Agent de détérioration : Ravageurs

par Tom Strang et Rika Kigawa

Table des matières

Liste des ravageurs

Ravageurs

Les ravageurs Note en fin de texte 1 ; sont des organismes vivants capables d'altérer, d'endommager et de détruire des biens culturels (consulter la figure 1).


Figure 1. Des larves de dermestidés se sont nourries des éléments décoratifs de cette mitaine en cuir naskapie à cause de la grande valeur nutritive du liant utilisé pour les pigments.

En raison de la progression de l'occupation humaine et de l'activité agricole, de nombreux ravageurs se sont adaptés à notre milieu de vie et se sont taillé une place dans nos bâtiments. Ils se sont répandus dans le monde entier et ont proliféré, à la faveur des activités humaines comme les échanges commerciaux et les voyages.

Les microorganismes, les insectes et les rongeurs représentent la majorité des ravageurs qui touchent le patrimoine culturel. Ces trois principaux sous–types de ravageurs constituent des risques importants dans le milieu tempéré nord que connaît le Canada. D'autres ravageurs, comme les oiseaux percheurs, les mollusques (xylophages marins), les lézards, les chauves–souris et d'autres mammifères envahissants, peuvent causer d'importants dommages à certains endroits, mais leur présence n'est pas aussi répandue dans les lieux abritant des collections à l'échelle de la planète.

Il existe 830 075 espèces d'insectes décrites, 100 800 espèces de champignons et 4 496 espèces de mammifères (Lecointre et Le Guyader, ). Bien que les ravageurs ne représentent qu'une fraction de ces espèces, leur énumération exhaustive dépasse le cadre du présent document. On définira donc les « ravageurs » de façon générale, en indiquant leur sous–type et en fournissant quelques exemples courants. Les stratégies de lutte intégrée ne seront cependant pas simplifiées outre mesure.

Organismes non ravageurs

Dans la nature, les organismes entretiennent des relations de dépendance et de compétition. Ainsi, certains organismes dits « bénéfiques » (araignées, scolopendres et guêpes parasites) se nourrissent de ravageurs. Si on regarde de près, on peut constater la présence de ces organismes non ravageurs dans les collections. Comme dans le cas des ravageurs, leur présence peut être indésirable, causant de légers dégâts et indiquant que le milieu abritant une collection n'est pas suffisamment hermétique.

On peut également constater la présence d'organismes non ravageurs et « non bénéfiques » dans des collections (par exemple, les cloportes et les mille–pattes). Ces organismes signalent parfois l'existence d'un problème de ravageurs en raison de leur association à certaines conditions environnementales ou à la présence de brèches dans les bâtiments. On peut juger leur présence indésirable pour les raisons susmentionnées. De plus, ils peuvent servir de proie à certaines espèces de ravageurs. On lutte donc habituellement contre ces organismes, de préférence en empêchant leur intrusion.

Sous–types de ravageurs

On peut catégoriser les ravageurs selon leur classification biologique ou selon les matières auxquelles ils s'attaquent. La première étape essentielle pour déterminer les limites biologiques intrinsèques des ravageurs consiste à les identifier correctement. Ces limites sont ensuite exploitées pour combattre les organismes en question. Il est à noter que les matières attaquées varient à l'intérieur des sous–types. En outre, certaines espèces peuvent avoir des attributs spécialisés leur permettant de tirer parti des moyens de lutte intégrée, ou d'y résister.

Microorganismes

Les espèces de champignons (moisissures) et de bactéries sont nombreuses et très répandues. Les spores de moisissures et de bactéries peuvent être aéroportées ou transportées avec d'autres particules. Ce sont normalement les eaux de crue contaminées qui donnent lieu à l'introduction de bactéries dans les aires de collections, ou encore les eaux stagnantes à l'intérieur des bâtiments. Les hyphes fongiques constituent l'étape destructrice des moisissures : leur activité tache et digère les objets (consulter la figure 2).


Figure 2. Colonies de moisissures au dos d'une oeuvre encadrée. Leur distribution illustre les effets d'un microclimat créé par la variation de distance entre le panneau arrière du cadre et le mur humide où il était accroché. Là où cette distance était grande (partie supérieure), la ventilation par convection a empêché l'humidité d'augmenter au point de permettre la formation de moisissure. Là où la distance était faible (partie inférieure), la ventilation par convection était restreinte; l'humidité a donc pu se communiquer au panneau arrière et favoriser la formation de moisissure.

Pour survivre, les bactéries ont besoin d'eau : l'humidité relative (HR) doit demeurer très élevée, tout comme la teneur en humidité du substrat, ce qui est le cas notamment dans les milieux submergés. À l'exception des bactéries qui produisent des spores (mécanisme de survie qui accroît fortement le caractère pathogène du tétanos, du botulisme, du charbon, etc.), il est possible de restreindre de façon notable la plupart des risques liés aux bactéries en évitant le maintien d'un taux d'humidité élevé ou la saturation. On peut lutter contre de nombreuses espèces de bactéries en maintenant une HR inférieure à 90 %, et stopper toute croissance en maintenant une HR inférieure à 70 %. Dans le cas sur les moisissures ci–après). Parmi les autres facteurs pouvant favoriser le développement de colonies de bactéries, mentionnons la température, la valeur nutritive et le pH du substrat. Certains risques bactériens précis sont associés à la contamination par le sol, par des animaux morts ou infectés, par l'eau stagnante, par des fluides riches en nutriments ou par des eaux usées. Des dangers tels que le charbon, la maladie des légionnaires et le botulisme peuvent alors se déclarer. Le rétablissement de conditions défavorables à la croissance bactérienne ne garantit cependant pas la destruction des bactéries pathogènes ou de leurs toxines : toute personne travaillant avec des matières suspectes doit donc bien se protéger.

Le manque d'eau affecte moins les moisissures que les bactéries. La formation de moisissures est cependant tributaire de l'eau disponible dans le substrat. De nombreuses spores de moisissures ont besoin d'une HR avoisinant la saturation pour commencer à germer, et une présence continue d'humidité pour survivre. Une fois que les hyphes se sont développés, même les moisissures des espèces les plus résistantes ont besoin d'un taux d'humidité relative d'au moins 65 % pour poursuivre leur croissance. Les hyphes végétatifs (sous forme de trames fibreuses et de filaments appelés mycéliums) ont besoin de nutriments et digèrent le substrat. Certains champignons qui s'attaquent aubois peuvent transporter l'eau par de longs faisceaux d'hyphes, ce qui rend leur croissance possible loin d'un milieu humide. Les spores des champignons sont produites au–dessus de la structure végétative (la trame mycélienne) par des organes spécialisés. Ces spores sont aisément diffusées par les courants atmosphériques et par le contact avec des humains et d'autres organismes.

Si l'humidité provient de l'air contenant de la vapeur d'eau, la moisissure peut survivre dans des matériaux riches en nutriments entreposés à une HR supérieure à 65 %. La formation de moisissures s'accélère lorsque l'HR dépasse 75 % et devient intense si elle est supérieure à 85 %. En fin de compte, une immersion dans de l'eau peut freiner la croissance de moisissures, car on réduit ainsi la disponibilité d'oxygène. La déshumidification entrave également la formation de moisissures, car elle limite la quantité d'eau disponible dans le substrat. Dans la documentation sur la science des microorganismes, on décrit normalement l'HR de l'alimentation, on désigne cette condition du point de vue de l'activité de l'eau (consulter le passage limitante comme l'« activité de l'eau », l'HR exprimée sous forme de fraction (par exemple : HR de 75 % = Aw de 0,75). En présence d'un réservoir d'humidité (par exemple, le sol), la teneur en humidité de la matière en contact avec le réservoir (par exemple, un seuil en bois) doit être réduite pour prévenir la pourriture. Lorsqu'on emploie un humidimètre pour déterminer si une matière organique est propice à la formation de moisissures, l'HR limite favorisant une telle croissance (disons 65 %) doit être convertie en teneur en humidité équivalent eau moyen d'une isotherme de sorption correspondant à cette matière.

Les microorganismes digèrent, tachent, affaiblissent, transportent de l'humidité (par exemple, champignons responsables de la pourriture sèche) et attirent des insectes nuisibles en modifiant et en augmentant la valeur nutritive des objets. En plus des effets pathogènes liés aux infections, les bactéries et les champignons présentent des risques pour la santé humaine : des concentrations élevées ou une exposition chronique peuvent causer des allergies ou des problèmes respiratoires graves. On recommande fortement aux travailleurs d'utiliser un équipement de protection individuel en présence de contamination microbienne. Pour en savoir plus, consulter Strang et Dawson (a). Pour connaître les recommandations actuelles concernant les travailleurs en contact avec des collections contaminées par des moisissures, consulter Guild et MacDonald ().

Insectes

Les insectes et autres arthropodes sont les ravageurs les plus nombreux. En raison de leur spécialisation, de leur petite taille, de leur mobilité, de leur capacité sensorielle et de leur fécondité, les insectes nuisibles représentent une menace constante pour les collections (consulter la figure 3).


Figure 3. Des larves d'anobiidés ont dévoré une grande partie du support en bois de cet abattant de table. Elles ont cependant laissé très peu de traces de leur activité sur les surfaces vernies exposées.

Les insectes peuvent avoir des besoins alimentaires très spécifiques. Les risques qu'ils représentent doivent donc être catégorisés selon le type de matière, et non le type d'objet. Les insectes sont normalement présents dans la nature et peuvent se frayer un chemin jusque dans les collections. Ils peuvent également s'introduire dans les collections par l'intermédiaire d'objets infestés qui sont prêtés ou nouvellement acquis, à la façon des insectes nuisibles qui voyagent dans le monde à la faveur des échanges commerciaux et des voyages.

Les insectes n'ont pas tous le même cycle évolutif. Les deux principaux sont les suivants :

  • œuf → larve → pupe → adulte;
  • œuf → nymphe → adulte.

Les stades de larve et de nymphe sont marqués par une alimentation et une croissance plus ou moins constantes. Il en résulte de multiples mues, à mesure que l'insecte devient trop grand pour son tégument(exosquelette). Chez certaines espèces, les adultes ne s'alimentent pas (par exemple, teigne des vêtements), se nourrissent d'autres aliments que les larves (par exemple, dermestidés) ou sont tout aussi voraces que les larves (par exemple, stégobie des pharmacies) Note en fin de texte 2 . La pupaison peut se produire à une certaine distance du substrat nourricier, réduisant ainsi les risques de prédation. Les adultes peuvent aussi se déplacer pour trouver un partenaire (les dermestidés adultes se rencontrent sur des fleurs, où ils se nourrissent de pollen). Chez de nombreuses espèces d'insectes, les phéromones jouent un rôle déterminant dans la rencontre des partenaires (par exemple, teigne des vêtements, coléoptères perceurs du bois). Certains insectes se répandent rapidement dans les collections, tandis que d'autres demeurent généralement à un même endroit et infestent les mêmes matières pendant plusieurs générations. Les risques de propagation sont toutefois toujours présents.

Dans leur quête de nourriture et d'abri, les insectes, et moins fréquemment les autres arthropodes, peuvent causer des dommages allant d'une contamination accessoire à la destruction complète de matières organiques. Certains insectes forent également des galeries dans les mousses plastiques souples et les matières composées de minéraux pour y pondre leurs œufs ou s'y transformer en nymphes. D'autres insectes transmettent des maladies aux humains. La présence d'agents pathogènes d'origine alimentaire, de fragments d'insectes et de matières fécales dans les collections peut provoquer des réactions allergiques chez les humains. Par conséquent, lorsqu'on travaille avec des matériaux moisis, il faut prendre des précautions semblables à celles que l'on prend pour la manipulation d'objets contaminés par des insectes.

Rongeurs

Les rongeurs sont les mammifères nuisibles les plus répandus dans les domaines agricole et commercial. On les trouve habituellement à proximité des agglomérations urbaines et rurales. L'Alberta fait cependant exception à la règle : son programme de dératisation, entrepris il y a longtemps à l'échelle de la province, a été très efficace. Les rats et les souris sont d'excellents grimpeurs, fouisseurs, nageurs et rongeurs. Ils sont aussi très féconds. Comme ces animaux sont attirés par la nourriture et les déchets humains, on doit souvent lutter contre eux dans les bâtiments abritant des collections. Le rayon de leur domaine vital fait habituellement entre 20 et 60 mètres, parfois plus.

Les souris occupent habituellement un territoire d'un rayon de vingt mètres, voire même un territoire plus petit à l'intérieur d'un bâtiment, mais il arrive aussi que ce territoire s'étende jusqu'à deux kilomètres. En raison de leur rythme de reproduction rapide, elles doivent se disperser à la recherche de ressources (nourriture, eau et matières pour la construction du nid), qu'elles peuvent aisément trouver dans les salles abritant des collections. Les rats forment aussi des colonies. Ils vivent à l'extérieur dans des réseaux structurés de terriers ou nichent dans les bâtiments. Comme l'activité des rongeurs nuisibles est fortement liée à la disponibilité de la nourriture, les mesures de lutte visent souvent à rendre les ressources alimentaires inaccessibles.

Les rongeurs doivent constamment ronger des matières non comestibles pour user et aiguiser leurs dents, qui croissent continuellement. Ils cachent de la nourriture en vue d'une consommation ultérieure, urinent pour marquer leurs pistes et laissent des matières fécales derrière eux lors de leurs explorations. Ils laissent aussi des traces graisseuses le long de leurs pistes, causent des dégâts en récoltant des matières pour construire leurs nids et s'aménagent des refuges dans des lieux abrités (consulter la figure 4).


Figure 4. Les rats ont laissé des traces graisseuses caractéristiques sur les murs où ils se frottent constamment lors de leurs déplacements dans leur domaine vital. Photo : Department of Integrated Pest Management – University of Aarhus. (Département de lutte intégrée – Université d'Aarhus).

Les cadavres, les poils et les matières fécales de rongeurs attirent les insectes se nourrissant de kératine et de protéines, qui peuvent à leur tour se répandre dans les collections. Comme les déchets de rongeurs peuvent être la source d'un certain nombre de maladies humaines; le port d'appareils de protection respiratoire et de vêtements de protection est recommandé lorsqu'on doit nettoyer des matières contaminées par des rongeurs.

Oiseaux et chauves–souris

Plusieurs espèces d'oiseaux se perchent ou nichent sur les bâtiments. Leurs nids et leurs déjections souillent et dégradent les structures. Ces souillures attirent les insectes se nourrissant de kératine et de protéines. Les nids abritent également des parasites. L'exposition aux poussières de source aviaire (provenant des déjections, des plumes et du matériel de construction des nids) peut favoriser le développement de zoonoses virales et bactériennes (par exemple, la chlamydiose chez les pigeons et la volaille)et causer des réactions allergiques chroniques. Ces raisons, auxquelles s'ajoutent les inconvénients associés aux déjections d'oiseaux dans les lieux publics, justifient que l'on veuille chasser ces animaux (il s'agit la plupart du temps de bandes de pigeons). L'inhalation des poussières provenant des accumulations de déjections d'oiseaux (par exemple, dans les combles) peut présenter des risques microbiens pour la santé humaine (par exemple, l'histoplasmose et la cryptococcose). Une protection respiratoire complète, des vêtements de protection et l'application subséquente de mesures d'assainissement sont donc de mise lorsqu'on doit pénétrer dans des lieux ainsi contaminés ou éliminer de tels déchets (Strang, b). Plusieurs méthodes de prévention peuvent empêcher les oiseaux de se percher dans des endroits vulnérables (consulter la figure 5).


Figure 5. La bande hérisson installée sur cet édifice à valeur patrimoniale protège les gens et la structure contre les.

Les chauves–souris trouvent refuge dans les combles et les cavités des murs accessibles de l'extérieur. Elles peuvent entrer par des ouvertures mesurant plus de 5 mm. Leurs déjections peuvent poser des risques similaires à ceux engendrés par les déjections des oiseaux, et doivent être éliminées de manière tout aussi sécuritaire. Pour obtenir des conseils élémentaires sur l'exclusion des oiseaux et des chauves–souris, consulter Strang (b); pour des conseils sur la sécurité personnelle, consulter Guild et MacDonald (.)

Vulnérabilité des collections aux infestations de ravageurs

Attraits pour les ravageurs

Un objet culturel peut répondre à un besoin qu'un ravageur chercherait normalement à satisfaire (nourriture, eau ou matériel pour le nid) dans son environnement naturel.

Les traces laissées par les infestations peuvent aller des amas de soie aux matières fécales desséchées, en passant par les taches d'urine et les nids d'oiseaux, de guêpes maçonnes et de guêpes à papier. Ces effets superficiels peuvent endommager de façon permanente le fini délicat de certains objets, ou favoriser les attaques microbiennes.

Les dépôts et les sels en surface attirent les ravageurs et les aident à satisfaire leurs besoins d'alimentation ou de grignotage. Les ravageurs se nourrissent de ces matières, et non des objets eux–mêmes. La conception de certains objets peut les rendre encore plus attrayants pour les ravageurs en facilitant leur accès (par exemple, bois de bout dont la surface grossière, exposée, permet aux insectes perceurs du bois de pondre leurs œufs) et en leur procurant un abri. Les résidus en surface peuvent aussi rehausser l'attrait que suscitent les objets. Peu importe les facteurs en cause, c'est la capacité des insectes à reconnaître les matières et à les exploiter qui favorise les dommages.

Dans le présent document, on précise le degré de vulnérabilité des matières et les risques liés aux ravageurs pour certaines catégories d'objets représentatifs (consulter Matières, objets et principaux insectes nuisibles, qui porte sur des types de matières courants dans les collections).

Vulnérabilité aux moisissures

Lorsque les conditions propices sont réunies – degré d'humidité élevé et dispersion des nutriments –, toutes les surfaces organiques et inorganiques peuvent être colonisées par des moisissures. Les matières cellulosiques (par exemple, du papier) et protéiniques (par exemple, du parchemin) humides sont les plus touchées, car elles sont entièrement digestibles et relativement tendres. De plus, leurs cellules poreuses – là où se produit la contamination microbienne (par exemple, hyphes fongiques invasifs, spores minuscules à forte pigmentation) – peuvent être difficiles à nettoyer. Comme les objets en papier et en parchemin recèlent souvent beaucoup d'information (texte, illustrations, etc.), l'effet obscurcissant de l'action microbienne peut entraîner de graves altérations. Les moisissures peuvent aussi se former sur des surfaces inorganiques en présence de nutriments et d'humidité. Il faut une formation et du matériel spécialisés pour pouvoir identifier les microorganismes et déterminer les risques qu'ils représentent pour les gens et les objets. Savoir distinguer les moisissures superficielles des poussières et autres souillures peut également être utile et contribuer à orienter les décisions en matière de conservation préventive.

Vulnérabilité aux insectes

Compte tenu de la spécialisation dont les insectes font preuve dans leurs comportements alimentaire, reproducteur et fouisseur, la vulnérabilité des collections varie considérablement d'une espèce à l'autre. Certains insectes sont toutefois des généralistes et peuvent infester des catégories de matériaux apparentées.
Les insectes ont des habitudes d'alimentation spécialisées en raison des adaptations évolutives particulières de leurs pièces buccales, de leur appareil digestif et de leurs symbiotes (microorganismes vivant dans le tube digestif des insectes, qui convertissent la cellulose en sucres assimilables). Ainsi, divers insectes sont attirés par les grains secs et le papier contrecollé avec de la colle d'amidon. Bien que ces deux éléments contiennent une bonne part d'amidon, les charançons sont plus enclins à attaquer les grains secs, tandis que les lépismes sont davantage attirés par le papier contrecollé à base d'amidon. Les préférences s'expliquent par la structure différente des pièces buccales de ces insectes. Les objets souillés sont plus susceptibles d'être attaqués, surtout s'ils sont faits de soie ou de coton. Les insectes ne se nourrissent habituellement pas de ces tissus, à moins que des matières nutritives n'y soient ajoutées.

Au Matières, objets et principaux insectes nuisibles, on énumère les matières vulnérables ainsi que les insectes nuisibles qui risquent de s'y attaquer. Au Principaux insectes nuisibles et signes de leur présence, on décrit les insectes du Matières, objets et principaux insectes nuisibles.


Anobium punctatum
(anobie ponctué), adulte.

Stegobium paniceum
(stégobie des pharmacies), adulte.

Anthrenus scrophularia
(anthrène des tapis), adulte.

Anthrenus scrophularia,
dépouille larvaire

Attagenus spp.,
dépouille larvaire.

Tineola bisselliella (teigne des
vêtements), étapes et excréments.

Tinea pellionella
(teigne porte–case), étapes.

Lepisma saccharina
(lépisme).

Blatella germanica
(blatte germanique).

Camponotus spp.
(fourmi charpentière) et ses galeries.

Liposcelis spp.
(psoque ou pou des livres).

Souris piégée au moment
d'endommager l'isolant du grenier.

Un nid de guêpe maçonne défigure cette sculpture.

Des larves de teignes des vêtements ont rongé cette broderie en piquants de porc–épic.

Les larves de dermestidés se nourrissent de corps d'insectes piégés avant de s'en aller.

Cet anobiidé adulte n'a pas réussi à se détacher de la sculpture peinte.

Dommages à des textiles que causent les teignes des vêtements.

Des lépismes ont rongé et perforé cette enveloppe.

Vulnérabilité aux rongeurs

Les rongeurs endommagent tout ce qu'ils peuvent grignoter ou utiliser pour construire leur nid, y compris l'isolant en fibre de verre. Ils peuvent transporter des substances nocives dans leur gueule sans risque de les avaler. Toute matière se trouvant sur le chemin des rongeurs en quête de nourriture est immanquablement souillée par leur urine et leurs boulettes fécales. Tout objet de collection contenant de l'amidon, des protéines ou des lipides (aliments de prédilection des rongeurs) peut être consommé, endommagé, souillé ou déplacé. En plus de se constituer des garde–manger, les rongeurs utilisent des aires communes de défécation, pratique qui peut entraîner encore plus de dommages lorsque l'endroit choisi se trouve à l'intérieur d'un objet ou à sa surface. Au Principaux rongeurs nuisibles, on présente une liste des principaux rongeurs nuisibles.

Vulnérabilité aux oiseaux et aux chauves–souris

Cette catégorie de ravageurs est plus dommageable pour les structures à valeur patrimoniale que pour les objets de collection. Si les activités de nidification ne sont pas limitées, elles amènent divers problèmes – souillures, insectes nuisibles, cadavres et odeurs – qui constituent un désagrément, ou encore présentent carrément des risques pour la santé.

Seulement 3 des 19 espèces de chauves–souris répertoriées au Canada cherchent habituellement refuge dans des bâtiments : la petite chauve–souris brune, la grande chauve–souris brune et la chauve­souris de Yuma (Strang et Dawson, b). De même, seules quelques espèces d'oiseaux peuvent occasionner des problèmes importants : le pigeon biset, le moineau domestique, l'étourneau sansonnet et certaines espèces d'hirondelles (Strang et Dawson, b).

Mesures de lutte

Il est possible de contrer les effets nuisibles des ravageurs. Il suffit de prendre sans délai des mesures simples et efficaces d'entretien et d'assainissement pour empêcher les ravageurs d'entrer dans les espaces abritant des collections et de s'y répandre. Les programmes de dépistage systématique permettent de déceler les problèmes sans tarder et d'appliquer des mesures d'intervention adaptées dans le but de limiter les dégâts et d'éliminer les organismes nuisibles.

Des mesures particulières de prévention des dommages peuvent souvent être prises pour lutter contre de nombreux types de ravageurs. Dans les tableaux qui suivent, un code désigne les sous–types de ravageurs concernés en fonction des situations courantes et des mesures préventives décrites. Ce code utilise les symboles suivants :

  • microorganismes
  • insectes
  • rongeurs
  • oiseaux et chauves–souris

Éviter

Éviter ou éliminer les substances qui attirent les ravageurs – ou en atténuer les effets – afin de les priver de tout soutien essentiel au maintien de la vie. Les objets de collection sont souvent faits de matières susceptibles d'attirer les ravageurs. L'objectif de la lutte intégrée est de s'assurer que les réserves et les lieux d'exposition ne favorisent pas la présence de ravageurs (consulter la figure 6). Au Mesures à prendre pour éviter les problèmes de ravageurs, on fournit des précisions à ce sujet.


Figure 6. Dans cette petite réserve, encombrée et mal aménagée, on peut difficilement assurer la lutte intégrée ou effectuer toute autre tâche.

Empêcher

Isoler les objets de valeur des ravageurs en utilisant des matériaux résistant aux organismes nuisibles, et des méthodes visant à retarder ou à empêcher l'accès à ces objets. Utiliser le bâtiment comme principale barrière de protection. Tenter d'établir des couches de protection supplémentaires en mettant à profit la conception architecturale, qui comporte des barrières à l'accès des ravageurs, facilite les inspections et l'application de mesures correctives (consulter Imholte, ), et prévoit des armoires hermétiques pour des spécimens. Pour empêcher la pénétration de ravageurs, examiner soigneusement les joints d'étanchéité et les raccordements des bâtiments et en assurer régulièrement l'entretien (consulter la figure 7). La liste des mesures permettant d'empêcher l'accès aux ravageurs est présentée au Mesures visant à empêcher l'intrusion de ravageurs.

Un coupe-froid de qualité sur une porte extérieure.
Figure 7. L'installation d'un coupe–froid de qualité sur une porte extérieure contribue grandement à empêcher les ravageurs de pénétrer à l'intérieur, même lorsque les insectes et les araignées sont très actifs près des sources d'éclairage nocturne. La présence de résidus près de la porte indique qu'un nettoyage en profondeur est nécessaire.

Détecter

La détection des ravageurs repose sur le principe suivant : « plus l'avertissement est précoce, plus le traitement est simplifié ». Faciliter les méthodes de détection dans les réserves et les lieux d'exposition en prévoyant un moyen d'accès pour le personnel et en évitant de créer des cavités invisibles. Ces considérations sont également importantes dans une perspective d'assainissement.

L'utilisation de pièges et l'inspection directe sont des moyens efficaces de déceler les problèmes de ravageurs (consulter la figure 8). Encourager le plus grand nombre possible d'employés à rechercher régulièrement des ravageurs en leur offrant des séances d'information élémentaires sur la lutte intégrée et en mettant en place un système convivial pour le signalement des problèmes de ravageurs. Au Détection des ravageurs, on présente une liste de méthodes de détection des ravageurs.


Figure 8. Ce piège à insectes adhésif s'insère à la jonction du mur et du plancher et permet d'intercepter les insectes en mouvement. En inspectant et en remplaçant régulièrement de tels pièges, on peut identifier les ravageurs qui se trouvent dans le bâtiment et déterminer ceux qui risquent d'endommager les collections.

Voici les principaux endroits que l'on doit surveiller :

  1. les réserves
  2. les vitrines d'exposition (en dessous et à l'intérieur)
  3. les aires de restauration
  4. les locaux techniques
  5. les sous–sols
  6. les entrées
  7. les foyers

En cas d'infestation, surveiller également d'autres endroits. Pour en savoir plus sur les programmes de détection, consulter Strang (, b) et Pinniger (). Consulter également la bibliographie, qui présente des guides d'identification, visant à faciliter l'acquisition de connaissances à l'interne.

Pour faciliter la détection de ravageurs, réunir le matériel décrit au Trousse de détection des ravageurs et le placer dans une trousse pratique.

Au Tenue de dossiers à l'appui des activités de lutte intégrée, on énumère les données élémentaires requises pour établir des dossiers efficaces sur le piégeage et l'inspection visuelle. La tenue de bons dossiers permanents touchant l'activité des organismes nuisibles permet de déceler les problèmes récurrents et d'en assurer le suivi, ou de prouver que l'application de mesures correctives a bel et bien réglé les problèmes de ravageurs. On peut consigner séparément les données sur le piégeage et les inspections visuelles, pourvu que ces données puissent être utilisées de façon coordonnée pour faire connaître les résultats. Les dossiers sur papier peuvent suffire, mais les fichiers électroniques permettent d'utiliser des logiciels graphiques et de présentation qui facilitent le traitement des données et l'analyse des résultats.

Intervenir

L'élimination des ravageurs dans les structures, les objets et le matériel d'appoint nécessite une planification rigoureuse et l'application de mesures appropriées (consulter la figure 9). Il convient avant tout d'utiliser des méthodes efficaces, respectueuses de l'environnement et peu coûteuses. Au Méthodes d'intervention visant à éliminer les ravageurs, on présente une liste d'interventions en fonction du sous-type de ravageur ciblé.

Les congélateurs horizontaux et les congélateurs-chambres.
Figure 9. On peut utiliser des congélateurs horizontaux ou des congélateurs-chambres pour désinfecter la plupart des collections. D'autres systèmes peuvent aussi être utilisés à petite ou à grande échelle, selon la situation. Photo : R. Kigawa.

Au Comparaison de différentes méthodes de traitement, on présente des avantages et des inconvénients de différentes méthodes de traitement afin d'aider le personnel à choisir la méthode qui correspond le mieux à leur installation.

Récupérer

La lutte intégrée doit être effectuée par un coordonnateur ayant la responsabilité et les ressources voulues pour améliorer les pratiques de gestion des ravageurs au sein de l'établissement (consulter la figure 10). L'absence de coordination et de continuité ne fait qu'aggraver les problèmes de ravageurs. Au Mesures favorisant la récupération après une infestation, on présente des situations qui surviennent fréquemment à la suite d'une infestation, ainsi que des mesures de récupération applicables.

Le personnel de musée.
Figure 10. Le personnel de musée peut incorporer des éléments de la lutte intégrée à ses activités quotidiennes ou accorder une attention particulière à la lutte intégrée au moment où surviennent des incidents importants. L'ajout de principes de lutte intégrée aux activités constitue un équilibre entre des préoccupations excessives d'une part, et l'obligation d'intervenir rapidement en pleine infestation, d'autre part.

Stratégies de lutte

Les diverses stratégies présentées Mesures de lutte élémentaires – risques élevés habituels, Mesures de lutte intermédiaires – risques élevés et moyens habituels, Mesures de lutte avancées – tous les risques perçus visant à atténuer les dommages que provoquent les principaux sous-types de ravageurs – touchent différents aspects : lieux, bâtiments, niveaux installations et méthodes. Elles mettent l'accent sur des éléments clés dans le contexte canadien. Pour obtenir des conseils sur la conception d'un programme de lutte intégrée, consulter Pinniger (), ainsi que Strang et Kigawa (). Cette dernière source a été adaptée et intégrée au présent document sous forme de guide de lutte intégrée, en fonction des niveaux de contrôle allant de 0 à 6.

Étude de cas 1 : Rongeurs vivant dans une galerie d'art d'une grande ville

Souris infestant la cuisine de la « salle du donateur » d'une galerie d'art, située à quelques centaines de mètres de toute réserve, près des salles de sculptures et de l'atrium principal, où se tiennent les événements pendant lesquels on sert de la nourriture (consulter la figure 11).


Figure 11. Les cuisines constituent un attrait pour les rongeurs, qui peuvent à partir des registres mensuels y entrer par une saignée mal obstruée ou en se glissant sous les portes. La plupart du spécialiste de la lutte intégrée des problèmes de rongeurs sont associés aux denrées alimentaires dans les de l'établissement indique un bâtiments. À droite, on peut voir des excréments de souris dans une nombre constant de rongeurs armoire. Le trou d'accès a été mal bouché avec du papier froissé.

Dangers :

  • Tout contact avec des agents pathogènes liés aux excréments de rongeurs peut rendre un donateur malade.
  • Risque raisonnable de nidification des souris dans des articles de tissu entreposés (par exemple, costumes utilisés dans le cadre d'activités d'interprétation, objets d'art textile, rembourrage) si la colonie s'établit.

Voies d'accès des souris :

  • Trous de plus de 5 mm dans la structure du bâtiment, causés par des projets de construction nécessitant l'ouverture de murs extérieurs.
  • Déchets à l'air libre dans un parc adjacent, servant d'alimentation aux souris, qui sont alors attirées dans le bâtiment.
  • Joints mal scellés du réseau d'égout municipal ou des tuyaux de vapeur, espaces sous les portes de secours et les portes du quai de chargement.

Mesures de lutte à court terme

Retrait des denrées alimentaires non emballées de l'armoire, et entreposage dans des récipients hermétiques. Élimination des déchets dans des récipients fermés. Lancement de la collecte quotidienne des déchets. Découverte du trou d'accès des souris, et fermeture d'un passage ouvert dans le mur, le long du tuyau de vidange de l'évier. Installation de pièges à ressort dans la cuisine et les pièces voisines – reliées par la saignée – pour tuer les souris.

Mesures de lutte à long terme

Une représentation graphiqueà partir des registres mensuels du spécialiste de la lutte intégrée de l'établissement indique un nombre constant de rongeurs

Étude de cas 2 : Apparition de moisissures dans un musée en milieu rural

Les employés d'un musée saisonnier en milieu rural, situé dans une ancienne école communautaire, ont découvert de la moisissure sur de nombreux objets et à la surface de murs au moment où ils préparaient l'ouverture printanière du musée (consulter la figure 12). En raison d'une menace constante de vandalisme, ils avaient dû barricader les fenêtresà guillotine et les portes extérieures avec des planches, lors de la fermeture l'automne précédent. Ce faisant, ils ont involontairement modifié la ventilation de l'édifice en limitant le taux d'échange d'air. Au printemps, le temps humide a grandement augmenté l'humidité ambiante intérieure, franchissant l'enveloppe poreuse du bâtiment et rovenant du plancher de dalles sur terre-plein construit sur l'emplacement d'une ancienne scierie. Cet établissement avait laissé une grande quantité de résidus de sciage dans le sol. Pendant l'hiver, on a réduit le chauffage au minimum dans la zone centrale afin de prévenir le gel des tuyaux, laissant ainsi les anciennes salles de classe sans chauffage. Dans lesédifices partiellement chauffés, les moisissures se propagent à partir des zones chauffées pour s'accumuler dans les zones fraîches. Cette situation, combinée à une forte humidité interne et à des températures diurnes plus élevées au cours des mois précédant l'ouverture du musée, a favorisé la germination de spores de moisissures sur les objets.


Figure 12. Les moisissures ont souvent l'apparence de taches blanchâtres, mais elles peuvent également être colorées. Sur la photo, les moisissures croissent grâce à la valeur nutritive des huiles sur les boutons de cuir.

Mesures de lutte à court terme

L'ouverture d'une porte dans le corridor central menant à un grenier bien ventilé a permis d'améliorer la ventilation dans le bâtiment et d'éliminer l'excès d'humidité. Le choix de réduire la compartimentation et d'ouvrir toutes les portes intérieures pour permettre la ventilation par le grenier a augmenté temporairement le risque de propagation d'incendie.

Mesures de lutte à long terme

Installer des grilles métalliques dans les fenêtres pour assurer la sécurité pendant la période de fermeture (au lieu du revêtement en contreplaqué utilisé auparavant). Faire l'achat de déshumidificateurs et les utiliser lorsque le musée est fermé (coût de l'achat et du fonctionnement de l'équipement). Pour permettre un fonctionnement sans surveillance, il faut raccorder les déshumidificateurs portatifs à un tuyau d'évacuation, au moyen d'un simple boyau souple. La capacité des déshumidificateursdoit correspondre au volume du bâtiment (Strang et Dawson, a). Les déshumidificateurs fonctionnent moins souvent en hiver (leur rendement est diminué par les basses températures), mais sont entièrement suffisants pendant la saison critique du printemps. Ouvrir l'édifice plus tôt au printemps pour assurer une bonne ventilation et une détection précoce des problèmes (augmentation des heures de travail du personnel sur les lieux). Nettoyer également les objets selon les recommandations d'un restaurateur, et nettoyer les surfaces dures à l'aide de détergents biocides.

Étude de cas 3 : Infestation d'insectes dans une collection d'uniformes donnée à un musée municipal

On a trouvé des teignes dans une collection nouvellement acquise d'uniformes, composée de centaines d'articles (consulter la figure 13). Le musée municipal n'a ni les ressources financières ni l'infrastructure permanente pour effectuer un traitement. Il choisirait l'aliénation de la collection plutôt que de risquer la propagation de l'infestation en intégrant ces pièces à la collection sans les traiter.

Les teignes porte-case.
Figure 13. Les teignes porte-case peuvent être difficiles à voir, car leur fourreau est fait du matériel qu'elles mangent.

Mesures à court terme

Mise en quarantaine de la collection en plaçant les pièces dans des sacs à poubelle en polyéthylène, des sacs à feuilles, ou des contenants étanches comparables. Identification précise des sacs avec les avertissements suivants : « ARTICLES EN QUARANTAINE (INSECTES) – NE PAS JETER» ou « ARTICLES INFESTÉS DE TEIGNES – NE PAS OUVRIR ». De plus, inscription sur les sacs du nom de la personne responsable, de ses coordonnés et de la date d'ensachage. Ces mesures ont permis de contenir le danger en attendant le traitement.

Mesures à long terme

Recours à des conditions hivernales pour traiter toute la collection au froid en la plaçant sur le toit du musée, mettant à profit la superstructure de la gaine d'ascenseur, qui procurait un espace ombragé orienté au nord. Placement des articles en quarantaine dans des sacs sur des palettes couvertes d'une bâche afin d'éliminer la possibilité d'un contact avec le toit, ce qui aurait pu réchauffer les articles. Enveloppés dans une autre bâche pour les protéger contre les vents forts, les articles ont été exposés à des températures basses (température prévue : moins de −20 °C toute la journée pendant plusieurs jours). La collection aété exposée le plus longtemps possible; l'élimination des teignes porte-case exige un traitement d'au moins trois jours, mais un délai d'une semaine est préférable. Les articles ont ensuite été ramenésà l'intérieur, réchauffés durant la nuit et examinés pour y déceler des insectes vivants. Ils ontégalement été nettoyés avant d'être ajoutésà la collection du musée.

Comme autre solution possible, on peut traiter individuellement les articles infestés en les plaçant dans des congélateurs domestiques, tout en conservant les autres articles en quarantaine dans des sacs, afin de prévenir la propagation du ravageur. Il est parfois possible d'utiliser gratuitement de l'espace dans un congélateur commercial ou de louer un camion frigorifique. Une intervention de la sorte peut correspondre aux mesures prises dans le cadre d'un plan d'urgence. Il serait donc avantageux de prévoir de tels services au préalable.

Étude de cas 4 : Insectes perceurs du bois dans un musée agricole en milieu rural

Les collections de machinerie et d'outils agricoles en bois d'un musée agricole en milieu rural ont été sévèrement touchées par une grave infestation de lyctidés. Une entreprise locale de lutte intégrée demandait 300 $ pour évaluer le problème – montant dont ne disposait pas le musée.

Mesures à court terme

À la suite d'une consultation avec l'Institut canadien de conservation (ICC), le conseiller provincial en matière de conservation a supervisé la construction, par des professionnels bénévoles, d'une chambre de désinfestation thermique sécuritaire et efficace (consulter la figure 14). Le matériel et l'équipement de chauffage de l'air reçus en don ont été assemblés sur les lieux. Le personnel a traité plusieurs chargements d'objets de diverses tailles, en raison d'un traitement d'une durée de sept heures par jour, et ce, sous surveillance constante. En raison de la quantité importante de matériaux produisant un effet auto-tampon, l'équilibre hydrique est resté constant dans la chambre fermée hermétiquement (Strang, ).


Figure 14. Des objets placés dans une caisse en contreplaqué isolée qui a été chauffée à l'air et gardée à une température entre 55 à 60 °C, jusqu'à ce que les articles les plus épais aient été assez chauffés. Ce traitement a permis de tuer tous les insectes.

Mesures à long terme

Comme les lyctidés sont présents dans la région et sont associés au bois mort, il faut consigner toute activité ultérieure d'insectes dès qu'on la découvre, et les articles touchés doivent faire l'objet d'un traitement à basse température, ou encore d'un traitement thermique localisé. Il faut également effectuer périodiquement un nettoyage minutieux du musée et des objets pour déceler toute présence d'insectes. En outre, il est nécessaire de faire une inspection de la structure du bâtiment pour veiller à ce que les éléments en bois dur ne soient pas touchés par des insectes nuisibles.

Guides de mise en application

Les guides suivants visent à aider les établissementsà concevoir un premier programme de lutte intégrée. Ils ont été conçus pour permettre leur adaptationà une grande variété de situations. Il existe également des guides de procédures visant l'éradication de ravageurs particuliers, indiquant comment suivre simplement et correctement les diverses étapes.

Conception d'un programme de lutte intégrée

Dans cette section, on décrit un programme de lutte intégrée élémentaire. Chaque tableau présente une situation reconnaissable, accompagnée de recommandations en matière de lutte intégrée. On peut utiliser les tableaux pour évaluer rapidement l'état actuel et pour prendre note des éléments à inclure dans le plan de lutte intégrée destiné à une collection.

Niveaux 0 à 6. Effectuer une évaluation de lutte intégrée afin d'établir un plan d'action

Photocopier les tableaux pour pouvoir les annoter. Déterminer le niveau qui correspond le mieux à votre situation, d'après l'en-tête du tableau. Lire ensuite les titres de la colonne de gauche (« Site », « Bâtiment », « Équipement et matériel » et « Mesures ») pour voir si les descriptions s'appliquent à peu près à votre situation. À l'aide d'un surligneur, faire ressortir les caractéristiques s'appliquant à votre situation (colonne de gauche). Si les termes du tableau correspondant à votre situation (niveau) ne sont pas applicables, chercher dans les tableaux adjacents des termes plus appropriés et les surligner. Les mesures indiquées dans la colonne de droite (« plan B »), à côté des éléments que vous avez surlignés, sont des interventions ou des modifications raisonnables qui aideront à assurer un degré de protection plus élevé.

Le transfert de la collection de son niveau actuel vers un niveau plus élevé peut constituer une solution aux problèmes de ravageurs. Il s'agit souvent du « plan A » idéal pour un établissement, parce qu'il permet de régler de nombreux problèmes concernant notamment l'entretien des collections et les expositions. Dans un « plan A », on trouve différents degrés d'intervention. À titre d'exemple, la rénovation d'un édifice pour obtenir de nouveaux espaces de réserve ou des espaces supplémentaires représente une proposition bien plus coûteuse que de simplement changer de place des chariots de bois, en les déplaçant d'un endroit à découvert pour les abriter sous un appentis déjà existant. Les deux mesures peuvent améliorer la préservation à long terme contre les mécanismes biologiques et autres détériorations mais, dans les deux cas, les pièces demeurent vulnérables à certains égards.

On a établi la colonne du plan B pour indiquer la façon de lutter contre les ravageurs dans une situation donnée, si on ne peut pas envisager une solution du plan A dans l'immédiat ou si sa mise en vigueur est impossible. En utilisant les suggestions mentionnées au plan B, déterminer si, dans votre établissement, on effectue les interventions décrites ou si les modifications proposées y existent déjà. Selon leur conception, les colonnes du plan B proposent des mesures correctives où elles seraient les plus efficaces et n'entraîneraient pas d'efforts inutiles.

Pour illustrer ce qui peut découler d'une situation non réglée et les changements possibles que peut entraîner un programme de lutte intégrée ou des traitements de lutte intégrée, on donne en exemple le pronostic et la détérioration prévisible.

Pour une description complète de la démarche et de la justification à l'origine de ces tableaux, consulter Strang et Kigawa ().

Niveau 0 — Milieu extérieur, librement accessible aux agents nocifs

Ce niveau représente une situation où aucune mesure de préservation n'est appliquée. Servant de niveau de référence, il permet d'évaluer l'efficacité des aménagements effectués pour combattre les ravageurs. Le plan B présente les premières mesures à prendre pour réduire les incidences de ravageurs dans cette situation.

Milieu extérieur, librement accessible aux agents nocifs.


Niveau 0 : un mât totémique à l'extérieur.

Niveau 1 — Protection assurée uniquement par un toit ou une bâche

Un élément architectural, un revêtement ou une partie de l'objet lui-même procure un abri élémentaire contre la pluie et les rayons du soleil frappant à la verticale. Dans votre plan d'action, inclure les mesures pertinentes du plan B associé au niveau 0.

Protection assurée uniquement par un toit ou une bâche.


Niveau 1 : une machine agricole couverte d'une bâche.

Niveau 2 — Toit, murs, et portes mal assujetties

Ce niveau offre une meilleure protection contre les éléments. Le contenu peut être exposé à la précipitation poussée par le vent, aux rayons obliques du soleil, aux vents extrêmes, aux particules de sol soufflées par le vent, à la neige, aux spores et aux graines. Dans votre plan d'action, inclure les mesures pertinentes des niveaux précédents.

Toit, murs, et portes mal assujetties.


Niveau 2 : une remise construite sur du gravier.

Niveau 3 — Habitation élémentaire

Habitation humaine offrant une protection raisonnable contre les effets du climat et une régulation approximative de l'environnement intérieur grâce à un chauffage ou une ventilation élémentaire. Dans votre plan d'action, inclure les mesures pertinentes des niveaux précédents.

Habitation élémentaire.


Niveau 3 : une ancienne petite école transformée en musée du centenaire.

Niveau 4 — Bâtiment commercial, adapté

Structures municipales adaptées, destinées au logement d'un grand nombre de personnes, à des procédés industriels ou à l'administration publique. Les bâtiments historiques présentent une architecture élaborée. Dans votre plan d'action, inclure les mesures pertinentes des niveaux précédents.

Bâtiment commercial, adapté.


Niveau 4 : une ancienne boulangerie transformée en musée de la technologie.

Niveau 5 — Bâtiment spécialisé

Bâtiment conçu comme musée, galerie d'art ou dépôt d'archives; construction appuyée sur une planification accrue, incorporant des politiques et des caractéristiques pour incorporer la lutte intégrée aux mesures visant à combattre les autres agents de détérioration. Dans votre plan d'action, inclure les mesures pertinentes des niveaux précédents.

Bâtiment spécialisé.


Niveau 5 : un musée centenaire situé sur la grande place d'une ville.

Niveau 6 — Bâtiment de conservation

Installation abritant des collections et dont la principale fonction est d'en assurer la conservation à long terme. Offrant une excellente protection, elle comporte des couches successives qui préviennent les dangers habituels et sa conception permet de résister aux catastrophes. Dans votre plan d'action, inclure les mesures pertinentes des niveaux précédents.

Bâtiment de conservation.


Niveau 6 : archives nationales conçues comme un immeuble à l'intérieur d'un immeuble.

Échelles progressives des éléments de lutte intégrée

L'en–tête de chaque colonne indique les activités et les éléments structuraux ayant une incidence sur la lutte intégrée dans les installations abritant des collections. Utiliser ces en–têtes pour repérer les éléments que possède votre établissement. Remarquer l'échelle implicite de qualité correspondant aux niveaux 0 à 6 des tableaux précédents.

Chacune de leurs colonnes représente une échelle de la qualité croissante d'activités et de caractéristiques selon les niveaux (situations physiques 0 à 6). En surlignant les éléments correspondants à votre situation, vous pouvez utiliser ces échelles comme moyen bref et structuré de répertorier les caractéristiques de votreétablissement et les mesures qui y sont en place. Vous obtiendrez ainsi un résumé des caractéristiques freinant les ravageurs. Vous pouvez également utiliser les échelles pour indiquer les zones d'amélioration possible en regardant la caractéristique qui suit, sur l'échelle croissante de qualité, celle décrivant votre situation dans la colonne. À titre d'exemple, passez de la caractéristique « À l'abri de la pluie et du soleil » (niveau 1) à « À l'abri des intempéries; peut être chauffé l'hiver » (niveau 3).

Échelles progressives des éléments de lutte intégrée
Niveau et situationExemplesEmpêcher
EnvironnementSiteÉtat de l'objetDéchets alimentairesÉclairagePlantesAssainissement
[0] Milieu extérieur Mâts totémiques, machinerie agricole Climat et météo propres à la région Aucune modification Infesté Éparpillés à l'intérieur et à proximité de l'objet Lumière naturelle ambiante ou éclairage public Les plantes à fleurs et le bois mort à proximité sont des sources d'insectes nuisibles Pas de nettoyage, sauf sous l'action des intempéries et du vent
[1] Toit ou bâche Sanctuaires, sous une corniche À l'abri de la pluie et du soleil Peut être en hauteur; drainage du toit Regroupés dans des contenants ouverts Taille de la végétation envahissante (réductiondes dommages liés à l'humidité Le balayage à sec soulève la poussière, mais peut nuire à certains insectes
[2] Toit, murs, et portes mal assujetties Lieux de culte, remises, granges À l'abri (dans une certaine mesure) de la saleté et de la neige poussées par le vent Drainage rudimentaire des fondations Propre Regroupés dans des contenants fermés Certain degré d'éclairage intérieur Taille des arbres envahissants (réduction des dommages liés aux racines) L'encombrement des lieux procure des refuges aux ravageurs et nuit à l'inspection
[3] Habitation élémentaire Maisons historiques, églises, lieux de culte À l'abri des intempéries, peut être chauffé l'hiver Drainage souterrain des fondations Assaini Enlevés chaque semaine de contenants extérieurs Quelques lumières installées à l'extérieur Éviter les fleurs sauvages, ou s'assurer de l'absence d'insectes avant de les apporter à l'intérieur Nettoyage à l'aspirateur et avec un balai à laver humide pour ramasser la poussière et les insectes
[4] Bâtiment commercial, adapté Archives publiques, galeries d'art privées Environnement régulé par CVC pour éviter les extrêmes Désinfesté Retirés de l'intérieur chaque jour, enlevés chaque semaine des contenants fermés, à l'extérieur Éclairage de sécurité au–dessus des portes Politique de restriction des infestations comprenant l'inspection, le traitement, ainsi que l'interdiction de végétaux à risque élevé (surtout les fleurs sauvages cueillies aux environs) L'encombrement se limite à certaines salles de travail
[5] Bâtiment spécialisé Musées provinciaux et nationaux, datant jusqu'au début des années Environnement régulé par CVC en fonction des exigences d'une occupation humaine à longueur d'année Drainage des eaux de crue sur l'ensemble du site Compacteur extérieur (à l'épreuve des rongeurs) Lumières peu attirantes pour les ravageurs (peu d'UV) à l'extérieur À proximité du bâtiment, à l'extérieur : aucune plante à fleurs. À l'intérieur : seulement des fleurs coupées de serre ou des plantes d'intérieur saines dans un sol stérilisé Un système d'aspirateur central (sac de collecte dans une pièce fermée) isole la poussière et les insectes ramassés
[6] Bâtiment de conservation Centres de conservation des collections Environnement régulé par CVC pour répondre aux besoins de préservation des objets (maintien de températures basses pour lutter contre les ravageurs) Conçu pour résister aux extrêmes climatiques sur un cycle de 100 ans Dépôt d'ordures intérieur fermé hermétiquement (lieu refroidi) pour empêcher l'entrée de rongeurs et d'insectes Lumières attirantes pour les insectes éloignent ceux–ci des murs extérieurs et des ouvertures; pièges lumineux près des entrées Aspirateur HEPA portatif, ou système d'aspirateur central muni de filtres
[7] Qualité suprême Optimal pour tous les objets Stérile Aucune production de déchets alimentaires Aucune plante attirant les ravageurs Approvisionnement en air pur

Échelles progressives des éléments de lutte intégrée (suite)

Échelles progressives des éléments de lutte intégrée (suite)
NiveauEmpêcherDétecterIntervenirRécupérer
Barrières physiquesRésistance physiquesEnceinteRangementEntretienMesures de suppression
[0] Aucune barrière contre les ravageurs Propre au matériau dont est fait l'objet Propre à la conception de l'objet Objets à même le sol Aucune inspection Aucun entretien Prédateurs, maladies, intempéries Aucune mesure de récupération, aucune comptabilisation des coûts
[1] La structure peut servir de perchoir pour les oiseaux Revêtement facile à grignoter ou à infiltrer Objets posés sur des plinthes ou des palettes Visite annuelle Remplacement du toit ou de la bâche Traitement de l'ensemble de la collection avec des pesticides à action résiduelle et des fumigants
[2] Des brèches peuvent permettre l'entrée de rats et d'oiseaux Revêtement grignoté par des rongeurs et des insectes Boîtes en carton Objets posés sur du gravier, ou sur une dalle de béton Observation aléatoire au cours de l'utilisation Réparation de la structure s'il y a lieué Application de pesticides particuliers, en fonction d'infestations précises
[3] Des brèches peuvent permettre l'entrée de souris; des moustiquaires aux fenêtres et aux portes empêchent l'entrée d'insectes Coffres, sacs en tissu, bocaux, commodes, armoires, armoires béantes Objets posés sur les étagères du garde–manger, sur le plancher en bois, sur un tapis Visite quotidienne, inspections en cas d'infestation Réparation des joints d'étanchéité extérieurs, s'il y a lieu Basse température facilement atteinte (régulation du risque d'humidité, surveillance des éventuelles fuites de frigorigène) Nettoyage en profondeur à la suite d'une infestation afin de faciliter la détection d'infestations ultérieures dans le cadre d'un programme d'inspection
[4] Des brèches peuvent permettre l'entrée de gros insectes Revêtement minéral (pierre, brique) moins exposé aux attaques de rongeurs et d'insectes Armoires en bois étanche, vitrines d'exposition de qualité commerciale, sacs à l'épreuve d'insectes (polyéthylène) Objets surélevés du sol au moyen d'étagères en bois ou en métal étanche Inspection périodique de l'extérieur et de l'intérieur; mise en quarantaine et inspection visuelle d'objets dès leur arrivée Réparation des joints d'étanchéité intérieurs et de la structure, afin de répondre aux besoins en matière de conservation d'objets en empêchant l'entrée de ravageurs Fumigation sous atmosphère contrôlée, accroissement de la capacité de traitement (tenir compte des risques liés à l'approvisionnement en gaz sous haute pression) Analyse du coût des problèmes de lutte intégrée; comptabilisation des dépenses en immobilisations et des coûts de la prestation extérieure de services
[5] Des brèches peuvent permettre l'entrée de petits insectes Revêtement minéral ou métallique empêche l'entrée de rongeurs et d'insectes Certaines armoires en métal hermétiques; les autres sont des armoires en bois comportant des interstices Objets surélevés du sol en béton verni au moyen d'étagères en bois ou en métal étanche Utilisation de pièges à rongeurs et à insectes afin de repérer les zones problématiques; inspection des objets vulnérables Amélioration de la structure extérieure pour répondre aux besoins en matière de conservation Traitement à température élevée, accroissement du débit (régulation du vieillissement thermique progressif accéléré) Améliorations physiques encadrées par la planification des immobilisations (éléments passifs)
[6] Périmètre contrôlé bloquant les insectes (un corridor délimitant le périmètre facilite la détection) Revêtement presque sans joint, à l'épreuve des rongeurs et des insectes Armoires en métal avec joints d'étanchéité; rayonnage mobile permet de nettoyer toute la surface du plancher Rayonnage mobile Inspection visuelle des collections fragiles chaque année Remplacement des vieilles composantes avant leur défaillance Améliorations apportées aux procédures (éléments actifs); comptabilisation des coûts de main–d'œuvre interne
[7] Hermétique Boîte métallique Contenu des armoires placé dans des cannettes, flacons ou boîtes hermétiques Entreposage haute densité avec récupération robotisée Inspection visuelle de tous les objets chaque année

Guides de mise en application de la lutte thermique

Contrairement à la fumigation et à l'utilisation de pesticides, la lutte intégrée par des moyens thermiques peut être utilisée par quiconque sait comment s'y prendre. Nous présentons ci-dessous un guide simple qui sert à déterminer la température et la durée nécessaires pour obtenir de bons résultats avec la lutte thermique, et pour créer un environnement propre à tuer les insectes nuisibles.

Estimation de la durée et de la température requises pour la lutte thermique

Lorsqu'il s'agit d'un recours à la lutte thermique, la question qui se pose le plus souvent est la suivante : Combien de temps? On donne ci-dessous des précisions qui devraient permettre la prise de décisions éclairées.

Un exemple des conditions thermiques mortelles pour 46 espèces d'insectes nuisibles présentes dans les musées, tous stades confondus (Strang 1992, 2001).
Figure 15 : La figure 15 illustre la durée nécessaire pourtuer différents insectes par des moyens thermiques. Les deux lignes figurant dans le graphique montrent la gamme de durées et de températures habituellementutilisées pour le traitement thermique. L'échelle temporelle logarithmique est en jours, mais on yindique également d'autres unités courantes.

Pour ceuxqui ne connaissent pas bien la notation logarithmique,le premier intervalle marqué d'une coche à la suite de la valeur de 101 (10 jours) représente 20 jours, ledeuxième intervalle représente 30 jours, et ainsi desuite. La valeur 10−1 signifie 1/10e de jour. Le terme « moribond » désigne l'état des insectes, mais lemoment où cet état est atteint varie selon les espèces,comme l'indique la vaste distribution des données de mortalité, surtout aux faibles températures.

Le stade « mort » a été indiqué par une ligne tirée justeau–dessus de la limite des données de mortalité. Il s'agit vraisemblablement d'une estimation prudente,car les expériences étaient fondées sur des inspectionseffectuées à intervalles fixes pour déterminer si desinsectes avaient survécu ou s'étaient rétablis. Il ne s'agissait pas d'observer les sujets en temps réel et de noter le moment où ils semblaient succomber.

La méthode reposant sur l'application de froid demande, pour être efficace, uneexposition plus longue que le traitement thermique. En outre, la mort par le froid survient dans la plupartdes cas avant la ligne de démarcation tracée, et à des températures supérieures à celles indiquées. Le caractère dispersé des données de faible températuremène souvent à des interprétations variées de ce quiconstitue le protocole adéquat. Certains protocoles ont été établis afin de favoriser un traitement rapide,en fonction des connaissances sur les espèces tirées del'examen des données. Pour arrêter de telles décisions et obtenir une interprétation plus précise des données,consulter l'article original (Strang, ).

Le caractère limitatif des données justifie de recommander l'adoption du « pire scénario » si l'onsoupçonne que le matériel est infesté par des insectes,sans qu'on sache toutefois par quelles espèces. On vise alors un traitement intégral. L'exposition à unetempérature de −30 °C pendant 1 semaine, ou de −20 °C pendant 2 semaines est suffisante. Cette méthoderepose en outre sur l'hypothèse que les objets à traiterviennent d'être entreposés pendant un mois au chaud,et non au froid en milieu extérieur, conditions danslesquelles certaines espèces sont adaptées pour résisterà une exposition à de basses températures. En pratique, l'exposition à des températures de −30 °C ou de −20 °C a connu du succès malgré de plus courtes durées(quelques jours à −30 °C et 1 semaine à −20 °C), car lesespèces représentant les données clairsemées le long de la limite infestent moins souvent les collections. Pour en savoir plus, consulter Strang ().

En ce qui concerne la lutte par l'application de chaleur, on considère que 55 °C constitue une température limite d'exposition raisonnable. Cependant, comme la mort des insectes est quasi instantanée à cette température, c'est la vitesse de pénétration de la chaleur dans les objets qui constitue le facteur limitant.

Un exemple de la vitesse de pénétration de la chaleur dans les objets qui constitue le facteur limitant (Strang 1995, 2001).
Figure 16 : En se référant à la figure 16, on peut déterminer letemps qu'il faut pour changer la température d'unobjet donné (points), et pour prédire le changementglobal de sa teneur en humidité s'il est soumis auséchage et à l'humidification (lignes).

Tout comme à la figure 15, on utilise ici une échelle logarithmique,car il serait difficile de présenter toute la gamme desvaleurs autrement. Pour faciliter l'interprétation deséchelles, on fournit des termes descriptifs communs.

Si vous imaginez un objet inséré dans un volume rectangulaire, la dimension inférieure est celle décrite, à la figure 16, comme l'épaisseur de l'objet. L'épaisseurd'une planche mesurant 2 po sur 4 po sur 8 po est de 2 po. En repérant cette dimension en millimètres surl'échelle, on peut déterminer le délai approximatif de « demi-réponse ». Le délai correspond au temps qu'ilfaut pour que la température atteigne le point milieuentre l'état initial et l'état final (par exemple, si l'onveut faire passer un objet de 20 °C à −20 °C/−30 °C, ledélai nécessaire pour qu'il atteigne −5 °C correspond audélai de demi-réponse). Il en faudra à peu près autantpour qu'il atteigne les 3/4 de l'état final, encore autantpour atteindre les 7/8 de l'état final, et ainsi de suite.Le délai de réponse dépend des propriétés isolantes dumatériau concerné. Une légende indique les matériauxmis à l'essai. Vous pouvez calculer un délai à partir decette légende, ou tout simplement choisir la valeur laplus prudente (le chiffre le plus élevé, le sommet de la distribution des points à une épaisseur donnée).

On utilise la demi-réponse car ce paramètre est bienplus facile à mesurer que l'état final. Pour déterminerla durée approximative qu'il faut pour atteindre la findu traitement, multiplier la demi–réponse par quatre ou cinq. Pour réduire au minimum la durée du traitement, ne pas se fier à des estimations : utiliser plutôt un échantillon fait d'un matériau semblable, et y insérer un thermomètre à sonde afin de détermineren temps réel quand il faut mettre fin au traitement.

Pour le traitement thermique, la ligne de la figure 16 portant l'indication « bois ensaché dans du PE de 6 mil à 60 °C » montre que le fait d'empaqueter lesobjets dans une matière pare-vapeur avant de leschauffer protège ceux–ci du dessèchement. Il s'agit là d'une méthode simple et courante. Les lignespointillées indiquent que la peinture et même l'air « stagnant » (en termes techniques, la « couche limite » d'air) servent de barrières contre les pertesd'humidité, mais l'utilisation de sacs en plastiquedemeure la méthode la plus efficace, et est fortementrecommandée. Il y a un risque de condensation à l'intérieur des sacs en plastique lors du refroidissementà la suite d'un traitement thermique, mais en laissant la température du contenant redescendre doucementpour éviter que le point de rosée ne soit atteint dans les sacs, on réduit considérablement le risque que l'humidité n'endommage les objets qui y sont sensibles. En emballant l'objet dans une matièreabsorbante (par exemple, un tissu de coton) avant de l'ensacher, on crée en outre un effet tampon rapide, stabilisant la teneur en humidité pendant le traitement. Pour une analyse détaillée de ces facteurs et des mesures d'atténuation des risques, consulter Strang (, ).

Au cours de traitements à basse température, onempêche toute exposition à la condensation qui seproduit lors du retrait des articles, ou à l'humiditéqui se forme en cas de panne complète du congélateur,en utilisant des sacs étanches à la vapeur, danslesquels on laisse les objets tout au long de la phasede réchauffement. Cette pratique peut égalementempêcher la réinfestation si la réserve n'a pas encoreété décontaminée. L'entreposage à long terme dans detels sacs peut également être avantageux, à conditiond'éviter quatre situations favorisant la croissance demoisissures à l'intérieur des sacs. Ces recommandations sont fondées sur l'observation des isothermes de sorption d'humidité pour des matières organiques, ainsique des caractéristiques d'humidité dans des objetsensachés. Pour comprendre le risque relatif dont ilest question, se rappeler qu'à une HR de 65 %, ce n'est qu'en laboratoire que l'on peut maintenir la croissancede moisissures, et qu'à ce taux, la germination desspores est très peu probable. Par conséquent, une HR de 65 % constitue le taux minimal nécessaire à la formation de moisissures. Provenant du domaine de recherche microbienne, l'HR (un équivalent de l'activitéde l'eau) constitue une mesure plus appropriée de l'eau disponible pour les organismes que le degré d'humidité d'équilibre du matériau sur lequel les moisissures peuvent croître.

  1. Ne pas ensacher des objets ayant atteint un équilibre d'HR supérieure à 65 % en vue d'un entreposage à long terme. Vous ne ferez qu'isoler l'humidité à un taux qui, avec le temps, favorise la croissance de moisissures.

  2. Ne pas ensacher des objets à un équilibre d'HR proche de 65 % pour ensuite les entreposer dansun environnement plus chaud. En raison de la température plus élevée, l'humidité s'échapperade l'objet, provoquant dans le sac une hausse d'HR, laquelle peut atteindre des valeursfavorisant la croissance microbienne. Il en est ainsi jusqu'à l'atteinte de la température maximale permettant la croissance des moisissures. Les traitements thermiques contre les ravageurs s'éffectuent à une température trop élevée et sont d'une durée trop courte pour favoriser la croissance de moisissures.

  3. Ne pas ensacher des objets pour ensuite lesentreposer sur une surface froide ou chaude induisant un gradient de température (par exemple,en hiver, le plancher en béton froid d'ungarage chauffé). Un tel gradient entraîne une accumulation d'humidité dans la partie froidedu sac. Il s'agit là d'une pratique fautive, qui se produit dans les fonds de cales de navires et autres situations semblables. L'humidité qui en résulteentraîne la détérioration des objets ensachés.

  4. Ne pas ensacher des objets à un équilibre d'HR proche de 65 % pour ensuite les placer pendant longtemps dans un milieu où l'HR de l'air est beaucoup plus élevée. L'air humide finira par serépandre dans les sacs au bout d'un certain temps. Il peut s'écouler de nombreuses années avant quecela ne se produise; tout dépend de la qualité dela membrane protectrice, de la présence ou de l'absence de perforations dans les sacs, et du volume de l'objet ensaché exerçant un effet tamponà l'intérieur de l'enceinte. Dans l'intervalle, leseffets bénéfiques seront considérables. Si l'on s'attend à ce que les taux d'humidité annuels soient supérieurs à 65 %, un léger séchage contrôlé des objets entreposés à long terme sous emballage peut constituer une méthode de conservation des articles hautement vulnérables dans des milieux où les conditions sont difficiles. Il serait utile d'insérer des bandelettes mesurant l'HR dans les sacs, qui permettront de détecter rapidementles éventuels problèmes et d'effectuer des vérifications périodiques.

Ces situations sont peu susceptibles de causer des problèmes de moisissures dans le cadre de traitements contre les ravageurs à court terme, en raison d'un délai insuffisant pour entraîner la formation de moisissures, ou encore de températures – trop chaudes ou trop froides – qui empêchent toute croissance.

Lutte par le froid dans un congélateur horizontal ou à l'extérieur

Cette méthode est plutôt simple, mais il faut respecter les quelques indications données dans les légendes du dessin si l'on veut assurer le succès du traitement. Lorsqu'on effectue un traitement par le froid à l'extérieur, il faut également suivre des indications semblables pour s'assurer que les ravageurs sont tués et pour éviter tout dommage aux objets. L'exposition à l'extérieur exige, en plus, que l'on maximise le refroidissement tout en empêchant l'absorption de chaleur solaire (par exemple, en utilisant une bâche de couleur pâle).

Lutte par le froid dans un congélateur à l'extérieur.
Figure 17 :
À l'extérieur : recouvrir les objets ensachés d'une toile de plastique blanche ou d'une bâche blanche et les placer sur une palette pour les exposer au froid extérieur. Placer les objets à l'ombre et les protéger de toute altération ou de tout vol. Cette méthode n'est efficace que si l'on annonce des températures de −30 °C pendant plusieurs jours ou une température maximale diurne de −20 °C pendant une semaine.
Lutte par le froid dans un congélateur horizontal.
Figure 18 affiche la lutte par le froid dans un congélateur horizontal avec les règles suivantes :
  • Placer les objets fragiles ou de forme irrégulière dans des boîtes. Empiler les boîtes remplies en plaçant des cales entre elles afin de permettre à l'air froid de circuler à travers la pile. Sinon, le fait de laisser un bon espace au–dessus de la pile peut suffire.
  • À court terme, fermer les ouvertures en les attachant, en les cachetant avec de l'adhésif, en les roulant pour ensuite les agrafer ou les serrer à l'aide d'un pince-note. À long terme, thermosceller les ouvertures. Comme le ruban adhésif peut se décoller à basse température, faire des essais au préalable.
  • Tissu enroulé.
  • Enrouler le tissu autour d'un tube de carton préalablement enveloppé dans du polyéthylène. Le tube fournit un support, tout en permettant la circulation de l'air froid, ce qui accélérera le refroidissement.
  • Doter le congélateur d'un système d'alarme ou vérifier la température chaque jour.
  • Veiller à ce qu'il y ait un espace sous les objets. Utiliser une boîte de carton, des tubes de plastique, une palette coupée, ou des boîtes vides comme support sur lequel placer les objets au fond du congélateur. Tout contact avec les parois du congélateur risque de permettre la formation d'un « pont thermique » entre la boîte et la paroi, réduisant ainsi l'efficacité du traitement et permettant aux ravageurs de survivre.
  • Étiquette de contrôle : quoi, pourquoi, qui, quand.
Boîte de désinfestation thermique
Boîte de désinfestation thermique.
Figure 19 : On peut transformer une caisse d'expédition en bois pour en faire une boîte de désinfestation thermique. Instructions sont:
  • Récupérer une caisse en contreplaqué dont l'intérieur est isolé avec du « Tentest » (par exemple, une simple caisse de transport) ou dont l'extérieur est isolé avec de la nappe ouatée faite de fibres minérales ou avec des plaques de mousse isolante. On peut également agrafer une pellicule « coupe–vent » en polyéthylène de 6 mil sur les lattes extérieures de la caisse, ce qui crée un effet de « double vitrage ».
  • Pièces de bois fixées à différentes hauteurs permettant d'installer des grilles de bois ou de métal, sur lesquelles on peut déposer des objets ensachés ou placés dans des boîtes.
  • Trous pour passer un thermomètre à mercure ou une sonde pour mesurer la température. On peut utiliser des thermomètres électroniques pour l'intérieur et l'extérieur, mais ils n'indiquent pas souvent les températures supérieures à 50 °C.
  • En l'absence d'un dispositif de régulation automatique de la température, il faut en tout temps assurer la surveillance de cet appareil. Vérifier souvent la température à trois niveaux dans la boîte. Viser une température de 55 °C. Avec le temps, la température deviendra uniforme, dès que l'enceinte et les objets auront absorbé la chaleur.
  • Régulation automatique à l'aide d'un régulateur 15A à commutateur thermostat.
  • Lorsque fermée, boucher tous les joints à l'aide de ruban adhésif afin de prévenir les fuites.
  • Gaine souple en aluminium installée de manière à permettre la circulation inverse de l'air. Insérer un « serpentin » en aluminium froissé pour séparer les deux tuyaux.
  • Trous de 15 cm (6 po). Modifier simplement l'ouverture ou y substituer une feuille de contreplaqué pour que la caisse demeure utilisable pour les besoins de transport.
  • Éviter toute présence de matériaux d'isolation dans cette zone.
  • Après l'étape du réchauffement, boucher le deuxième trou.
  • Un pistolet à air chaud industriel de 1500 watts à revêtement métallique, fixé sur un support, souffle de la chaleur dans le conduit interne. Pour réduire la température maximale, éloigner le pistolet de l'entrée du conduit, permettant à une plus grande quantité d'air ambiant de se mélanger à l'air chaud qui pénètre dans la caisse. La puissance correspond à l'énergie d'un seul circuit électrique. Un système d'échappement supplémentaire permet d'aménager un orifice pour un deuxième dispositif de chauffage fonctionnant sur un circuit distinct, pour le chauffage des caisses de grande taille. Éviter de surcharger les circuits.

On peut transformer une caisse d'expédition en bois pour en faire une boîte de désinfestation thermique, comme le montre le dessin ci-dessous. La chaleur provient d'un ou deux pistolets à air chaud industriels de 1500 watts à revêtement métallique, ou de sources d'air chaud à usage industriel équivalentes. Ne pas utiliser de séchoirs à cheveux en plastique ou d'appareils électroménagers de chauffage, parce qu'ils ne sont pas conçus pour fonctionner en permanence à la température requise. La sécurité est primordiale. Une source de chaleur approuvéepar l'Association canadienne de normalisation (CSA) est placée à l'extérieur de la boîte; elle souffle de l'air chaud mélangé à de l'air ambiant, dans un conduit en métal isolé de la caisse par un espace. Cette procédure doit se fairesous surveillance constante. Vérifier la température indiquée par le thermomètre, car la boîte n'est pas équipée d'un dispositif de régulation de la température.

Capteur pour désinfestation à l'énergie solaire

Utilisé au Canada par temps clair, du printemps à l'automne, ce simple cadre permet d'accumuler suffisamment de chaleur pour débarrasser de leurs tiques des tissus pliés ou d'autres matériaux. Le montage sur cadre permet letransfert de la chaleur vers le côté de l'objet ensaché se trouvant à l'ombre, ce qui élimine le risque de formationd'humidité à cet endroit. Il accélère également le processus de désinfestation. Utiliser un thermomètre pour mesurer la température à la surface du sac noir renfermant l'objet, ou encore placer une sonde de température ou un thermomètre sans fil dans le sac. Lorsque la température semble trop élevée (au–dessus de 60 °C), déplacerle cadre pour qu'il soit hors de l'axe d'incidence des rayons solaires. Le cadre doit être fixé à un support pourempêcher que le vent ne le renverse.

Capteur pour désinfestation à l'énergie solaire.
Figure 20 affiche les règles suivantes :
  • Sac en polyéthylène noir thermoscellé contenant l'objet; haut du sac ouvert.
  • Support en bois à section carrée; Extrémités enveloppées de plastique pour assurer l'étanchéité.
  • Support de l'objet.
  • Enrouler l'ouverture du haut plusieurs fois autour du support en bois, pour la fermer. Attacher le support à une autre baguette pour le fixer solidement. L'objet sera ainsi protégé de la perte d'humidité.
  • Tuyaux souples, baguettes de bois ou tiges de bambou croisés, formant un support pour le sac à feuilles.
  • Sac en plastique du capteur (le devant doit être noir, d'une épaisseur d'au moins 3 mil) glissé par-dessus le cadre, et l'ouverture sur le bord inférieur. Fermer le sac au moyen de pince-notes, pour qu'il épouse étroitement la forme du cadre.
  • Tuyau de plastique mesurant au moins 6 cm (2,5 po) de diamètre, ou cadre de bois en « T » fait de lattes mesurant 1 po sur 3 po. Enrouler une ficelle ou un filet autour du cadre afin de former un réseau de mailles sur lequel s'appuiera le sac du capteur.
  • On peut fermer les ouvertures enroulées et les serrer, notamment à l'aide de pinces à linge ou de pince-notes.
Utilisation du capteur à l'énergie solaire.
Figure 21 affiche les règles suivantes :
  • Un sac à feuilles transparent (en polyéthylène de 3 mil) glissé par-dessus le cadre et les supports; l'ouverture vers le bas pour permettre l'égouttement de la pluie.
  • Attacher à un mur, à une clôture ou à un poteau de soutien.
  • Vous pouvez installer une structure en « X » au dos du montage ou, pour économiser le matériel, tenir le dos du sac à feuilles à l'écart du capteur au moyen d'une simple attache. Pour faire une telle attache au dos du sac à feuilles, placer une petite pierre lisse ou une balle à l'intérieur du sac, l'empoigner de l'extérieur, froisser le sac derrière la pierre, et ficeler à cet endroit. Attacher l'extrémité de la ficelle à un piquet ou à une roche, afin de tenir le sac à feuilles loin du capteur et de maintenir l'arrière au chaud.
  • Nota : Le sac du capteur (exposé au soleil) s'étend au-delà du sac contenant l'objet et accumule de la chaleur, qui est transmise à l'arrière de ce dernier, réduisant ainsi le risque de condensation. Pour assurer le bon fonctionnement du montage, veiller à exposer au soleil environ le quart de la surface totale du capteur. Il faut donc fabriquer un cadre plus grand que le sac servant à contenir l'objet.
  • Cadre de bois en « T » fait de lattes mesurant 1 po sur 3 po. Enrouler une ficelle ou un filet autour du cadre afin de former un réseau de mailles sur lequel s'appuiera le sac du capteur.
  • Ficelle, sac contenant l'objet, cadre du capteur, sac du capteur, cadre de bois en « T »
Oreiller pour désinfestation à l'énergie solaire

Ce montage ne requiert pas la construction d'un cadre rigide. Il faut donc porter une plus grande attention au thermoscellage que dans le cas du capteur. Par contre, une fois dégonflé, l'oreiller occupe beaucoup moins d'espace de rangement. En outre, on peut facilement fabriquer un grand nombre de ces oreillers, qui sont tout aussi efficaces que le capteur. Ils sont toutefois plus vulnérables au vent, et il faut donc les fixer à des piquets à l'aide de cordes solides.

Oreiller pour désinfestation à l'énergie solaire.
Figure 22 affiche les règles suivantes :
  • Découper quatre feuilles de polyéthylène de 3 mil – deux transparentes et deux noires – et les empiler ainsi : feuille transparente – feuille noire – feuille noire – feuille transparente, tel qu'illustré. (Une double couche forme une cavité gonflée juste en dessous de la cavité à effet de serre pour atténuer les extrêmes de température créés par l'accumulation d'énergie solaire autour de l'objet. La double couche est constituée en empilant six feuilles de plastique dans l'ordre suivant : feuille transparente – feuille noire – feuille transparente – feuille transparente – feuille noire – feuille transparente. Faire d'autres incisions de gonflage (scellées avec du ruban adhésif) dans la cavité destinée à contenir l'objet. Glisser l'objet entre les deux feuilles transparentes internes.)
  • Thermosceller la feuille transparente et la feuille noire du haut, le long d'un rebord, et répéter l'opération avec les deux feuilles du bas.
  • Thermosceller les quatre feuilles ensemble le long des trois autres rebords.
  • Comme dans le cas du capteur, l'oreiller doit être surdimensionné pour que le côté à l'ombre puisse être chauffé (en raison du transfert du rayonnement qui a contourné l'objet).
  • Il est possible de procéder au thermoscellage même si on ne dispose pas des outils spécifiquement conçus à cet effet. On se sert alors de deux barres d'aluminium à arêtes acérées, de quelques serrejoints puissants et d'un petit chalumeau au gaz. Coincer le plastique entre les barres à l'aide des serre-joints, et le couper à 2 mm de l'arête des barres à l'aide de ciseaux bien aiguisés. Utiliser des pesées pour empêcher le vent de soulever les feuilles. Passer rapidement la flamme le long de la bande de plastique dépassant des barres, jusqu'à ce que celle–ci s'enroule sur elle–même. Faire cette opération à l'extérieur, loin de toute source de combustible, se protéger des émanations de plastique et, avant de retirer les serre–joints, s'assurer que la ligne de soudure ne brûle pas. Si la procédure est effectuée correctement, elle permet d'assembler des feuilles rapidement et de faire un joint solide et étanche à l'air.
Oreiller à l'énergie solaire, gonflé.
Figure 23 affiche les règles suivantes :
  • entre les faces de plastique noir, puis fermer l'ouverture en roulant le rebord et en l'attachant à l'aide de pinces. On peut laisser un rabat de plastique à cet endroit, de manière à éviter que les pinces ne percent la cavité.
  • Arrimer l'oreiller à des piquets avec de la ficelle, de manière à empêcher le vent de l'emporter.
  • Vérifier la température au moyen d'un thermomètre pour l'intérieur et l'extérieur, ou encore d'un thermomètre minimum/ maximum.
  • Si l'on ne dispose pas de ruban adhésif, on peut fabriquer une valve en insérant dans le sac le goulot d'une bouteille en plastique de boisson gazeuse, avec son couvercle, puis en scellant le montage à l'aide de gomme, de scellant pour la réparation des pneus, etc., et en l'attachant à l'aide d'une ficelle résistante enroulée autour du goulot.
  • Coller un morceau de ruban adhésif résistant (idéalement en vinyle) sur chacune des deux feuilles transparentes. Pratiquer une petite fente dans le morceau d'adhésif, en ne perçant que les feuilles transparentes. Insérer le tuyau flexible d'une pompe à air ou d'un soufflet dans la fente et gonfler les cavités jusqu'à ce que les deux faces de plastique noir soient collées l'une contre l'autre. Fermer la fente au moyen d'un autre morceau du même ruban. Créer une languette en repliant l'extrémité du ruban sur elle–même.

Bibliographie

  1. Agence canadienne d'inspection des aliments (site consulté le ).
  2. Dawson, J. La lutte contre les insectes dans les musées : les méthodes chimiques. Bulletin technique 15. Révisé par T.J.K. Strang. Ottawa, Institut canadien de conservation, Patrimoine canadien, . (Pesticides et leurs utilisations.)
  3. Guild, S. et M. MacDonald. Prévention des moisissures et récupération des collections : Lignes directrices pour les collections du patrimoine. Bulletin technique 26. Ottawa, Institut canadien de conservation, Patrimoine canadien, .
  4. Imholte, T. J. Engineering for Food Safety and Sanitation . 2e édition. Medfield, MA: Technical Institute of Food Safety, . (Lignes directrices sur la conception des installations pour réduire les risques liés aux ravageurs; ouvrage renfermant de nombreux élémentspertinents pour les bâtiments abritant des collections.)
  5. Kingsley, H., D. Pinniger, A. Xavier–Rowe, et P. Winsor. Integrated Pest Management for Collections. London: James & James, . (Chapitres détaillés, portant sur les principaux aspects de la lutte intégrée; études de cas.)
  6. Lecointre, G. et H. Le Guyader. Classification phylogénétique du vivant. 3e édition. Paris : Éditions Belin, .
  7. Maekawa, S., et K. Elert. The Use of Oxygen–Free Environments in the Control of Museum Insect Pests. Los Angeles: The Getty Conservation Institute, .(Sommaire exhaustif des traitements par anoxie destinés aux biens culturels.)
  8. Pinniger, D. Pest Management in Museums, Archives and Historic Houses. London: Archetype Publications Ltd.,, 115 p. (Guide illustré concis abordant tous les aspects de la lutte intégrée telle qu'elle s'applique en particulier aux biens culturels. Ouvrage idéal pour entreprendre un programme de lutte intégrée.)
  9. Strang, T.J.K. « A Review of Published Temperatures for the Control of Pest Insects in Museums. » Collection Forum 8, 2 (), p. 41–67.
  10. Strang, T.J.K. « The Effect of Thermal Methods of Pest Control on Museum Collections. » p. 334–353. In Biodeterioration of Cultural Property 3 . Sous la direction de C. Aranyanak et C. Singhasiri. Proceedings of the 3rd International Conference on Biodeterioration of Cultural Property, . Bangkok, Thaïlande: Thammasat University Press, .
  11. Strang, T.J.K. Stratégies de lutte préventive contre les infestations et méthodes de détection. 3/1 des Notes de l'ICC. Ottawa, Institut canadien de conservation, Patrimoine canadien, a.
  12. Strang, T.J.K. Détection des infestations : inspection des installations et liste de contrôle. 3/2 des Notes de l'ICC. Ottawa, Institut canadien de conservation, Patrimoine canadien, b.
  13. Strang, T.J.K. Lutte contre les insectes par exposition au froid. 3/3 des Notes de l'ICC. Ottawa, Institut canadien de conservation, Patrimoine canadien, .
  14. Strang, T.J.K. Les psoques, des indicateurs d'humidité. 3/4 des Notes de l'ICC. Ottawa, Institut canadien de conservation, Patrimoine canadien, .
  15. Strang, T.J.K. « Principles of Heat Disinfestation. » p. 114–129. In Integrated Pest Management for Collections. Sous la direction de H. Kingsley, D. Pinniger, A. Xavier–Rowe et P. Winsor. London: James & James, . (Passage expliquant comment la désinfestation thermique peut être efficace, rapide et non dommageable pour les biens culturels.)
  16. Strang, T.J.K. et J. Dawson. Le contrôle des moisissures dans les musées. Bulletin technique 12. Ottawa, Institut canadien de conservation, Patrimoine canadien, a.
  17. Strang, T.J.K. et J. Dawson. La lutte contre les vertébrés nuisibles dans les musées. Bulletin technique 13. Ottawa, Institut canadien de conservation, Patrimoine canadien, b.
  18. Strang, T.J.K. et R. Kigawa. « Levels of IPM Control: Matching Conditions to Performance and Effort. »Collection Forum 21, 1–2 (), p. 96–116. (Activités de lutte intégrée; catégorisation en fonction de leur applicabilité dans diverses situations, des objets à l'extérieur aux installations conçues dans un but de conservation. Guide à consulter pour la conception des activités de lutte intégrée.)
  19. Tétreault, J. Polluants dans les musées et les archives : Évaluation des risques, stratégies de contrôle et gestion de la préservation. Ottawa, Institut canadien de conservation, Patrimoine canadien, .
  20. Warren, S. « Carbon Dioxide Fumigation: Practical Case Study of a Long–Running Successful Pest Management Programme. » p. 95–101. In Integrated Pest Management for Collections . Sous la direction de H. Kingsley, D. Pinniger, A. Xavier–Rowe, et P. Winsor. London: James & James, .

Guides d'identification

  1. Borror, D.J., C.A. Triplehorn, et N. Johnson. An Introduction to the Study of Insects . 6e édition. Toronto: Harcourt Brace College Publishers, . (Forme et fonction des insectes, et clés d'identification.)
  2. Bousquet, Y. Beetles Associated with Stored Products in Canada: An Identification Guide . Publication 1837. Ottawa: Research Branch, Agriculture Canada, (site consulté ).
  3. Hedges, S. A., et M.S. Lacey. A Field Guide for the Management of Structure–Infesting Beetles. Cleveland, OH: G.I.E Inc. Publishers, .
  4. Mallis, A., D. Moreland et S.A. Hedges, éditeurs. The Mallis Handbook of Pest Control . 9e édition. Cleveland, OH: Mallis Handbook & Technical Training Company, . (La référence habituelle des spécialistes de la lutte intégrée.)
  5. Meaney, P. Carpet Beetles, Textile Moths and Related Insect Pests. The Harvard Library – Handbook One. Leicester, UK: Harvard Pest Consultancy, .
  6. Meehan, A.P. Rats and Mice: Their Biology and Control. East Grinstead, U.K.: Rentokil Limited, .

Glossaire Note en fin de texte 3

Anoxie ( Anoxia)
Absence d'oxygène.
Arthropodes ( Arthropods)
Animaux possédant un corps à segments multiples et un exosquelette; groupe comprenant les araignées et les insectes.
Bactéries ( Bacteria)
Organismes unicellulaires capables d'auto–division, qui digèrent de la matière. Certains peuvent infecter d'autres organismes vivants.
Champignons ( Fungi)
Organismes multicellulaires qui forment des colonies, caractérisés par des hyphes et des sporifères (par exemple : moisissure).
Degré d'humidité d'équilibre ( EMC)
Pourcentage de la masse d'un objet que représente l'eau dans celui–ci après écoulement d'un délai tel qu'aucune variation de masse n'est mesurable sous une humidité relative et à une température données.
Désinfestation ( Disinfestation)
Extermination d'une infestation, ou lutte contre celle–ci.
Fumigation ( Fumigation)
Utilisation d'un gaz ou d'une vapeur toxique pour tuer un organisme.
Fumigation sous atmosphère contrôlée ( Controlled atmosphere fumigation)
Modification des proportions normales de gaz atmosphériques dans le but de tuer un organisme par suffocation, dessiccation ou perturbation du métabolisme.
Géotextile ( Geotextile)
Tissu ou pellicule spécialisé qui limite le déplacement du sol ou de l'eau dans le sol.
HR ( RH)
Humidité relative; quantité de vapeur d'eau présente, divisée par la quantité de vapeur d'eau représentant la saturation à une température donnée.
Hypercarbie ( Hypercarbia)
Présence de concentrations élevées de dioxyde de carbone gazeux (supérieures à 0,03 % dans l'atmosphère terrestre).
Insectes ( Insects)
Animaux pourvus de six pattes, d'un exosquelette, et d'un corps en trois segments distincts (tête, thorax, abdomen).
Lutte intégrée ( Integrated pest management – IPM)
Démarche faisant appel à diverses activités pour éviter les dommages causés par les organismes nuisibles, et reposant sur la connaissance des caractéristiques biologiques de ces derniers, des facteurs environnementaux et des techniques de lutte, tout en tenant compte de la conservation des objets culturels.
Lutte thermique ( Thermal Control)
Application de températures basses ou élevées pour tuer un organisme.
Microbes, Microorganismes ( Microbes, Microorganisms)
Petites bestioles, véritables maîtres de la Terre.
Mise sous enceinte ( Enclosure)
Fait d'aménager des barrières pour empêcher l'entrée ou la fuite d'organismes nuisibles, ou les moyens physiques utilisés pour y arriver (utilisation de sacs, de boîtes, de bocaux, de flacons ou d'autres contenants, y compris les bâtiments). Création d'un degré de séparation du milieu extérieur.
Moisissures ( Mould)
Champignons monocellulaires ou multicellulaires qui se caractérisent par la formation de pellicules ou de colonies éparpillées en surface.
Organisme nuisible, ravageur ( Pest)
Organisme vivant indésirable.
Pesticide ( Pesticide)
Produit chimique solide, liquide ou gazeux utilisé pour tuer un organisme.
Pesticide homologué ( Registered pesticide)
Composés dont l'utilisation est autorisée par la loi sur des territoires précis, et dont la formulation, la toxicité pour les humains et l'efficacité sont connues.
Point d'appât ( Bait trap)
Contenant sécuritaire conçu pour administrer un appât empoisonné à des organismes nuisibles (habituellement des rongeurs) tout en protégeant les autres animaux et les humains contre le contact avec l'appât.
Quarantaine ( Quarantine)
Processus d'isolation, de caractérisation et de résolution d'un danger.
Ravageurs des structures ( Structural pests)
Organismes nuisibles présents dans les bâtiments et dont l'activité réduit la solidité de ces derniers.
Rongeur ( Rodent)
Vertébré caractérisé par ses incisives à croissance permanente; exemple : souris, rats.
Sorbant ( Oxygen scavenger)
Substance chimique utilisée dans un contenant à l'épreuve de l'oxygène afin d'en retirer l'oxygène.
Substances sémiochimiques ( Semiochemicals)
Substances chimiques qui modifient le comportement d'un organisme.
Symbiose ( Symbiosis)
Relations de collaboration mutuellement bénéfiques entre des organismes, par exemple, l'association non pathologique des microorganismes et des insectes pour la digestion d'aliments.
Systématique ( Systematics)
Science consistant à classer les organismes en groupes selon leurs caractéristiques communes.
Tégument ( Integument)
Enveloppe extérieure, ou exosquelette, des arthropodes.
Virus ( Viruses)
Particules infectieuses renfermant du matériel génétique, et utilisant les cellules vivantes pour se reproduire.
Zoonoses ( Zoonoses)
Maladies qui se transmettent des animaux aux humains par contact de ces derniers avec des animaux infectés ou leurs déchets (e.g. grippe aviaire de type H5N1, infection à hantavirus, rage, chlamydiose, histoplasmose, cryptococcose).

Grâce au Centro Nacional de Conservación y Restauración, situé au Chili, le document Web intitulé « Agents de détérioration » publié par l’Institut canadien de conservation et traduit en espagnol par l’ICCROM, est désormais gratuitement accessible en ligne. Ce document destiné aux conservateurs et aux restaurateurs, identifie les dix principaux agents qui constituent une menace pour les environnements patrimoniaux.

Signaler un problème ou une erreur sur cette page
Veuillez sélectionner toutes les cases qui s'appliquent :

Merci de votre aide!

Vous ne recevrez pas de réponse. Pour toute question, contactez-nous.

Date de modification :