Agent de détérioration : eau

David Tremain

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Table des matières

Introduction

La présente section porte non seulement sur l'eau dans son état liquide, mais également sur l'humidité qui résulte de la condensation et de l'augmentation de la teneur en eau. (Consulter la section Humidité relative inadéquate pour obtenir des informations sur la vapeur d'eau.) Elle met en évidence les principaux problèmes associés à des incidents qui causent des dégâts d'eau dans les collections, et présente des stratégies pour éviter ou réduire le plus possible les effets de toute occurrence. Toutefois, la présente section ne décrit pas les stratégies de récupération à la suite des dommages.

Tableau 1. Facteurs entraînant des dégâts d'eau.
NaturelsTechnologiques/mécaniquesAccidents
  • Orage
  • Vents violents
  • Ouragan
  • Grésil, grêle, tempête de verglas
  • Crue éclair
  • Inondation graduelle
  • Tsunami (s'il est question d'une zone côtière d'activité sismique)
  • Dégel ou ruissellement printanier
  • Embâcle
  • Nappe phréatique table
  • Proximité d'un plan d'eau (rivière, lac ou barrage)
  • Défaillance du réseau d'égouts/refoulement d'égouts
  • Défectuosité du système de gicleurs malfunction
  • Bris de la conduite d'eau (provoqué par le gel ou par des travaux)
  • Toit qui coule
  • Fuite du système de chauffage, de ventilation ou de climatisation (CVC) system, ventilation system, or air conditioning system (HVAC)
  • Débordement de lavabos, de cuvettes de toilettes, de canalisations sanitaires (bloqués ou incapables de répondre à la demande)
  • Gouttières bloquées
  • Utilisation négligente de l'eau lors d'événements spéciaux ou de réceptions, entre autres]
  • Utilisation de l'eau lors de travaux de construction et de rénovation
  • Bâtiment mal isolé/isolé inadéquatement
  • Collecteurs d'eaux pluviales/égouts incapables de répondre à la demande
  • Eau utilisée pour le nettoyage de déversements chimiques
  • Dégâts d'eau à la suite d'un incendie (écoulement du système de gicleurs ou des tuyaux d'incendie)

Dans les établissements du patrimoine, les dégâts d'eau sont malheureusement monnaie courante. Ils peuvent résulter d'occurrences naturelles, de risques technologiques ou de défaillances mécaniques. Cependant, la plupart des problèmes associés à l'eau dans les institutions culturelles résultent d'accidents ou de négligence. Bon nombre de conservateurs sous-estiment la probabilité et les effets d'événements sporadiques comme les fuites d'eau. Il y a une tendance à utiliser les sous-sols pour la mise en réserve de collections et d'archives et à laisser les boîtes d'articles par terre, peut-être seulement de façon « temporaire ». Beaucoup de contenants qu'achètent les musées pour des documents en papier et petits artéfacts sont sans acide, mais peu d'institutions envisagent l'achat de boîtes faites de polypropylène cannelé et étanches à l'eau. Au tableau 1, on présente quelques-uns des facteurs et événements qui entraînent généralement des dégâts d'eau.

Une grande partie des composantes d'objets de musée sont particulièrement sensibles à l'eau et certains peuvent être gravement endommagés à la suite d'un contact, même bref. D'autres, en revanche, peuvent être exposées à l'eau pendant de longues périodes sans subir de dommages. La combinaison et la diversité des composantes d'objets viennent compliquer la situation. De plus, l'état de dégradation des composantes peut accroître de façon importante la vulnérabilité de certains objets à l'eau. Par exemple, un papier à base de pâte de bois acide fortement détérioré absorbera plus d'eau. Par conséquent, il y aura des taches d'eau importantes et des « cernes » marqués. Au tableau 2, on présente des exemples approximatifs de dommages que subissent certains matériaux que l'on trouve souvent dans des musées.

Tableau 2 : Dommages à certains objets de musée causés par l'eau
MatériauDommages causés par l'eau
Objets en os Fissuration et déformation éventuelles, formation de taches, dégradation du collagène, dents détachées (crânes), faiblesse physique (en fonction du nettoyage initial).
Livres Ramollissement, déformation, coulure des encres et des colorants, formation de taches; ramollissement, déformation et durcissement ultérieur (au séchage) des reliures en cuir.
Céramique Surfaces poreuses tachées, efflorescence ou perte de la patine (pour les objets archéologiques).
Verre « Maladie » du verre déjà présente accélérée.
Kératine Plumes entremêlées, coulure des colorants.
Cuir Rétrécissement et déformation d'objets tannés au végétal, déformation, taches et dégradation du collagène et sa transformation en gélatine.
Métal Corrosion des métaux réactifs (par exemple : les métaux ferreux), corrosion déjà présente accélérée.
Toiles Délaminage, dissolution des colles et des glacis à base d'eau, blanchiment des vernis, déformation des panneaux de bois, desserrement des joints des cadres ou des châssis, déformation de la toile (cloquage).
Papier Ramollissement, coulures d'encre, formation de taches et de cernes, déformation (cloquage).
Photographies Ramollissement du papier, gonflement de la gélatine, formation de taches, soulèvement de l'émulsion, coulure des colorants.
Plantes Rétrécissement, déformation, formation de taches, solubilisation des adhésifs.
Matières plastiques Formation de taches sur les surfaces poreuses.
Coquillages Formation de taches sur les surfaces poreuses, efflorescence.
Pierres Formation de taches sur les surfaces poreuses.
Textiles Coulure des colorants, formation de taches.
Objets en bois Rétrécissement, déformation, formation de taches, fendillement, délaminage, blanchiment du vernis, desserrement des joints, gonflement.
Tout objet organique Moisissure.

Stratégie de contrôle

La présente section est structurée en fonction des stratégies suivantes : Éviter, Empêcher, Détecter, Réagir et Récupérer/Traiter. La cinquième stratégie, Récupérer/Traiter, n'est toutefois pas traitée en détail, car elle porte sur des procédures particulières que l'on doit utiliser à la suite d'incidents associés à l'eau, ce qui dépasse le cadre de cette ressource.

Éviter

Emplacement du bâtiment

Pour éviter les risques associés à l'eau, on doit d'abord examiner l'emplacement du bâtiment. Dans la plupart des cas, l'emplacement du bâtiment est fixe. Par conséquent, les seules façons d'éviter les risques associés à l'emplacement sont les suivantes :

  • S'il s'agit d'une nouvelle construction, ne pas choisir un emplacement près d'un plan d'eau ou dans une plaine inondable. C'est le cas du Vieux Fort William à Thunder Bay (Ontario), qui a connu d'importantes inondations en , , , et (la figure 1 indique le niveau de l'eau au cours de l'inondation de ). Ce n'est qu'à l'étape de sélection de l'emplacement de la planification du nouveau bâtiment que l'on peut mettre en œuvre cette stratégie.
  • Surélever la structure (bâtiment existant ou projeté) au-dessus de la ligne d'inondation prévue. La démarche exige une étude technique approfondie et s'avère souvent très coûteuse.
  • Resituer un bâtiment existant dans un secteur plus sécuritaire (c.-à-d. sur un terrain plus élevé). Il est cependant couteux de resituer un bâtiment, et la logistique associée est assez lourde, même si, à plusieurs occasions, on a déjà resitué des maisons historiques à caractère patrimonial. Le lieu historique de King's Landing, au Nouveau-Brunswick, en est un exemple.
Vieux Fort William
Figure 1. Vieux Fort William pendant l'inondation de .

Préoccupations conceptuelles

L'enveloppe du bâtiment doit assurer une étanchéité à l'eau afin d'éviter la pénétration de toute source d'eau externe. Au moment de concevoir une nouvelle installation, il est donc bon de tenir compte de ce qui suit :

  • Ne pas intégrer de l'eau stagnante dans la conception du bâtiment (par exemple : des fontaines ornementales et des miroirs d'eau).
  • Éviter les conceptions qui intègrent :
    • des toitures-terrasses, en raison de leur tendance à mal évacuer les eaux et à accumuler la neige et la glace. Cependant, selon la taille du bâtiment, il est parfois difficile d'éviter une telle situation. Le coût est également un facteur si l'on choisit un autre genre de toit;
    • de grandes surfaces vitrées, comme les lanterneaux, les dômes et les grandes fenêtres qui font face aux vents dominants et par lesquelles l'eau s'infiltre après de fortes précipitations.

Quand aucune de ces solutions n'est possible, il est nécessaire d'éviter toute source potentielle d'eau, tant externe qu'interne.

Stratégies liées aux aires de mise en réserve et d'exposition

  • Éviter l'exposition, la mise en réserve ou l'examen d'objets près d'une source d'eau, comme dans les endroits suivants :
    • Au sous-sol ou au grenier. Si la mise en réserve au sous-sol est inévitable, placer les objets à au moins 10 cm du plancher.
    • Sous des tuyaux, des climatiseurs ou autres sources d'eau. Si la mise en réserve sous les tuyaux est inévitable, essayer d'installer des rayons d'étagères entre les tuyaux.
  • S'assurer que les tuyaux sont bien protégés du gel en période hivernale.
  • Sceller toute ouverture autour des tuyaux pour empêcher les fuites d'eau.
  • Éviter :
    • de poser de la moquette dans les rayons ou les aires de mise en réserve. Une moquette peut absorber de grandes quantités d'eau, ce qui augmente considérablement le niveau d'humidité.
    • de placer des étagères ou des objets contre les murs, car il peut y avoir de l'eau qui coule d'en haut, le long des murs.
    • de placer des objets sur ou contre des murs extérieurs non isolés ou près des fenêtres, car il y a des risques de dommages dus aux infiltrations ou à la condensation.
    • d'installer des éviers d'entretien dans les aires d'exposition ou au-dessus de celles-ci.

Mettre les collections en réserve séparément, de manière à ce qu'elles s'abîment le moins possible les unes les autres si elles deviennent mouillées (par exemple : mettre en réserve les tissus de couleur et les tissus blancs séparément).

Protocoles liés à la construction ou à la rénovation

Il est possible d'éviter des problèmes d'eau découlant d'accidents au cours de travaux de construction ou de rénovation en supervisant les entrepreneurs et en s'assurant qu'ils se conforment à des lignes directrices explicites. En , un accident lié à des travaux de construction à la Chicago Historical Society, lors desquels une conduite d'eau principale a été endommagée, a causé des dommages considérables aux collections et a failli entraîner la perte de vies. En élaborant de telles lignes directrices, tenir compte des éléments suivants :

  • Donner de la formation appropriée aux entrepreneurs pour s'assurer qu'ils comprennent le caractère sensible des matériaux présents dans leur milieu de travail;
  • Gérer les sources d'eau (par exemple : les lieux où l'on mélange les ciments et les plâtres);
  • Installer des écrans de protection pendant les travaux de construction/rénovation;
  • Bien désigner les vannes de régulation d'eau (système domestique et gicleurs);
  • Faire preuve de prudence au moment :
    • d'inspecter ou d'entretenir les systèmes de gicleurs;
    • d'effectuer des travaux ou de la rénovation près de têtes de gicleurs.
  • Déplacer ou couvrir des objets situés près de l'endroit où l'on effectue des travaux de plomberie;
  • Mettre en place des procédures d'intervention en cas d'accident (par exemple : qui doit faire quoi, notamment si un tuyau fuit ou éclate, ou si une tête de gicleur est endommagée).

Stratégies d'entretien du bâtiment

Un grand nombre de problèmes d'eau, surtout dans des petits musées ou dans des maisons historiques, sont causés par un mauvais entretien ou par un manque total d'entretien. Pour prévenir ou atténuer les dommages causés par l'eau, il faut mettre en œuvre un programme d'entretien régulier, comprenant les étapes suivantes :

  • Élaborer une liste de vérification pour s'assurer que le périmètre du bâtiment fait l'objet d'une inspection visuelle (externe/interne). Voici certains défauts ou problèmes potentiels du bâtiment :
    • Infiltration d'eau par la toiture;
    • Infiltration d'eau par la cheminée;
    • Bardeaux ou solins de toiture lâches ou en mauvais état;
    • Infiltration d'eau par les fenêtres et les portes;
    • Colmatage manquant dans les murs en rondins;
    • Gouttières bloquées;
    • Mauvais drainage ou mauvais nivellement du terrain;
    • Fondations ou crépi fissurés;
    • Semelles trop petites;
    • Végétation trop près du bâtiment (c.-à-d. arbres, plantes grimpantes, arbustes);
    • Fentes ou fissures dans les colonnes et les supports structuraux.
  • S'assurer qu'un membre du personnel (ou l'entrepreneur) est expressément désigné pour effectuer l'entretien régulier du bâtiment et réparer les défectuosités.
  • Installer des gouttières et des descentes pluviales pour évacuer l'eau loin du bâtiment, et avoir un programme régulier d'inspection et de nettoyage des gouttières et des descentes pluviales, pour empêcher leur blocage par des feuilles ou des débris.
  • Aménager le terrain en pente descendante depuis le bâtiment afin d'éloigner l'eau des fondations.
  • Éviter toute accumulation de glace sur les toits en hiver. Installer des câbles chauffants aux endroits les plus vulnérables pour réduire l'accumulation de glace et de neige; inspecter périodiquement le système pour s'assurer qu'il est opérationnel; faire appel à des couvreurs professionnels pour enlever la glace et la neige.
  • S'assurer que le toit est en bon état (par exemple : pas de tuiles ni de bardeaux lâches, pas de trous, etc.) et prendre des mesures correctives en temps opportun.
  • Installer une pompe de puisard dotée d'une pile de secours en cas de panne de courant, si les inondations constituent un problème intermittent.
  • Effectuer des inspections à la fin de la chaque journée avant la fermeture, afin de s'assurer qu'il n'y a pas de robinets d'eau ouverts sans surveillance ou de cuvettes de toilette qui débordent.

Stratégies de mise en réserve et d'exposition

  • Utiliser des contenants résistants à l'eau (voir ci-dessus).
  • S'assurer que les meubles de rangement à tiroir sont étanches à l'eau et que les petits objets qui s'y trouvent sont déposés dans des sacs de plastique ou des boîtes.
  • Dans la mesure du possible, utiliser des couvercles de vitrine d'exposition; leur présence permet de protéger les objets de l'égouttement ou des éclaboussures d'eau.

Bloquer (atténuer)

Quand il est impossible d'éviter une menace directe, il peut être utile de mettre en place un programme préventif qui permet d'anticiper le problème et qui comprend des procédures ou des mesures d'atténuation des effets. Le programme peut comprendre ce qui suit :

  • Demeurer conscient des conditions météorologiques prévues dans le secteur (par exemple : avertissements météorologiques, avertissements d'inondations) par l'entremise notamment des stations météorologiques, des médias et de l'Internet;
  • Si le bâtiment est situé dans une zone sujette aux inondations ou aux fortes précipitations, déterminer le plus haut niveau d'inondation possible : les autorités municipales conservent souvent ce type de renseignement dans leurs dossiers;
  • Se tenir informé des décisions que prennent les autorités responsables de l'eau concernant l'élévation ou l'abaissement de son niveau;
  • Avoir des sacs de sable prêts à placer autour des portes et autour des fenêtres situées sous le niveau du sol quand on annonce du mauvais temps;
  • Être prêt à appliquer du ruban autour des portes et des fenêtres ou à murer ces ouvertures;
  • Être prêt à déplacer les collections à des niveaux supérieurs dans le bâtiment ou dans un endroit sécuritaire provisoire;
  • Rassembler du matériel comme des pompes, des aspirateurs pour détritus secs ou humides, des vadrouilles et des racloirs (sur un « chariot d'intervention » ou dans une aire de mise en réserve désignée), pour utilisation dans de telles urgences, ou au moins savoir où on peut s'en procurer d'urgence;
  • Mettre le personnel en état d'alerte;
  • Placer des bâches ou des feuilles de polyéthylène industriel sur toute partie du bâtiment par laquelle l'eau est susceptible de s'infiltrer pendant un orage.
Tableau 3. Fournitures d'intervention en cas d'urgence
Fournitures de baseFournitures importantesFournitures pour parer à toute éventualité
  • Feuille de polyéthylène (rouleau)
  • Vadrouilles
  • Seaux
  • Racloirs
  • Gants en caoutchouc
  • Bottes en caoutchouc
  • Casques de sécurité
  • Lampes de poche et piles
  • Papier buvard
  • Papier journal blanc (rouleaunewsprint (roll)
  • Tissus-éponges
  • Papier à congélation
  • Éponges
Fournitures de base +
  • Aspirateur pour détritus secs ou humides
  • Ventilateurs industriels
  • Rallonges
  • Escabeaux
  • Chariots
  • Déshumidificateurs
  • Outils

Fournitures importantes +

  • Chariots d'urgence
  • Congélateurs
  • Accès à des lyophilisateurs
  • Sécheuses Salle d'intervention

Détecter

La principale priorité en matière de détection consiste à effectuer une évaluation des risques afin de déterminer le niveau de risque existant. Cette évaluation doit être coordonnée avec l'inspection de l'extérieur et de l'intérieur du bâtiment et de ses collections, afin de déceler des traces d'eau. Des inspections régulières doivent suivre, lesquelles peuvent être intégrées aux tâches habituelles de nettoyage et de surveillance des lieux.

La détection peut se faire en trois étapes :

  1. La présence visible d'eau à l'état liquide provenant d'une inondation ou d'une fuite, qui exige une intervention immédiate (voir le volet « Intervenir », ci-dessous).
  2. Des traces de dégâts d'eau insidieux, tant sur le bâtiment que sur les objets, indiquant un problème d'eau et dont on doit déterminer l'origine; par exemple :
    • efflorescence sur la pierre, le béton ou la brique à l'extérieur du bâtiment;
    • prolifération de plantes à l'extérieur du bâtiment, en particulier de la mousse et des algues;
    • efflorescence sur la pierre, le béton, la brique et le plâtre à l'intérieur du bâtiment;
    • prolifération d'algues et de champignons sur les murs intérieurs;
    • peinture qui se décolle (peut également être causé par une peinture de mauvaise qualité, une mauvaise application ou une grande variation de l'humidité relative);
    • murs ou planchers excessivement froids;
    • égouttements et taches sur les murs, les planchers et les plafonds;
    • « cernes » sur les planchers;
    • corrosion externe de la tuyauterie et des raccords métalliques fixés aux murs;
    • mouvement des lames de parquet en raison de suintements sous la surface;
    • signes visuels de croissance de moisissure ou de pourriture; odeurs (c.-à-d. une odeur d'humidité);
    • des dommages importants, comme ceux cités au tableau 2, indiquant des problèmes d'eau dans l'aire d'exposition ou de mise en réserve.
  3. L'avertissement d'une présence d'eau au moyen de systèmes d'alarme ou d'autres dispositifs de surveillance.

Systèmes de surveillance

Installer :

  • des détecteurs d'eau dans toutes les zones où l'on soupçonne une infiltration d'eau possible ou une fuite d'eau par des raccords intérieurs;
  • un système de climatisation surveillé pour indiquer tout changement (fluctuation) de l'humidité relative;
  • des enregistreurs de données;
  • des thermohygrographes de consigne.

Intervenir

Les procédures d'intervention sont lancées dès que l'on détecte un incident. En général, on peut établir ces procédures à partir des scénarios catastrophes. Voici quelques mesures à prendre :

Procédures d'intervention immédiate

Dans toute intervention en cas d'urgence, qu'il s'agisse d'un problème d'eau ou autre, la vie humaine et la sécurité sont toujours prioritaires. Des inondations importantes peuvent entraîner notamment les risques suivants :

  • contamination de l'eau (bactéries, matières fécales);
  • cadavres d'animaux ou d'humains (scénarios catastrophes, par exemple : l'ouragan Katrina et les inondations à la Nouvelle-Orléans);
  • maladie;
  • moisissure;
  • débris (briques, béton, bois, clous, etc.);
  • planchers glissants (par exemple : recouverts de boue ou de glace);
  • fils électriques sous tension ou appareils électriques dans l'eau;
  • températures extrêmes.

Précautions en matière de santé et de sécurité

On doit supposer que l'eau est contaminée jusqu'à preuve du contraire. Il peut être nécessaire de prélever un échantillon d'eau et de l'analyser pour vérifier si elle est contaminée, en particulier s'il s'agit d'une inondation étendue, comme celle de 2004 à Peterborough, où l'eau présentait une contamination de niveau 4 et contenait de la bactérie E-coli. Par conséquent, s'assurer que les vaccins pour l'hépatite A et pour le tétanos ne sont pas périmés et toujours porter un équipement de protection individuelle (EPI) approprié approuvé par la CSA ou l'ASA, comme les produits ci-dessous :

  • salopettes Tyvek™
  • appareil respiratoire N95 ou N100
  • gants en plastique
  • bottes ou bottillons en caoutchouc
  • casque de protection

Procédures liées à la gestion de l'eau

  • Contenir l'écoulement d'eau.
  • Fermer l'eau à la source, dans la mesure du possible (l'intervention du gestionnaire du bâtiment ou d'un responsable municipal peut s'avérer nécessaire).
  • Protéger (c.-à-d. couvrir, enlever) toute collection qui se trouve directement sous une source d'eau ou sur son passage.
  • Enlever l'eau stagnante avec des aspirateurs pour détritus secs ou humides, des pompes, des vadrouilles et des racloirs.
  • Enlever tout matériau capable de retenir l'eau (c.-à-d. moquettes, cloisons sèches, rembourrage).
  • Assurer une circulation d'air continue (ventilateurs, déshumidificateurs, ouverture des fenêtres).
  • Surveiller le milieu ambiant et essayer de le ramener progressivement à sa température et à son humidité relative initiales.

Récupérer/Traiter

La récupération ou le traitement se rapporte à la mise en œuvre de mesures empêchant des dommages additionnels aux collections déjà touchées, tel qu'indiqué au tableau 2, et, si possible, à la façon de procéder à des traitements éventuels de conservation (sujet non abordé dans le présent document). L'objectif principal est d'empêcher :

  • l'atteinte par la moisissure et les dommages ultérieurs;
  • les dommages physiques additionnels dus à un séchage trop rapide ou trop lent qui peut provoquer, entre autres, des déchirures, des déformations, du fendillement et des fissures;
  • l'adhésion de surfaces ou d'objets les uns aux autres;
  • le durcissement de matériaux absorbants (comme le papier, les textiles et le cuir) au moment de sécher après avoir été trempés dans de l'eau;
  • les accrétions sur des surfaces formées par des contaminants présents dans l'eau;
  • la dissolution, entre autres, de pigments, de colorants, d'adhésifs solubles à l'eau;
  • la perte de renseignements;
  • la perte de fragments, notamment de papiers, de toiles, de céramiques;
  • la perte d'objets.

L'efficacité avec laquelle on peut rétablir la situation à la suite de dégâts d'eau dépend de la préparation des services d'intervention de l'installation en cas d'urgence et de sinistre. Il est essentiel que l'organisme élabore un plan précis et qu'il le tienne à jour. Au minimum, le plan doit inclure ce qui suit :

  • priorité du traitement précis de la collection;
  • renseignements sur l'emplacement de tous les objets;
  • organigramme des personnes-ressources pour le personnel;
  • personnes-ressources pour les services d'intervention d'urgence locaux;
  • personnes-ressources pour obtenir des conseils et de l'appui sur la conservation;
  • emplacement des fournitures, du matériel et des installations.

Vignettes

Vignette 1. Inondation à Perth-Andover (Nouveau-Brunswick)

Documents et livres de Perth-Andove
Figure 2. Documents et livres pendant le séchage à l'air après l'inondation de Perth-Andover. Reproduction autorisée par les Archives provinciales du Nouveau-Brunswick.
Détail des livres séchant à l'air.
Figure 3. Détail de livres pendant le séchage à l'air. Noter les dépôts de vase sur la page de garde et la garde collée.
Reproduction autorisée par les Archives provinciales du Nouveau-Brunswick.

Au cours de l'hiver - dans la région de Perth-Andover (Nouveau-Brunswick), il y a eu régulièrement des tempêtes de neige abondante. , la glace sur la rivière commence à se rompre et forme un embâcle. Au cours de la soirée du premier jour d'inondation, le niveau de la rivière commence à monter et atteint 78 m, c.-à-d. le niveau de l'inondation de , et dépasse de loin ce niveau à . Aux premières heures du matin, l'Organisation des mesures d'urgence du Nouveau-Brunswick émet un avertissement de crue. De leur côté, la Gendarmerie royale du Canada et les services de police locaux commencent à avertir les résidents des basses terres. L'eau de la rivière traverse la rue principale où se trouve le bâtiment des archives, soit à côté de la rivière Saint-Jean et dans une zone inondable connue. L'état d'urgence est décrété et le maire ordonne la coupure de tout courant électrique. On procède à l'évacuation de l'hôpital local et on presse les résidents de la ville à quitter leurs résidences dès que possible. Entre et du matin, on évacue la population de l'ensemble du centre-ville.

Le rez-de-chaussée de tous les bâtiments, y compris celui des archives, se trouve sous environ 2 mètres d'eau. Certains dossiers se trouvent dans une chambre forte, tandis que d'autres sont disposés sur des rayonnages ouverts ou dans des classeurs. Le personnel réussit à récupérer tous les articles qui s'y trouvent. Il transfère également les collections de microfilms et de microfiches dans un motel à proximité avant la montée des eaux.

Au milieu de la matinée du deuxième jour (le ), le niveau des eaux atteint un maximum de 79,5 m et l'embâcle cède. Les eaux baissent ensuite au-dessous du niveau d'inondation et on permet à certains résidents de regagner leur domicile.

Le samedi suivant les inondations, quand on autorise finalement les conservateurs d'Ottawa et de Fredericton à entrer dans le bâtiment des archives, ceux-ci trouvent divers types de registres, de dossiers de la cour et de concessions de terre sur toile de lin, dont certains sont mouillés et d'autres flottent sur l'eau. Ces documents, ainsi que des milliers d'autres documents et reliures, sont récupérés et emportés dans un entrepôt du gouvernement provincial à l'extérieur de Fredericton.

Le séchage de ces documents représente un certain nombre de problèmes, car on ne dispose d'aucune installation de congélation ou de lyophilisation sous vide, ni d'aucun personnel pour aider les conservateurs. Par conséquent, on décide de sécher à l'air en utilisant tous les matériaux absorbants que l'on trouve sous la main (papier buvard, essuie-tout, rouleaux de papier kraft, etc.), tout en faisant circuler l'air à l'aide de quatre ventilateurs autostables. Comme on ne dispose d'aucune table, on étale les documents sur du papier buvard à même le plancher, jusqu'à ce qu'ils soient secs. Par la suite, on met d'autres documents à sécher. Le séchage à l'air entraîne le gaufrage et le plissage du papier et le décollage de certaines reliures.

Inévitablement, il y a toujours des leçons à tirer des sinistres. Il est cependant nécessaire de résister à la tentation de critiquer, pour se concentrer plutôt sur l'apprentissage et l'amélioration. Voici quelques conseils pratiques :

  • Élaborer un plan de mesures d'urgence pour l'installation en cas de sinistre et s'assurer qu'il demeure à jour. Le plan doit comprendre un système pour établir les priorités lors de l'évacuation des collections hors du bâtiment.
  • Conserver en réserve une trousse de matériaux essentiels, comme du papier buvard, des fournitures en papier et des feuilles de plastique.
  • Assurer l'accès au matériel et aux installations. Il n'est pas nécessaire d'avoir un matériel complexe à portée de la main, mais il faut créer et entretenir un réseau de personnes-ressources.
  • Prévoir des dispositifs plus efficaces d'imperméabilisation pour les objets.

Vignette 2. Inondation du Musée-village du patrimoine de Cumberland (Ontario)

Dommages de l'eau aux meubles et aux objets en bois.
Figure 4. Mobilier et objets de bois (c.-à-d. roues de chariot) endommagés par l'eau après l'inondation du musée de Cumberland. Reproduction autorisée par le Musée-village du patrimoine de Cumberland, Ville d'Ottawa.
Glaçons pendant de la chaise
Figure 5. Glaçons pendant de la chaise après l'inondation du Musée-village du patrimoine de Cumberland. Reproduction autorisée par le Musée-village du patrimoine de Cumberland, Ville d'Ottawa.

La mise en réserve du Musée-village du patrimoine de Cumberland est une ancienne caserne de pompiers appartenant à la ville d'Ottawa. Les objets qui s'y trouvent sont principalement des meubles résidentiels, des outils agricoles, un piano droit, un orgue à soufflerie manuelle et des dossiers d'archives relatifs à l'histoire du musée. Au cours de l'hiver 2003, le personnel municipal inspecte le bâtiment une fois par mois. Pendant une inspection de routine, on constate que plus de 2 000 m3 d'eau ont coulé d'un tuyau d'eau de 3/4 pouce situé dans les combles, brisé à la suite de la défaillance des deux appareils de chauffage. Un mauvais fonctionnement de l'appareil de chauffage monté en toiture semble en être la cause (à l'origine du bris). L'interruption de l'alimentation en mazout entraîne l'arrêt de l'appareil de chauffage et la température dans le bâtiment descend sous le point de congélation. Par conséquent, le tuyau éclate. Au cours de l'inondation, la température extérieure atteint – 25 °C et l'eau qui coule du tuyau et touche les objets se trouvant au-dessous, gèle. Heureusement, le bâtiment est doté d'une canalisation sanitaire centrale au sol, sans quoi le niveau de l'eau aurait pu atteindre un mètre ou plus avant de se transformer en glace. On ne sait pas exactement quand le bris a eu lieu, mais on pense qu'il s'est produit au cours des deux semaines précédant l'inspection, car personne n'est allé au musée pendant cette période. S'il n'y avait pas eu d'inspection, la fuite n'aurait été découverte que bien plus tard. En raison de son emplacement, il n'y a qu'environ 15 % à 20 % de la surface de la réserve qui est touché.

Tous les petits objets avaient été placés sur des rayonnages et recouverts d'une feuille de polyéthylène, fixée en place avec de la bande Velcro. À certains endroits cependant, la force et la quantité d'eau ont déplacé la feuille de polyéthylène et ont trempé certains objets. Les objets de petite taille entreposés sur des étagères métalliques et recouverts d'une feuille de polyéthylène toujours en place, s'en sont bien tirés. Grâce à une planification efficace, jumelée à une grande ardeur, on a pu éviter des dommages plus importants pour une grande majorité des articles. Les plus gros meubles et les outils agricoles étaient complètement trempés et le rembourrage de quelques-uns des meubles était également saturé d'eau. Certains meubles étaient même pris dans la glace et ornés de glaçons. Le bois avait gauchi et fendu, des couches de peinture avaient pelé et s'étaient écaillées, et certains placages avaient commencé à lever. Parmi d'autres objets touchés par l'eau, il y a des pochettes de disques 78 tours, des documents d'archives dans des chemises de couleur ou dans des reliures à anneaux en plastique, et quelques carnets de reçus.

C'est la croissance de moisissure qui représentait le plus grand risque de dommages pour la collection. Aussi, afin d'accélérer le séchage des lieux et de réduire au minimum la prolifération de la moisissure pendant le séchage, on a légèrement relevé les grandes portes à chaque extrémité du bâtiment et on a remis en marche les appareils de chauffage. On a assuré la circulation de l'air en plaçant de grands ventilateurs de type commercial sous les portes relevées d'un côté du bâtiment. Dès que les appareils de chauffage ont commencé à fonctionner, on a retiré les feuilles de polyéthylène des étagères afin d'assurer le plus grand déplacement d'air possible alentour des objets en bois. En moins d'une semaine, l'humidité relative était réduite à 40 %. On a laissé tourner les ventilateurs jusqu'au séchage complet de tous les objets.

On a rangé les documents en papier dans des boîtes propres et sèches et on les a placés dans un bâtiment d'entreposage non chauffé. Comme la température extérieure était d'environ -25 °C, ils ont rapidement gelé. Cette intervention représentait une mesure palliative jusqu'à ce que les papiers puissent être entreposés dans une installation frigorifique commerciale et lyophilisés sous vide.

Tout compte fait, malgré la gravité et la durée de l'inondation, les dommages subis par la collection ont été négligeables, et ce, grâce à la célérité avec laquelle la situation a été évaluée et à la rapidité d'exécution du séchage et de la stabilisation. Il y a eu des dommages au fini de certains meubles peints en raison du gonflement du bois. Les objets en bois plaqués ont absorbé tant d'eau que le placage a gondolé et s'est détaché de son support. Le fini des meubles dont les pieds baignaient dans l'eau présentait des cernes juste au-dessus des pieds. Par ailleurs, la plupart des pochettes des disques 78 tours ont été mises au rebut.

Pour éviter un tel désastre à l'avenir, ou pour être prêt à faire face à des situations semblables, il faut tenir compte des éléments suivants :

  • Élaborer un plan de mesures d'urgence pour l'installation en cas de sinistre et s'assurer qu'il demeure à jour.
  • Conserver en réserve une trousse de matériaux essentiels, comme du papier buvard, des fournitures en papier et des feuilles de plastique.
  • Assurer l'accès au matériel et aux installations. Il n'est pas nécessaire d'avoir un matériel complexe à portée de la main, mais il faut créer et entretenir un réseau de personnes-ressources.
  • Installer des alarmes ou des enregistreurs de données avec des sorties à distance pour signaler la présence d'eau ou les fluctuations de température et d'humidité relative.
  • Augmenter la fréquence des inspections superficielles.
  • Établir des horaires d'entretien régulier pour les installations et les machines.
  • Prévoir des dispositifs plus efficaces d'imperméabilisation pour les étagères de rangement de gros objets.

Références (Lectures clés)

  • Ball, Cynthia, et Audrey Yardley-Jones, éds. Help! A Survivor's Guide to Emergency Preparedness. Museum Excellence Series: Book 3. Edmonton: Museums Alberta, .

  • Buchanan, Sally. Emergency Salvage of Wet Books and Records (lien disponible en anglais seulement). North East Document Conservation Center Technical Leaflet, Emergency Management, Section 3, Leaflet 7. North Andover: NEDCC, , consulté .

  • Gouvernement du Canada, « Programme de réduction des dommages causés par l'eau », consulté .

  • Gouvernement du Canada, Sécurité Publique Canadien consulté .

  • Hutchins, Jane K., et Barbara O. Roberts, éds. First Aid for Art. Essential Salvage Techniques. Lenox, MA: Hard Press Editions, .

  • Wellheiser, Johanna, et Jude Scott, éds. An Ounce of Prevention: Integrated Disaster Planning for Archives, Libraries and Record Centres. 2nd edition. Maryland and London: Scarecrow Press, .

Grâce au Centro Nacional de Conservación y Restauración, situé au Chili, le document Web intitulé « Agents de détérioration » publié par l’Institut canadien de conservation et traduit en espagnol par l’ICCROM, est désormais gratuitement accessible en ligne. Ce document destiné aux conservateurs et aux restaurateurs, identifie les dix principaux agents qui constituent une menace pour les environnements patrimoniaux.

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