Chapitre 3 : Rapport de L’administrateur en chef de la santé publique sur l’état de la santé publique au Canada 2008 – Mauvaise santé et invalidité

Notre population et notre santé en chiffres

Mauvaise santé et invalidité

Les maladies qui causent la majorité des décès prématurés au Canada sont aussi responsables des problèmes de santé et d’invalidité dans la population. En 2003, près de 3 % des Canadiens souffraient d’une forme de cancer et, en 2005, 5 % environ déclaraient souffrir de cardiopathie174, 175.

La proportion de Canadiens atteints de maladies ou d’affections particulières varie au sein de la population. Le fardeau que font peser les maladies, les blessures ou les incapacités varie également; certaines affections sont préoccupantes, non parce qu’elles touchent beaucoup de personnes, mais parce qu’elles pèsent lourdement sur la santé et la qualité de vie des personnes qui en sont atteintes. 

Bien que les maladies chroniques soient très présentes chez les personnes âgées, 42 % de tous les Canadiens de plus de 11 ans déclarent vivre avec une ou plusieurs maladies chroniques particulières (voir la figure 3,13)176,177

Il est fréquent que certains groupes de la population soient plus touchés que d’autres. Par exemple, les personnes nées au Canada risquent davantage de souffrir de certaines maladies ou affections chroniques que celles qui ont immigré dans notre pays, et ce, même en tenant compte des différences dues à l’âge, à la scolarité et au revenu. Le risque est trois fois plus élevé chez les femmes qui sont nées au Canada que chez les femmes qui ont immigré au cours des quatre dernières années. Ce n’est qu’au bout de 30 ans que les immigrants, hommes ou femmes, ont la même probabilité de souffrir d’une maladie ou affection chronique que leurs concitoyens nés au Canada178.

Figure 3,13 Proportion de Canadiens souffrant d’au moins une maladie chronique* selon le groupe d’âge, Canada, 2005

 

Figure 3,13 Proportion de Canadiens souffrant d’au moins une maladie chronique* selon le groupe d’âge, Canada, 2005

* Asthme, arthrite ou rhumatisme, hypertension, bronchite, emphysème,
maladie pulmonaire obstructive chronique, diabète, épilepsie, cardiopathie,
cancer, conséquences d’un accident vasculaire cérébral, maladie de Crohn,
colite, maladie d’Alzheimer, cataracte, glaucome, affection de la glande
thyroïde, schizophrénie, troubles de l’humeur, troubles anxieux, troubles de
l’alimentation chez les personnes âgées de 12 ans et plus
Source : Agence de la santé publique du Canada, à partir de l’Enquête sur la
santé dans les collectivités canadiennes, Statistique Canada, 2005.


 

À l’inverse, la prévalence de bien de ces maladies est plus grande chez les peuples autochtones que dans la population canadienne8,179. La figure 3,14 montre que, à quelques exceptions près, la proportion d’adultes des Premières nations vivant dans les réserves chez lesquels on a diagnostiqué une affection chronique est plus élevée que dans la moyenne de la population180.

Figure 3,14 Prévalence ajustée selon l’âge des affections
chroniques chez les adultes des Premières nations par
rapport à la population canadienne adulte, Canada, 2003

 

Figure 3,14 Prévalence ajustée selon l’âge des affections chroniques chez les adultes des Premières nations par rapport à la population canadienne adulte, Canada, 2003

Source : Enquête régionale longitudinale sur la santé des Premières nations (ERS).


 

Comme l’espérance de vie, la mortalité infantile ou les APVP, la proportion de personnes souffrant de problèmes de santé et d’incapacité de toutes sortes varie également en fonction de facteurs tels que le revenu et la scolarité. On voit ainsi, dans la figure 3,15, qu’il existe un gradient social, selon le niveau de scolarité, dans la prévalence des cardiopathies chez les Canadiens âgés de 45 à 64 ans181

D’autres maladies et affections, qui ne sont pas forcément les principales causes de décès prématuré, sont toutefois très courantes et contribuent nettement aux problèmes de santé des Canadiens.  

Diabète

Environ un Canadien sur vingt souffre de diabète182. La grande majorité (à peu près 90 %) d’entre eux sont atteints d’un diabète de type 2, qui est étroitement lié à l’excès de poids ou à l’obésité, ainsi qu’à l’hérédité. Il est souvent possible de prévenir cette forme de maladie par l’exercice physique, une bonne alimentation et le maintien d’un poids santé183. Le type 1, qui touche une plus faible proportion de diabétiques, survient généralement en début de vie et présente une composante génétique beaucoup plus forte184

Comme pour d’autres maladies et affections, certains groupes présentent des taux de diabète plus élevés que la moyenne. Chez les adultes de Premières nations vivant dans les réserves ou dans les collectivités des Premières nations, ce taux atteint 20 % environ, soit quatre fois celui de la population en général180

Hypertension

L’hypertension contribue nettement à certaines causes très courantes de décès, dont les cardiopathies et les accidents vasculaires cérébraux185. Cette affection a été diagnostiquée chez 18 % environ des Canadiens âgés de 20 ans et plus. Le pourcentage passe à 31 % après 44 ans186, 187. Le risque de souffrir d’hypertension augmente avec l’âge et varie selon l’ethnie et le sexe. Faire davantage d’exercice, arrêter de fumer et adopter de meilleures habitudes alimentaires sont de bonnes mesures préventives. On pourrait, par exemple, réduire d’un tiers le nombre de Canadiens souffrant d’hypertension si l’ensemble des Canadiens abaissait sa consommation de sodium (à un niveau beaucoup plus faible que la moyenne actuelle)188,189.

Figure 3,15 Cardiopathie auto-déclarée selon le niveau
de scolarité et le sexe, population à domicile âgée de 45
à 64 ans, Canada, 2005

 

Figure 3,15 Cardiopathie auto-déclarée selon le niveau de scolarité et le sexe, population à domicile âgée de 45 à 64 ans, Canada, 2005

Source : Agence de la santé publique du Canada, au moyen du système
DAIS (Data Analysis and Information System) de Santé Canada, Enquête
sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC), Statistique
Canada, 2005.


 

Arthrite ou rhumatisme

Environ 16 % des Canadiens âgés de 12 ans et plus déclarent souffrir d’arthrite ou de rhumatisme et il s’agit de la maladie chronique la plus présente chez les adultes des Premières nations (voir la figure 3,14)177,180. La figure 3,16 montre qu’un gradient social est associé à cette affection, puisque la proportion de personnes atteintes dans le groupe d’âge de 45 à 64 ans diminue généralement quand augmente le niveau de scolarité187. L’arthrite englobe plus de 100 troubles rhumatismaux qui présentent leurs propres facteurs de risque. L’âge, l’hérédité, l’obésité, les blessures et les maladies auto-immunes font partie des facteurs de risque liés aux principales formes d’arthrite et de rhumatisme190, 191, 192. Alors que l’arthrite est très souvent associée aux articulations, les affections rhumatismales peuvent aussi toucher les organes internes et la peau. Les personnes atteintes souffrent pendant des années, et les tentatives visant à gérer leur affection peuvent les mener à des épisodes de dépression et d’anxiété191,192. Il est parfois nécessaire de remplacer l’articulation. Selon le Registre canadien des remplacements articulaires, l’arthrose, forme la plus courante d’arthrite chez les personnes d’âge mûr et les personnes âgées, a été à l’origine de 81 % des arthroplasties initiales de la hanche et de 93 % de celles du genou en 2004-2005193

Figure 3,16 Arthrite ou rhumatisme auto-déclaré selon
le niveau de scolarité et le sexe, population à domicile
âgée de 45 à 64 ans, Canada, 2005

 

Figure 3,16 Arthrite ou rhumatisme auto-déclaré selon le niveau de scolarité et le sexe, population à domicile âgée de 45 à 64 ans, Canada, 2005

Source : Agence de la santé publique du Canada, au moyen du système
DAIS (Data Analysis and Information System) de Santé Canada, Enquête
sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC), Statistique
Canada, 2005.


 

Obésité

L’obésité est un problème considérable au Canada (voir l’encadré du chapitre 2 « Obésité – Illustration de l’approche de santé publique »). Elle peut avoir de sérieuses répercussions sur la santé, en raison de ses liens avec les cardiopathies, le cancer, le diabète de type 2, l’arthrose et d’autres affections14, 195. En 2005, 24 % des Canadiens âgés de 18 ans et plus étaient « obèses » (indice de masse corporelle égal ou supérieur à 30,0) et 35 % présentaient un « excès de poids » (indice de masse corporelle compris entre 25,0 et 29,9), sur la base de la taille et du poids mesurés196. C’est une hausse importante par rapport aux 14 % de cas d’obésité relevés en 1978-197912. Ce mal ne touche pas seulement les adultes; on a établi en 2004 que 8 % des jeunes âgés de 12 à 17 ans étaient obèses et que 18 % présentaient un excès de poids13.

 

Indice de masse corporelle, obésité et risque pour la snté

L’indice de masse corporelle (IMC) est un rapport entre le poids et la taille, calculé comme suit : IMC = poids (kg)/taille (m)2. Des études sur de grands groupes ont montré que l’on pouvait classer l’IMC en catégories associées à des risques pour la santé. Ces six catégories composent le système de classification du poids qui suit.

Classification
Catégorie IMC (kg/m2)
Risque pour la santé

Poids insuffisant

<18,5

Accru

Poids normal

18,5-24,9

Moindre

Excès de poids

25,0-29,9

Accru

Obésité classe I

30,0-34,9

Élevé

Obésité classe II

35,0-39,9

Très élevé

Obésité classe III

>=40,0

Extrêmement élevé

 

Plus l’IMC présente un écart important par rapport au « poids normal », plus le risque de souffrir d’un problème de santé lié au poids augmente194, 195.

 

Vu le manque d’activité physique et les mauvaises habitudes alimentaires observés à l’heure actuelle (voir le chapitre 4), les taux d’obésité devraient continuer de croître dans notre pays. Selon de récentes études, les taux d’obésité chez les hommes canadiens sont parmi les plus hauts au monde197. À mesure que ce taux augmente, on remarque une hausse des problèmes de santé associés à l’excès de poids et à l’obésité, qui fait augmenter le nombre de cas d’incapacité et de maladie et provoque de nombreux décès prématurés. On a estimé que plus de 8 000 décès survenus en 2004 pouvaient être attribués à l’obésité au sein de la population âgée de 25 ans et plus14.

Le revenu, le niveau de scolarité et le lieu de naissance (Canada ou étranger) font varier le taux d’obésité178, 198. Chez les personnes âgées de 19 à 45 ans, celles qui n’ont pas terminé leurs études secondaires sont beaucoup plus susceptibles de souffrir d’obésité que celles qui ont obtenu leur diplôme ou qui ont fait des études supérieures (voir la figure 3,17)198.

Figure 3,17 Obésité mesurée selon le niveau de scolarité
et le sexe, population à domicile âgée de 19 à 45 ans,
Canada (territoires non compris), 2004

 

Figure 3,17 Obésité mesurée selon le niveau de scolarité et le sexe, population à domicile âgée de 19 à 45 ans, Canada (territoires non compris), 2004

Source : Agence de la santé publique du Canada, au moyen du système
DAIS (Data Analysis and Information System) de Santé Canada, Enquête
sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC), Statistique Canada,
2004.


 

Pour ce qui est du revenu, les hommes et les femmes ne sont pas touchés de la même façon. Comme le montre la figure 3,18, parmi les Canadiens âgés de 46 à 65 ans, le taux d’obésité chez les femmes tend à augmenter avec la baisse du revenu dans les trois groupes dont le revenu est élevé, alors que chez les hommes, ce taux tend à augmenter avec la hausse du revenu198. On ne peut entièrement expliquer ce phénomène chez les hommes, mais certains experts pensent que le taux de tabagisme plus élevé et un travail plus exigeant sur le plan physique pourraient contribuer à atténuer les problèmes d’obésité chez les hommes qui perçoivent un revenu moindre199.

Figure 3,18 Obésité mesurée selon le revenu et le sexe,
population à domicile âgée de 46 à 65 ans, Canada
(territoires non compris), 2004

 

Figure 3,18 Obésité mesurée selon le revenu et le sexe, population à domicile âgée de 46 à 65 ans, Canada (territoires non compris), 2004

Source : Agence de la santé publique du Canada, au moyen du système DAIS
(Data Analysis and Information System) de Santé Canada, Enquête sur la
santé dans les collectivités canadiennes (ESCC), Statistique Canada, 2004.


 

Chez les Autochtones vivant hors des réserves, 38 % des adultes et 20 % des enfants sont obèses (en se fondant sur la taille et le poids mesurés)12, 13. Pour les Premières nations vivant dans les réserves ou dans les communautés des Premières nations, 36 % des adultes et des enfants sont considérés comme obèses (sur la base de la taille et du poids auto-déclarés)161.

Selon les données auto-déclarées de 2005, la prévalence de l’obésité serait moindre chez les immigrants récents (moins de 7 % au sein de la population visée). Les immigrants arrivés au Canada depuis quelque temps sont plus susceptibles d’être obèses (à peu près 13 %), mais la prévalence reste inférieure au taux national200. Soulignons par ailleurs que l’on observe plus de cas d’obésité en milieu rural (29 %) qu’en milieu urbain (20 %)201

Maladies mentales

En 2002, presque 5 % des Canadiens indiquaient avoir souffert de symptômes correspondant à un épisode de dépression majeure au cours des douze mois précédents et 20 %, de symptômes de dépression, de troubles bipolaires ou de troubles anxieux graves à un moment ou l’autre de leur vie117,177. Selon l’OMS, la dépression unipolaire (dépression sans épisode maniaque) serait la principale cause de la « charge de morbidité » globale (impact combiné des décès prématurés et de l’incapacité) au Canada en 2002. À l’exception des troubles bipolaires (avec épisodes maniaques), un plus grand nombre de femmes que d’hommes font état de symptômes associés à la dépression et aux troubles anxieux (voir la figure 3,19)177

Figure 3,19 Population âgée de 12 ans et plus déclarant
avoir souffert de certaines maladies mentales au cours
des douze derniers mois, Canada, 2002

 

Figure 3,19 Population âgée de 12 ans et plus déclarant avoir souffert de certaines maladies mentales au cours des douze derniers mois, Canada, 2002

Source : Agence de la santé publique du Canada, Centre de prévention
et de contrôle des maladies chroniques, Health Status indicators -
Chronic disease prevalences.


 

 

Un autre élément préoccupant relativement aux maladies mentales est le suicide, qui se classait au quatrième rang en 2001 pour le nombre d’années potentielles de vie perdues en raison d’un décès prématuré116. En 2004, le taux de suicide au Canada s’établissait aux environs de 11 décès pour 100 000 habitants, les hommes présentant un taux trois fois plus élevé (17 pour 100 000) que les femmes (5 pour 100 000). Les hommes âgés de 85 à 89 ans constituent le groupe d’âge dans lequel le taux de suicide est le plus élevé, alors que chez les femmes la tranche d’âge la plus touchée est celle de 50 à 54 ans117,203.

Maladies infectieuses

Les taux officiels d’infection transmissible sexuellement (ITS) sont en hausse au Canada depuis quelques années, en particulier la chlamydia, la syphilis infectieuse et la gonorrhée. De 1997 à 2006, les cas déclarés ont augmenté de 78 % pour la chlamydia (de 114 à 202 pour 100 000 habitants), de 122 % pour la gonorrhée (de 15 à 33 pour 100 000) et de 1 050 % pour la syphilis infectieuse (< de 1 à 5 pour 100 000)204, 205. Une combinaison de facteurs pourrait expliquer cette augmentation. Dans le cas de la gonorrhée et de la chlamydia, le dépistage s’est intensifié, surtout chez les hommes, grâce à de nouveaux examens moins invasifs. D’autres éléments seraient également en cause, comme l’augmentation des comportements sexuels à risque, la méconnaissance des modes de transmission des ITS et un certain relâchement dans la protection, mais de plus amples études sont nécessaires204. L’herpès génital et le virus papillome humain (VPH), qui ne sont pas recensés à l’échelle nationale, sont également courants204. De nombreuses ITS, qui ne produisent souvent aucun symptôme au départ, peuvent entraîner de graves problèmes de santé si elles ne sont pas traitées, notamment une atteinte inflammatoire pelvienne, des grossesses extra- utérines et l’infécondité206,207. On sait aujourd’hui que certains types d’infections à VPH sont à l’origine de presque tous les cas de cancer du col de l’utérus208.

Certaines maladies infectieuses sont plus fréquentes chez les peuples autochtones que dans la population en général. En 2006, on dénombrait 27,4 cas de tuberculose (nouveaux et rechutes) pour 100 000 habitants chez les Autochtones, contre 5 pour 100 000 dans la population canadienne209. Les Autochtones comptaient pour plus de 27 % de tous les tests de dépistage du VIH positifs en 2006 dans les onze provinces et territoires qui signalent l’origine ethnique, même s’ils ne composaient qu’environ 6 % de la population de ces provinces et territoires210.
 

Résumé

Même si la santé de notre population est très bonne, surtout quand on la compare à celle des habitants de bien d’autres pays, un examen minutieux des taux de mortalité, de maladie et d’incapacité dans divers groupes montre que certains Canadiens sont en moins bonne santé et jouissent d’une qualité de vie moins bonne que d’autres. Plusieurs facteurs sociaux jouent sur ces taux, dont le vieillissement de la population, la qualité des interventions médicales qui améliorent les chances de survie à des affections potentiellement mortelles et une évolution des choix personnels en ce qui a trait à l’alimentation, à l’activité physique et à la consommation de certaines substances, comme le tabac et l’alcool. Ce ne sont toutefois pas les seuls éléments en jeux. Il est évident que la pauvreté, le développement des jeunes enfants, la scolarité, l’emploi, les conditions de travail et certains aspects de l’organisation et de la structure des collectivités influent profondément sur les comportements individuels et les résultats de santé. Le chapitre 4 examine certains des facteurs qui jouent un rôle sur le plan de la santé et de sa répartition à l’échelle nationale.

 

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