Le soin des livres – Notes de l'Institut canadien de conservation (ICC) 11/7

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Introduction

Les livres sont des objets qui se retrouvent couramment dans des collections publiques et personnelles. La présente Note de l’ICC constitue une initiation au soin des livres, plus précisément à la manipulation des livres qui revêtent de l’importance pour leurs propriétaires. Contrairement à de nombreux objets détenus dans des collections patrimoniales, les livres sont généralement destinés à être utilisés, et n’ont pas pour simple but d’être exposés. En tant qu’objets structuraux presque toujours destinés à être déplacés, ils sont soumis au stress et à des dommages pendant leur utilisation. Ces dommages peuvent être liés à la qualité des matériaux, à la robustesse ou à la fragilité de la reliure, au type de manipulation et aux conditions environnementales.

Une liste de suggestions de lectures complémentaires et une liste de fournisseurs en préservation se trouvent à la fin de la présente Note. Dans le cas d’une reliure historique nécessitant une intervention majeure, il convient de consulter un restaurateur professionnel.

Contexte

Le livre sous forme de codex remonte au IIe siècle de notre ère. Avant son introduction, les textes étaient écrits sur des rouleaux ou des tablettes de cire. Il existe de nombreux autres types de livres issus de multiples traditions, dont les livres en accordéon et les manuscrits de feuilles ficelées. La présente Note porte sur les livres de format codex, même si les recommandations générales concernant les conditions environnementales et la manipulation peuvent s’appliquer à d’autres formats de livres.

Avant le XIXe siècle, tous les livres étaient reliés à la main par des relieurs. Ils étaient soit manuscrits, soit imprimés à l’aide de caractères en plomb mobiles. Les matériaux nécessaires à la fabrication du livre, comme le cuir, le parchemin, les adhésifs, les pigments, les textiles et le papier, étaient faits par des artisans qui se consacraient à leur production. Les traditions entourant les matériaux et les techniques de reliure varient grandement d’une région à l’autre et d’une période historique à l’autre.

L’avènement de la machine au XIXe siècle a permis la mécanisation sans cesse grandissante des procédés de reliure. Les méthodes d’impression, de fabrication du papier et de reliure ont changé pendant la révolution industrielle, et continuent d’évoluer au fil des percées technologiques. Ces changements ont une incidence sur les matériaux qui entrent dans la fabrication du livre et sur les chances de survie à long terme d’un livre.

Matériaux

Les livres sont des objets composites qui peuvent être faits d’une grande diversité de matériaux, tels le cuir, le parchemin, le papier, les textiles, le bois, les adhésifs, le carton, le métal et le plastique. Ils peuvent contenir des photos, des spécimens de végétaux et des collections mixtes comme celles qui figurent dans des albums de coupures. Tous ces matériaux réagissent différemment et à des vitesses variables aux changements dans les conditions environnementales. Certains, comme le parchemin, sont particulièrement vulnérables aux dommages causés par les fluctuations de l’humidité relative (HR). Les préparations utilisées pour le contenu écrit et les illustrations peuvent comprendre l’encre d’imprimerie, l’encre ferro-gallique, l’encre à base de carbone, l’encre pour l’impression au laser et de nombreux colorants différents.

Cuir à tannage végétal

Les cuirs principalement utilisés en reliure sont ceux qui s’obtiennent par tannage végétal, par exemple la peau de chèvre, la peau de veau, la peau de mouton et la peau de porc. Ces cuirs sont privilégiés pour leur apparence, leur stabilité et leur durabilité. On utilisait rarement en reliure le cuir obtenu par tannage au chrome; cependant, il était et continue d’être employé pour la confection de vêtements et la fabrication de meubles.

Au fur et à mesure qu’il se dégrade, le cuir perd de sa résistance mécanique et peut devenir fragile, craquelé ou friable (poudreux). La pourriture rouge, une forme extrême de cuir brun-rougeâtre poudreux, est causée non pas par un faible taux d’humidité ou par le vieillissement naturel, mais plutôt par l’action d’acides présents dans les polluants atmosphériques (l’acide sulfurique, par exemple). Il ne faut jamais appliquer des traitements ordinaires à du cuir poudreux ou atteint de pourriture rouge. Il faut plutôt solliciter les conseils ou l’aide d’un restaurateur professionnel. Pour obtenir de plus amples renseignements, consulter la Note de l’ICC 8/2 Le soin des cuirs de tannage végétal et minéral.

Veau retourné ou suède

Pour les reliures en veau retourné ou en suède, on utilise le côté chair du cuir, souvent appelé « le côté pelucheux » (la face inférieure du cuir à laquelle on n’a fait subir ni teinture, ni polissage, ni traitement quelconque pour lui donner son apparence définitive). Ce cuir se retrouve généralement sur les reliures de livres de comptes, de grands livres ou de copie-lettres.

Parchemin

Le parchemin est fait d’une peau d’animal non tannée. Le procédé chimique consiste à faire tremper la peau dans de la chaux, puis à l’étirer et à la gratter avant de la faire sécher sous tension. Ce procédé crée un matériau raide de couleur blanc cassé. Le terme général « parchemin » est employé pour désigner tout matériau fait de peau d’animal; le terme « vélin » désigne expressément le matériau fait de peau de veau. Les deux matériaux étaient couramment utilisés pour les reliures souples en vélin ou en parchemin, ainsi que pour les reliures rigides en parchemin. Le parchemin ou le vélin servait à la fabrication de corps d’ouvrages et de documents d’archives, comme des chartes, avant l’avènement du papier. Il est demeuré en usage bien après le début du XIXe siècle en raison de sa longévité. Il faut éviter de mouiller le parchemin, qui est sujet au gondolage et à la distorsion. De plus, les parchemins dégradés peuvent se gélatiniser irréversiblement.

Peau traitée à l’alun

La peau traitée à l’alun est exposée à des sels d’aluminium et à d’autres matériaux, mais n’est pas tannée. Le procédé chimique et physique de fabrication produit un matériau de couleur blanche ou blanc cassé qui présente un haut degré de souplesse. Cette peau très durable est encore utilisée pour la conservation des livres, mais elle est très sujette aux dommages causés par l’eau ou l’humidité.

Tissu

Les bibliothèques canadiennes renferment de nombreux ouvrages reliés au moyen de divers types de tissu. Parmi les matériaux commerciaux communément employés, mentionnons le bougran et le cuir artificiel (par exemple, Rexine), qui sont offerts dans une vaste gamme de couleurs, d’épaisseurs et de textures. Le calicot, le velours et la soie étaient aussi utilisés en reliure par le passé. En outre, les non-spécialistes employaient souvent des textiles comme matériaux de réparation. L’eau peut facilement endommager un grand nombre de textiles, surtout parce que des produits de remplissage comme l’amidon étaient autrefois ajoutés à la toile à reliure. À partir du début du XXe siècle, la toile à reliure a parfois été traitée ou fabriquée avec de l’acrylique ou d’autres matières plastiques, qui créent un revêtement imperméable à l’humidité.

Papier

De nombreux livres sont recouverts de papier. Ce vaste groupe peut englober différents types de reliures, depuis la brochure ou le livre de colportage, qui sont formés d’un ensemble de quelques feuilles de texte imprimé, jusqu’aux reliures en emboîtage historiques, en passant par les jaquettes en papier et les couvertures souples modernes.

Autres matériaux

Il est déjà arrivé, dans de rares cas, que des relieurs aient recours à des matériaux de couverture inhabituels, comme de l’écaille de tortue, de l’ivoire ou de l’os. Ils ont parfois utilisé du nitrate de cellulose et d’autres matières plastiques pour imiter ces matériaux. Le similicuir ou le cuir synthétique ont aussi été employés en reliure. En général, ces matériaux sont à base de plastique ou d’un laminé de plastique et de tissu. Le plastique se dégrade avec le temps lui aussi.

Environnement

Humidité relative et température

La plupart des matériaux employés dans la fabrication de livres sont hygroscopiques, c’est-à-dire qu’ils réagissent à l’eau ainsi qu’aux fluctuations de l’HR. Les livres restent dans un état optimal sous un climat ni trop sec ni trop humide : un climat excessivement sec peut nuire à des matériaux comme le cuir ou le parchemin, tandis qu’un climat excessivement humide peut entraîner une distorsion physique et la formation de moisissures. Les fluctuations de l’HR peuvent causer des dommages considérables. Il ne faut jamais soumettre des reliures en cuir ou en parchemin à des taux extrêmes d’HR. Les conditions froides de l’extérieur combinées au chauffage central sec peuvent réduire l’HR à l’intérieur d’un bâtiment à moins de 30 % et causer une perte d’humidité qui fragilise le cuir. Un taux élevé d’HR (de plus de 75 %) et une circulation d’air insuffisante favorisent la croissance des moisissures. Les températures locales élevées (par exemple, des présentoirs dégageant beaucoup de chaleur ou une réserve près d’un radiateur) peuvent dessécher le cuir. Les conditions climatiques pour le cuir sont idéales lorsque le taux d’HR reste entre 45 % et 55 % et que la température correspond aux paramètres associés au confort humain, soit une fourchette de 18 oC à 22 oC. Il n’est pas toujours possible de maintenir des conditions idéales; une approche de gestion du risque permet alors de gérer au mieux les collections. (Consulter Agent de détérioration : humidité relative inadéquate – Mesures de régulation relatives aux stratégies globales et aux valeurs cibles.)

Éclairage

Il faut éviter de mettre en réserve ou d’exposer des livres sous des projecteurs, en plein soleil ou sous une lumière artificielle, car ce sont trois conditions ambiantes pouvant causer la décoloration, le dessèchement et la dégradation photochimique. S’il est impossible d’éviter la lumière directe du soleil, il serait sage de recourir à une pellicule de protection contre les ultraviolets (UV) ou à des stores pour limiter l’exposition. La lumière efface ou noircit certaines teintures (les colorants utilisés pour donner de la couleur à une vaste gamme de matériaux de reliure tels que le cuir, le tissu et le papier), tout en accélérant la détérioration des matériaux. Les dommages causés par la lumière étant cumulatifs et irréversibles, il faut limiter le temps d’exposition dans la mesure du possible. Pour y arriver, il suffit parfois de laisser les lumières éteintes dans les réserves lorsque celles-ci sont inoccupées. Il convient d’exposer ou de mettre en réserve les livres à une intensité lumineuse maximale de 150 lux et de limiter le rayonnement UV à moins de 75 µW/lm. Les matériaux extrêmement sensibles à la lumière, comme les manuscrits enluminés, devraient être exposés à une intensité lumineuse inférieure à 50 lux et à un rayonnement UV inférieur à 75 µW/lm.

Mise en réserve

Idéalement, on devrait ranger les livres sur des étagères en acier émaillé cuit. Les étagères en bois sans revêtement sont à déconseiller, car tous les produits en bois contiennent des acides volatils qui peuvent être libérés des surfaces non revêtues. Cela dit, on peut utiliser, au besoin, les étagères revêtues qui ont été soumises à un traitement adéquat (consulter le Bulletin technique 23 Directives concernant l’humidité et la température dans les archives du Canada). Selon les résultats des recherches de Dubus et coll. (2014), les risques de dommages causés par de vieilles étagères en bois sont relativement faibles en raison du niveau élevé d’échange d’air et de la capacité négligeable des composés organiques volatils de pénétrer les tranches des livres.

Dans la mesure du possible, il ne faudrait pas ranger les livres dans des lieux comme des greniers ou des sous-sols. En raison des contraintes liées à l’HR et à la température décrites plus tôt, il faut éviter de placer les livres au-dessus de radiateurs ou de tuyaux d’appareils de chauffage, dans des sous-sols humides ou à proximité de tuyaux de plomberie. Il importe aussi de ne pas les ranger sur le dessus d’une étagère, car ils risquent alors d’être endommagés en cas d’activation d’extincteurs automatiques. Il convient de placer les livres sur le plan vertical et de les soutenir à l’aide de serre-livres. Pour en faciliter l’enlèvement, il importe d’éviter de les tasser en rangs serrés. Il faut veiller à inscrire la cote de classification de bibliothèque (cote topographique) sur du papier non acide et à l’insérer à l’intérieur du livre, plutôt que de l’appliquer directement sur le dos de celui-ci.

Lorsque cela est possible, on range ensemble les livres de taille semblable et l’on évite de les placer directement contre le dos de l’étagère, et ce, pour en faciliter le retrait et réduire les zones de faible écoulement de l’air (microclimats). Il importe de créer une barrière pour les étagères pourvues de rails abrasifs (étagères réglables), de ranger les volumes surdimensionnés à plat et de limiter l’empilage au strict minimum. S’il est impossible d’éviter l’empilage, on s’assure alors de placer les livres le dos vers l’avant et la gouttière vers l’arrière.

Une mise en réserve adéquate permet d’atténuer les effets des fluctuations des conditions environnementales. Une simple boîte faite de matériaux chimiquement stables peut servir d’écran pour protéger le livre contre des changements d’HR, le soustraire aux dommages de la lumière et conserver toute partie détachée ou endommagée de la reliure. Un contenant adéquat peut également servir à protéger le livre en cas de catastrophe imprévue, comme une inondation ou un incendie. Un emboîtage ou un étui expressément conçu représente une excellente solution pour la mise en réserve de volumes rares et endommagés. (Consulter la Note de l’ICC 11/1 Contenants de protection pour les livres et les œuvres sur papier.)

Manipulation

Les dommages causés aux reliures sont souvent dus à une manipulation inadéquate. La plupart des livres n’étant pas conçus pour être ouverts à plat, on ne devrait donc pas les ouvrir à 180 degrés. Lorsqu’on manipule un livre, il faut respecter les contraintes de la reliure. En l’absence de lutrin en mousse, on peut utiliser un simple berceau de fortune fait d’une serviette roulée pour soutenir le livre sur une table de lecture. Il est particulièrement important de supporter les mors pendant la manipulation et de rester au fait des caractéristiques d’ouverture du livre.

Schémas d'un livre comportant des étiquettes qui désignent les parties du livre.

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation. 131598-0002
Figure 1. Schémas illustrant les différentes parties d’un livre.

Voici quelques suggestions à suivre lors de la manipulation de livres :

  • Au moment de retirer un livre d’une étagère, placer la main au-dessus de la tranche de tête et pousser le livre vers soi par la gouttière, puis saisir les plats de part et d’autre du dos, dans la mesure du possible. S’il n’est pas possible de procéder ainsi, il faut alors repousser légèrement vers l’arrière les livres qui le touchent de chaque côté pour exposer l’ouvrage et le retirer. Au moment du retrait, saisir le livre fermement autour du centre du dos et le tirer doucement vers soi pour le retirer de l’étagère.
  • Ne jamais utiliser son doigt pour former un crochet au-dessus de la coiffe (la couverture de cuir qui borde la tête et la queue du livre, c’est-à-dire le cuir rentré sur la tête et sous la queue du livre, qui lui donne sa forme au dos) pour retirer le livre de l’étagère; cela endommagerait le dos.
  • Manipuler les volumes lourds et de grande dimension avec les deux mains. Pour retirer un ouvrage qui se trouve sous un autre livre, il faut retirer d’abord le volume du haut.
  • Lorsqu’on retire un livre d’une étagère afin de lui faire subir un traitement ou de le nettoyer, il faut le transporter sur un chariot ou dans une boîte en carton.
  • Il est recommandé de manipuler les livres avec des mains sèches et propres ou de porter des gants minces jetables et faits de nitrile ou de latex. Il faut enfiler des gants pour travailler avec des livres qui contiennent des photographies ou des métaux. Il est déconseillé de porter des gants de coton épais pour manipuler des livres rares, parce qu’ils peuvent endommager le cuir ou le papier dégradé.
  • Prendre garde aux bijoux et aux montres; les enlever, au besoin.
  • Dégager les surfaces de tout ce qui pourrait endommager les livres.
  • Éviter de faire glisser les livres sur des étagères ou sur des tables pour limiter le plus possible les dommages causés au cuir.
  • On peut utiliser, au besoin, un support approprié pour faciliter l’ouverture du livre.

Numérisation et facsimilés

Les bibliothèques et les centres d’archives font parfois une copie numérique ou physique d’un livre rare ou important pour en limiter la manipulation ou en faciliter l’accès. Par le passé, ces copies étaient souvent faites à l’aide d’un photocopieur ou d’un numériseur, mais il est aujourd’hui possible de photographier des pages à l’aide d’un appareil photo numérique. Cette technique est plus inoffensive que le recours à un photocopieur, qui peut exercer un stress sur la reliure et exposer les pages à une lumière excessive. Pour la photographie de livres, un berceau improvisé et des poids légers peuvent aider à supporter la reliure. Un trépied permet de tenir l’appareil photo à la même distance du livre pour chaque cliché. Pour la production d’une copie numérique destinée à une bibliothèque ou à une collection d’archives, il est important de consulter les lois applicables sur les droits d’auteur avant la numérisation. Dans le cas de livres endommagés, il pourrait être préférable de retenir les services d’une entreprise de numérisation qui se spécialise dans la manipulation et la photographie de livres rares.

Soin et entretien

Grâce à de bons soins et à de saines pratiques d’entretien, il est possible de prolonger la durée de vie attendue d’un livre. Un bon entretien ménager est essentiel au soin des livres. Il est recommandé d’inspecter les étagères et de les épousseter au moins tous les 12 mois. Il faut aussi combattre immédiatement les signes de moisissure ou d’attaque biologique (consulter à cet effet le Bulletin technique 12 Le contrôle des moisissures dans les musées, le Bulletin technique 13 La lutte contre les vertébrés nuisibles dans les musées, le Bulletin technique 15 La lutte contre les insectes dans les musées : les méthodes chimiques et la Note 3/1 de l’ICC Stratégies de lutte préventive contre les infestations et méthodes de détection).

Nettoyage

Le nettoyage peut embellir des reliures tachées tout en éliminant la poussière et les saletés, qui peuvent attirer des ravageurs et piéger l’humidité. Procéder lentement à chaque étape pour veiller à ce qu’aucune partie du livre ne soit endommagée pendant le nettoyage. Tout nettoyage devrait toujours être fait dans un espace bien aéré. Dans le cas de documents très poussiéreux, il pourrait être avantageux de porter un masque antipoussières. Il ne faut jamais tenter d’enlever des moisissures d’un livre sans prendre les précautions énoncées dans le Bulletin technique 26 Prévention des moisissures et récupération des collections : lignes directrices pour les collections du patrimoine, qui décrit les démarches appropriées. Les moisissures présentent un risque considérable pour la santé.

On peut nettoyer doucement l’extérieur des reliures le long du matériau de couverture et des tranches. Il convient toutefois d’agir avec prudence, car le nettoyage à sec peut endommager le cuir fragile ou atteint de pourriture rouge. D’abord, il faut bien dépoussiérer la reliure à l’aide d’un chiffon sec et sans peluche ou d’une brosse à soies souples, comme un blaireau ou un pinceau d’artiste. Il est recommandé d’utiliser une brosse faite de fibres naturelles souples, comme des poils de chèvre ou du crin de cheval, et d’éviter les brosses synthétiques, car elles causent de l’électricité statique. Pour garder la reliure propre, on applique la brosse de manière à éloigner la poussière du dos du livre (figure 2).

Schéma d'un livre que l’on brosse le long de la tranche pour enlever la poussière.

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation. 131598-0003
Figure 2. Époussetage dans le sens opposé à la reliure.

On peut aussi utiliser un aspirateur pour enlever la poussière (figure 3). Dans la mesure du possible, on choisit un aspirateur de musée à succion réglable de préférence à un aspirateur domestique. L’aspirateur devrait servir de complément à la brosse ou être pourvu d’un suceur spécial au lieu de brosses ordinaires. Au besoin, on peut attacher une toile à fromage ou un écran de fibre de verre au-dessus de la bouche du tuyau pour éviter d’aspirer les fragments de papier ou de cuir qui pourraient se détacher du livre (figure 4).

Schéma d'un aspirateur éliminant la poussière le long de la tranche d'un livre.

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation. 131598-0004
Figure 3. Enlèvement de la poussière à l’aide d’un aspirateur.

Schéma montrant comment fixer un écran de protection à un aspirateur.

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation. 131598-0005
Figure 4. Écran protecteur placé sur le tuyau de l’aspirateur.

Il est possible d’enlever de la poussière légèrement incrustée dans des reliures en tissu stable et en papier lorsqu’elles sont en bon état. Pour ce faire, passer doucement, sur la surface, une éponge en latex, une éponge cosmétique ou une gomme à effacer blanche en vinyle de type Magic Rub. Enlever méticuleusement à la brosse et à l’aspirateur toutes les particules de gomme à effacer. Comme pour toute méthode de nettoyage, il est sage de faire d’abord un essai sur un petit coin discret de la reliure. Il ne faut jamais appliquer une gomme à effacer sur du veau retourné ou du suède, car les résidus sont difficiles à enlever.

Pour éviter les dommages par abrasion, il convient de n’utiliser qu’un chiffon sans peluche sur les surfaces robustes comme les reliures en tissu modernes (et non le cuir ou le parchemin). Il est déconseillé de recourir à l’humidité pour nettoyer des reliures parce qu’elle pourrait perturber, noircir ou enlever la surface ou les teintures du matériau de couverture. Les reliures très sales doivent être évaluées par un restaurateur professionnel.

Note concernant les apprêts pour le cuir

Utiliser des apprêts pour traiter le cuir est à déconseiller, même si cela était très courant par le passé. Les apprêts, qui sont composés d’huiles, de cires ou d’émulsions huileuses, étaient autrefois appliqués pour adoucir et assouplir le cuir. Cependant, l’application d’huiles additionnelles contenues dans un apprêt pourrait en réalité entraîner le raidissement du cuir en le déshydratant (Van Soest et coll., 1984). De plus, un grand nombre d’huiles et de corps gras qui entrent dans la fabrication des apprêts pour le cuir lubrifient à court terme, mais finissent par s’oxyder, ce qui raidit encore davantage le cuir. Les apprêts pour le cuir engendrent de nombreux autres problèmes, dont le risque d’attirer de la poussière ou des insectes, le noircissement de la surface du cuir ou des taches sur les matériaux adjacents. Par le passé, on recouvrait parfois les reliures en cuir d’une couche de vernis pour en protéger la surface, créant ainsi une pellicule étanche. Les apprêts appliqués sur une pellicule de ce genre ne seraient pas absorbés par le cuir et accroîtraient le risque de formation d’une couche cireuse sur la surface de la reliure.

Livres endommagés

Les livres peuvent subir toutes sortes de dommages, dont la dislocation des mors, la détérioration des plats, la séparation des gardes, des déchirures et l’acidification du papier. Dans bien des cas, il est possible de procéder à des réparations mineures ou de mettre en réserve des livres endommagés dans des contenants non acides.

Mors disloqués

Un grand nombre de livres se dégradent, surtout ceux qui sont reliés en cuir, et les plats se séparent des mors. Il faut s’abstenir de réparer les mors avec du ruban autoadhésif, comme du ruban à tapis, du ruban en toile, du ruban-cache, du ruban d’emballage ou du ruban adhésif générique. Ces produits laissent des taches permanentes, qu’il est presque impossible d’enlever sans endommager la surface du matériau. Les matériaux de réparation destinés aux collections des bibliothèques de prêt ne sont pas appropriés aux livres historiques, peu importe leur importance. Bon nombre de produits offerts sur le marché pour le rattachement des plats et la réparation des livres peuvent laisser des traces irréversibles et causer d’autres dommages aux matériaux historiques.

S’il est impossible d’expédier un livre pour un traitement de conservation, on peut, en guise de solution provisoire, l’attacher avec du ruban sergé de coton (figure 5) en faisant la boucle sur la gouttière. Cette mesure permettra de maintenir les plats en place avec le corps d’ouvrage. Le livre pourra alors être retourné sur l’étagère. On peut aussi acheter un étui auprès d’un vendeur de fournitures d’archives ou fabriquer une boîte non acide dans laquelle ranger le livre (consulter la Note de l’ICC 11/1 Contenants de protection pour les livres et les œuvres sur papier).

Schéma d’un livre enroulé d’un ruban sergé de coton noué en boucle à la gouttière.

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation. 131598-0006
Figure 5. Illustration d’un livre attaché avec un ruban en croisé de coton.

Déchirure du papier

Idéalement, on devrait réparer les déchirures en tout genre avec du papier japonais et une pâte à base d’amidon de blé. Il convient de demander à un restaurateur de livre ou de papier qualifié d’effectuer ces réparations. Dans l’attente des réparations, placer les morceaux détachés dans des enveloppes d’archivage.

Il ne faut jamais utiliser de ruban générique pour réparer du papier ou des mors, à moins que le livre ne soit considéré comme jetable. Le ruban va jaunir et se détériorer avec le temps, ce qui endommagera le livre.

S’il est nécessaire d’effectuer des réparations temporaires à un livre en circulation ou à un ouvrage d’une collection personnelle, il faut utiliser les rubans d’archivage commerciaux avec prudence. La plupart contiennent des adhésifs synthétiques à réversibilité limitée. Par conséquent, il pourrait ne pas être possible de les enlever plus tard sans causer des dommages substantiels à l’objet. Ces rubans ne sont pas recommandés dans le cas de matériaux historiques. Il convient de préciser que ce sont des produits commerciaux et que les fabricants peuvent en modifier la composition chimique sans diffuser de préavis ni en changer le nom.

Fournisseurs

Bibliographie

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Rédigé par David Hannington
Révisé par Christine McNair en 2022
Première date de publication : 1995

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation, 2022
No de catalogue : NM95-57/11-7-2022F-PDF
ISSN : 1928-5272
ISBN : 978-0-660-46183-0

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