par semaine, et mettre en marche un type quelconque de système d'extinction automatique (consulter capsule 2).

Il existe deux (2) principaux types de détecteurs d'incendie : les détecteurs de fumée et les détecteurs de chaleur. Comme les détecteurs de fumée sont conçus pour détecter les incendies à leur stade le plus précoce possible, ces appareils sont recommandés de façon généralisée, sauf dans les aires poussiéreuses ou enfumées où ils auraient tendance à déclencher des fausses alarmes.

Comme il est mentionné précédemment, ne manquez pas de consulter un professionnel de la protection incendie pour vous assurer que chaque aire du bâtiment est protégée par le système de détection le plus efficace possible pour cet espace et pour réduire les risques d'alarmes intempestives. Dans la mise en place des détecteurs, il est également capital de tenir compte des courants d'air qui sont créés par les systèmes de ventilation ou les fenêtres ouvertes, de tout obstacle, ou de tout autre facteur pouvant nuire à l'efficacité de ces appareils.

Détection de la fumée

Les détecteurs de fumée sont des dispositifs qui détectent les particules de combustion, visibles ou invisibles. Il en existe essentiellement deux (2) types : les détecteurs photoélectriques (ou optiques) et les détecteurs ioniques (ou à variation d'ionisation). Les détecteurs photoélectriques sont le plus efficaces dans la détection des feux couvants, lesquels produisent une fumée formée de grosses particules. Les appareils ioniques répondent quant à eux plus rapidement aux feux à flamme vive de grande intensité, qui produisent de grandes quantités de petites particules. On peut installer des détecteurs combinant les deux principes, soit les détecteurs de fumée dits photoélectriques et ioniques, aux endroits où l'on recherche une protection contre les deux types de feux. Les détecteurs photoélectriques ont gagné en popularité ces dernières années non seulement en raison de leur détection considérablement plus rapide des feux couvants de faible intensité, mais également parce qu'ils peuvent égaler, voire surpasser le temps de réponse des appareils ioniques aux feux à flamme vive lorsque le foyer de l'incendie se trouve éloigné.

Il existe également des détecteurs de fumée à aspiration, qui procurent une détection très précoce en aspirant l'air ambiant à travers un petit tube jusqu'à l'intérieur d'une cuve de détection, et en analysant cet air pour y détecter la présence de fumée. En raison de leur sensibilité élevée, les détecteurs de fumée à aspiration sont avantageux dans la protection des pièces de collection de très grande valeur. De plus, comme seule l'ouverture du tube d'aspiration demeure visible, leur emploi est approprié dans les cas où l'aspect des détecteurs de type classique pourrait être dérangeant, par exemple, parmi des moulures décoratives ou d'autres caractéristiques esthétiques d'un bâtiment. Toutefois ce type de système de détection est plus coûteux.

Étant donné que les détecteurs de chaleur, comme les systèmes de gicleurs, réagissent à la chaleur et non à la fumée, la présence de détecteurs de fumée est importante en termes de réduction au minimum du potentiel de dommages causés par la fumée et la suie résultant des feux couvants à évolution lente (consulter la capsule 3).

Détection de la chaleur

On rencontre généralement deux (2) types de détecteurs de chaleur : thermostatique et vélocimétrique. Les détecteurs de chaleur du type thermostatique se déclenchent lorsque la température d'une pièce atteint une valeur prédéterminée, habituellement comprise entre 57 ° C et 75 ° C. Les détecteurs vélocimétriques répondent quant à eux à la vitesse d'élévation de la température dans le temps au-delà d'une valeurprédéterminée, ordinairement autour de 7 à 8 ° C.

Comme les détecteurs de chaleur ne détectent pas les incendies à leur stade le plus précoce possible, ils ne procurent pas le même niveau de protection que les détecteurs de fumée. On devrait donc utiliser les détecteurs de chaleur uniquement dans les quelques aires où un détecteur de fumée serait susceptible de déclencher régulièrement des fausses alarmes – comme les milieux poussiéreux - ou encore dans les aires où des feux à flamme vive et à développement rapide pourraient éclater. Les détecteurs de chaleur conviennent le mieux à la protection des espaces poussiéreux ou espaces clos tels que garages, combles ou greniers, vides sanitaires et aires non chauffées où la température est susceptible de chuter sous les valeurs nominales de service des détecteurs de fumée.

Extinction des incendies

Si l'on souhaite réduire au minimum les dommages et les pertes attribuables à un incendie, il est essentiel que celui-ci soit détecté et éteint au stade le plus précoce possible. Dans la plupart des situations, l'eau demeure l'agent extincteur le plus largement employé : dans les lances d'incendie, les gicleurs, les systèmes à eau atomisée et certains types d'extincteurs portatifs. L'eau demeure un agent facilement disponible, efficace et peu coûteux; elle a en outre la capacité de refroidir et de déplacer l'oxygène alimentant le feu. Lorsque de grandes quantités d'eau sont requises, une alimentation en eau ainsi qu'une pression d'eau fiables sont des conditions préalables essentielles à l'utilisation des lances d'incendie et, dans une moindre mesure, des systèmes de gicleurs.

Des systèmes à agent extincteur gazeux sont disponibles pour des applications spéciales.

Voici une brève description des types les plus courants de matériel et de systèmes d'extinction que l'on peut utiliser dans les établissements à valeur patrimoniale.

Extincteurs portatifs

Les extincteurs portatifs sont généralement requis par les codes de prévention des incendies. Utilisés par des personnes dûment formées, ils peuvent se révéler des instruments efficaces pour éteindre des petits feux encore restreints.

Il est important de choisir le type d'extincteur qui convient selon la nature de l'incendie, à défaut de quoi cet appareil pourrait se révéler inefficace, voire dangereux. Par exemple, une personne qui utiliserait un extincteur à eau pour combattre un feu sur appareillage électrique sous tension risquerait de recevoir de graves décharges électriques. Utilisée sur un incendie de liquide inflammable ou de graisse, l'eau pourrait en fait contribuer à étendre l'incendie. Le type d'extincteur pour une aire donnée devrait être choisi en fonction de la nature précise des feux qui sont susceptibles d'éclater dans cette aire.

Les quatre (4) principales classes de feux et les extincteurs correspondants pour les musées se répartissent comme suit :

  • Classe A – matières combustibles courantes

  • Classe B – liquides inflammables

  • Classe C – appareillages électriques sous tension

  • Classe D – métaux combustibles tels que magnésium et sodium

De nombreuses collectivités ont normalisé les extincteurs qu'elles emploient afin de faciliter leur utilisation et la formation exigée. Les extincteurs polyvalents dits ABC sont, de nos jours, souvent utilisés de façon généralisée dans le bâtiment, sur recommandation du service d'incendie, ce qui élimine le risque d'utilisation accidentelle d'un agent inadéquat.

Consultez vos autorités locales ou votre conseiller en matière d'incendie afin de déterminer quel type d'extincteur est le plus approprié à chacune des aires de votre établissement. On installe généralement les extincteurs portatifs à proximité des issues. On doit les monter sur des consoles d'un type approuvé, les inspecter visuellement une (1) fois par mois et y faire une intervention d'entretien une (1) fois par année.

Certains établissements ou collectivités préfèrent ne pas donner à leur personnel une formation sur le maniement des extincteurs portatifs afin de décourager ces personnes à les utiliser en cas d'incendie. L'argument principal de ce choix est que le personnel devrait plutôt déclencher l'alarme, appeler le service d'incendie (ou un service d'intervention équivalent) et évacuer le bâtiment, laissant ainsi au service le soin d'éteindre l'incendie. Bien que la sécurité des personnes passe toujours avant tout, et que personne ne devrait mettre sa vie ou celle des autres en danger en tentant d'éteindre soi-même un incendie potentiellement dangereux, certaines situations peuvent néanmoins commander l'utilisation d'un extincteur, par exemple, lorsque le feu bloque l'issue. Dans d'autres situations, l'utilisation d'un extincteur sur un petit feu circonscrit permettra de l'éteindre rapidement et sans danger avant qu'il ne puisse s'étendre.

Pour utiliser un extincteur portatif, ne tenez pas la lance dirigée vers vous, et retenez la marche à suivre ci-après :

  • Tirez sur la goupille.
  • Visez la base des flammes.
  • Serrez la détente, fermement et en exerçant une pression uniforme.
  • Effectuez avec la lance un mouvement de balayage latéral.

Si le personnel n'est pas formé au préalable au maniement adéquat et sécuritaire des extincteurs portatifs, ces appareils risquent bien de devenir de simples cale-porte de luxe ou des objets sur lesquels on jette son manteau (consulter la figure 9).

Extincteur non monté.
Figure 9. Extincteur non monté, utilisé comme accessoire pour maintenir une porte ouverte.

Oui, la formation adéquate du personnel en matière d'intervention d'urgence peut faire la différence, tout spécialement dans une situation où il y a danger de mort.

Extinction automatique

Systèmes de gicleurs

Les systèmes de gicleurs automatiques sont formés d'un réseau de tuyauteries fixes reliées à une source d'alimentation en eau, comportant des gicleurs montés sur les tuyaux selon un intervalle régulier, conçus pour débiter de l'eau lorsque la température atteint une valeur de consigne. Selon le Fire Sprinkler Network, les gicleurs sont en usage aux États-Unis depuis et, encore de nos jours, cette méthode d'extinction est largement reconnue comme étant la plus efficace pour lutter contre la propagation des flammes au stade naissant des incendies, soit avant qu'elles ne puissent causer des blessures et des dommages matériels graves.


Une tête de gicleur.
Figure 10. Une tête de gicleur : cette tête de gicleur comporte des ampoules de verre remplies d'un liquide qui se dilate sous l'action de la chaleur et, ce faisant, fait éclater le verre. Un système de gicleurs est un moyen efficace et relativement peu coûteux de sauver des vies, des biens et des collections.

Les gicleurs (figure 10) sont prêts à fonctionner rapidement et à tout moment de la journée ou de la nuit, et sont de plus insensibles aux conditions défavorables de circulation ou de climat, ainsi qu'aux fumées denses et aux émanations toxiques. Selon des experts, le système de gicleurs est le plus important de tous les systèmes de sécurité incendie qui peuvent protéger des biens culturels. Un système correctement conçu, installé et entretenu peut compenser certaines carences dans la gestion des risques, dans la construction du bâtiment et dans la capacité d'intervention d'urgence, et procure en outre une souplesse accrue de la conception du bâtiment.

Étant donné que la majorité des musées contiennent d'importantes quantités de matériels irremplaçables et de nature hautement combustible, et que les incendies peuvent se développer et s'étendre rapidement, il est hautement recommandé de prévoir un système d'extinction automatique comme les gicleurs à l'échelle de tout le bâtiment afin d'éteindre ou, à tout le moins, de maîtriser les incendies le temps que les pompiers puissent arriver et s'installer pour l'extinction. De nombreux établissements croient qu'ils sont adéquatement protégés en raison de la proximité de la caserne des pompiers et qu'ils ne requièrent donc pas de système d'extinction automatique. Toutefois, outre les retards potentiels et les autres problèmes mentionnés précédemment, il faut également prendre en compte le risque que le service d'incendie pourrait être occupé ailleurs par une autre urgence. Avec un système de gicleurs, la protection incendie est en place et disponible en tout temps. Il n'est pas étonnant que, historiquement, les établissements qui ont subi les plus lourdes pertes directement imputables à un incendie soient ceux qui n'étaient pas équipés de gicleurs. Les musées qui sont protégés par ce système subissent généralement des pertes et des dommages relativement mineurs.

Nombreux sont les établissements abritant des collections qui hésitent à installer des gicleurs par peur d'exposer celles-ci au risque de déclenchements accidentels et de dégâts causés par l'eau. En réalité, les déclenchements accidentels et les fuites attribuables à des défauts de fabrication sont relativement rares. De plus, les dommages causés par les gicleurs eux-mêmes sont généralement beaucoup moins importants que ceux causés par le jet des lances d'incendie à haute pression qui sont utilisées dans la lutte contre le feu. Le débit de l'eau provenant des gicleurs est d'environ 100 litres par minute par tête de gicleur et cette eau est dispersée comme une pluie douce, tandis que le débit de tuyaux d'incendie est de 500 à 1000 litres par minute par tuyau, et c'est une eau refoulée sous forte pression.

Selon d'autres établissements, l'installation de gicleurs est trop coûteuse. Or, malheureusement, de nombreux musées sinistrés qui n'étaient pas protégés par ce type de système ont, en bout de ligne, payé deux fois : d'abord pour la restauration la reconstruction, et ensuite pour l'installation d'un système de gicleurs après coup! Dans la majorité des cas, le coût du système de gicleurs était inférieur à celui de la restauration/reconstruction.

Dans les cas où l'esthétique est une considération importante, par exemple, dans les maisons patrimoniales faisant fonction de musées, il est possible d'installer des gicleurs muraux ou encastrés, plus discret visuellement, dont les couvercles sont assortis à la surface du mur ou du plafond. Toutefois, il faut retenir que cet assortiment de la couleur doit être réalisé par le fabricant : il est contraire aux exigences des codes de peinturer des gicleurs ou d'altérer ceux-ci de quelque autre façon, car cela pourrait nuire à leur fonctionnement.

Il existe des systèmes de gicleurs à noyage total, conçus pour les espaces industriels, mais on ne les utilise généralement pas dans les installations culturelles. Ordinairement, seuls les gicleurs qui sont directement exposés au feu se déclenchent, et la majorité des feux sont maîtrisés efficacement par 1 à 4 gicleurs.

Pour les établissements qui sont situés dans des régions sujettes à l'activité sismique, il est important que l'installation des systèmes de gicleurs inclue des entretoisements et autres caractéristiques parasismiques.

On rencontre en général trois (3) types principaux de systèmes de gicleurs : sous eau, sous air et à préaction. Voici une courte description de chacun de ces systèmes, et certains des avantages et des inconvénients que présente leur emploi.

Le système sous eau

Dans un système dit sous eau, l'eau dans les canalisations est maintenue sous pression et alimente des têtes de gicleur actionnées par la chaleur ambiante. Seuls les gicleurs exposés à une chaleur élevée se déclenchent pour éteindre l'incendie. Dans la majorité des situations, ce système sous eau de type standard est hautement recommandé car il est fiable, d'un entretien facile et relativement peu coûteux; comme il est maintenu toujours sous pression et prêt à fonctionner, son temps de réaction est court. Le principal inconvénient de ce système est celui des dégâts causés par l'eau qu'il peut causer par des déclenchements accidentels qui, en fait, surviennent très rarement et contre lesquels des précautions peuvent être prises. Par exemple, s'il y a risque que des gicleurs soient heurtés (par des personnes, des portes d'armoire, des chariots élévateurs, etc.), on peut les installer en position inversée (dressés sur la partie supérieure de la tuyauterie), sur les murs ou encastrés plutôt que dans la position pendante standard. On peut également munir les têtes de gicleur pendantes de grillages de protection.

Le système sous air

Dans un système dit sous air, le réseau de canalisations est rempli en permanence d'air sous pression plutôt que d'eau, laquelle est retenue par une soupape. Lorsqu'une tête de gicleur est déclenchée, l'air sous pression s'échappe de la canalisation, ouvrant ainsi la soupape qui admet dans la tuyauterie l'eau, qui est alors éjectée par le gicleur. Toutefois, les systèmes sous air sont sujets à la corrosion et à l'accumulation de tartre dans les canalisations, causées par la condensation et l'humidité résiduelle après les mises à l'essai requises, ce qui les rend moins fiables que les systèmes sous eau. Tout comme les systèmes à préaction, ils sont plus complexes, plus coûteux et d'un entretien plus difficile, et leur débit est plus lent. Les systèmes sous air sont utilisés essentiellement dans des espaces qui sont exposées au gel, tels que les quais de chargement.

Le système à préaction

Dans un système dit à préaction, l'eau est retenue par une soupape, comme dans le cas du système sous air, mais l'ouverture de cette soupape admettant l'eau dans la tuyauterie requiert le déclenchement d'un système de détection d'incendie local. Le système fonctionne alors comme le système sous eau standard.

De nombreux établissements ont installé des systèmes à préaction plutôt que des systèmes sous eau afin de réduire le risque de dégâts causés par l'eau dans les aires des collections, attribuables à des déclenchements accidentels ou à des fuites des canalisations ou des têtes de gicleur. Or, bien que l'emploi de ce système soit effectivement avantageux dans les aires qui contiennent des collections sensibles à l'eau et d'une grande valeur, il comporte cependant des inconvénients et des problèmes, dont les suivants :

  • Ce type de système prend plus de temps à atteindre sa capacité de débit, ce qui permet au feu de s'étendre dans l'intervalle et de demander le déclenchement d'un plus grand nombre de têtes, qui entraîne donc plus de dégâts d'eau.
  • Le système à préaction étant plus complexe que le système sous eau classique, le risque d'anomalie ou de défectuosité augmente donc en conséquence. Par exemple, un problème au niveau du système de détection d'incendie pourrait nuire au bon fonctionnement du système de gicleurs.
  • Comme dans le cas des gicleurs sous air, puisque les canalisations sont remplies d'air, l'humidité dans celles-ci risque d'entraîner la corrosion et l'accumulation de tartre et de nuire au bon fonctionnement du système.
  • En raison de leur complexité, les systèmes à préaction sont d'une installation et d'un entretien plus coûteux que les systèmes sous eau.

Il existe également des systèmes dits à fonctionnement intermittent (ou marche/arrêt), dont les gicleurs déclenchés se ferment automatiquement lorsque la température ambiante retombe sous une valeur de consigne, et se rouvrent de nouveau si le feu se rallume. Toutefois, ces systèmes sont complexes et coûteux. Dans la plupart des centres urbains, le service d'incendie aura généralement le temps d'arriver sur les lieux avant que la zone touchée n'ait pu refroidir suffisamment pour arrêter le système. C'est donc dire que celui-ci offre peu d'avantages pour la majorité des établissements à valeur patrimoniale.

Quel que soit le type de système de gicleurs retenu, il devrait toujours être conçu par des professionnels ayant de l'expérience, fabriqué par une société renommée, avec des matériaux de haute qualité, installé en conformité avec les exigences de la norme NFPA 13 : Installation of Sprinkler Systems, et mis à l'essai et révisé une (1) fois par année par un personnel compétent, pour fin de maintien en bon état de fonctionnement.

Le système à brouillard d'eau

Un système d'extinction automatique à eau, relativement nouveau, projette de petites quantités d'eau sous haute pression, ce qui donne un brouillard fin. Cette atomisation refroidit et maîtrise efficacement le feu en débitant environ 10 % seulement de la quantité d'eau qui serait fournie par un système de gicleurs classique; il en résulte donc moins de dégâts d'eau potentiels.

En outre, comme l'eau atomisée en brouillard fin ne conduit pas l'électricité de la même façon qu'un jet, on peut l'utiliser sur du matériel électrique sous tension. Dans les cas où la propreté de l'eau débitée est critique, on peut employer des canalisations en acier inoxydable et de l'eau distillée.

Bien que les systèmes à eau atomisée aient été conçus à l'origine principalement pour les applications marines, on les installe de plus en plus dans les musées et les installations d'archivage, ainsi que dans les édifices à valeur patrimoniale. Ces systèmes sont tout particulièrement pratiques pour les bâtiments patrimoniaux qui subissent des travaux de réhabilitation ou de transformation : les canalisations souples et de petit diamètre peuvent être installées dans les endroits d'accès restreint et difficile, là il serait difficile voire impossible d'installer des canalisations de gicleurs traditionnelles sans défaire des éléments de la construction d'origine.

Les systèmes de gicleurs à brouillard d'eau peuvent être raccordés à la plomberie d'une source d'alimentation en eau permanente, ou à une série de réservoirs d'eau se trouvant à proximité. Ce dernier scénario pourrait convenir dans les situations où l'approvisionnement en eau d'extinction n'est pas fiable, ou pour les établissements saisonniers qui ne sont pas chauffés en hiver. Comme l'eau n'est pas maintenue dans les canalisations, les aires du bâtiment qui sont sujettes au gel peuvent toujours être protégées, à condition que l'eau dans les réservoirs soit elle-même maintenue au-dessus du point de congélation.

Même si ce type de système d'extinction est très prometteur pour les établissements à valeur patrimoniale, il s'agit néanmoins d'une technologie nouvelle et, à ce titre, il peut s'avérer difficile de trouver des entrepreneurs qui connaissent bien ces systèmes et ont l'expérience requise pour les installer. Cependant, ce problème devrait de moins en moins se poser à mesure que l'usage de ce système se répandra.

Le système d'extinction automatique à agent gazeux

Depuis l'abandon des gaz Halon, contenant des CFC, pour des raisons environnementales, plusieurs prétendues solutions de rechange au Halon ont été développées, et certains musées mettent en place dans leurs aires de collections des systèmes qui utilisent ces solutions de rechange à la place des systèmes à base d'eau. Toutefois, pour les établissements qui sont dotés actuellement de systèmes au Halon, il n'existe simplement pas de véritable système de remplacement facile, car une nouvelle tuyauterie serait généralement requise.

Contrairement aux têtes de gicleur, qui projettent l'eau indépendamment les unes des autres, les systèmes d'extinction à agent gazeux sont des systèmes à saturation totale : l'agent extincteur est débité simultanément par toutes les buses à l'intérieur de l'espace protégé, jusqu'à obtention de la concentration requise pour une extinction efficace.

Les systèmes à agent extincteur gazeux offrent l'avantage que les collections ne subissent aucun dégât d'eau lors d'un incendie. Toutefois, comme avec d'autres types de systèmes d'extinction, des inconvénients, des restrictions et des problèmes potentiels peuvent découler de l'utilisation de ces systèmes, dont on devrait tenir compte en optant pour ceux-ci. Notamment :

  • Ces systèmes sont essentiellement conçus pour des espaces bien étanches, comme les chambres d'entreposage. Leur efficacité sera compromise si la porte donnant accès à l'aire protégée est maintenue ouverte, s'il existe une ou des ouvertures par lesquelles le gaz peut s'échapper, ou si l'installation de ventilation et les registres coupe-fumée ne se sont pas fermés.
  • Certains systèmes nécessitent une mise à l'air libre afin que le remplacement de l'air de la pièce soit possible.
  • Une fois le gaz projeté et dissipé, l'aire ne se trouve plus protégée tant que le gaz n'a pas été remplacé et le système, réarmé. Par conséquent, il est hautement recommandé de prévoir également un système de gicleurs d'appoint.
  • Les systèmes à agent gazeux coûtent ordinairement plus cher que les systèmes de gicleurs.
  • Les systèmes à agent gazeux sont assez complexes; pour qu'ils soient efficaces, chacun de leurs composants doit fonctionner adéquatement.
  • La conception, l'installation et les interventions d'entretien et de réparation de ces systèmes par un personnel compétent dans des établissements en région éloignée ou dans de petites agglomérations peuvent se révéler incommodes et coûteuses, voire irréalisables.

Vous trouverez ci-après une brève description de plusieurs agents gazeux qui sont employés dans les musées canadiens.

Inergen

L'Inergen est un gaz inerte composé d'azote (52 %), d'argon (40 %) et de dioxyde de carbone (8 %). Bien que ce gaz éteigne le feu par réduction de la concentration d'oxygène en deçà du seuil d'entretien de la combustion, cette concentration d'oxygène demeure suffisante pour permettre de respirer sans danger. Puisqu'il s'agit d'un produit complètement inerte et non résiduel, il ne représente en outre aucun danger pour les collections. La projection de l'agent ne restreint pas non plus la visibilité, ni ne cause de chute marquée de la température comme le font certains autres systèmes.

Comme la projection de l'Inergen se fait sous haute pression, ce système nécessite l'emploi d'une quincaillerie particulièrement robuste qui y résistera. L'Inergen requiert en outre un plus grand nombre de réservoirs d'emmagasinage de l'agent que certains autres systèmes pour protéger une aire de mêmes dimensions, ce qui fait intervenir des considérations liées à l'espace et au poids.

Le coût du matériel requis pour ce système est généralement plus élevé que celui d'autres systèmes; par contre, l'agent extincteur est lui moins coûteux et plus facile à remplacer.

FM 200

Le FM 200 est un hydrocarbure halogéné qui éteint le feu par absorption de chaleur. Bien qu'il n'y ait aucun risque que l'oxygène atteigne ainsi un seuil dangereux pour la respiration, il existe néanmoins des incidences sur la santé humaine en raison des produits chimiques nocifs qui sont dégagés pendant la projection.

Le FM 200 est stocké sous forme liquide et est projeté à l'état gazeux. Comme un système utilisant cet agent requiert un volume de liquide stocké relativement restreint, c'est un choix à considérer dans les cas où un espace de stockage limité est disponible.

Parmi les inconvénients du FM 200, mentionnons un certain potentiel de contribution à l'effet de serre, ainsi que la formation de certains produits de décomposition qui pourraient nuire à des collections. Bien que ce système soit généralement moins coûteux à installer, le coût de l'agent est plus élevé que celui des gaz inertes.

NOVEC 1230

Bien que le système d'extinction par saturation totale écologique (« à agent propre ») à la cétone fluorée NOVEC 1230 soit installé en Europe depuis un certain nombre d'années, il est relativement nouveau en Amérique du Nord et tout spécialement au Canada. Expédié et stocké comme liquide, il se vaporise à la projection et éteint les incendies par absorption de la chaleur. Le NOVEC 1230 possède le temps de résidence dans l'atmosphère le plus court, soit 5 jours (contre 33 ans), de tous les agents extincteurs à base d'hydrocarbure halogéné qui sont offerts actuellement, la meilleure marge d'innocuité pour utilisation dans des espaces occupés et enfin un potentiel d'appauvrissement de la couche d'ozone nul.

Il faut généralement un moins grand nombre de réservoirs d'agent stocké pour protéger le même volume d'espace qu'avec d'autres systèmes à agent gazeux. Par contre, les réservoirs doivent être situés à moins de 20 à 30 m de l'espace à protéger. À l'instar de la plupart des systèmes à agent gazeux, la projection de NOVEC 1230 se produit à haute pression.

Le NOVEC 1230 élimine les dégâts d'eau et les dommages causés par les produits chimiques aux ordinateurs, aux composants électroniques, aux livres, aux œuvres d'art, etc. Lors de démonstrations, des pièces de collection immergées dans cet agent extincteur ont pu en être retirées sèches et intactes.

Le tableau 2 ci-après résume les caractéristiques des trois (3) systèmes à agent gazeux dont nous venons de traiter.

Tableau 2. Résumé des caractéristiques des agents d'extinction gazeux dits écologiques ou « propres ».
SystèmeCommentaires
En général
  • Pas de dégâts causés par l'eau.
  • Conviennent seulement à une utilisation dans des espaces bien étanches.
  • Dans certains cas, un espace considérable est requis pour entreposer les réservoirs.
  • La pression de projection peut se révéler dommageable.
  • Loin des grands centres urbains, l'installation et les interventions d'entretien/de réparation par des personnes compétentes peuvent constituer un problème.
  • Un système de gicleurs d'appoint est recommandé en cas d'extinction incomplète par le système à agent gazeux.
NOVEC 1230
  • Agent à base de fluorocétone.
  • Éteint le feu par absorption de chaleur.
  • Nécessite un moins grand nombre de réservoirs et moins de superficie au sol pour protéger un espace donné.
  • Risque de production de gaz de décomposition lorsque certaines conditions sont réunies.
  • Moins coûteux que certains autres systèmes à agent gazeux.
Inergen
  • Gaz totalement inerte composé d'azote, d'argon et de dioxyde de carbone.
  • Possède la pression de projection la plus élevée et requiert plus d'espace pour l'entreposage des bouteilles de gaz.
FM 200
  • Hydrocarbure halogéné.
  • Éteint le feu par absorption de chaleur.
  • Ce qui se rapproche le plus d'un système de substitution au système à Halon 1301.
  • Nécessite moins de réservoirs de stockage que certains autres systèmes.
  • Produit des gaz de décomposition.

Comme pour tout autre système de protection incendie, consultez un ingénieur de sécurité incendie pour déterminer si un système d'extinction à agent gazeux conviendrait ou non à votre établissement.

Capsules

Capsule 1

Durant la nuit du , le Miner's Museum du Cap–Breton (figure 7), à Glace Bay (Nouvelle-Écosse) a été ravagé par un incendie catastrophique. Le personnel du musée ignore quelle a été la cause de l'incendie, mais il pourrait s'agir d'un article de fumeur oublié pendant un concert en soirée, dans l'auditorium attenant, ou encore d'un acte de vandalisme. (Des débris de cocktails Molotov avaient été trouvés sur les lieux quelques semaines avant l'incendie.) La structure était d'une construction moderne, incombustible et résistant à la propagation de la flamme, et comprenait, outre l'auditorium, un centre d'exposition national pour les expositions itinérantes. On n'y trouvait aucun système d'alarme incendie surveillé ni système d'extinction automatique, et il n'y avait pas non plus de porte coupe-feu à l'entrée du puits de mines de charbon situé sous le musée. D'anciens mineurs servaient de guides aux visiteurs du puits de mines, qui demeurait une attraction très populaire.

Musée avant l'incendie.
Figure 11. Le Miner's Museum, à Glace Bay (Nouvelle-Écosse). Photographie « avant l'incendie », prise .

Le soir de l'incendie, un concert mettant en vedette l'ensemble Men of the Deeps a eu lieu dans l'auditorium. Il était normal à l'époque qu'il soit permis d'y fumer. Environ une heure après le concert, un passant remarqua des flammes s'élançant vers le ciel depuis les fenêtres hautes de la bibliothèque du musée et appela le service des pompiers volontaires local. Les pompiers arrivèrent promptement sur les lieux, et des intervenants supplémentaires furent dépêchés de la ville voisine, Sydney. L'incendie a fait rage pendant trois nuits et deux jours, causant la perte d'environ 70 à 80 % du bâtiment et de ses collections (figure 8). Étant donné que la première priorité des intervenants du service d'incendie était d'empêcher l'incendie de se propager aux filons de charbon par le puits de mines, le reste du musée a donc dû être sacrifié.

Vue extérieure du site de l'incendie.
Figure 12. Le Miner's Museum, à Glace Bay (Nouvelle-Écosse).
Photographie « après », prise trois jours plus tard.

Si le musée avait été doté d'un système de détection de la fumée surveillé, l'incendie aurait peut-être été décelé avant l'embrasement, et un système de gicleurs aurait quant à lui pu maîtriser, voire éteindre complètement, l'incendie même avant l'arrivée sur les lieux du service d'incendie. Les pertes n'auraient été que mineures.

Grâce à l'appui concerté des membres de la communauté, le musée a depuis été reconstruit. Il comporte désormais un système de vidéosurveillance à l'intérieur comme à l'extérieur, un éclairage de sécurité pour l'extérieur, un système d'alarme incendie surveillé, un système de détection de la chaleur et de la fumée, un système de gicleurs sous eau, ainsi que des portes coupe-feu en métal pour protéger l'entrée du puits de mines.

Capsule 2

Une nuit du mois , un incendie criminel éclata dans une salle du rez-de-chaussée du Lieu historique national du domaine Billings, maison patrimoniale faisant fonction de musée, à Ottawa (Ontario) (figure 13). Bien que le musée fût situé en un site visuellement éloigné et en retrait par rapport à la circulation tant piétonnière qu'automobile d'un quartier résidentiel, l'incendie a été décelé rapidement par le système de détection surveillé; ainsi le service d'incendie a été en mesure de réagir rapidement.

Lieu historique national du domaine Billings.
Figure 13. Le Lieu historique national du domaine Billings : Vue extérieure. Les fenêtres condamnées indiquent l'emplacement de l'incendie dans le musée.

Au cours des mois ayant précédé l'incendie, des plans avaient été mis en œuvre en vue d'installer un système de gicleurs. La directrice du musée avait également rencontré le service d'incendie local afin de discuter de ses préoccupations concernant les dégâts causés par l'eau qui pourraient résulter de l'extinction d'un incendie. Cette discussion qui s'est révélée providentielle! Étant donné que l'incendie est survenu en dehors des heures de travail, la sécurité des personnes n'était pas en cause. De même, comme les pompiers sont arrivés sur place alors que l'incendie était encore relativement circonscrit et maîtrisable, ils ont été capables de pénétrer dans la structure armés d'extincteurs à anhydride carbonique pendant que l'on raccordait les tuyaux à la canalisation d'incendie. Une fois les tuyaux raccordés, le brasier a été combattu non pas avec des jets de lance mais avec de l'eau pulvérisée.

Vue intérieure du site de l'incendie.
Figure 14. Lieu historique national du domaine Billings :
Vue intérieure du site de l'incendie. Grâce au système de détection de la fumée surveillé ainsi qu'à l'interventionprompte du service d'incendie, en dehors des heures normales de travail, les dommages importants ont pu être limités à seulement une pièce de cette maison patrimoniale.

Même si, dans tout l'établissement, des dommages assez importants ont été causés par la suie, en plus de certains dommages causés par la chaleur et les flammes dans la pièce où l'incendie a pris naissance (figure 14), la maison comme les collections qu'elle renfermait n'ont subi pratiquement pas de dégâts causés par l'eau. Ce musée a depuis fait installer un système de gicleurs.

Capsule 3

Lors de travaux de rénovation de salles d'exposition permanentes et de construction de nouvelles salles de ce type au Saskatchewan Museum of Natural History (rebaptisé aujourd'hui Royal Saskatchewan Museum), à Regina (Saskatchewan), un feu couvant a pris naissance lorsque la chaleur produite par la polymérisation d'une mousse isolante à deux composants s'est trouvée piégée au contact de matériaux de construction modernes du type résistant au feu, causant ainsi la production et la propagation d'une épaisse fumée. Étant donné que l'on avait recouvert les détecteurs de fumée dans l'aire du projet afin qu'ils ne soient pas contaminés par la poussière pendant les travaux de rénovation, la détection de l'incendie a ainsi été retardée jusqu'au déclenchement d'un détecteur de fumée situé ailleurs dans le musée. De plus, l'arrêt automatique du ventilateur du système de ventilation mécanique du musée a fait défaut, ce qui a permis à la fumée de gagner rapidement tout l'établissement.

Bien que le temps de réponse du service d'incendie ait été court, l'accumulation d'une fumée épaisse et l'absence d'un système d'alarme incendie zoné ont empêché les intervenants de localiser rapidement le foyer de l'incendie, et il en est résulté une épaisse couche de suie qui s'est déposée dans tout l'édifice, y compris les salles d'exposition permanente et les dioramas. Heureusement, avant le début des travaux de rénovation, on avait enlevé et relocalisé la majeure partie des collections du musée dans un entrepôt éloigné.

Selon les statistiques, les travaux de construction et de rénovation sont pour les musées des activités à risques très élevés. Dans ce cas-ci, si les détecteurs de fumée avaient été remis en fonction à la fin de chaque journée de travail, et si un piquet d'incendie avait été mis en place pendant la période des travaux de construction et jusqu'à plusieurs heures après, l'incendie aurait pu être détecté à un stade plus précoce et éteint avant de pouvoir causer quelque dommage majeur que ce soit.

Bibliographie

National Parks Service (NPS). Museum Handbook, Part 1. Museums Collections. Web Edition. Appendix M, « Management of Cellulose Nitrate and Cellulose Ester Films. » (Format PDF, 208 ko) (lien disponible en anglais seulement), .

Lectures essentielles

  • Artim, Nick K. « An Introduction to Fire Detection, Alarm, and Automatic Fire Sprinklers. » Preservation of Library & Archival Materials. Emergency Management Technical Leaflet 2. Andover : Northeast Document Conservation Center, . Feuillet mis à jour le .

  • Institut canadien de conservation. La sécurité-incendie dans les bâtiments historiques. ICC, notes 2/6. Ottawa : Institut canadien de conservation, .

  • Institut canadien de conservation. Incendies dans les musées et pertes. ICC, notes 2/7. Ottawa : Institut canadien de conservation, .

  • Institut canadien de conservation. Systèmes d'extinction automatiques pour les musées. ICC, notes 2/8. Ottawa : Institut canadien de conservation, .

  • National Fire Protection Association (NFPA). NFPA 909 : Code for the Protection of Cultural Resource Properties – Museums, Libraries, and Places of Worship. Quincy, MA : National Fire Protection Association, éd. .

  • NFPA 914 : Code for the Protection of Historic Structures. Quincy, MA : National Fire Protection Association, éd. .

Grâce au Centro Nacional de Conservación y Restauración, situé au Chili, le document Web intitulé « Agents de détérioration » publié par l’Institut canadien de conservation et traduit en espagnol par l’ICCROM, est désormais gratuitement accessible en ligne. Ce document destiné aux conservateurs et aux restaurateurs, identifie les dix principaux agents qui constituent une menace pour les environnements patrimoniaux.

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