Prévention des moisissures et récupération des collections : lignes directrices pour les collections du patrimoine – Bulletin technique 26

Rédigé par Sherry Guild et Maureen MacDonald
Révisé par Tom Strang et Sherry Guild

Bulletins techniques de l'ICC

L'Institut canadien de conservation (ICC), situé à Ottawa, publie périodiquement des Bulletins techniques afin que les conservateurs et les restaurateurs d'objets culturels canadiens ainsi que les spécialistes en soin des collections du monde entier soient informés des principes et des techniques de conservation actuels. Les auteurs seront heureux de recevoir des commentaires.

Résumé

Les moisissures dans les collections du patrimoine risquent d'endommager les objets et posent un danger pour la santé du personnel. Le présent Bulletin technique donne de l'information sur la morphologie des moisissures, la prévention de leur prolifération, les mesures à prendre si des moisissures sont présentes et les dangers pour la santé. On y explique comment enlever les moisissures présentes sur les objets et l'on y décrit l'équipement de protection individuelle nécessaire à toute personne travaillant dans un milieu contaminé ou manipulant des objets moisis.

Auteurs

Sherry Guild a obtenu un diplôme en techniques de conservation d'œuvres d'art du Collège Sir Sandford Fleming, maintenant le Collège Fleming, de Peterborough, en Ontario. En 1984, elle est devenue restauratrice au laboratoire des œuvres sur papier de l'ICC et a fait de la conservation des œuvres sur papier sa spécialité. Au cours de sa carrière, elle a aidé de nombreux clients à récupérer des objets contaminés par les moisissures. Au moment de prendre sa retraite en 2015, Mme Guild était restauratrice principale d'œuvres d'art sur papier.

Maureen MacDonald a travaillé à la Division des services de conservation préventive de l'ICC de 1981 à 2010. Ses domaines d'expertise comprenaient les instruments de surveillance des conditions ambiantes, les matériaux de filtration des rayons ultraviolets (UV) et les matières biologiques. Au cours de sa carrière, elle a travaillé sur des projets concernant la caractérisation microscopique de peaux archéologiques gelées et les techniques de préparation des spécimens d'histoire naturelle. Elle a aussi étudié les moisissures et les matériaux contaminés par des moisissures. En 1998, elle a été nommée membre honoraire à vie de l'Association canadienne pour la conservation et la restauration des biens culturels (ACCR).

Tom Strang a obtenu un doctorat en conservation de l'Université de Göteborg, une maîtrise en conservation d'œuvres d'art (artéfacts) de l'Université Queen's et un baccalauréat spécialisé en biologie de l'Université Carleton. Depuis qu'il s'est joint à l'ICC en 1988, Tom a trouvé des solutions aux problèmes que posent les organismes nuisibles et qui peuvent endommager les biens culturels. Il est un expert en lutte intégrée contre les ravageurs (LIR) pour tous les types d'installations muséales et a réalisé des études de LIR pour des musées et des établissements d'archives de renom en Amérique du Nord. Il a évalué l'efficacité des méthodes de contrôle thermique contre les insectes et a étudié les risques des effets néfastes que les traitements antiparasitaires présentent pour les objets du patrimoine culturel.

Avis de non-responsabilité : Les renseignements présentés dans la présente ressource s'appuient sur la compréhension actuelle des problèmes soulevés. Les lignes directrices énoncées ne garantissent pas nécessairement une protection complète dans toutes les situations ni une protection contre tous les effets néfastes possibles causés par les moisissures.

Table des matières

Liste des abréviations

µm
micromètre
aw
activité de l’eau
ASHRAE
American Society of Heating, Refrigerating and Air-Conditioning Engineers
COVM
composé organique volatil microbien
dB(A)
décibel
EPI
équipement de protection individuelle
HEPA
haute efficacité pour les particules de l’air
HRE
humidité relative d’équilibre
PAPR
« powered air-purifying respirator »
PCV
poly(chlorure de vinyle)
UFC
unité formatrice de colonies

Introduction

Le présent Bulletin technique contient des renseignements généraux sur les infestations de moisissuresNote en fin de texte 1 affectant les collections patrimoniales; il est destiné aux établissements d'archives, aux bibliothèques et aux musées. Le Bulletin aborde la morphologie des moisissures, la prévention de leur prolifération, les mesures à prendre si des moisissures sont présentes et les risques pour la santé en cas d'exposition. On y explique comment enlever les moisissures présentes sur les objets et l'on y décrit l'équipement de protection individuelle (EPI) nécessaire à toute personne travaillant dans un milieu contaminé ou manipulant des objets infestés de moisissures.

Ce Bulletin technique ne porte pas sur le traitement des objets contaminés à l'aide de produits chimiques (par exemple, thymol, éthanol, orthophénylphénol) ou de méthodes non chimiques (par exemple, rayons gamma, rayons UV, micro-ondes). Pour obtenir des renseignements sur ces sujets, consulter la documentation sur les interventions en conservation curativeNote en fin de texte 2. En règle générale, il est dorénavant déconseillé d'utiliser des produits chimiques pour traiter des objets à valeur patrimoniale. Même si on le faisait auparavant, l'efficacité de ces produits et la possibilité de leurs effets nuisibles sur les objets et la santé humaine n'ont pas toujours fait l'objet d'études approfondies. Il importe également de savoir que le fait de tuer les organismes fongiques ne suffit habituellement pas à neutraliser leurs propriétés antigéniques ou toxiques. Autrement dit, les moisissures mortes qui sont présentes sur les objets continuent de poser un risque pour la santé, et aucun traitement chimique ne confère une protection durable ou résiduelle contre les moisissures. Voilà pourquoi on tend désormais à éviter les produits chimiques dans le traitement des collections patrimoniales infestées de moisissuresNote en fin de texte 3.

Tout traitement visant à prévenir une infestation de moisissures consistera principalement à maintenir le taux d'humidité ambiant et la teneur en humidité de l'objet en deçà des niveaux propices à la croissance des moisissures. En cas d'infestation, il faut soigneusement éliminer toute trace de moisissures visibles et réduire la concentration de spores présentes sur les objets.

Les renseignements sur les niveaux de contamination par les moisissures et l'EPI présentés dans ce Bulletin technique s'inspirent des lignes directrices en matière d'évaluation et d'élimination des moisissures dans les bâtiments en vue de leur application aux collections patrimoniales. Le Bulletin n'aborde toutefois pas l'élimination des moisissures dans les bâtiments, leurs enveloppes ou leurs systèmes de chauffage, de ventilation et de climatisation. Pour obtenir des renseignements sur ces sujets, consulter les spécialistes en la matière.

À noter : Il est fortement recommandé de lire intégralement le présent Bulletin technique et d'analyser soigneusement les renseignements qu'il renferme avant d'entreprendre le traitement de collections infestées de moisissures. Les moisissures peuvent poser un grave problème pour la santé, et les recherches médicales concernant leurs effets sur l'être humain sont en plein essor. En cas de doute, consulter des spécialistes.

1. Prévention des moisissures

1.1 Les moisissures

Cette section décrit la nature des moisissures, leur mode de prolifération, les conditions propices à leur développement, la viabilité des spores et les facteurs qui en déclenchent l'activation. Même si le présent Bulletin technique ne porte pas sur leur élimination dans les bâtiments, les moisissures, ou les conditions qui en favorisent la prolifération, constituent un risque pour les collections. C'est pourquoi le Bulletin précise les techniques de détection des spores ainsi que les concentrations vraisemblables en milieu intérieur, et qu'il présente un tableau des sources potentielles de moisissures dans les bâtiments et des facteurs propices à leur prolifération.

Nature des moisissures

Les moisissures appartiennent au règne des mycètes (c'est-à-dire des organismes fongiques ou champignons). Il en existe des milliers d'espèces, depuis les levures, organismes unicellulaires, jusqu'aux champignons, organismes multicellulaires plus complexes. La majorité des organismes fongiques se situent quelque part entre les deux. Ces organismes jouent un rôle important dans le cycle de la nature. Contrairement aux plantes vertes, ils ne contiennent pas de chlorophylle et sont donc incapables de fabriquer leurs propres nutriments par photosynthèse du dioxyde de carbone et de l'eau. La plupart des champignons sont saprophytes : ils vivent de matières organiques mortes ou en décomposition, comme les plantes, les aliments et les feuilles, et y prolifèrent. Ils se nourrissent exclusivement par la libération d'enzymes digestives sur le substrat où ils croissent. Certains champignons parasitent leur hôte, alors que d'autres vivent en symbiose avec lui. On utilise souvent le terme « moisissures » pour désigner leur prolifération. Par ailleurs, le terme « mildiou », souvent utilisé pour décrire les moisissures dans les maisons, désigne en fait un organisme fongique parasite qui ne vit que sur les plantes vivantes.

Au microscope, les moisissures ressemblent à un réseau de fins filaments. On appelle « hyphes » les filaments; « mycélium », le réseau. Les moisissures s'étendent à partir de divers types de spores microscopiques, dont certaines sont des conidiesNote en fin de texte 4. Les conidies sont produites pendant la phase de reproduction asexuée des spores depuis une structure de fructification spécialisée, le conidiophore. La forme d'une spore est fonction de l'espèce : sphérique, allongée, ovale, cylindrique, réniforme, etc. La spore est tantôt unicellulaire, tantôt multicellulaire. En général, l'identification formelle des moisissures dépend de la présence de spores et de conidiophores. Selon l'espèce, les spores ont une longueur allant de 1 µm à 200 µm (un micromètre [µm] est un millionième de mètre ou 1/25 000 de pouce). Même les plus grosses spores sont assez légères pour être portées sur de longues distances par les courants d'air.

Dans les régions tempérées du Canada, les espèces de moisissures les plus communes sont le Cladosporium, l'Alternaria, l'Aspergillus et le Penicillium, les deux dernières espèces se retrouvant le plus souvent à l'intérieur. Ces espèces sont dites filamenteuses ou conidiales. Les spores (conidies) se forment à l'extrémité des ramifications appelées « conidiophores » (figure 1). En général, les espèces de moisissures qui se trouvent à l'intérieur des bâtiments sont les mêmes qu'à l'extérieur, bien qu'à une concentration largement inférieure.

Conidies et conidiophores d’une espèce de Penicillium

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation. ICC 127508-0001
Figure 1. Conidies et conidiophores d'une espèce de Penicillium.

Croissance des moisissures

Les moisissures prolifèrent dans des conditions très diverses. Quand le milieu est propice à la germination, les spores gonflent et un filament germinatif pousse vers l'extérieur. Pour la plupart des moisissures, cette réaction se déclenche sous l'effet d'un important changement de température ou d'une hausse de l'humidité. Le filament germinatif est une cellule végétative qui s'allonge à mesure que la teneur en humidité et en nutriments du substrat le lui permet. Si la teneur en humidité est propice, le filament germinatif continue à s'allonger et se ramifie. Les rameaux se multiplient ensuite et deviennent les hyphes. Les hyphes croissent et forment une colonie de filaments enchevêtrés : le mycélium. Selon la texture ou la porosité de la matière sur laquelle les moisissures se développent, les hyphes pénètrent plus ou moins profondément le substrat (figure 2). La sporulation, soit la production de conidiophores et de spores, peut être causée par un changement dans les conditions de prolifération du mycélium (Griffin, 1981). Des hyphes spécialisés forment des conidiophores qui, à maturité, libèrent des spores dans l'air, puis le cycle recommence. Les conditions qui ont le potentiel d'amorcer la sporulation comprennent :

Les moisissures prolifèrent en cercle vers l'extérieur depuis un point central (figure 3). Le centre du mycélium meurt en premier, et ce, pour deux raisons :

Grâce à ces mécanismes, les hyphes s'étendent toujours vers l'extérieur en quête de nouveaux nutriments. Habituellement blanches, les moisissures les plus récentes se trouvent sur le pourtour. Le centre du mycélium qui se colore signifie la formation de spores. Le changement de couleur peut aussi indiquer un changement du pH dans le substrat ou l'arrivée à maturité des spores.

Fibres de papier envahies d’hyphes et de spores

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation. ICC 127508-0006
Figure 2. Fibres de papier envahies d'hyphes et de spores.

Milieu gélosé contenant des moisissures

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation. ICC 74903-0018
Figure 3. Milieu gélosé contenant des moisissures.

Conditions nécessaires à la prolifération

Nutriments

Les nutriments requis pour la prolifération des moisissures sont des plus élémentaires et proviennent des matières organiques. Les enzymes décomposent le substrat pour former ces nutriments, qui sont alors absorbés à travers les parois des hyphes. Les nutriments dérivent de sucres simples, d'amidons, de petits peptides et de substances complexes à base de carbone, comme les acides aminés.

En fait, les moisissures ont la capacité de sécréter des enzymes en très grand nombre pour absorber n'importe quelle matière organique, qu'elle soit d'origine animale ou végétale. Par ailleurs, en présence de résidus de matières organiques, les moisissures proliféreront aussi sur des matières inorganiques, comme le verre ou les métaux.

Humidité

Le développement d'une spore requiert plusieurs conditions. D'abord et avant tout, il lui faut une source d'humidité suffisante et constante. Toutes les espèces de moisissures ont besoin d'un minimum d'eau pour gonfler et amorcer la germination. Cette eau provient du substrat. La vapeur d'eau dans l'air, que l'on mesure par l'humidité relative (HR), influence la teneur en humidité du substrat. Cette source présente dans le substrat est la seule humidité dont disposent les moisissures.

L'activité de l'eau (aw), exprimée sous forme de fraction de 1 (Ayerst, 1969), est l'expression qu'utilisent les biologistes pour désigner l'humidité contenue dans le substrat. L'aw est l'humidité relative d'équilibre (HRE) de l'air environnant la matière ou présent dans ses pores. Pour déterminer l'HRE, on place la matière dans un contenant hermétique et, après avoir laissé assez de temps pour atteindre l'équilibre, on mesure l'HR de l'air emprisonné. Ainsi, un taux d'HR de 90 % indique un taux d'HRE de 90 %, soit une aw de 0,9. La majorité des moisissures ne prolifèrent que si l'aw du substrat atteint au moins 0,75 (Onions et coll., 1981). (Cette valeur est abordée plus en détail dans la section 1.2 Comment prévenir la croissance des moisissures dans les collections.)

Température

Les moisissures sont capables de proliférer à l'intérieur d'une très grande fourchette de températures, comme en témoignent les aliments moisis au réfrigérateur. La plupart des spores se multiplient entre 4 °C et 30 °C (39 °F à 86 °F). La vitesse de prolifération est fonction de la température. Elle ralentit à une température inférieure ou supérieure aux températures optimales de développement. La majorité des collections patrimoniales sont maintenues entre 15 °C et 25 °C (59 °F à 77 °F), fourchette idéale pour les moisissures. (Soulignons qu'au Canada, les collections conservées en hiver dans des locaux non chauffés où il fait constamment moins de 0 °C [32 °F] ne sont donc pas à risque sur ce plan jusqu'à l'arrivée du printemps.) L'exposition temporaire à une température légèrement inférieure aux températures optimales de développement entraîne la dormance des moisissures jusqu'au retour des conditions optimales auxquelles elles prolifèrent. Le gel stoppe toute croissance, mais certaines spores tolèrent aussi de longues périodes à des températures extrêmement basses ou élevées. L'alternance du gel et du dégel diminue toutefois la viabilité des spores.

pH

Le pH (acide, neutre ou alcalin) du substrat influe sur la germination, la couleur et le développement des moisissures. Le pH qui favorise la germination se situe entre 2 et 9, et la valeur optimale, entre 4 et 7. Nombre d'objets des collections patrimoniales tombent dans cet intervalle. Les interventions effectuées pour modifier le pH, comme le lessivage ou la désacidification des objets en papier, n'empêchent pas la prolifération des moisissures. Comme dans le cas de l'humidité, différentes espèces de moisissures s'activent à un pH différent. Le pH du substrat se modifiera vraisemblablement sous l'effet des produits chimiques dégagés pendant le métabolisme, comme les métabolites, les enzymes et les exsudats.

Intérieur de la couverture du livre Martyrs Mirror avant l’élimination des moisissures
© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation. ICC 123238-0088
Vue détaillée d'une pièce murale montrant les dommages causés par la moisissure
© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation. ICC 130462-0015
Figures 4 et 5. Exemples de moisissures sur des objets.
Circulation de l'air

Une bonne circulation d'air contribue à maintenir un taux d'HR stable et à éliminer les zones de microclimat à HR faible ou élevée. Advenant des dommages causés par l'eau, un flux d'air sec accélère l'évaporation et l'assèchement du substrat, ce qui le rend moins sujet aux moisissures. Dans certains cas (par exemple, le séchage à l'air d'articles mouillés ou humides), la circulation de l'air est un facteur qui détermine pour une bonne part si les moisissures se formeront ou non. Un flux d'air adéquat, ressenti comme un « courant d'air », aide à prévenir la prolifération des moisissures.

Lumière

Le rôle que joue la lumière dans la formation des moisissures n'est pas bien connu. Certaines études montrent que la lumière a une incidence sur les moisissures : elle peut nuire à leur croissance, influencer la direction et la vitesse de prolifération et agir sur la production de certains composés (toxines et composés organiques volatils). La lumière peut aussi avoir un effet sur les procédés de reproduction des moisissures. Certaines espèces ne peuvent se passer de lumière, alors que d'autres n'en ont pas besoin.

Les objets que l'on range à l'obscurité pour en retarder la dégradation ne sont pas plus susceptibles d'être contaminés par les moisissures. La lumière n'est pas un facteur critique de lutte contre les moisissures à l'intérieur. Il en va autrement des nutriments, de l'humidité et de la température (Shaughnessy et coll., 1999). Par contre, les moisissures peuvent passer inaperçues pendant longtemps si l'on ne procède pas régulièrement à l'inspection des réserves ou des locaux rarement fréquentés. De plus, si la circulation d'air est moindre dans les réserves obscures, elle risque de favoriser la formation de moisissures.

Viabilité

Les spores dormantes (inactives) ne commencent pas à se développer tant qu'elles ne disposent pas de la quantité d'eau et de nutriments voulue. À mesure qu'elles attendent les conditions de croissance optimale, les spores vieillissent et leur viabilité diminue. Certaines espèces restent viables des années durant, tandis que d'autres ne survivent que quelques heures. Dans l'éventail de conditions particulières à une espèce donnée, les conditions ambiantes jouent un rôle important. Les variations de la température et de l'HR entrent en jeu, de même que la présence de nombreux agents chimiques, comme les fongicides. On sait que les spores des espèces Aspergillus et Penicillium sont viables jusqu'à dix ans (Sussman et Halvorson, 1996).

On croit également que les spores de certaines espèces sont activées sous l'effet d'agents chimiques, comme les détergents et les solvants organiques (par exemple, l'acétone et les mélanges d'éthanol et d'eau). Cette réaction est mal comprise. Certains agents chimiques serviraient peut-être d'agents mouillants qui provoqueraient l'activation des spores (Griffin, 1981).

Concentrations de spores

Toutes les spores de moisissures proviennent de l'air extérieur. Les espèces de moisissures et leur concentration dans l'air varient selon la saison, la température, l'HR et le lieu géographique. Les spores se déposent sur les objets, quels que soient leur lieu d'origine, de mise en réserve ou d'exposition et leur circulation. Il importe donc de garder à l'esprit que les objets ne sont jamais entièrement exempts de spores.

Pour proliférer dans des conditions optimales, chaque espèce de moisissures a un milieu et des nutriments de prédilection. Dans les régions tempérées de l'Amérique de Nord et sous les climats comparables, c'est au printemps et à l'automne qu'on trouve les plus fortes concentrations de spores à l'extérieur. Sous d'autres climats, comme les tropiques, les fortes concentrations de spores sont sans doute plus élevées à longueur d'année ou varient selon qu'on est en saison sèche ou humide. Dans les régions tropicales, l'Aspergillus et le Penicillium dominent davantage que dans les régions tempérées de la planète (Mullins, 2001).

Les espèces de moisissures présentes à l'intérieur devraient être comparables à celles qui se trouvent à l'extérieur. À l'intérieur, dans un milieu sain et normal, les concentrations de spores sont largement inférieures à celles de l'extérieur. On rapporte qu'à certaines périodes de pointe pendant l'année, la concentration des particules fongiques à l'extérieur atteint jusqu'à 104/m3 (Miller, 2001). À l'intérieur, les appareils de traitement de l'air filtrent une partie des spores présentes à l'extérieur, selon l'efficacité du filtre.

Si la mesure de la qualité de l'air à l'intérieur révèle des organismes fongiques qui ne se trouvent pas à l'extérieur à cette période de l'année, il y a tout lieu de penser que la source est à l'intérieur, c'est-à-dire qu'un amplificateur fongique sévit dans le bâtiment ou dans la collection. Les niveaux plus élevés peuvent aussi indiquer un problème d'humidité ou toute autre condition propice à la prolifération des moisissures.

La forte concentration de certaines espèces présente des risques pour la santé humaine. Respirer de l'air qui renferme une combinaison normale de spores n'a généralement pas d'incidence sur les personnes en bonne santé. Par contre, si une collection (ou un bâtiment) est contaminée, la concentration de spores sera souvent de beaucoup supérieure à celle qui est normalement présente dans l'air intérieur, ce qui risque d'occasionner des problèmes de santé chez les hypersensibles. (Les problèmes de santé sont abordés plus en détail dans la section 1.5 Effets sur la santé.) Une inspection plus poussée s'imposera dès lors pour déterminer la source de la contamination.

Santé Canada ne propose pas de limites d'exposition chiffrées aux moisissures. Les membres de la population ayant chacun leur degré de sensibilité propre, il est impossible d'établir un seuil « de sécurité ». Santé Canada recommande toutefois d'éliminer toute trace de moisissures à l'intérieur et de résoudre les problèmes d'humidité sous-jacents (Santé Canada, 2014).

Détection

Les moisissures présentes sur les objets se reconnaissent à leur apparence duveteuse colorée et parfois, mais pas toujours, à leur odeur de moisi. Cette odeur provient des composés organiques volatils microbiens (COVM), comme les alcools, les esters, les terpènes et les cétones, que produisent les moisissures. La surface duveteuse est souvent noire ou blanche, mais sa couleur varie selon le substrat sur lequel elle s'étend. Les moisissures sont formées de fins filaments, les hyphes. En période de croissance active, elles sont humides et s'étalent si on les frotte.

Il arrive aussi que les moisissures soient en dormance. Lorsqu'elles sont sèches, elles prennent l'apparence d'une tache de couleur, d'une bavure ou d'une saleté. Elles peuvent s'étaler si on les frotte. Les objets qui montrent des traces visibles de contact avec de l'eau peuvent renfermer des moisissures. Si ces moisissures ont récemment été exposées à l'eau et que les facteurs critiques à la prolifération fongique sont présents, elles risquent de redevenir actives. Au fil du temps et en l'absence de ces facteurs critiques, les hyphes peuvent mourir. En dormance, les organismes fongiques ne dégagent pas l'odeur caractéristique de moisi. De même, s'ils ne posent pas un danger immédiat pour l'objet, ils constituent encore, néanmoins, un risque pour la santé humaine. Il importe de noter que même dormantes ou non viables, les moisissures conservent leurs propriétés allergènes ou toxigènes.

Les endroits les plus susceptibles de renfermer des moisissures sont les sous-sols et les réserves sous le niveau du sol. Les sous-sols sont habituellement humides, poussiéreux et sombres, et l'air y est stagnant. Ces quatre conditions peuvent faire de ces lieux, et de n'importe quel autre lieu, un habitat propice à la prolifération fongique. Il s'agit souvent de lieux sous le niveau du sol, en terre battue, comportant des vides sanitaires et dont les murs en ciment ou en maçonnerie laissent passer la vapeur d'eau. De plus, il fait généralement plus frais et plus humide au sous-sol et l'air y circule mal. Les vides sanitaires sont habituellement mal ventilés, ce qui crée un problème chronique d'humidité élevée. Il importe donc d'installer et d'entretenir un dispositif convenablement grillagé qui assurera une bonne ventilation tout au long de l'année. On doit ouvrir les bouches de ventilation pendant la saison chaude et les fermer en hiver. Dans ASHRAE 2013, on trouvera les calculs à faire pour déterminer les besoins en ventilation.

Les organismes fongiques se trouvent aussi là où il y a eu saturation d'eau. Les incidents tels qu'une fuite causée par le bris d'une conduite ou de la toiture, un refoulement d'égout, une panne du système de chauffage, de ventilation et de climatisation (CVC), un incendie ou une inondation peuvent tous contribuer à hausser le taux d'HR, puis entraîner la formation de moisissures. Une importante chute de température peut aussi augmenter le taux d'HR. Les coins extérieurs des bâtiments au niveau du toit ou des planchers sont susceptibles d'être plus froids et donc plus humides. Si l'on ne remédie pas rapidement (dans les 48 heures) à la situation, les moisissures peuvent commencer à proliférer.

La poussière et la saleté sont hygroscopiques (elles absorbent l'eau) et constituent une source de nutriments pour les organismes fongiques. Leur présence dans une collection pourrait accroître les risques de moisissures. Les spores et les fragments de moisissures, comme les hyphes et le mycélium, se déposent sur les objets à une vitesse déterminée par la taille des particules. Les spores se répandent sur les surfaces à une vitesse allant de 0,5 cm/s à 2,8 cm/s et elles s'agglomèrent à la saleté et à la poussière (Mullins, 2001; Tétreault, 2003). La figure 7 montre la taille de divers polluants aéroportés.

Certaines conditions de mise en réserve peuvent contribuer à la prolifération de moisissures sur les objets. Le carton, le bois, les adhésifs et les apprêts sont autant de source de nutriments pour les moisissures. Les boîtes, particulièrement les boîtes de carton ou de bois déposées sur un plancher froid ou contre un mur extérieur en ciment, absorbent l'humidité et favorisent alors le développement d'organismes fongiques. Les moisissures qui se forment sur le contenant risquent d'en contaminer le contenu ainsi que le milieu environnant, y compris les objets qui s'y trouvent. Il en va de même des meubles en bois ou des tableaux entassés contre un mur extérieur en ciment. On déconseille d'entreposer des objets directement sur le plancher ou contre un mur extérieur en maçonnerie.

Les objets rangés dans des boîtes de carton de qualité archives et dans des enveloppes de papier et de plastique sont, dans une certaine mesure, mieux protégés contre les moisissures que ceux laissés à l'air libre. Les boîtes ou les contenants faits de matériaux hygroscopiques, comme le papier, le carton ou le bois, protègent les objets d'une augmentation du taux d'HR ambiant pendant une courte période. Toutefois, si l'HR est élevée pendant une longue période, cela suffit à augmenter l'aw dans ces objets à un point propice à la formation de moisissures. Tout contact entre le contenant (ou l'objet qu'il renferme) et l'eau pose un risque considérable. Un objet placé dans un contenant hermétique et imperméable (par exemple, un sac ou un contenant de polyéthylène) est protégé d'une augmentation subite du taux d'HR ambiant et d'un contact direct avec l'eau. Il faut absolument que l'objet soit sec quand il est placé dans le contenant et que sa teneur normale en eau (son équilibre hygrométrique) ne puisse faire augmenter l'HRE dans le contenant au-delà de 65 %. En période prolongée d'HR élevée, le personnel doit examiner régulièrement les articles rangés dans des contenants (de papier ou de plastique) pour vérifier s'il y a présence de moisissures.

Il importe de savoir que les objets rangés dans des contenants de polyéthylène finissent par atteindre l'équilibre avec l'HR moyenne ambiante de l'endroit où ils se trouvent (Strang, 2001), car le polyéthylène n'est pas imperméable à la vapeur d'eau, même s'il retarde de beaucoup son transfert.

Mur endommagé par l’eau s’étant infiltrée par une fenêtre
© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation. ICC 128876-0061
Figure 6. Matériaux de construction endommagés par l'eau.
Graphique montrant la taille en µm des particules de diverses matières

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation. ICC 127508-0009
Figure 7. Graphique montrant la taille en µm des particules de diverses matières.

Description de la figure 7

Le graphique montre, aux fins de comparaison, la taille de divers polluants en suspension dans l'air sous forme de particules de 0,0001 µm à 1 000 µm. Les molécules gazeuses sont les plus petites avec une taille qui se situe entre 0,0003 µm et 0,003 µm. La taille des molécules de combustion du pétrole et diesel varie de 0,003 µm à 0,3 µm. Les particules de noir de charbon (suie) varient de 0,01 µm à 0,5 µm. Les particules de fumée de tabac varient de 0,01 µm à 1 µm. Les particules de chlorure du sel de mer varient de 0,01 µm à 2 µm. Les composés de soufre et de nitrate varient de 0,02 µm à 0,7 µm. Les particules de fumée issue de la combustion de l’huile varient de 0,03 µm à 1 µm. Les poussières métalliques varient de 0,5 µm à 100 µm. Les spores de moisissures varient de 1 µm à 200 µm. Les squames animales varient de 1 µm à 3 µm. La poussière de ciment varie de 3 µm à 100 µm. Les peluches de tissu et les squames humaines partagent la même fourchette de granulométrie : de 10 µm à 1 000 µm. La taille du cheveu humain varie de 30 µm à 200 µm. La poussière visible à l'œil nu varie de 40 µm à 700 µm.

Les deux premières colonnes du tableau 1 sont reprises de Macher (1999) et rendent compte de sources potentielles de contamination par les bioaérosols (moisissures, bactéries, virus, etc.) dans les bâtiments, ainsi que des facteurs propices au développement des moisissures. Le technicien en mécanique du bâtiment ou la personne responsable de l'entretien du bâtiment et de son système de traitement de l'air doit connaître ces éléments névralgiques. La troisième colonne présente des programmes ou des mesures pour éviter de tels problèmes.

Tableau 1 : Entretien des systèmes mécaniques des bâtiments
Source Facteurs propices Mesures préventives
Extérieur du bâtiment
  • infiltration d'eau par les fissures, etc., mauvaise inclinaison du terrain, gouttières (bouchées ou écoulement trop proche du bâtiment), enveloppe extérieure (mur) endommagée
  • intrusion d'organismes nuisibles (la majorité des moisissures se trouvent dans la poussière et dans les matières organiques qui jonchent le sol – les organismes nuisibles qui habitent ces milieux sont porteurs de spores)
  • remédier sur-le-champ à toute fuite d'eau provenant de l'extérieur
  • adopter un programme d'entretien et d'inspection des surfaces extérieures du bâtiment, etc. (gouttières, joints d'étanchéité des portes, etc.)
Air extérieur
  • proximité de zones agricoles, de chantiers de construction, de centres de compostage, d'usines d'épuration d'eau
  • orienter les entrées d'air à l'opposé des sources de contamination
  • fermer les portes et les fenêtres qui donnent sur les sources de contamination
Systèmes CVC, entrées d'air
  • sources de bioaérosols composés de matières végétales mortes, infestation et excréments d'organismes nuisibles, humidité due à l'eau stagnante, aux condenseurs évaporatifs et aux tours de refroidissement se trouvant à proximité des entrées d'air du bâtiment
  • inspecter régulièrement la zone où se trouvent les entrées d'air et la nettoyer périodiquement
Filtres
  • filtres humides, mal ajustés, peu efficaces
  • adopter un programme régulier d'entretien et de remplacement des filtres
Échangeurs de chaleur
  • entretien laissant à désirer (saletés, accumulation excessive d'eau dans les bacs, écoulement déficient, revêtement insonorisant humide, eau stagnante dans les humidificateurs)
  • adopter un programme régulier d'entretien et de nettoyage
Plénums et conduits
  • humidité, humidificateurs inaccessibles, dépôts de saletés en surface
  • adopter un programme régulier d'entretien et de nettoyage
Diffuseurs d'air
  • dépôts en surface, rouille (indicatrice d'un problème d'humidité), prolifération microbienne, mélange d'air laissant à désirer
  • adopter un programme régulier d'inspection et de nettoyage
Locaux occupés (dommages causés par l'eau)
  • antécédents de fuites du toit, de débordements, de problèmes de plomberie, odeurs de moisi
  • besoin de nettoyer souvent les tapis et moquettes, humidité excessive (>65 %)
  • réparer les fuites, nettoyer les lieux d'un débordement, régler les problèmes de plomberie sur-le-champ
Condensation constante
  • isolation ou pare-vapeur déficient, air chaud et humide de l'extérieur qui se condense sur les surfaces exposées à la climatisation (plus fraîches), causant ainsi la formation d'humidité sur les fenêtres, les murs extérieurs et les surfaces fraîches, ainsi que le phénomène opposé, soit la condensation de l'air intérieur tiède et humide sur les matériaux plus frais de l'enveloppe du bâtiment (mur extérieur)
  • en été, utiliser un déshumidificateur avec le climatiseur
  • abaisser le taux d'humidité en hiver
Climatiseurs type fenêtre
  • piètre entretien, saletés sur les déflecteurs et les évents, eau stagnante
  • choisir un appareil selon l'espace à rafraîchir et adopter un programme régulier d'inspection et de nettoyage (bacs d'égouttement)
Plantes d'intérieur
  • arrosage excessif, formation de moisissures sur les feuilles, la terre et les pots
  • dans la mesure du possible, éliminer les plantes d'intérieur ou, autrement, éviter de trop les arroser
Tapis et moquettes
  • tapis et moquettes déjà endommagés par l'eau, sales, mal entretenus, lavés fréquemment sans ventilation adéquate pour favoriser un séchage rapide (les spores s'y accumulent par effet électrostatique)
  • adopter un programme régulier d'entretien, remplacer le tapis ou la moquette, ou les faire nettoyer par des spécialistes s'ils ont été endommagés par l'eau, assurer une bonne ventilation pour favoriser un séchage rapide
Cloisons en tissu, rideaux et mobilier
  • articles déjà endommagés par l'eau, sales, mal entretenus (les spores s'y accumulent par effet électrostatique)
  • adopter un programme régulier d'entretien et remplacer ou faire nettoyer par des spécialistes les articles endommagés
Humidificateurs et déshumidificateurs portatifs
  • piètre entretien, bacs d'égouttement
  • choisir des appareils selon l'espace visé et adopter un programme régulier d'entretien et de nettoyage

1.2 Comment prévenir la croissance des moisissures dans les collections

Puisque les spores de moisissures imprègnent l'air, il est impossible de les éliminer entièrement d'un bâtiment, d'une collection, des réserves et des salles d'exposition. Portées par les courants d'air, elles se posent souvent à la surface des objets, sur les planchers, les murs, les plafonds et le mobilier. Elles pénètrent à l'intérieur par le système de traitement de l'air, les portes et les fenêtres ouvertes et se déposent sur les gens et les articles qui entrent dans le bâtiment.

Le moyen le plus efficace d'éviter les dommages aux objets causés par les spores et leurs effets néfastes sur la santé humaine consiste à créer un milieu et des conditions peu propices au développement de moisissures. La présente section est donc consacrée aux mesures à prendre pour les prévenir dans une collection et un bâtiment.

Facteurs critiques à maîtriser

Réduire la concentration de spores à l'intérieur

On peut diminuer la quantité de spores, mais non pas les éliminer complètement. Les mesures suivantes limiteront l'entrée de spores à l'intérieur (Flannigan, 2011) :

Sources de nutriments

Une fois décomposés en sucres simples, en acides aminés et en petits peptides, nombre d'objets offrent une source de nutriments propices aux moisissures. Les objets faits entièrement ou partiellement de matières organiques, comme le papier (cellulose, apprêts, colles et enduits), certains supports, la toile à reliure, le cuir, la vannerie, le bois, le rembourrage, le coton, le lin, la laine et les documents photographiques, alimentent assurément les moisissures. Certains objets inorganiques sont également sujets aux moisissures en raison de leur âge ou de dépôts superficiels de poussières, de saletés, de restes d'insectes et de traces d'huiles laissées par les doigts. Dans la mesure du possible, il faut retirer les sources de nutriments propices aux moisissures par le nettoyage et l'entretien des collections, des réserves et des salles d'exposition. La poussière est une importante source de spores fongiques et de nutriments.

Humidité

Comme on l'a déjà précisé, l'humidité est indispensable à la germination et à la prolifération des moisissures. Puisqu'il est presque impossible d'éliminer toutes les sources de nutriments, l'humidité devient le facteur le plus facile à maîtriser. Il est essentiel d'éviter deux conditions propices à la formation de moisissures : toutes les pointes de très forte HR, qui stimulent la germination des spores, et les longues périodes d'HR élevée, qui favorisent le développement des moisissures. La figure 9 illustre le rapport entre l'HR/aw et la croissance des moisissures (d'après Strang, 2012) :

Selon ces données, on peut faire abstraction des courtes périodes d'HR « élevée » dans chaque intervalle donné, dans la mesure où la durée de la période est sensiblement inférieure à celles indiquées ci-dessus, au bout desquelles la germination se produit et les moisissures deviennent visibles.

Évidemment, le risque de dommages causés par les moisissures augmente en fonction de la durée d'exposition à l'HR et de la capacité des objets à absorber la vapeur d'eau. Pour réduire considérablement ces risques, on range les objets dans des contenants. L'important est de savoir combien de temps un contenant donné protégera d'une forte humidité l'objet qu'il renferme. Dans un milieu non régulé, les contenants tels que les boîtes de carton fermées n'offrent une protection qu'à très court terme. Pour une protection à long terme, les contenants de plastique hermétiques sont plus efficaces. Par contre, une fois que l'aw y atteint plus de 0,75, les contenants ou les boîtes risquent d'être un inconvénient. Les objets qui ont déjà absorbé de la vapeur d'eau mettent longtemps à sécher. Ils réagiront plus lentement même si le milieu intérieur du contenant et les conditions ambiantes extérieures finissent par s'équilibrer. Par conséquent, pendant un certain temps, l'humidité résiduelle contenue dans ces objets suffira peut-être à favoriser le développement de moisissures. Deux propriétés régissent le milieu dans les contenants : la vitesse à laquelle la vapeur d'eau pénètre le contenant et la capacité de l'objet à neutraliser l'humidité et l'aw intérieure.

Prolifération de moisissures sur un document papier

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation. ICC 74903-0021
Figure 8. Livre endommagé par l'eau sur lequel les moisissures ont proliféré.

Graphique montrant le temps requis pour que se forment des moisissures visibles

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation. ICC 127508-0011
Figure 9. Graphique montrant le temps requis pour que se forment des moisissures visibles.

Description de la figure 9

L'axe des x indique une HR se situant entre 50 % et 100 %. L'axe des y montre le premier mycélium ou la fructification en jours, de moins d'un jour à trois ans. Le graphique illustre la relation entre l'HR, l'aw et la croissance des moisissures :

  • à 65 % d'HR et 0,65 aw, des expériences d'une durée de trois ans n'ont révélé aucune croissance notable de moisissures.
  • à 75 % d'HR et 0,75 aw, la croissance est perceptible sur une période de deux semaines à trois mois.
  • entre 80 % et 90 % d'HR et entre 0,80 aw et 0,90 aw, la croissance est perceptible sur une période d'un à cinq jours.

Les moisissures se développent plus rapidement sur les matériaux contenant de la gélatine et des colles animales que sur les livres et, dans les deux cas, elles se développent plus rapidement que le seuil établi par l'Agence internationale de l'énergie qui va d'un mois à 80 % d’HR à un jour à 100 % d’HR. L’Agence offre des conseils pour limiter l’exposition à un taux d’humidité élevé afin de maintenir une température intérieure saine dans les immeubles modernes.

Dans le graphique, les points montrent la fourchette de vulnérabilité de différents matériaux à l'apparition de moisissures, ou fructification, à température ambiante. Les lignes rendent compte de la gradation du risque, des matériaux les plus sensibles (colle animale) au moins sensibles (livres – matériel de fabrication), ainsi que du seuil établi par l'Agence internationale de l'énergie (AIE) (1991) pour l'exploitation de bâtiments sains dépourvus d'Aspergillus versicolor (dont le seuil minimal de l'aw est 0,75). L'étalement des points au-dessus des lignes montre la diversité des réactions fongiques (espèces, effets sur le substrat), ce qui explique pourquoi il n'est pas facile de préciser rigoureusement des valeurs.

La figure 10a rend compte du temps nécessaire pour que l'humidité pénètre les diverses barrières ou s'y infiltre. On présume que les conditions sont en équilibre. Signalons que les objets rangés dans des sacs de polyéthylène réagiront moins vite aux variations de l'humidité – le taux de réponse aux variations de l'humidité pouvant être réduit de quelques minutes et heures, voire d'une année.

Cela dit, il demeure important de maintenir la température ambiante de manière à ne pas promouvoir la croissance de moisissures dans les sacs. Voici quelques suggestions en la matière (Strang, 2001).

La figure 10b illustre graphiquement les situations susmentionnées s'appliquant aux objets ensachés. Un changement de la température ambiante entraîne un changement de l'HRE. Si l'objet a initialement été emballé alors que l'HR était de 55 % (I) et que la température ambiante chute de 15 °C, l'HR à l'intérieur du sac augmentera pour atteindre 80 % (F). Une hausse de 15 °C abaissera l'HR dans le sac à 35 % (C).

Il n'existe ni méthode ni instrument pour mesurer la teneur en humidité de tous les substrats. On peut toutefois déterminer l'HRE de la manière suivante. Placer l'objet et un hygromètre dans un contenant hermétique et transparent de manière à pouvoir lire la mesure sur l'instrument. Attendre le temps voulu pour atteindre l'équilibre. La valeur affichée à l'hygromètre montre l'HR qui correspond à la teneur en humidité et à l'aw de l'objet.

On utilise souvent l'HR ambiante pour indiquer le potentiel de prolifération des moisissures. Si l'on maintient l'HR ambiante à moins de 60 %, on présume logiquement que la valeur de l'aw des substrats se limitera à 0,6, soit le minimum auquel certaines moisissures commencent à proliférer.

Courbe de demi-réaction

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation. ICC 127508-0004
Figure 10a. Courbe de demi-réaction.

Description de la figure 10a

La figure 10a montre le temps qu'il faut pour que l'humidité pénètre les diverses barrières ou s'y infiltre. Les barrières vont de la mince couche d'air calme environnante à diffusion contrôlée, aux couches de peinture en passant par les sacs de polyéthylène. L'axe des x indique l'épaisseur des barrières, de 1 mm à 1 000 mm. L'axe des y indique le mi-temps de réaction en jours, d'une minute à un an. Il faut un an avant d'avoir une réaction à mi-temps pour le bois ensaché dans un sac de polyéthylène de 6 mils à −20 °C. Pour le bois ensaché dans un sac de polyéthylène de 6 mils à 20 °C, il faut entre un mois et un an avant d'obtenir une réaction à mi-temps. Pour le bois ensaché dans un sac de polyéthylène de 4 mils à 20 °C, il faut des mois avant d'avoir une réaction à mi-temps. Pour le bois ensaché dans un sac de polyéthylène de 2 mils à 20 °C, il faut un mois avant d'avoir une réaction à mi-temps. Pour le bois ensaché dans un sac en polyéthylène de 6 mils à 60°C, il faut entre quelques jours et un an avant d'avoir une réaction à mi-temps. Le quadrant de bois peint prend entre moins d'un jour et un an, tandis qu'il faut entre quelques jours et un an avant d'avoir une réaction à mi-temps sur l'extrémité du bois peint. Il faut entre une heure et un an avant d'avoir une réaction à mi-temps sur le quadrant du bois nu, tandis que sur l'extrémité du bois nu, il faut entre une demi-journée et un an. Le coton prend entre une minute et un mois avant d'avoir une réaction à mi-temps pour un fil individuel, une grosse bobine industrielle et une balle de coton brut.

Les points montrent que les mi-temps de l'acclimatation à la température pour des morceaux de bois, les fanons de baleine, le papier et les textiles de diverses tailles sont plus courts que pour les matériaux les plus fins soumis à un changement d'humidité (fibre de coton). Cela signifie que l'effet d'entraînement du changement des niveaux de température se stabilise bien avant que l'humidité globale ne change.

Changements de l’HRE initiale causés par des variations de la température à l’intérieur d’un contenant pare-vapeur

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation. ICC 127508-0005
Figure 10b. Changements de l'HRE initiale causés par des variations de la température à l'intérieur d'un contenant pare-vapeur.

Description de la figure 10b

Le graphique montre les changements de l'HRE initiale causés par des variations de la température à l'intérieur du contenant pare-vapeur dans lequel se trouve un objet. L'axe des x indique une HRE initiale se situant entre 0 % et 100 %. L'axe des y indique l'HRE finale se situant entre 0 % et 100 %. Le graphique illustre comment la variation de la température d'un côté à l'autre de l'objet ensaché provoquera une variation de l'HRE à l'intérieur du sac. Un objet initialement ensaché à 55 % d'HR (noté « I » sur le graphique) soumis à une variation de 15 °C (59 °F) sur son ensemble affichera une hausse de l'HR à 80 % dans le sac sur le côté frais (« C » sur le graphique) et une baisse de l'HR à 35 % dans le sac sur le côté chaud (« C » sur le graphique). L'exposition prolongée à une variation de la température pendant l'entreposage aura pour conséquence la formation de moisissures sur les objets ensachés du côté plus frais et humide. On peut éviter cela en plaçant correctement les objets dans un lieu d'entreposage où la température ne varie pas.

Limiter l'aw des matériaux composant les collections patrimoniales à 0,75 (Michalski, 1993) préviendra la prolifération rapide des moisissures. L'objectif premier demeure toutefois de la maintenir en deçà de 0,6.

En cas de pénétration d'eau ou d'HR élevée, il faut prendre des mesures correctives le plus rapidement et le plus efficacement possible. Le personnel doit se tenir prêt à intervenir pour éliminer le problème d'humidité afin d'éviter ou, à tout le moins, de limiter l'infestation de moisissures.

Une réserve dont le rangement inadéquat bloque la circulation de l’air

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation. ICC 122867-0018
Figure 11. Un rangement inadéquat bloque la circulation de l'air.

Moisissures en train de se former sur une boîte en carton qui n’a pas été mise en réserve correctement

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation. ICC 127508-0012
Figure 12. Exemple de boîte moisie.

Climatisation

Le recours à la climatisation impose de limiter la teneur en humidité de l'air afin que l'HR ne dépasse pas 60 %. Pour ce faire, on utilisera des déshumidificateurs avec un gros système CVC. Les petits climatiseurs portatifs de type fenêtre doivent être adaptés au volume d'air à rafraîchir. Ces climatiseurs ont tendance à fonctionner par cycles. L'air chaud et humide passe par le dispositif de réfrigération pour être rafraîchi, tandis que l'humidité se condense et s'écoule vers le bac d'égouttement. Le climatiseur termine son cycle; le givre/la glace accumulée fond et s'écoule dans le bac. Parce que l'air chaud passe encore au-dessus du dispositif et du bac, il recueille une partie de l'humidité du bac d'égouttement et le diffuse dans la pièce. L'utilisation conjuguée d'un déshumidificateur est un bon moyen de réguler l'humidité. Les déshumidificateurs domestiques d'une capacité de 5,7 m3 (200 pi3) la minute suffisent pour une salle de 339 m3 (12 000 pi3) (tout en renouvelant l'air de la pièce une fois à l'heure). Il faut toutefois savoir que le déshumidificateur ne fonctionnera pas efficacement à moins de 18 °C (65 °F) ou à une HR inférieure à 35 %. Certains modèles de déshumidificateurs sont pourvus d'une roue dessiccante et fonctionneront efficacement à moins de 18 °C (65 °F). La capacité du déshumidificateur doit être adaptée au volume d'air à traiter. Par ailleurs, il faut nettoyer régulièrement les bacs d'égouttement, tant du déshumidificateur que du climatiseur.

Circulation de l'air

Maintenir l'HR ambiante en deçà de 60 % peut garder les matériaux secs, mais cela ne prévient pas la prolifération de moisissures à certains endroits plus frais (par exemple, les murs extérieurs et les coins) ni les fuites d'eau susceptibles de hausser l'HR près des substrats à plus de 70 % (Flannigan et Miller, 1993). Ainsi, dans une salle où la température est de 20 °C (68 °F) et l'HR, de 60 %, la température à la surface du mur extérieur peut être de 15 °C (60 °F) et l'HR résultante, de 80 %. Le mur absorbera l'humidité, ce qui fera passer l'aw de 0,60 à 0,80, condition propice à certaines moisissures. Si la température de surface du mur atteint le point de roséeNote en fin de texte 5, la condensation qui en découlera risque de favoriser les moisissures, et ce, même si l'HR ambiante est à un taux acceptable. Une bonne circulation de l'air évite le problème. Il est très important de ne pas ranger les boîtes de carton près d'un mur extérieur froid, car elles absorberaient l'humidité et seraient vulnérables aux moisissures (figure 12). Il faut plutôt poser les contenants, objets et autres matériaux à une distance de 35 cm à 45 cm (15 po à 18 po) des murs extérieurs. Cette pratique facilite le nettoyage, permet à l'air de circuler et donne accès au mur en cas d'infiltration d'eau.

Température

Dans nombre de bâtiments, la température est déterminée par le confort des occupants et varie de 18 °C à 24 °C (65 °F à 75 °F). Cette plage de température correspond aussi à la fourchette de croissance optimale des moisissures. Dans les lieux normalement inoccupés (par exemple, les musées saisonniers, les réserves permanentes), les collections profiteront d'une température inférieure, dans la mesure où l'HR est également maintenue sous les 60 %.

Liste de contrôle des mesures préventives

La liste de contrôle ci-après résume les mesures préventives à appliquer pour maintenir un milieu stable et prévenir le développement de moisissures dans les collections.

Après une fuite d'eau, il faut intervenir sur-le-champ pour empêcher l'apparition de moisissures.

1.3 Apparition de moisissures – premières interventions

La présente section décrit globalement la marche à suivre si des moisissures se développent dans une collection patrimoniale, que ce soit dans un dépôt d'archives, une bibliothèque ou un musée. Elle servira de guide qui aidera à prendre immédiatement les bonnes décisions ainsi qu'à déterminer les premières interventions à effectuer pour endiguer l'infestation et protéger le personnel ainsi que les collections. Les renseignements fournis conviennent en cas d'éclosion de petite envergure (1 m2 ou moins de moisissures visibles) ou de moyenne envergure (de 1 m2 à 4 m2 de moisissures visibles). En cas d'infestation de grande envergure (de 4 m2 à 10 m2 de moisissures visibles) ou étendue (>10 m2 de moisissures visibles), il y a sans doute lieu de recourir à des spécialistes.

Protéger le personnel

Prendre des mesures préventives à l'endroit du personnel. Toute personne souffrant d'allergies ou d'asthme ne devrait pas toucher des matériaux infectés ni se trouver là où il y a une infestation de moisissures. Pour obtenir de plus amples renseignements, consulter les sections 1.5 Effets sur la santé et 2.1 Équipement de protection individuelle.

Isoler les objets

Si les objets contaminés sont peu nombreux, les isoler. Par contre, s'ils sont nombreux, l'isolation vise toute la zone où se trouve la collection. On évite ainsi le transfert de spores aux zones non infectées et au reste de l'immeuble. Pour isoler les objets, on peut les placer dans des boîtes ou des sacs hermétiques de manière à endiguer la contamination. On peut envelopper les objets de grande taille dans des feuilles de plastique. Dans le cas des objets mouillés ou humides, il s'agit là d'une mesure temporaire jusqu'à ce qu'on ait le temps de les faire sécher. Si les objets sont secs, on peut les laisser dans leur contenant ou leur emballage de plastique jusqu'au moment d'en éliminer les moisissures visibles. Pour isoler la zone contaminée, on scelle l'entrée et les bouches de retour d'air à l'aide de feuilles de polyéthylène/de plastique robustes et de ruban adhésif de 5 cm (2 po) de largeur. On évite ainsi que les spores de moisissures pénètrent les zones non infectées de l'immeuble.

Recouvrement du drapeau de l’Union royale pour prévenir la propagation des spores

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation. ICC 69081-0012
Figure 13. Recouvrement d'un drapeau pour prévenir la propagation des spores.

Isoler les zones et les objets contaminés et en contrôler l'accès pour réduire le nombre de personnes exposées aux moisissures. Le personnel qui entre dans la zone isolée ou qui ouvre les emballages scellés doit toujours porter l'EPI approprié. (Consulter la section 2.1 Équipement de protection individuelle.) Déterminer l'étendue de l'infestation et, compte tenu des ressources dont on dispose, décider si le personnel interne est en mesure de se charger de la décontamination ou s'il faut faire appel à des ressources externes.

Repérer et éliminer l'agent causal

Déterminer la cause de l'éclosion de moisissures et prendre immédiatement des mesures pour corriger la situation, comme diminuer l'HR, augmenter la circulation d'air, abaisser la température ambiante et éliminer l'eau stagnante. S'il y a lieu, embaucher une entreprise spécialisée en séchage avec dessiccateurs pour les installations et le mobilier, comme les tapis, moquettes et draperies.

Neutraliser les moisissures

Les moisissures sont en phase active si elles semblent humides, s'étalent quand on les frotte ou dégagent une odeur de renfermé ou de moisi. Neutraliser les moisissures stoppera leur croissance et les empêchera d'endommager davantage les objets. Pour ce faire, on peut laisser sécher les objets à l'air libre ou les congeler. Une fois les objets asséchés, on peut éliminer les moisissures. Les méthodes, les techniques et l'équipement de nettoyage sont abordés plus en détail dans la section 2. Récupération des collections. S'il est impossible de procéder immédiatement au nettoyage, isoler les objets asséchés et bien emballés ou les placer dans des sacs hermétiques jusqu'à leur nettoyage. Cela permettra d'éviter la dispersion des spores inactives mais encore viables.

Séchage à l'air libre

On peut sécher les objets à l'air libre en abaissant l'HR et en augmentant la circulation de l'air. Puisque les spores de la plupart des espèces de moisissures se propagent facilement dans l'air, il importe de prendre des mesures pour procéder au séchage de façon que les spores ne se dispersent pas dans le reste du bâtiment. Sceller les bouches de retour d'air et, dans la mesure du possible, ouvrir les fenêtres pour chasser l'air à l'extérieur. Choisir une salle isolée, sommairement meublée, qui sera facile à nettoyer par la suite. Laisser sécher les objets à l'air libre ou utiliser des ventilateurs. Dans ce dernier cas, disposer les ventilateurs de façon qu'ils ne soufflent pas directement sur les objets. Cela freinera la dispersion des spores et ralentira suffisamment le séchage pour limiter la déformation des objets, par exemple les petites fissures ou les fines craquelures provoquées par une chute soudaine de la teneur en humidité d'un objet. Les objets formés d'une épaisse couche de matière organique ou d'éléments différents (comme les incrustations ou le placage) sont les plus vulnérables aux fortes contraintes physiques susceptibles de les endommager pendant le séchage à l'air libre. Pour obtenir de plus amples renseignements sur les techniques de nettoyage des objets, du mobilier et des réserves une fois le séchage terminé, consulter la section 2. Récupération des collections.

S'il est impossible de procéder au séchage à l'air libre, à l'intérieur, sans disperser les spores, il est préférable de congeler les objets et de les faire sécher quelques-uns à la fois dans une hotte fermée, ou encore de procéder à l'extérieur. En pareil cas, effectuer le travail par beau temps, à l'abri de l'ensoleillement direct, loin des gens et des entrées d'air du bâtiment, et rentrer les objets à la fin de la journée.

Congélation

La congélation tue rapidement les moisissures en croissance active. Toutefois, même si les filaments des moisissures gèlent et se brisent, les spores supportent le froid et demeurent viables.

La congélation est une option intéressante lorsqu'il y a un grand nombre d'objets mouillés ou moisis et qu'on n'a pas, dans l'immédiat, le temps nécessaire pour les traiter ou les faire sécher de manière sûre. Mais la congélation ne convient pas à tous les objets. Elle est généralement sans danger pour les textiles, les fourrures, les plumes, le cuir, le papier et le bois, mais elle n'est pas recommandée pour les négatifs sur plaque de verre et les peintures à l'huile ou à l'acrylique. Dans le doute, consulter d'abord un restaurateur. Avant de le congeler, sceller l'objet dans un sac de polyéthylène transparent ou l'envelopper d'une pellicule de polyéthylène et sceller à l'aide de ruban adhésif.

On peut placer un petit nombre d'objets dans des congélateurs ménagers horizontaux, qui fonctionnent à une température maintenue entre −18 °C (−64,4 °F) et −28 °C (−82,4 °F). Pour les objets nombreux, un congélateur plus spacieux s'impose. Il est alors possible de louer des congélateurs-chambres ou des camions frigorifiques qui seront acheminés sur place. Ces solutions permettent de reporter le séchage jusqu'au moment où le personnel est bien organisé et dispose des locaux, du temps, des ressources et des gens nécessaires à ce travail très exigeant en main-d'œuvre.

1.4 Enquête sur la prolifération fongique à l'intérieur

Il faut entreprendre une telle enquête quand des signes de moisissures apparentes, une odeur de moisi ou une fuite d'eau dans une collection ou le bâtiment suscitent des inquiétudes pour la santé ou que des gens présentent des symptômes révélateurs. L'enquête peut comprendre l'inspection visuelle, la collecte d'échantillons de surface et l'échantillonnage en vrac ou l'échantillonnage de l'air. Les méthodes utilisées sont déterminées par les protocoles d'évaluation de la qualité de l'air intérieur en matière de contamination fongique à l'intérieur.

L'enquête peut aussi comprendre la revue des antécédents du bâtiment pour trouver des indices qui expliqueraient ou permettraient de repérer des dommages causés par l'eau ayant favorisé le développement de moisissures jusque-là non constatées. Si quelqu'un se plaint de problèmes de santé, on peut effectuer une évaluation de santé ou une entrevue. Il arrive que les effets néfastes sur la santé soient liés à une activité précise ou à un endroit où prolifèrent les moisissures. Les renseignements ainsi obtenus aident les experts en qualité de l'air à déterminer la source de la contamination.

En cas d'infestation d'une collection patrimoniale, il n'est généralement pas nécessaire d'identifier l'espèce de moisissures pour intervenir, éliminer les moisissures visibles ou traiter les objets endommagés. Une telle identification se fait pour des raisons précises; par exemple, si l'on craint un risque pour la santé ou si des membres du personnel souffrent de problèmes de santé.

Les sections ci-après contiennent des renseignements de base sur les techniques et l'équipement à utiliser pour effectuer une enquête sur la qualité de l'air intérieur. Pour obtenir de plus amples renseignements, consulter la documentation pertinente.

Inspection visuelle

L'inspection visuelle consiste faire le tour d'un bâtiment ou d'une collection pour évaluer, par la vue et l'odorat, la qualité de l'air intérieur. On remarquera peut-être la présence d'humidificateurs, d'eau stagnante ou de matériaux endommagés par l'eau, ou des problèmes d'entretien, de ventilation ou d'HR élevée. L'inspection visuelle est souvent la première étape des enquêtes sur la qualité de l'air intérieur, et les observations auxquelles elle donne lieu peuvent parfois suffire à justifier l'adoption d'un plan de mesures correctives visant le bâtiment ou la collection.

Échantillonnage de surface et échantillonnage en vrac

On peut prélever les échantillons de surface à l'aide de cotons-tiges stériles ou par échantillonnage en vrac (prélèvement de petits morceaux de matériaux contaminés, comme sur un panneau mural ou un tapis) aux fins de test. Dans les deux cas, l'analyse se fait soit par contact direct avec le milieu de culture, soit par dilution de l'échantillon, dont une certaine quantité est ensuite répandue sur le milieu de culture. Après une période d'incubation, habituellement de sept jours, les colonies de moisissures sont identifiées et comptées. L'identification se fait soit par le genreNote en fin de texte 6, par exemple, Aspergillus, soit par l'espèce, comme Aspergillus flavus, Aspergillus fumigatus ou Aspergillus versicolor. En présence de certains types de moisissures, il peut être nécessaire d'identifier l'espèce pour savoir si elle est toxigène. Ce niveau d'identification est nécessaire quand il en va de la santé des occupants.

Les résultats des analyses s'expriment en tant que total des unités formatrices de colonies (UFC). Chaque espèce est identifiée selon le pourcentage du total. En général, les laboratoires produisent les résultats d'analyse des échantillons de surface en unités formatrices de colonies par centimètre carré (UFC/cm2), et les résultats d'analyse des échantillons en vrac, en unités formatrices de colonies par gramme (UFC/g).

Les échantillons de surface et en vrac peuvent servir à détecter certaines espèces de moisissures. Par exemple, l'espèce Stachybotrys chartarum (autrefois nommée Stachybotrys atra) est difficile à mesurer par échantillonnage de l'air parce que ses spores, humides et collantes en phase de croissance, se propagent peu dans l'air. Une fois sèches, si elles sont déplacées, elles se retrouvent dans l'air pendant un court temps, mais elles ne tardent pas à retomber en raison de leur poids. Ces spores sont habituellement présentes dans la poussière à la surface des meubles ou sur les planchers. Dans nombre de cas, la détection des Stachybotrys chartarum n'est possible que par échantillonnage en vrac, échantillonnage de surface ou échantillonnage dynamique de l'airNote en fin de texte 7.

Échantillonnage de l'air

L'échantillonnage de l'air peut servir à déceler une concentration de spores supérieure à la normale dans un milieu donné. Cette technique peut être utilisée quand la présence de moisissures n'est pas manifeste; par exemple, quand les organismes fongiques sont invisibles, mais que certaines personnes éprouvent des symptômes inexpliqués, peut-être attribuables à une exposition à des bioaérosols.

Un prélèvement de l'air intérieur peut être accompagné d'un prélèvement de l'air extérieur aux fins de comparaison. En général, quand les résultats indiquent une concentration fongique supérieure à l'intérieur ou que le type de moisissures y est différent de celui trouvé à l'extérieur, ou les deux à la fois, il y a lieu de pousser plus loin l'enquête.

Les moisissures ne se détectent pas toutes par échantillonnage de l'air. Il convient de noter qu'un échantillon d'air indique seulement qu'un bioaérosol était présent au moment du prélèvement. Cette technique est néanmoins utile lorsqu'on l'emploie avant et après la prise de mesures correctives. Elle sert aussi pendant la mise en œuvre de ces mesures pour confirmer que la qualité de l'air est conforme aux normes fixées pour l'occupation humaine si le bâtiment est encore partiellement occupé.

L'échantillonnage de l'air pour détecter les moisissures nécessite l'emploi d'instruments spécialisés qu'utilisent les hygiénistes du travail et les experts en qualité de l'air intérieur en suivant le protocole établi par le fabricant.

Collecte de spores viables

La collecte et la culture de spores viables ont constitué une technique largement répandue qui a favorisé l'accumulation de données utiles aux fins de comparaison et pour distinguer les organismes les uns des autres. Mais elles n'ont pas que des avantages. Le choix du milieu de culture peut mener à des erreurs. Par exemple, certains organismes pourraient se développer moins bien dans certains milieux de culture et d'autres entreront en compétition dans l'assortiment de moisissures recueillies. Ces facteurs peuvent influencer le résultat final. De plus, cette technique exige du temps : 7 jours habituellement pour cultiver l'échantillon initial, mais parfois de 15 à 20 jours. Si les spécimens qui prolifèrent rapidement prennent le pas sur d'autres, il faudra peut-être effectuer des cultures secondaires. Enfin, cette technique ne permet pas de détecter les spores non viables ou stériles dans l'air intérieur, qui n'en demeurent pas moins un risque pour la santé.

Échantillonneur d’air Anderson à un étage relié à une boîte de Petri

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation. ICC 74903-0029
Figure 14. Échantillonneur d'air Anderson à un étage relié à une boîte de Petri.

Cette technique d'échantillonnage repose sur une pompe qui prélève un volume d'air déterminé pendant une période donnée. L'air est aspiré à travers un filtre aux pores d'une taille précise, puis rejeté sur une bande ou une plaque constituant un milieu nutritif qui favorise la croissance biologique. L'échantillonneur Anderson, un impacteur à trous multiples (figure 14), et l'échantillonneur centrifuge Reuter sont deux exemples d'instruments permettant d'appliquer cette technique à l'intérieur.

Une fois les échantillons recueillis, la plaque ou la bande est retirée et mise à incuber à des températures optimales propices aux moisissures pendant une période donnée, habituellement sept jours. Après ce délai, on examine la plaque ou la bande pour effectuer le décompte et l'identification des espèces présentes. Les résultats de l'analyse sont exprimés en unités formatrices de colonies par mètre cube (UFC/m3) d'air échantillonné.

Collecte de spores non viables

Les techniques de collecte de spores non viables, comme celles basées sur les pièges à spores et les rubans, consistent à prélever des particules dans l'air, sans en faire de culture par la suite. Ces techniques ont notamment pour avantage de donner des résultats habituellement dans les 48 heures suivant le prélèvement. Elles peuvent permettre aussi de détecter des organismes qui ne prolifèrent pas dans un milieu de culture ou qui réagissent mal à la compétition, ou encore, les deux à la fois. Elles aboutissent donc souvent à une représentation plus complète de la composition fongique totale des spores présentes (viables et non viables). L'inconvénient de ces techniques est qu'elles ne permettent pas de distinguer entre elles les espèces qui produisent des spores semblables du point de vue morphologique.

Les pièges à spores, comme l'Air-O-Cell fabriqué par Zefon International et le MK3, reposent sur des instruments spécialisés pour le prélèvement des matières dans l'air sur une surface collante ou une lame enduite d'un milieu de collecte. On peut ensuite examiner immédiatement la lame au microscope et compter les spores. Puisque les attributs physiques (taille, forme, texture) de la plupart des spores sont assez caractéristiques, on parvient à une identification générale. De plus, certaines moisissures, comme les Stachybotrys chartarum, présentent un nombre d'espèces limité et sont donc facilement identifiables grâce à cette technique.

Dans certains cas, on recommande d'effectuer des nouveaux échantillonnages pour culture afin d'identifier les espèces de moisissures en vue de déterminer si elles sont toxigènes.

Interprétation des résultats

Toutes les techniques d'échantillonnage exigent des connaissances et une expertise spécialisées. Ce travail doit être fait par un spécialiste technique qualifié qui confie les analyses à des laboratoires agréésNote en fin de texte 8. L'identification des organismes fongiques doit être faite par une personne ayant une formation en mycologie.

L'expert en qualité de l'air intérieur et le laboratoire rédigent un rapport d'analyse et le transmettent au client. Un bon rapport porte habituellement sur les points suivants :

Le rapport doit préciser également si des espèces toxigènes sont présentes. Le cas échéant, on ajoutera, sur le rapport, un avertissement sur le danger potentiel qu'elles posent pour la santé, ainsi que des recommandations sur les mesures correctives et l'EPI adéquat. Enfin, le rapport devrait également comporter une liste des sources consultées pour l'indentification des moisissures.

1.5 Effets sur la santé

Les moisissures sont omniprésentes. En concentrations normales, elles n'affectent habituellement pas les personnes en bonne santé. Toutefois, dans un milieu contaminé, elles posent un risque accru pour la santé. Les réactions qu'elles suscitent sont variées et dépendent de la nature des espèces en cause, des produits métaboliques qu'elles dégagent, des concentrations présentes, de la durée d'exposition aux moisissures et à leurs sous-produits ainsi que de la susceptibilité individuelle. Quelque 8 % de la population est prédisposée à réagir à une exposition aux moisissures. C'est notamment le cas des personnes souffrant d'asthme ou de problèmes respiratoires, d'allergies ou d'une allergie aux moisissures, ou encore d'immunodéficience, ainsi que quiconque prend des stéroïdes. Plusieurs études ont montré que la présence d'organismes fongiques à la maison a des effets sur la santé des occupants (Brunekreef et coll., 1999; Dales et coll., 1991a et 1991b). Lorsque de grandes surfaces étaient visiblement infestées, les symptômes se multipliaient. Selon une des études, les personnes dont l'épiderme est sensible aux spores sont plus susceptibles de faire des crises d'asthme graves (O'Hallaren et coll., 1991).

En général, les effets sur la santé se classent dans les catégories suivantes : irritations, allergies, affections toxiques et infections (Ammann, 2003). Chacune est décrite ci-après.

Irritations

Certaines moisissures dégagent des composés organiques volatils microbiens (COVM), comme les alcools à courte chaîne, les aldéhydes, les esters et les cétones, qui sont à l'origine de l'odeur de moisi, d'humidité et de terre caractéristique des bâtiments humides. Même si les effets sur la santé de l'exposition aux COVM n'ont pas fait l'objet d'études approfondies, ces composés pourraient bien être la cause des maux de tête, des étourdissements, des irritations des yeux et des muqueuses dont se plaignent les personnes qui habitent ou travaillent dans des immeubles infestés d'organismes fongiques (Levetin, 1995).

Allergies

On sait très bien que les moisissures sont sources d'allergènes (toute substance qui cause une réaction allergique). De nombreuses spores fongiques, voire toutes, contiennent des allergènes. Même non viables, les spores conservent leurs propriétés allergènes. L'exposition à des moisissures dormantes peut provoquer une réaction allergène. Des symptômes respiratoires ou épidermiques peuvent se manifester chez les allergiques quand elles sont exposées à des moisissures ou à leurs sous-produits.

Les personnes souffrant d'asthme ou d'allergies et celles qui ont développé une sensibilité après une exposition prolongée à des matières moisies ou à un milieu contaminé pourraient présenter des symptômes associés au rhume des foins, comme l'écoulement nasal, les éternuements, les rougeurs et démangeaisons des yeux et la dermatite (éruption cutanée), quand elles inhalent des spores. Une personne en santé qui est exposée pour la première fois à des moisissures présentera peut-être, sous forme atténuée, n'importe lequel de ces symptômes. L'exposition répétée risque d'augmenter la sensibilité et de provoquer des symptômes plus intenses. Une fois l'allergie développée, elle peut devenir permanente; la personne visée en souffrira toute sa vie.

Même si l'on admet qu'il y a un lien de cause à effet entre l'exposition aux spores de moisissures et la réaction allergique, on ne connaît pas bien les seuils de sensibilisation et de développement de symptômes. Les personnes qui manipulent des matériaux contaminés devraient être averties que les risques augmentent avec la fréquence et la durée de leur exposition. De surcroît, une telle exposition peut aggraver les affections existantes, comme l'asthme.

Les tests d'allergie effectués par les médecins portent sur des allergènes fongiques précis. Les tests aux allergènes fongiques étant peu nombreux, un résultat positif n'est peut-être que le signe d'une sensibilité à un certain antigène, tandis qu'un résultat négatif n'exclut pas entièrement l'allergie chez les sujets susceptibles (Ammann, 2001).

Affections toxiques

On appelle « mycotoxines » les substances produites naturellement par certaines moisissures causant une réaction toxique.

Les moisissures ne produisent pas toutes des mycotoxines, mais nombre d'entre elles le font. Les genres Aspergillus, Penicillium et Stachybotrys se trouvent habituellement en milieux intérieurs et sont reconnus pour en produire. C'est au mycologue qu'il revient de déterminer si les moisissures qu'il a prélevées et identifiées sont toxiques. La toxicité des spores n'est pas fonction de leur viabilité : des spores non viables peuvent demeurer une source de toxines.

L'ingestion et l'inhalation de mycotoxines, de même que leur contact avec l'épiderme, ont divers effets sur la santé, selon le type de mycotoxines et la nature de l'exposition : par exemple, irritation des muqueuses, éruptions cutanées, étourdissements, nausées, immunosuppression, anomalies congénitales et cancers. Presque toute la documentation sur les mycotoxines porte sur l'exposition par ingestion; cependant, le rôle des mycotoxines inhalées dans les affections humaines est actuellement à l'étude. Étant donné la gravité possible des maladies résultantes, on recommande, par mesure de prudence, de limiter l'exposition aux mycotoxines (Burge et Otten, 1999).

Infections

Les infections causées par l'exposition aux moisissures présentes à l'intérieur sont rares, mais elles peuvent toucher les sujets susceptibles, par exemple ceux qui souffrent d'immunodéficience due à une maladie ou à un médicament. Ainsi, l'Aspergillus fumigatus, qui est faiblement pathogène, est néanmoins capable de causer l'aspergillose chez les personnes qui sont fragiles. Les infections peuvent toucher la peau, les yeux, les poumons ou d'autres organes et systèmes (Summerbell, 2001). D'autres moisissures, comme le Coccidioidomycosis, l'Histoplasmosis et le Blastomycosis, provoqueront des infections systémiques. Ces moisissures prolifèrent au sol ou sont transmises par les chauves-souris et les oiseaux, mais on ne les trouve généralement pas à l'intérieur (Dales et Miller, 2001). Les fientes des oiseaux et des chauves-souris accumulées dans les entrées d'air, les conduits ou les salles contiennent souvent des pathogènes fongiques virulents. Ces organismes ne sont pas tous détectables de manière fiable par échantillonnage de l'air ou des déjections. Par conséquent, l'accumulation de ces dernières est systématiquement considérée comme une dangereuse source de pathogènes fongiques, et il faut prendre des mesures pour les éliminer de façon sécuritaire (Santé Canada, 1995).

Symptômes

L'exposition à des concentrations anormales de moisissures à l'intérieur, y compris de moisissures toxigènes, est susceptible d'entraîner les symptômes suivants (Johanning et Landsbergis, 1999) :

Quiconque souffre de l'un de ces symptômes pouvant être lié à une exposition à des concentrations anormales de moisissures en milieu intérieur doit consulter un médecin.

2. Récupération des collections

Cette section explique comment enlever les moisissures présentes sur les objets et décrit l'EPI nécessaire pour qui travaille dans un milieu contaminé ou manipule des objets moisis.

Avant d'entamer la récupération, il faut s'assurer de suivre les directives exposées à la section 1.3 Apparition de moisissures – premières interventions. On y explique globalement la marche à suivre si des moisissures se développent dans une collection patrimoniale, c'est-à-dire repérer l'agent causal et prendre des mesures pour l'éliminer, protéger le personnel, isoler les objets contaminés et neutraliser la prolifération végétative sur les objets.

2.1 Équipement de protection individuelle

Puisque les moisissures constituent une grave menace pour la santé, il faut prendre tous les moyens pour éviter le plus possible d'y exposer des êtres humains. On décrit ci-après l'EPI nécessaire aux personnes qui manipulent des objets contaminés ou qui travaillent dans des locaux infestés de moisissures. Selon la réglementation sur la santé et la sécurité au travail en vigueur au Canada (aux échelons fédéral, provincial et territorial), les employeurs sont tenus de prendre toutes les précautions raisonnables pour protéger les travailleurs. Ils doivent offrir de la formation sur la manipulation et le nettoyage, en toute sécurité, des objets moisis, de même que sur le port et l'entretien appropriés de l'EPI. Il incombe ensuite aux employés de suivre ces consignes.

On admet généralement qu'en matière d'assainissement, il faut baser les décisions sur la quantité de moisissures visibles, et c'est l'approche adoptée dans la plupart des lignes directrices. Il n'existe pas de recherche concluante sur le niveau de protection individuelle qui s'avère approprié selon la superficie contaminée, exprimée en mètres carrés (Environmental Protection Agency, 2001), et les lignes directrices diffèrent dans leur classification des moisissures visibles selon leur envergure. Ces lignes directrices ne sont pas fondées sur une analyse des effets sur la santé. En cas de doute sur le niveau de protection individuelle qui convient, consulter des spécialistes en matière de santé et de sécurité. Consulter aussi un fournisseur d'équipement de sécurité réputé pour obtenir des renseignements sur des produits précis. Certaines entreprises ont des conseillers techniques formés pour aider les clients à choisir l'EPI approprié.

Le niveau minimum de protection individuelle recommandé dans le présent Bulletin technique (tableau 2) est fonction de la superficie totale visiblement contaminée : petite (1 m2 ou moins), moyenne (de 1 m2 à 4 m2), grande (de 4 m2 à 10 m2) ou étendue (>10 m2). Ces niveaux et les directives générales sur l'EPI du tableau 2 sont adaptés des lignes directrices que l'on trouve dans la documentation sur l'assainissement (Centre de collaboration nationale en santé environnementale, 2014Note en fin de texte 9; New York City Department of Health and Mental Hygiene, 2008).

Les sections ci-après décrivent l'EPI qu'il convient de porter quand on travaille avec des moisissures.

Protection des voies respiratoires

Le National Institute for Occupational Safety and Health (NIOSH) des États-Unis est la seule organisation nord-américaine qui teste et homologue les appareils de protection respiratoire. Par conséquent, les organismes fédéraux et provinciaux responsables de la santé et de la sécurité au travail prennent les normes de cet institut comme modèles. En vertu d'une norme adoptée en juillet 1998, il existe neuf classes d'appareils de protection respiratoire à épuration d'air, ou respirateurs, selon l'efficacité du filtre et les limites d'utilisation.

En général, en cas d'infestation fongique d'une collection patrimoniale, les filtres à particules de série N (N pour non résistant à l'huile) conviennent. Les filtres dit N95 ont une efficacité d'au moins 95 % pour ce qui est de la captation des particules dans l'air; les filtres de catégorie N100 ont une efficacité d'au moins 99,97 %, ils offrent donc la meilleure protection. Ces filtres sont également appelés filtres HEPANote en fin de texte 10 (haute efficacité pour les particules de l'air). Si l'on détecte une odeur de moisissures, il est recommandé d'utiliser un filtre HEPA muni d'une cartouche de protection contre les vapeurs organiques. Pour obtenir de plus amples renseignements sur ces cartouches, consulter la section Protection des voies respiratoires et composés organiques volatils microbiens.

Une personne compétenteNote en fin de texte 11 doit vérifier si les appareils de protection respiratoire, y compris les respirateurs jetables, sont bien hermétiques. Il est utile de disposer de plusieurs styles et grandeurs d'appareils pour trouver le meilleur ajustement. Il faut toujours ranger les respirateurs dans un endroit propre ou un sac pour éviter l'accumulation de particules. À la fin de chaque jour d'utilisation, il faut les nettoyer en suivant les consignes du fabricant. Les filtres utilisés constituent un milieu propice aux moisissures. En guise de prévention, aérer le respirateur et les filtres avant de les ranger dans un sac hermétique.

Certaines personnes ne peuvent porter un masque ou un demi-masque respiratoire jetable : barbes, moustaches, favoris et formes de visage inhabituelles nuisent à l'étanchéité entre le masque et le visage. D'autres en sont aussi incapables pour des raisons de santé ou d'ordre psychologique. Il en va ainsi des claustrophobes.

Respirateurs à filtre de particules jetables

Les respirateurs jetables coûtent peu et n'exigent aucun entretien, mais il faut lire attentivement les consignes du fabricant et les suivre à la lettre. Pour qu'un tel appareil s'ajuste bien au visage, suivre les directives données sur l'emballage. Par exemple, dans la plupart des cas, l'utilisateur doit faire glisser le masque de haut en bas le long de l'arête du nez pour qu'il épouse bien les contours du visage.

Les respirateurs jetables ne conviennent pas à tout le monde. Si le masque est mal ajusté au visage, la concentration de spores inhalées risque d'augmenter. Ces appareils ne conviennent donc pas aux personnes à pilosité faciale. Même si nombre de marques de respirateurs jetables n'existent qu'en une seule taille, certains modèles fabriqués par MSA (Affinity Pro N95 et N100) sont offerts en diverses grandeurs.

Trouver des lunettes de protection qui se portent confortablement avec un respirateur jetable n'est pas toujours facile ni agréable, et c'est encore pire pour qui porte des verres correcteurs. Certains respirateurs se combinent mieux que d'autres aux lunettes de protection.

Si le respirateur jetable est utilisé plus d'une fois, il faut s'assurer de bien l'aérer après l'avoir utilisé et de le ranger dans un endroit propre. Le remplir de mouchoirs de papier pour qu'il reste propre. S'il devient sale ou endommagé ou si la personne qui le porte a du mal à respirer, il faut le jeter.

Demi-masques respiratoires

Le demi-masque respiratoire consiste en une pièce assemblée qui couvre le nez et la bouche. Des cartouches, choisies selon le risque environnemental, se fixent sur la pièce faciale. Il s'agit de cartouches filtrantes ou de cartouches combinées. Les demi-masques sont plus chers que les respirateurs jetables, mais ils sont réutilisables puisque les cartouches sont remplaçables. Les demi-masques sont offerts en différents styles, formes et grandeurs.

Ces appareils ne conviennent pas aux personnes à pilosité faciale. Par ailleurs, il peut être difficile, voire impossible, de porter des lunettes de protection avec un demi-masque. Ce peut être encore pire pour les personnes qui portent des verres correcteurs.

Restaurateur qui porte un respirateur à filtre de particules jetable N100 et des gants pour brosser une surface et y passer l’aspirateur

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation. ICC 121761-0013
Figure 15. Restaurateur portant un respirateur à filtre de particules jetable N100 et des gants pour inspecter une collection potentiellement infestée de moisissures.

Masques complets

Le masque respiratoire complet consiste en une pièce assemblée qui couvre les yeux, le nez et la bouche. Des cartouches, choisies selon le risque environnemental, se fixent sur la pièce faciale. Il s'agit de cartouches filtrantes ou de cartouches combinées. Les masques complets sont réutilisables, puisqu'il suffit de changer la cartouche, au besoin. Ils sont offerts en différents styles, grandeurs et matériaux.

Ces appareils ne conviennent pas aux personnes à pilosité faciale. Il n'est pas nécessaire de porter des lunettes de protection avec un masque complet, mais l'étanchéité peut poser problème pour quiconque porte des verres correcteurs. Il sera peut-être nécessaire de faire appel à un conseiller technique réputé en la matière pour choisir le masque complet le plus approprié. En cas de prolifération massive de moisissures, on recommande le port d'un masque complet ou d'un appareil à épuration d'air motorisé.

Respirateurs à épuration d'air motorisés

Ce type d'appareil est souvent désigné par les lettres PAPR, de l'anglais « powered air-purifying respirator ». Aussi appelé « appareil filtrant à air propulsé ou à ventilation assistée », il s'agit d'un système à épuration de l'air ambiant qui comporte notamment une batterie, un ventilateur, un moteur, une cartouche et une ceinture. L'air filtré passe par un tuyau respiratoire et pénètre dans la pièce faciale. Ce système offre jusqu'à huit heures d'approvisionnement en air, après quoi il faut recharger la batterie. Il convient aux personnes à pilosité faciale et ne requiert aucun ajustement. Une variété de pièces faciales, de cartouches et de combinaisons de cartouches s'adaptent à ce type d'appareil. Les cagoules et les casques en non-tissé de polyéthylène (Tyvek) sont économiques et jetables, et ils offrent un maximum de protection. Un tel système est plus cher que d'autres appareils, mais il est recommandé en cas de prolifération massive de moisissures.

Les modèles 3M Breathe-Easy ainsi que 3M Air-Mate HEPA 10 et HEPA 12 valent la peine d'être mentionnés. Les deux derniers sont moins chers, mais ne s'utilisent qu'avec les filtres HEPA et se distinguent par leur cagoule : celle de l'Air-Mate 10 se prolonge d'une collerette couvrant les épaules, alors que l'Air-Mate 12 n'a que la cagoule. Le modèle Breathe-Easy est plus cher mais aussi plus polyvalent, car il accepte différentes cartouches ou combinaisons de cartouches (par exemple, un filtre HEPA et une cartouche de protection contre les vapeurs organiques). L'achat d'un tuyau respiratoire qui s'adapte à l'appareil permet de porter le Breathe-Easy avec les cagoules en non-tissé de polyéthylène (Tyvek).

Figure 16a. Un restaurateur qui porte un respirateur à épuration d’air motorisé modèle 3M Air-Mate HEPA 12
© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation. ICC 74903-0007
Figure 16b. Un restaurateur qui porte un respirateur à épuration d’air motorisé, modèle 3M Breathe-Easy
© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation. ICC 74903-0008
Figures 16a et 16b. Deux exemples de respirateurs à épuration d'air motorisés. À gauche, le modèle 3M Air-Mate HEPA 12 (figure 16a); à droite, le modèle 3M Breathe-Easy (figure 16b). Un tuyau respiratoire acheté du fabricant sert de raccordement entre une cagoule jetable et le respirateur.

Protection des voies respiratoires et composés organiques volatils microbiens

Certains champignons produisent des métabolites volatilsNote en fin de texte 12 qui dégagent des odeurs désagréables, notamment l'odeur de moisi caractéristique des endroits et des matériaux humides. De nombreux types de composés ont été identifiés, et les COVM sont essentiellement des alcools et des aldéhydes à chaîne courte. Les effets sur la santé d'une exposition aux COVM n'ont pas fait l'objet d'études poussées, mais ils pourraient bien être la cause de maux de tête, d'étourdissements et d'irritation des yeux et des muqueuses (Levetin, 1995).

Si l'on détecte une odeur de moisissures, il est recommandé d'utiliser un filtre HEPA muni d'une cartouche de protection contre les vapeurs organiques. Ce sont ces cartouches, et non les respirateurs à filtre de particules ou les cartouches à filtre de particules, qui assurent une telle protection. Certains des appareils jetables qui protègent contre les particules sont pourvus d'un dispositif d'atténuation des vapeurs organiques et conviennent dans des circonstances particulières. Les masques complets, les demi-masques et certains modèles de respirateurs à épuration d'air motorisés peuvent être munis d'un filtre HEPA et d'une cartouche de protection contre les COVM.

Lunettes de protection

Lorsqu'on est exposé à des moisissures, il faut aussi porter des lunettes de protection. Les lunettes appropriées et recommandées ne sont pas ventilées et doivent s'agencer à un respirateur jetable ou à un demi-masque. Si l'utilisateur porte des verres correcteurs, il lui sera peut-être difficile de trouver des lunettes de protection qui s'ajustent étroitement sans le gêner. En pareil cas, le masque complet et le respirateur à épurateur d'air motorisé sont des solutions de rechange.

Quand on travaille avec des agents mouillants ou des solutions de nettoyage (par exemple, un javellisant), des lunettes antiéclaboussures s'imposent.

Gants

Les personnes qui manipulent des matières moisies doivent porter des gants de protection. Pour contrer le risque d'allergie au latex, on recommande des gants de vinyle [poly (chlorure de vinyle) (PCV)] ou de nitrile. Les gants jetables sont remplacés, au besoin. En cas de déchirure, changer immédiatement de gants. Pour enlever les gants jetables, rabattre le poignet d'un gant sur la paume en le tournant à l'envers. Ce premier gant retiré est roulé en boule et posé dans la paume de la main encore gantée. Enlever le second gant de la même manière; le premier gant est alors dans le second (figures 17a et 17b). De la sorte, on réduit la dispersion des spores de moisissures en emprisonnant un gant dans l'autre et, le second gant étant à l'envers, sa surface non contaminée se trouve à l'extérieur. Toujours se laver les mains à l'eau et au savon après avoir manipulé des matières contaminées, même avec des gants.

Figure 17a. Un gant dans une main est rabattu vers l’intérieur au fur et à mesure qu’il est enlevé
© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation. ICC 74903-0010
Figure 17b. Un gant est roulé en boule et posé dans la paume d’une main encore gantée
© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation. ICC 74903-0011
Figures 17a et 17b. Bonne manière d'enlever des gants jetables après avoir manipulé des matières moisies. On enlève le premier gant en le rabattant pour qu'il soit à l'envers (figure 17a). Ce premier gant retiré est roulé en boule et posé dans la paume de la main encore gantée (figure 17b). On enlève le second gant en le retournant de la même façon. Cette technique réduit la dispersion des spores de moisissures en enveloppant la surface contaminée des gants.

Quand on travaille avec des agents mouillants ou des solutions de nettoyage, des gants appropriés s'imposent (par exemple, de vinyle [PCV] ou de nitrile épais pour les fortes concentrations de javellisant). Les gants de caoutchouc naturel, de néoprène ou de polyéthylène conviennent également.

Vêtements de protection

Tout le personnel exposé à des moisissures doit porter des vêtements de protection appropriés, correctement enfilés et attachés. Les combinaisons, casques ou cagoules et couvre-chaussures sont de mise quand de fortes concentrations de spores risquent d'être dégagées dans l'air. On recommande des vêtements de protection jetables, mais les vêtements réutilisables (blouses de laboratoire ou combinaisons) sont acceptables dans les cas de contamination de faible ou de moyenne envergure. En aucun cas on ne doit porter les vêtements de protection à l'extérieur du local contaminé. Ils seront retirés sur place, puis lavés à l'eau chaude et au javellisant.

Mise au rebut de l'équipement de protection individuelle jetable

Il faut toujours faire preuve de prudence lorsqu'on manipule et que l'on jette de l'EPI contaminé. Mettre les vêtements, gants et autres articles jetables contaminés dans des sacs à ordures de plastique épais (6 mils) ou dans deux sacs à ordures de plastique mince placés l'un dans l'autre. Sceller les sacs et les déposer dans un contenant à déchets extérieur.

Protection des oreilles

Lorsque le nettoyage des moisissures exige l'utilisation prolongée d'un aspirateur, le bruit peut poser un risque pour la santé et la sécurité. Il peut alors être nécessaire de porter des protecteurs d'oreilles. L'intensité du son se mesure en décibels pondérés en gamme A – dB(A). Le bruit d'une intensité allant de 120 dB(A) à 130 dB(A) est douloureux; au-delà de 140 dB(A), il risque de causer un déficit auditif permanent. Selon le Centre canadien d'hygiène et de sécurité au travail (CCHST), nombre d'organismes de réglementation recommandent un niveau sonore pondéré de 85 dB(A) à 90 dB(A) comme limite d'exposition au bruit pour une journée de travail de huit heures.

Les fabricants d'aspirateurs fournissent l'évaluation du niveau sonore de leurs appareils. Ainsi, le modèle GM-80 doté d'un filtre HEPA de Nilfisk a un indice nominal de bruit inférieur à 70 dB(A) à une distance de 1,8 m (6 pi). Si l'on choisit de porter des bouchons d'oreilles, il faut les changer tous les jours pour réduire le risque de contamination microbienne découlant des moisissures.

Protection du dos

Lorsque l'élimination des moisissures exige de soulever des boîtes lourdes, il y a un risque de blessures au dos. Selon les recherches faites par le CCHST, les blessures au dos sont la cause du tiers de tout le temps de travail perdu et de 40 % des indemnités versées aux accidentés du travail. Le CCHST recommande de limiter à 20 kg le poids à soulever par un travailleur. Au-delà de cette limite, l'effort à fournir par le dos est excessif. Le risque de blessure est encore plus grand si le travailleur déplace une charge lourde dans un endroit confiné, l'obligeant ainsi à un mouvement de torsion quand il la soulève. Le CCHST recommande aussi que les employés tenus de soulever ou de porter manuellement des charges supérieures à 10 kg reçoivent une formation pour apprendre à le faire de manière sécuritaire.

Tableau 2 : Directives générales sur l'équipement de protection individuelle
Équipement de protection individuelle Niveau 1 :
petites surfaces
solées
(1 m2 de moisissures visibles ou moins)
Niveau 2 :
surfaces moyennes
isolées
(1 à 4 m2 de moisissures visibles)
Niveau 3 :
grandes surfaces
isolées
(4 à 10 m2 de moisissures visibles)
Niveau 4 :
contamination
massive
(>10 m2 de moisissures visibles)
Protection minimale des voies respiratoires
  • respirateur jetable N95 ou N100
  • demi-masque respiratoire N100
  • masque respiratoire N100 ou respirateur à épurateur d'air motorisé avec filtre HEPA
  • au besoin, recourir à des spécialistes
  • masque respiratoire N100 ou respirateur à épurateur d'air motorisé avec filtre HEPA
  • au besoin, recourir à des spécialistes
Autres
  • gants jetables et lunettes et vêtements de protection
  • gants jetables et lunettes et vêtements de protection
  • gants jetables et vêtements de protection, casques ou cagoules et couvre-chaussures
  • gants jetables et vêtements de protection, casques ou cagoules et couvre-chaussures
Protection supplémentaire
  • si l'on utilise des agents mouillants ou des solutions de nettoyage (par exemple, javellisant) : respirateur, lunettes antiéclaboussures et gants appropriés
  • si l'on utilise des agents mouillants ou des solutions de nettoyage (par exemple, javellisant) : respirateur, lunettes antiéclaboussures et gants appropriés
  • si l'on utilise des agents mouillants ou des solutions de nettoyage (par exemple, javellisant) : respirateur, lunettes antiéclaboussures et gants appropriés
  • si l'on utilise des agents mouillants ou des solutions de nettoyage (par exemple, javellisant) : respirateur, lunettes antiéclaboussures et gants appropriés
Observations supplémentaires
  • respirateur jetable pourvu d'un dispositif d'atténuation des vapeurs organiques nuisibles dégagées par les COVM, s'il y a lieu
  • au besoin, confinement des objets ou du local
  • cartouche de protection contre les vapeurs organiques dégagées par les COVM, s'il y a lieu
  • au besoin, confinement des objets ou du local
  • cartouche de protection contre les vapeurs organiques dégagées par les COVM, s'il y a lieu
  • au besoin, à cette échelle, recours à des spécialistes et confinement de la collection aux fins de récupération
  • cartouche de protection contre les vapeurs organiques dégagées par les COVM, s'il y a lieu
  • au besoin, à cette échelle, recours à des spécialistes et confinement de la collection aux fins de récupération

2.2 Nettoyage des objets contaminés

Cette section porte sur les techniques de nettoyage des objets infestés de moisissures. Les renseignements qui y sont présentés serviront à formuler un plan de récupération des collections ou à évaluer le plan préparé par des spécialistes de l'externe. Il faut toutefois garder à l'esprit que, en cas d'infestation de moisissures, les circonstances varient d'un établissement à l'autre; il sera donc peut-être nécessaire de modifier ou d'adapter ces renseignements. Dans la mesure du possible, on confiera à des spécialistes l'évaluation du niveau de contamination et du plan de récupération proposé, car ils ont l'expérience et le jugement voulus.

En prenant les précautions qui s'imposent, on pourra sans danger nettoyer les objets dont la contamination par des moisissures est de petite (1 m2 ou moins) ou de moyenne (de 1 m2 à 4 m2) envergure. En revanche, après avoir pris connaissance des renseignements présentés ici, on se rendra peut-être compte que la situation exige une aide professionnelle. En pareil cas, on consultera des spécialistes ayant l'expérience des organismes fongiques pour déterminer les mesures à prendre.

Il en sera de même en cas de contamination de grande envergure (de 4 m2 à 10 m2) et de contamination massive (>10 m2) d'une collection, ainsi que pour l'échantillonnage de l'air intérieur, l'inspection des lieux et l'évaluation des risques pour la santé. Un restaurateur expérimenté dans la récupération d'objets contaminés sera de bon conseil sur la façon la plus sûre et la plus appropriée d'éliminer les moisissures ou sur les services de nettoyage externes auxquels s'adresser. À cette échelle, le nettoyage des objets suppose l'emploi d'une structure de confinement pour réduire au minimum la dispersion des spores, ainsi que l'utilisation d'appareils de nettoyage spécialisés, le suivi des consignes bien précises et le port d'un EPI adapté.

Aucune recherche ne prouve la supériorité d'une technique de nettoyage particulière pour un niveau de contamination donné. Les renseignements ci-après servent de directive générale et seront soumis au jugement des spécialistes ayant déjà nettoyé des objets moisis et travaillé dans des milieux contaminés.

Avant de nettoyer les objets

Avant de tenter le nettoyage, il faut respecter les consignes suivantes :

La prudence est de mise : en cas de doute, consulter un spécialiste. Si les concentrations de moisissures sont supérieures aux prévisions, il faut être prêt à interrompre les travaux pour réévaluer la situation. Le cas échéant, il pourrait s'avérer opportun de changer d'EPI, de modifier la démarche ou de solliciter de l'aide à l'externe.

Est-il possible d'enlever les moisissures?

Avant de tenter de nettoyer un objet, prendre des mesures pour neutraliser la partie végétative des moisissures. Pour obtenir de plus amples renseignements sur la façon de s'y prendre, consulter la section 1.3 Apparition de moisissures – premières interventions. Faire un essai avec une petite brosse pour voir si les moisissures s'enlèvent facilement. Il est souvent possible d'éliminer les spores dormantes à l'aide d'un aspirateur et d'une brosse. Par contre, ni l'un ni l'autre n'enlèvera les taches de moisissures. Le traitement effectué par un restaurateur y parviendra peut-être, mais certaines taches sont difficiles, voire impossibles, à enlever.

Prévenir la dispersion des spores de moisissures

Les spores de moisissures sont facilement propagées par les courants d'air et les systèmes CVC; elles se déposent aussi sur les personnes, qui vont ensuite dans d'autres parties d'une collection ou des espaces non contaminés d'un bâtiment. Il faut donc prendre les mesures nécessaires pour éviter leur dispersion et la propagation de la contamination à des objets non contaminés ou déjà nettoyés (Florian, 2000).

Ces mesures englobent les suivantes :

Choisir un bon endroit de nettoyage

Autant que possible, nettoyer les objets moisis dans une enceinte de sécurité biologique de classe I ou une hotte fermée. Il est déconseillé d'utiliser une brosse ou un aspirateur à l'intérieur sans enceinte de confinement appropriée.

S'il n'est pas possible d'avoir accès à une enceinte de sécurité biologique de classe I ou à une hotte fermée, le nettoyage à l'extérieur reste une option. Choisir un jour où le temps est beau et sec, et s'installer loin des gens et des entrées d'air du bâtiment. Porter l'EPI approprié. Une fois le nettoyage terminé ou à la fin de la journée, nettoyer et désinfecter toutes les surfaces de travail, de même que les outils et le matériel, avant de les rapporter à l'intérieur. Placer tout le matériel contaminé, comme l'EPI jetable et le matériel d'emballage utilisé, dans des sacs à ordures de plastique épais (6 mils) ou dans deux sacs à ordures de plastique mince placés l'un dans l'autre, sceller les sacs et les déposer dans un conteneur à déchets à l'extérieur.

Si le temps ne se prête pas au nettoyage à l'extérieur, envelopper les objets secs dans du plastique ou les ranger dans des contenants hermétiques; les entreposer dans un lieu peu propice au développement de moisissures jusqu'à ce que le temps change. Dans ces conditions, on stoppe la prolifération des moisissures sur les objets et les dommages qui en résultent.

Matériel et outils

Le matériel et les outils qui servent à nettoyer les objets comprennent, notamment, un aspirateur muni d'un filtre HEPA (et les accessoires complémentaires), des brosses (ou des pinceaux), une hotte fermée à pression négative et une enceinte de sécurité biologique de classe I.

Nettoyage à l'aspirateur

Le nettoyage minutieux à l'aspirateur demeure une façon efficace de se débarrasser des moisissures et de réduire le nombre de spores sur les objets. Pour bien éliminer les moisissures, procéder de façon systématique : passer l'aspirateur sur toutes les faces de l'objet, pas seulement aux endroits visiblement contaminés, car les moisissures invisibles à l'œil nu sont peut-être présentes à des endroits insoupçonnés. Dans la mesure du possible, passer l'aspirateur au moins deux fois. La seconde fois, emprunter un tracé perpendiculaire au premier.

Pour le nettoyage à l'aspirateur, procéder de la manière suivante :

Faire preuve de vigilance : il ne faut pas que l'embout de l'aspirateur touche accidentellement l'objet. La succion appliquée directement sur l'objet risque de l'endommager. Trouver un moyen de retenir le tuyau de l'aspirateur quand on change l'objet de position de manière à garder l'embout à distance. Quand le travail se fait dans une hotte fermée ou une enceinte de sécurité biologique de classe I, le tuyau et l'embout de l'aspirateur, tout comme les autres outils de nettoyage, doivent rester à l'intérieur.

Aspirateur muni d'un filtre HEPA et accessoires

Lorsqu'il s'agit de nettoyer un objet visiblement porteur de moisissures, l'aspirateur donne de bons résultats. Pour éviter la dispersion de spores dans le milieu, il est vivement recommandé d'utiliser un aspirateur muni d'un filtre HEPA, préférablement un aspirateur à vitesse variable permettant de régler la puissance d'aspiration.

Il faut changer les sacs d'aspirateur quand ils sont à moitié pleins pour conserver toute la puissance de succion de l'appareil.

Restauratrice travaillant dans une enceinte de sécurité biologique de classe I et utilisant l’embout d’un aspirateur pour enlever des moisissures sur un document

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation. ICC 74903-0033
Figure 18. Restauratrice travaillant dans une enceinte de sécurité biologique de classe I. L'embout de l'aspirateur est fixé à l'intérieur afin qu'il ne touche pas accidentellement l'objet et qu'il reste bien dans l'enceinte.

Le changement de sac d'aspirateur se fait à l'extérieur, dans une hotte fermée ou une enceinte de sécurité biologique de classe I. Pendant cette opération, porter l'EPI approprié pour éviter toute exposition accidentelle aux spores de moisissures. Jeter les sacs d'aspirateur contaminés (et les filtres) dans des sacs à ordures de plastique épais (6 mils) ou dans deux sacs à ordures de plastique mince placés l'un dans l'autre. Sceller les sacs et les déposer dans un conteneur à déchets à l'extérieur.

Changer le filtre HEPA et le préfiltre de l'aspirateur en suivant les consignes du fabricant. Le changement de filtre se fait à l'extérieur, dans une hotte fermée ou une enceinte de sécurité biologique de classe I, et le port de l'EPI approprié est de rigueur. À l'aide d'un chiffon humide, essuyer le plan de travail ainsi que le tuyau et l'extérieur de l'aspirateur pour éliminer les spores qui s'y seraient déposées.

Noter la date d'installation des nouveaux filtres dans un registre ou dans le manuel du fabricant. Selon la fréquence d'utilisation et le niveau de contamination, le filtre HEPA peut rester efficace pendant plusieurs années. Il peut être nécessaire de changer le préfiltre plus souvent; le changer régulièrement prolongera la durée du filtre HEPA.

La trousse d'outils miniatures (figure 19) est un accessoire d'aspirateur utile. Elle contient de petites brosses et de petits suceurs accompagnés d'un adaptateur pour les raccorder à n'importe quel aspirateur. Ces trousses bon marché se vendent dans les magasins de machines à coudre, d'informatique et d'aspirateurs.

Trousse d’outils de nettoyage miniatures pour aspirateur

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation. ICC 74903-0013
Figure 19. Trousse d'outils de nettoyage miniatures pour aspirateur.

Restaurateur utilisant un écran protecteur, une petite brosse et un aspirateur réglé à faible succion pour nettoyer un papier fragile

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation. ICC 121761-0014
Figure 20. Restaurateur utilisant un écran protecteur et un embout d'aspirateur muni d'une petite brosse pour nettoyer un papier fragile; l'aspirateur est réglé à faible succion.

Schéma d’un écran protecteur placé sur l’embout d’un aspirateur

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation. ICC 127508-0007
Figure 21. Écran protecteur placé sur l'embout d'un aspirateur.

De nombreux objets peuvent être nettoyés à l'aspirateur par écran protecteur interposé (figure 20). Un tel écran se compose d'une moustiquaire en fibre de verre tendue sur un cadre de métal. On pose l'objet sous l'écran de manière à le stabiliser et à le protéger, tandis que l'embout de l'aspirateur est appliqué tout près. Cette technique convient aux objets plats et fragiles. Les objets de bonne dimension sont nettoyés à travers l'écran, section par section. Les vitriers et les fabricants de fenêtres sont capables de produire des écrans protecteurs sur mesure. Il est aussi possible d'utiliser une moustiquaire non tendue sur un cadre, pourvu que l'on en couvre les bords vifs, par exemple en y cousant du galon croisé en guise de protection. Couvrir les bords de ruban-cache est plus rapide, pourvu qu'il n'y ait pas d'adhésif exposé.

Une pratique courante consiste à couvrir d'un morceau de moustiquaire l'embout d'un aspirateur (figure 21). Cette technique de nettoyage empêche toute petite pièce mal fixée d'être aspirée, et donc perdue, et convient à la plupart des objets tridimensionnels. Pour les objets plats et fragiles, l'écran protecteur décrit précédemment offre une protection supplémentaire.

Le suceur en forme d'entonnoir ou de cloche est également pratique pour éliminer les moisissures (figure 22). Contrairement au suceur droit, il a un effet d'aspiration plus diffus qui accroît l'efficacité ainsi que le taux de captation des moisissures et d'élimination des particules. Cet accessoire est le plus utile quand il est employé avec une brosse pour diriger les moisissures vers le suceur.

Restaurateur utilisant un suceur en forme de cloche et un pinceau à soies douces pour retirer les moisissures tenaces d’un objet de papier

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation. ICC 74903-0016
Figure 22. Restaurateur utilisant un suceur en forme de cloche et un pinceau à soies douces pour retirer les moisissures tenaces d'un objet de papier.

Brosses et pinceaux

Utiliser des brosses et des pinceaux à soies fermes mais non rigides. Il est utile d'avoir à portée de main un assortiment de brosses et de pinceaux bon marché de largeur différente pour choisir celui qui convient le mieux selon l'objet à nettoyer. Au besoin, couvrir la virole (bande métallique qui fixe les soies au manche de la brosse ou du pinceau) de ruban de plomberie en téflon pour éviter que, par inadvertance, le bord de métal égratigne l'objet. Il faut étiqueter les brosses servant à enlever les moisissures pour les réserver strictement à cet usage.

Hotte fermée à pression négative

La hotte fermée à pression négative est conçue pour confiner les vapeurs et les gaz dangereux dans la hotte avant de les évacuer à l'extérieur du bâtiment. On peut ainsi procéder au nettoyage à l'aspirateur des objets moisis dans une hotte fermée à pression négative. Le travail fait, il faut nettoyer et désinfecter l'intérieur de la hotte pour ne pas contaminer les objets qui y seront nettoyés par la suite.

Enceinte de sécurité biologique de classe I

L'enceinte de sécurité biologique de classe I est une enceinte ventilée destinée à protéger le personnel grâce à un flux d'air dirigé à l'opposé de l'utilisateur. Ce type d'enceinte est conforme aux lignes directrices en matière de santé et sécurité s'appliquant au travail avec des moisissures (Santé Canada, 2004). L'enceinte est munie d'un filtre HEPA qui protège le milieu environnant. Quand elle est en marche, l'air ambiant est aspiré en façade vers l'intérieur de l'enceinte pour empêcher le dégagement d'aérosols dans la pièce. Avant d'être évacué, l'air passe par le filtre HEPA de manière à être dépourvu de particules quand il retourne dans la pièce. L'enceinte de sécurité biologique de classe I n'est pas une hotte chimique, il faut donc s'abstenir de l'utiliser avec des solvants.

Autant que possible, nettoyer les objets moisis dans une enceinte de sécurité biologique de classe I. Au préalable, il est obligatoire de la faire certifier par un technicien qualifié en la matière. Il faut vérifier la vitesse du flux d'entrée d'air et faire un test de fuite du filtre HEPA. Dans des conditions normales d'utilisation, renouveler la certification tous les ans. Changer régulièrement le préfiltre, s'il y a lieu, pour que l'enceinte continue de fonctionner efficacement. Il appartient au technicien en certification de changer le filtre HEPA. Habituellement, le filtre doit être changé aux cinq ans, selon la fréquence d'utilisation. Si l'enceinte doit être déplacée, il faut de nouveau la faire certifier.

Peu d'enceintes de sécurité biologique de classe I vendues dans le commerce offrent assez d'espace de travail pour les objets de grande dimension. Au besoin, envisager de consulter un fabricant pour lui faire produire une grande enceinte sur mesure adaptée au besoin de l'utilisateurNote en fin de texte 13. Autrement, le nettoyage des objets contaminés à l'extérieur demeure une option.

Travailler dans une hotte fermée ou une enceinte de sécurité biologique de classe I

Suivre les pratiques de sécurité recommandées pour les hottes de laboratoire; par exemple, garder tout l'appareillage à au moins 15 cm du devant de la hotte (une bande placée sur le banc de travail est un bon rappel visuel) et ne jamais mettre la tête dans la hotte quand des contaminants s'y dégagent. Pour que l'air circule le plus efficacement possible, ne pas bloquer les fentes de la hotte ni l'encombrer d'objets superflus.

Outre ces pratiques, il importe d'adopter une technique de nettoyage qui empêche la dispersion des spores de moisissures hors de la hotte. Éviter, par exemple, de déballer les objets moisis ou de les retirer de leur contenant avant de les avoir placés dans la hotte fermée ou dans l'enceinte de sécurité biologique de classe I. La marche à suivre peut varier selon le projet de nettoyage et selon le nombre et le type d'objets à nettoyer. La protection des voies respiratoires n'est pas requise pour ce travail, sous réserve de prendre les précautions voulues. Par contre, il reste nécessaire de porter des vêtements et des gants de protection.

On recommande de faire le nettoyage à l'aspirateur ou, au besoin, d'utiliser aussi une brosse pour diriger les moisissures vers l'embout de l'aspirateur. Cette technique souille moins l'intérieur de la hotte fermée ou de l'enceinte de sécurité biologique de classe I.

Enceinte de sécurité munie d’un filtre HEPA, conçue spécialement pour les objets de grande dimension

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation. ICC 84089-0001
Figure 23. Enceinte de sécurité munie d'un filtre HEPA, conçue spécialement pour les objets de grande dimension.

Enceinte de sécurité biologique de classe I de marque Microzone et aspirateur à puissance d’aspiration variable muni d’un filtre HEPA

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation. ICC 74903-0014
Figure 24. Enceinte de sécurité biologique de classe I de marque Microzone et aspirateur à puissance d'aspiration variable muni d'un filtre HEPA.

Restauratrice travaillant dans une enceinte de sécurité munie d’un filtre HEPA

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation. ICC 84089-0002
Figure 25. Restauratrice travaillant dans une enceinte de sécurité munie d'un filtre HEPA.

Comment et quand nettoyer et désinfecter les outils, le matériel et les plans de travail

Pour éliminer les spores de moisissures des outils, du matériel, des plans de travail, de la hotte fermée ou de l'enceinte de sécurité biologique, commencer par passer l'aspirateur muni d'un filtre HEPA. Nettoyer ensuite au détergent liquide et, au besoin, avec une solution désinfectante.

Solution de nettoyage

On peut essuyer ou laver les plans de travail, les outils et le matériel avec de l'eau et du détergent. Les détergents ménagers conviennent.

Solution désinfectante

Au besoin, on peut désinfecter les plans de travail, les outils et le matériel avec une solution d'eau et de javellisant ménager. On recommande d'utiliser une solution à 0,5 % d'hypochlorite de sodium (eau de Javel)Note en fin de texte 14 (Maheux, 2002) : 1 L de solution d'hypochlorite de sodium à 5 % (5 % étant la concentration courante des javellisants) dans 9 L d'eau pour un volume final de 10 L, ou 250 mL de javellisant dans 2,25 L d'eau pour un volume total de 2,5 L. Dans les deux cas, le javellisant est dilué à raison de 1 pour 10.

Bien mouiller la surface avec la solution désinfectante. Pour désinfecter complètement, laisser reposer la solution de 10 à 15 minutes. Pendant la préparation et l'utilisation de cette solution, porter l'EPI, le respirateur, les gants et les lunettes antiéclaboussures appropriés. Dès que l'eau et le javellisant sont mélangés, le pouvoir désinfectant commence à diminuer : ne préparer que la quantité de solution requise. Ne jamais mélanger de javellisant avec de l'ammoniaque ou un produit de nettoyage qui en contient. En se combinant, ces deux liquides dégagent des vapeurs nocives.

Fréquence de nettoyage et étiquetage du matériel

Lorsque les opérations de récupération durent plusieurs jours ou plusieurs semaines, nettoyer les plans de travail et les outils deux ou trois fois par semaine.

Une fois toutes les moisissures éliminées, nettoyer, désinfecter et sécher complètement tout le matériel et les plans de travail (l'aspirateur et ses accessoires, les écrans protecteurs et les brosses). Ranger ensuite les petits outils, les accessoires de l'aspirateur et les brosses dans des contenants hermétiques. Étiqueter les contenants en indiquant que le contenu a servi à l'élimination de moisissures. Jeter les brosses bon marché ou usées avec les déchets contaminés.

2.3 Nettoyage de la réserve

Lorsque la contamination par les moisissures est de petite ou de moyenne envergure, isoler la réserve affectée, y limiter l'accès et en fermer l'entrée avec des feuilles de polyéthylène tant que l'endroit n'a pas fait l'objet d'un nettoyage minutieux. La contamination de grande envergure ou massive nécessite le recours à des spécialistes.

Avant de remettre les objets dans la réserve, déterminer la cause de l'infestation et l'éliminer : laver et désinfecter la réserve, y compris les murs, le plancher, le plafond, le mobilier (par exemple, les étagères), les livres, les papiers, les tapis et moquettes, les parures de fenêtre et les ordinateurs. À l'aide d'un chiffon imprégné de détergent, essuyer soigneusement l'extérieur des ordinateurs. L'intérieur des ordinateurs est habituellement très poussiéreux à cause du flux d'air créé par le ventilateur qui assure le refroidissement des composants. Si un ordinateur s'est trouvé dans un milieu infesté de moisissures, il faudra peut-être en nettoyer l'intérieur. Le cas échéant, s'adresser à une entreprise spécialisée dans le domaine.

Utiliser les solutions de nettoyage et de désinfection recommandées plus haut en prenant les précautions d'usage et en portant l'EPI approprié.

Autant que possible, utiliser des techniques de nettoyage qui ne soulèvent pas la poussière. Essuyer les surfaces dures, comme les planchers, murs et étagères en métal, à l'aide d'un chiffon humide. Passer l'aspirateur muni d'un filtre HEPA sur les surfaces poreuses, comme les parures de fenêtres, les papiers et le mobilier recouvert de tissu. Si le nettoyage de la réserve se fait à l'aspirateur, placer l'appareil à l'extérieur de la pièce et utiliser un long tuyau afin de réduire au minimum les déplacements d'air et d'éviter ainsi de soulever beaucoup de poussière. Pour éliminer les spores résiduelles, passer l'aspirateur à plusieurs reprises en allant en sens inverse à chaque passage. Inspecter les conduits, les filtres et les serpentins d'échange thermique des systèmes CVC et autres du bâtiment ou de la pièce. Au besoin, les faire nettoyer et désinfecter.

Jeter avec les déchets contaminés tout matériel d'emballage et de rangement dont la surface est poreuse, comme les boîtes de carton, et le remplacer. Au besoin, passer l'aspirateur sur les sacs à ordures et emprunter le chemin le plus direct pour les transporter jusqu'au conteneur à déchets à l'extérieur.

2.4 Techniques de nettoyage et considérations concernant certains objets

Le nettoyage minutieux avec un aspirateur muni d'un filtre HEPA demeure un bon moyen de débarrasser des moisissures les objets infestés. Un restaurateur pourra suggérer d'autres techniques de nettoyage pour diminuer davantage encore la quantité totale de spores.

Pour obtenir de plus amples renseignements et prendre connaissance d'autres techniques de nettoyage propres à des types d'objets précis, consulter l'Annexe : Élimination des moisissures.

2.5 Après le nettoyage

Il faut surveiller les objets nettoyés et gérer les risques qu'ils présentent pour la santé.

Surveillance de la collection

Les objets infestés de moisissures puis nettoyés sont plus susceptibles d'être de nouveau contaminés que ceux qui n'ont jamais été infestés. Il convient donc de les inspecter périodiquement (par exemple, tous les six mois). Si la collection est volumineuse, en inspecter un échantillon. En cas d'HR élevée ou d'infiltration d'eau, les objets déjà touchés seront les premiers inspectés.

Risques pour la santé après le nettoyage

Qu'entend-on par « propre »? Pour l'instant, on ignore dans quelle mesure les matériaux infestés puis nettoyés présentent encore un risque pour la santé. Un nettoyage minutieux et rigoureux élimine les moisissures visibles. Un tel nettoyage à l'aspirateur réduit la quantité totale de spores sur les objets. Exception faite de l'inspection visuelle, il n'y a malheureusement pas encore de méthode simple pour connaître l'efficacité du nettoyage, d'où l'importance de procéder de façon systématique et soigneuse en utilisant l'équipement approprié et en suivant les recommandations.

Toutefois, même si un objet est soigneusement nettoyé, il reste vraisemblablement des spores et des fragments fongiques, particulièrement sur les substrats poreux, comme le papier, qui risquent de nuire à la santé de certains. La susceptibilité individuelle varie selon les prédispositions génétiques, l'âge, l'état de santé, ainsi que les expositions répétées et simultanées.

Il n'existe aucune ligne directrice ni réglementation sur la manipulation des objets après leur nettoyage. La prudence est de mise dans la manipulation et l'utilisation de ces objets. Il convient, par exemple, d'indiquer la présence antérieure de moisissures sur l'objet de manière à permettre à l'utilisateur de prendre les précautions qui s'imposent avant d'y toucher, notamment porter des gants jetables au moment de le manipuler, puis se laver les mains à l'eau et au savon.

Il arrive que, sous des conditions contrôlées, on reproduise des renseignements à partir de livres, de papiers ou de documents moisis sur d'autres supports (par exemple, photocopies). Il faudra peut-être alors effectuer un nettoyage sommaire pour obtenir une reproduction de bonne qualité. Si l'original est conservé, il est impératif d'indiquer soigneusement sur une étiquette qu'il présente des moisissures et de le ranger dans un milieu non propice à leur prolifération.

Conclusion

Les moisissures représentent une grave menace pour la santé. Il faut donc prendre tous les moyens pour éviter le plus possible d’y exposer des êtres humains. La prévention des moisissures dans les collections patrimoniales passe avant tout par la régulation des conditions ambiantes. Si des moisissures apparaissent, il faut les éliminer consciencieusement et réduire la quantité de spores sur les objets infectés. En prenant les précautions qui s’imposent et en suivant les lignes directrices énoncées dans le présent Bulletin technique, on pourra nettoyer sans danger les objets contaminés dans le cas d’une infestation de petite (1 m2 ou moins) ou de moyenne (de 1 m2 à 4 m2) envergure. En cas de contamination de grande envergure (de 4 m2 à 10 m2) et de contamination massive (>10 m2) d’une collection, on conseille de faire appel à des spécialistes. Dans le doute, on consultera toujours des spécialistes ayant l’expérience des organismes fongiques pour déterminer les mesures à prendre.

Remerciements

Les auteurs aimeraient remercier les personnes ci-après, qui ont généreusement pris le temps de revoir le manuscrit et d’offrir leurs conseils :

Merci également aux collègues de l’ICC d’avoir formulé leurs commentaires sur le manuscrit. Et merci tout spécialement à Tom Strang d’avoir révisé le document en 2015.

Fournisseurs

Remarque : Les renseignements qui suivent visent uniquement à informer le lecteur. Le fait qu’une entreprise figure dans la présente liste ne signifie pas pour autant qu’elle est approuvée par l’ICC. Il se peut qu’il existe d’autres entreprises proposant des produits analogues.

Équipement de protection individuelle

L'EPI comprend les appareils de protection des voies respiratoires, les lunettes de protection, les gants, les vêtements de protection, les casques et cagoules, les couvre-chaussures et les protecteurs d'oreilles.

Aspirateurs munis d'un filtre HEPA

Les appareils de certaines marques pour usage domestique sont munis d'un filtre HEPA et pourraient convenir aux petits travaux. S'informer auprès des quincailleries, des magasins à rayons et des magasins d'aspirateurs de la région.

Suceurs pour aspirateurs en forme de cloche ou d'entonnoir

Fabrication sur mesure offerte par :

Outils de nettoyage miniatures pour aspirateurs

Brosses et pinceaux

Moustiquaires, chiffons de nettoyage et sacs à ordures (épais)

Hypochlorite de sodium

Enceintes de sécurité biologique de classe I

Enceintes de sécurité sur mesure à hotte munie d'un filtre HEPA

Sites Web et autres sources de renseignements

Remarque : Les renseignements qui suivent visent uniquement à informer le lecteur. Le fait qu'une une entreprise figure dans la présente liste ne signifie pas pour autant qu'elle est approuvée par l'ICC. Il se peut qu'il existe d'autres entreprises proposant des produits analogues.

Renseignements généraux

American Industrial Hygiene Association (AIHA)

Facts About Mold (en anglais seulement)

ASHRAE

Document de position Limiting Indoor Mold and Dampness in Buildings (en anglais seulement)

Centre canadien d'hygiène et de sécurité au travail (CCHST)

Centre de collaboration nationale en santé environnementale (CCNSE)

Le site Web du CCNSE est une ressource en ligne à l'intention des praticiens en santé environnementale et des responsables des politiques du Canada. Le CCNSE centre ses efforts sur les risques pour la santé associés au milieu physique et détermine des interventions fondées sur des données probantes pour réduire ces risques.

Institut national de santé publique du Québec (INSPQ)

Les risques à la santé associés à la présence de moisissures en milieu intérieur – Document synthèse (format PDF)

New York City Department of Health and Mental Hygiene

Guidelines on Assessment and Remediation of Fungi in Indoor Environments (format PDF) (en anglais seulement)

Santé Canada

Environmental Protection Agency

Mold (en anglais seulement)

Laboratoires

Embauche d'un restaurateur

Services d'assainissement et de récupération après sinistre

Annexe : Élimination des moisissures

Le tableau ci-après sert uniquement de directive générale. Pour obtenir des renseignements précis sur la bonne façon de passer l'aspirateur, l'EPI approprié et les risques pour la santé et la sécurité liés au nettoyage d'objets moisis, consulter le corps du texte. Avant de tenter de nettoyer un objet, prendre des mesures pour neutraliser la partie végétative des moisissures. Pour obtenir de plus amples renseignements sur la façon de s'y prendre, consulter la section 1.3 Apparition de moisissures – premières interventions. Avant d'entreprendre un traitement destiné à éliminer les moisissures, examiner l'objet pour déterminer son état et repérer toute pièce mal fixée ou fragile. S'il y a lieu, remettre la pièce solidement en place ou l'ensacher et prendre note de son emplacement sur l'objet. Consigner tous les traitements effectués pour enlever des moisissures et verser ces renseignements au dossier de l'objet. Ni l'aspirateur ni la brosse n'enlèveront les taches de moisissures. Le traitement effectué par un restaurateur y parviendra peut-être, mais certaines taches sont difficiles, voire impossibles, à enlever. Pour déterminer si des techniques de nettoyage de base (autres que l'aspirateur et la brosse/le pinceau) sont possibles, consulter les Notes de l'ICC appropriées. Les restaurateurs doivent consulter la documentation sur la restauration pour en savoir davantage sur les traitements spécialisés visant à éliminer les moisissures ou les taches qu'elles laissent sur les objets.

Tableau 3 : Nettoyage des objets moisis
Objet Mesures à prendre
Objets endommagés par l'eau Manipuler ces objets délicatement, car ils peuvent être fragiles. S'il n'y en a que quelques-uns, abaisser l'HR et augmenter la circulation de l'air. Procéder au séchage des objets moisis de façon que les spores ne se dispersent pas près des gens ou dans un bâtiment. Par exemple, le cas échéant, positionner les ventilateurs pour qu'ils ne soufflent pas directement sur les objets et envelopper ces derniers dans du papier de soie; ainsi, les spores qui pourraient être aéroportées à mesure que les objets sèchent resteront piégées. Autre possibilité : faire sécher les objets dehors, à l'air libre, ou encore dans une hotte fermée ou une enceinte de sécurité biologique de classe I. Une fois les moisissures neutralisées, procéder au nettoyage des objets, comme il est décrit ailleurs dans ce tableau et dans le présent Bulletin technique.

La congélation stoppe la prolifération fongique. Nombre d'objets endommagés par l'eau s'y prêtent. Il faut d'abord les congeler, puis les lyophiliser ou les faires sécher à l'air libre le moment venu. La congélation tue les hyphes (filaments vivants) des moisissures, mais pas les spores (organes reproducteurs). En effet, les spores supportent le gel quand elles sont dormantes, mais elles sont moins résistantes à l'alternance du gel et du dégel. En revanche, cette alternance vient à bout des spores actives. Cette méthode convient donc à nombre d'objets endommagés par l'eau ou moisis, à condition de les congeler, puis de les lyophiliser ou de les faire sécher à l'air libre dès que possible. Pour obtenir de plus amples renseignements, se reporter à la documentation sur la récupération des collections patrimoniales après un sinistre.
Livres Inspecter l'intérieur et l'extérieur des couvertures, le dos et les pages des livres pour y repérer toute trace de contamination fongique. Les moisissures risquent de ramollir et de fragiliser le papier ainsi que la couverture. La manipulation et le nettoyage exigent donc de la délicatesse. Si des pages sont contaminées, les inspecter et nettoyer toutes les pages touchées. Dans le cas contraire, garder le livre bien fermé pour nettoyer l'extérieur : utiliser un aspirateur muni d'un filtre HEPA pour les tranches (bords des pages) et la couverture; les outils miniatures sont utiles pour les craquelures du dos. Passer l'aspirateur sur tout le livre pour réduire la quantité totale de spores. Cela fait, essuyer les couvertures, au besoin, avec un chiffon sec ou humide de manière à éliminer les spores résiduelles. Jeter ou laver les chiffons.

Pour obtenir de plus amples renseignements sur le soin et le nettoyage des livres, et plus particulièrement à l'aide d'un aspirateur, consulter la Note de l'ICC 11/7 Le soin des livres.
Papier Utiliser un aspirateur muni d'un filtre HEPA et, au besoin, déloger les moisissures tenaces à la brosse. Si le papier est fragile, le recouvrir au préalable d'un écran protecteur. Passer l'aspirateur sur les deux côtés (le plat recto et le dos) pour réduire la quantité totale de spores.

Nettoyer ensuite la surface du papier avec un produit de gommage recommandé éliminera les spores et les fragments fongiques résiduels, ainsi que les saletés qui servent de nutriments à de futures moisissures. Le produit de gommage sera contaminé par les moisissures : l'enlever entièrement de l'objet et le jeter aux ordures après l'avoir soigneusement enveloppé de vieux papier. Pour obtenir de plus amples renseignements sur le nettoyage superficiel, consulter le Bulletin technique de l'ICC 11 Techniques de nettoyage à sec du papier.

Le traitement humide, le nettoyage au solvant, le traitement enzymatique et le blanchiment sont d'autres options de traitement plus poussé, qui nécessitent toutes l'intervention d'un restaurateur d'œuvres sur papier. Malgré tout, certaines taches dues aux moisissures persisteront peut-être.
Objets placés dans des contenants (par exemple, boîtes, chemises, malles) Retirer le ou les objets de leur contenant. Procéder au nettoyage, comme il est décrit ailleurs dans ce tableau et dans le présent Bulletin technique. Inspecter le contenant pour y repérer toute trace de contamination fongique. Avant de le mettre au rebut, vérifier s'il n'a pas lui-même de la valeur. Si c'est le cas, le nettoyer et le conserver. Autrement, le mettre au rebut et ranger l'objet dans un autre contenant. Transférer tout renseignement provenant du contenant à jeter. Les boîtes Coroplast ou Cor-X étant lavables, il faut les désinfecter, les sécher et les réutiliser.
Parchemin et vélin Le parchemin et le vélin sont très sensibles aux variations de l'HR. Les documents risquent d'être pliés, cassants et collés. Ne les déplier qu'après les avoir humidifiés avec soin.

Utiliser un aspirateur muni d'un filtre HEPA et, au besoin, déloger les moisissures tenaces à la brosse. Si le document est fragile, le recouvrir d'un écran protecteur. Passer l'aspirateur sur le recto et le verso pour réduire la quantité totale de spores. Le parchemin et le vélin étant très sensibles à l'humidité, leur éviter tout traitement humide. S'il y a lieu, nettoyer ensuite la surface du document avec un produit de gommage recommandé, ce qui éliminera les spores et les fragments fongiques résiduels, ainsi que les saletés qui servent de nutriments à de futures moisissures. Le produit de gommage sera contaminé par les moisissures : l'enlever entièrement du document et le jeter aux ordures après l'avoir soigneusement enveloppé de vieux papier. Pour obtenir de plus amples renseignements sur le nettoyage superficiel, consulter le Bulletin technique de l'ICC 11 Techniques de nettoyage à sec du papier.

Certains documents portent des sceaux faits de cire ou de gomme laque qui risquent d'être cassants; les brosser délicatement plutôt que de les passer à l'aspirateur.

On nettoie les reliures en vélin et en parchemin en bon état en suivant la même technique que pour nettoyer un livre. Pour obtenir de plus amples renseignements sur le soin des reliures en parchemin ou en vélin, consulter la Note de l'ICC 11/7 Le soin des livres.
Photographies Éliminer les moisissures de la surface avec délicatesse, par exemple en utilisant une brosse douce (ou un pinceau) ou en passant l'aspirateur muni d'un filtre HEPA et d'une brosse miniature. Ne pas utiliser d'eau ni de solutions qui en contiennent, car les moisissures ont peut-être rendu l'émulsion hydrosoluble.

La gélatine, principal composant de l'émulsion des pellicules et des épreuves, est une excellente source de nutriments pour les organismes fongiques. Les moisissures sont souvent concentrées autour des empreintes de doigts, dont les sels créent un milieu humide localisé. Les traitements fongicides ne sont pas recommandés pour les photographies; il importe donc de réguler l'HR dans leur réserve. Autre possibilité : on peut ranger tant les photos couleur que les photos noir et blanc dans un réfrigérateur sans givre, qui constitue un excellent microenvironnement dans lequel l'humidité est régulée. Si c'est l'option choisie, mettre d'abord les photographies dans des enveloppes ou des boîtes, puis déposer le tout dans des sacs de polyéthylène ou l'envelopper de polyéthylène et le sceller ensuite avec du ruban adhésif pour emballage de congélation (Wilhelm, 1993). Pour obtenir de plus amples renseignements avant d'appliquer cette méthode de mise en réserve des photographies, consulter un restaurateur spécialisé dans le domaine.
Supports magnétiques Disques compacts : retirer tout disque moisi de la collection et le placer dans un milieu à faible humidité en attendant de le nettoyer. On recommande une température inférieure à 23 °C et une HR inférieure à 50 % (acceptable jusqu'à 20 %). Nettoyer le disque avec un aspirateur muni d'un filtre HEPA. Brosser les moisissures tenaces dans un mouvement radial (perpendiculaire aux sillons du disque) en les dirigeant vers l'embout. Une fois le disque nettoyé, en faire une copie. Conserver l'original dans un milieu non propice aux moisissures.

Disquettes : nettoyer d'abord l'étui protecteur de la disquette à l'aide d'un aspirateur muni d'un filtre HEPA. Retirer la disquette de son étui. Pour savoir comment s'y prendre, consulter le Bulletin technique de l'ICC 25 La récupération des supports d'information modernes : disques compacts, bandes magnétiques et disquettes. Appliquer la même technique de nettoyage que celle décrite plus haut pour les disques compacts décrite, mais brosser la disquette dans un mouvement circulaire.

Bandes magnétiques : retirer toute bande magnétique moisie de la collection et la placer dans un milieu à faible humidité en attendant de la nettoyer. On recommande une température inférieure à 23 °C et une HR inférieure à 50 % (acceptable jusqu'à 20 %). Utiliser un aspirateur muni d'un filtre HEPA pour nettoyer le ruban enroulé. Éviter tout contact direct entre l'embout de l'aspirateur et le ruban enroulé. Déloger les moisissures tenaces à l'aide d'une brosse douce (ou d'un pinceau). On recommande de passer le ruban au nettoyeur de bande, car les moisissures sont invasives et se formeront entre les couches enroulées. Une fois la bande nettoyée, en faire une copie. Conserver l'original dans un milieu non propice aux moisissures. Nettoyer le magnétophone pour ne pas contaminer d'autres bandes (Iraci, 2002).

Il existe d'autres méthodes de nettoyage, par exemple celles recommandées pour enlever les dépôts tenaces laissés sur un disque compact, une disquette ou une bande magnétique. Pour obtenir de plus amples renseignements, consulter le Bulletin technique de l'ICC 25 La récupération des supports d'information modernes : disques compacts, bandes magnétiques et disquettes.
Négatifs, diapositives, microfilms et microfiches Éliminer les moisissures de la surface avec délicatesse à l'aide d'une brosse douce (ou d'un pinceau) ou d'un aspirateur muni d'un filtre HEPA et d'une brosse miniature.

Retirer les diapositives de leur cadre (de verre, de carton ou de plastique), les nettoyer et les placer dans de nouveaux cadres. Porter des gants de coton propres pour ne pas laisser d'empreintes sur le film.

Pour obtenir de plus amples renseignements, consulter un restaurateur.
Matériaux friables (par exemple, pastel, craie, fusain et tout pigment en poudre sur un objet) Quelle que soit la technique de nettoyage employée, les matériaux friables risquent de se décoller du support. Dans la mesure où elle est possible, l'élimination des moisissures requiert un haut degré de dextérité et de précision dans l'utilisation d'outils fins. Il faut s'adresser à un restaurateur.

Les liants naturels utilisés dans la fabrication des pastels sont particulièrement propices aux moisissures. La surface d'un pastel est très fragile. Ces œuvres comptent parmi les plus difficiles à nettoyer en cas de moisissures.
Tableaux Neutraliser la prolifération des moisissures. Éviter les changements brusques des conditions ambiantes et les milieux très secs, deux facteurs qui risquent de causer des craquelures dans les huiles; abaisser graduellement l'HR, en une ou deux heures, sans aller en deçà de 40 %. Envelopper le tableau sans trop l'enserrer pour prévenir la dispersion des spores. Pour obtenir des conseils supplémentaires, consulter un restaurateur de tableaux. En raison de leur structure complexe, les tableaux risquent de subir des dommages permanents si du personnel non formé tente de les nettoyer, même avec la plus grande délicatesse. Pour obtenir de plus amples renseignements, consulter les Notes de l'ICC 10/1 Nettoyage des peintures : précautions et 10/13 Règles générales visant la manipulation des tableaux.
Textiles Utiliser un aspirateur muni d'un filtre HEPA et, au besoin, déloger les moisissures tenaces à la brosse. Si le textile est fragile, le recouvrir au préalable d'un écran protecteur. Les outils de nettoyage miniatures pour aspirateur peuvent être utiles. Passer l'aspirateur sur l'endroit et l'envers du tissu pour réduire la quantité totale de spores.

Les traitements de conservation comme le lavage et le nettoyage à sec peuvent éliminer les spores et les fragments fongiques incrustés, ainsi que les taches et les saletés qui servent de nutriments à de futures moisissures. Pour obtenir de plus amples renseignements, consulter les Notes de l'ICC 13/7 Lavage des textiles de coloration naturelle, 13/9 Les détergents anioniques, 13/13 Nettoyage à sec des textiles de collection et 13/15 Les moisissures et les textiles. Certaines taches dues aux moisissures résisteront peut-être au lavage et au nettoyage à sec.
Vannerie (articles faits de matières végétales tissées) Utiliser un aspirateur muni d'un filtre HEPA et, au besoin, déloger les moisissures tenaces à la brosse. Les outils de nettoyage miniatures pour aspirateur peuvent être utiles. Passer tout l'objet à l'aspirateur pour réduire la quantité totale de spores.

Avant de procéder au nettoyage, inspecter l'objet pour voir s'il présente des pigments poudreux ou des signes d'utilisation (par exemple, des graines). Ces éléments sont importants : il ne faut ni les modifier ni les enlever. S'il y en a, consulter un restaurateur avant de nettoyer l'objet.

Pour obtenir de plus amples renseignements, consulter la Note de l'ICC 6/2 Entretien de la vannerie.
Cuir Utiliser un aspirateur muni d'un filtre HEPA et, au besoin, déloger les moisissures tenaces à la brosse. Les outils de nettoyage miniatures pour aspirateur peuvent être utiles. Passer tout l'objet à l'aspirateur pour réduire la quantité totale de spores.

Pour obtenir de plus amples renseignements, consulter la Note de l'ICC 8/1 Nettoyage du cuir moisi.
Bois Utiliser un aspirateur muni d'un filtre HEPA et, au besoin, déloger les moisissures tenaces à la brosse. Les outils de nettoyage miniatures pour aspirateur peuvent être utiles. Passer tout l'objet à l'aspirateur pour réduire la quantité totale de spores. S'il s'agit d'un meuble de rangement, retirer tous les tiroirs et ouvrir toutes les portes afin de bien nettoyer l'intérieur, le dessous et toutes les faces.

Souvent, les surfaces en placage endommagées par l'eau tiennent moins bien au substrat, s'en détachent et sont cassantes. Pour éviter de perdre des fragments, poser un matériau de protection sur l'embout de l'aspirateur et utiliser une brosse douce pour déloger les moisissures en les dirigeant vers l'embout.

Il existe d'autres techniques de nettoyage, par exemple le nettoyage superficiel et l'usage de cotons-tiges humides sur le bois nu, ainsi que l'utilisation de chiffons humides et de solvants sur les finis peints en bon état. Pour obtenir de plus amples renseignements, consulter les Notes de l'ICC 7/1 Le soin et le nettoyage du bois nu et 7/2 Le soin du fini des meubles.
Ivoire, os, corne et bois de cervidé Utiliser un aspirateur muni d'un filtre HEPA et, au besoin, déloger les moisissures tenaces à la brosse. Les outils de nettoyage miniatures pour aspirateur peuvent être utiles. Passer tout l'objet à l'aspirateur pour réduire la quantité totale de spores.

D'autres techniques de nettoyage sont précisées dans la Note de l'ICC 6/1 Entretien des objets en ivoire, en os, en corne et en bois de cervidé.
Verre et céramique Les résidus organiques sur les surfaces non poreuses sont propices aux moisissures. Utiliser un aspirateur muni d'un filtre HEPA et, au besoin, déloger les moisissures tenaces à la brosse. Les outils de nettoyage miniatures pour aspirateur peuvent être utiles. Passer tout l'objet à l'aspirateur pour réduire la quantité totale de spores.

Les objets en verre et en céramique qui sont en bon état peuvent de plus être lavés. Pour obtenir de plus amples renseignements sur la façon de faire, consulter la Note de l'ICC 5/1 Le soin de la céramique et du verre.
Métaux Les résidus organiques sur les surfaces non poreuses sont propices aux moisissures. Utiliser un aspirateur muni d'un filtre HEPA et, au besoin, déloger les moisissures tenaces à la brosse. Les outils de nettoyage miniatures pour aspirateur peuvent être utiles. Passer tout l'objet à l'aspirateur pour réduire la quantité totale de spores.

Pour connaître d'autres techniques de nettoyage, consulter les Notes de l'ICC 9/3 Nettoyage, polissage et cirage des objets de laiton et de cuivre, 9/4 Le soin des pièces de monnaie et des médailles, 9/6 Le soin et le nettoyage du fer, 9/7 Le soin de l'argent et 9/9 Le soin des objets en zinc.
Caoutchouc et plastique Les résidus organiques sur les surfaces non poreuses favoriseront la croissance de moisissures. Utiliser un aspirateur muni d'un filtre HEPA et, au besoin, déloger les moisissures tenaces à la brosse. Les outils de nettoyage miniatures pour aspirateur peuvent être utiles. Passer tout l'objet à l'aspirateur pour réduire la quantité totale de spores.

Pour connaître d'autres techniques de nettoyage, consulter la Note de l'ICC 15/1 La préservation des objets en caoutchouc ou en plastique.

Bibliographie

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation, 2020

Publié par :
Institut canadien de conservation
Ministère du Patrimoine canadien
1030, chemin Innes
Ottawa (Ontario)  K1B 4S7
Canada

Édition revue et corrigée
Première date de publication : 2004

No de catalogue : CH57-3/1-26-2020F-PDF
ISSN 2562-0290
ISBN 978-0-660-32804-1

Also available in English.

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