Chapitre 4 : Établir les connexions : Mieux comprendre les affections neurologiques au Canada – Facteurs de risque liés aux affections neurologiques

4. Facteurs de risque liés aux affections neurologiques

Compte tenu du large éventail de répercussions engendrées par les affections neurologiques (chapitre 1), de l’étendue des besoins des personnes atteintes en matière de soins et des coûts associés (chapitre 2), ainsi que du nombre de Canadiens susceptibles d’être touchés par ces affections (chapitre 3), il importe de mettre en œuvre des stratégies de prévention et de détection précoce de ces affections neurologiques de façon à alléger leur fardeau aux niveaux individuel, de la collectivité et des soins de santé. L’Étude comportait deux projets visant à identifier et à décrire les facteurs biologiques, génétiques, socio-économiques, environnementaux, psychosociaux et liés au mode de vie qui pourraient être associés au développement et à l’évolution de quatorze affections neurologiques [13][14]. Les équipes des projets ont passé en revue plusieurs milliers d’articles, ont appliqué des critères prédéterminés pour sélectionner les revues systématiques, les méta-analyses et les études d’observation, puis ont analysé ces dernières par le biais d’une synthèse qualitative.

Les facteurs de risque liés à l’évolution des affections étaient extrêmement difficiles à cerner [14], car il était souvent impossible de faire la distinction entre les facteurs de risque liés au développement des affections et les déterminants de l’évolution ou du rythme d’évolution de celles-ci. Pour ce faire, il serait nécessaire de colliger des observations multiples au fil du temps en commençant par les premières manifestations des affections, ou même avant, jusqu’aux stades plus avancés et, pour certaines affections, après le décès de la personne atteinte.

4.1 Des facteurs de risque modifiables potentiels liés au développement des affections neurologiques sont actuellement identifiés

Les associations identifiées par le Projet – Facteurs de risque de développement [13] qui pourraient être modifiées par des mesures d’intervention disponibles semblent particulièrement pertinentes, puisqu’elles offrent la possibilité de prévenir les affections neurologiques ou d’en atténuer les répercussions. Par exemple, la synthèse de la littérature a permis de confirmer que certains facteurs de risque cardiovasculaire, comme le tabagisme et le diabète, ne sont pas seulement associés aux AVC, mais également à la maladie d’Alzheimer et autres démences. Les traumatismes cérébraux, une affection neurologique en soi, ont aussi été identifiés comme un facteur de risque de la maladie d’Alzheimer et autres démences chez les hommes ainsi que d’épilepsie chez les deux sexes. Par ailleurs, la mise en place de mesures pour prévenir les chutes chez les personnes âgées permettrait de réduire les risques de traumatismes cérébraux et de la moelle épinière. La synthèse de la littérature réalisée par l’équipe du projet a aussi permis de corroborer l’association de facteurs de risque environnementaux comme la carence en vitamine D avec la sclérose en plaques, de même que l’exposition aux pesticides et la maladie d’Alzheimer et autres démences, la SLA, les tumeurs cérébrales et la maladie de Parkinson. Il a également été souligné que les complications lors de la grossesse et de l’accouchement étaient associées à plusieurs affections neurologiques chez les enfants.

Il est encourageant de constater que des facteurs potentiels pour la prévention des affections neurologiques ont été identifiés. Par contre, en examinant ces résultats, il est important de comprendre que la présence d’un facteur associé à une affection n’implique pas nécessairement que ce facteur soit à l’origine de l’affection en question, et inversement, l’absence de ce facteur ne garantit pas que la personne ne développera pas l’affection. De plus, certaines des associations cernées par ce projet peuvent ne s’appliquer qu’à une faible proportion des cas d’une affection neurologique donnée, ou encore, à des populations spécifiques. Ces constatations peuvent s’avérer utiles pour de futurs chercheurs qui tenteraient de déterminer le risque attribuable dans la population. L’équipe de recherche du Projet – Facteurs de risque de développement [13] a reconnu la nécessité d’évaluer la pertinence des facteurs de risque sur le plan de la médecine clinique et de la santé publique puisque si un facteur de risque est seulement associé à une faible proportion de cas d’une affection neurologique rare, les retombées d’une intervention seraient moins importantes sur le plan de la santé publique que si le facteur de risque était associé à une grande proportion de cas d’une affection neurologique courante. L’équipe du Projet – Facteurs de risque de développement [13] applique actuellement ces concepts à ses travauxNote de bas de page 48.

Les données existantes sur les facteurs de risque pourront par la suite être enrichies par d’autres projets de l’Étude. Par exemple, le Projet – Étude longitudinale canadienne sur le vieillissement : initiative sur les affections neurologiques (ELCV-IAN) [5] vise à intégrer une évaluation à long terme des facteurs de risque et des facteurs prédictifs liés au mode de vie propres à l’épilepsie, aux démences, à la maladie de Parkinson et aux traumatismes cérébraux. Par ailleurs, des sources de données existantes, comme celles du Projet – DME et du Projet – InterRAI [6][8], pourraient être développées de manière à approfondir la compréhension des facteurs socio-économiques, environnementaux et liés au mode de vie qui peuvent augmenter le risque de développer certaines affections neurologiques. Une éventuelle intégration dynamique des facteurs de risque aux sept modèles de microsimulation permettrait de préciser davantage les projections établies par les modèles et d’évaluer les résultats obtenus par le biais de différentes mesures d’intervention [10]. Enfin, l’élargissement de la portée des registres existants de maladies ou de patients, qui constituait l’un des objectifs du Projet – Registre de la paralysie cérébrale [4], permettrait d’accroître leur puissance d’analyse de façon à cerner les facteurs de risque liés aux affections neurologiques moins prévalentes. Cette information pourrait aider les Canadiens à réduire leur risque sur le plan individuel, de même qu’à favoriser l’élaboration de stratégies de prévention et de détection précoce des affections neurologiques.

4.2 Des facteurs génétiques liés au développement d’affections neurologiques sont actuellement identifiés

Certaines affections neurologiques visées par l’Étude sont causées par des mutations de gènes uniques pouvant être détectées par des tests génétiques hautement prédictifs. Dans le cas d’affections comme la dystonie, la maladie de Huntington et la dystrophie musculaire, la reconnaissance de tels gènes comme facteurs de risque revêt une grande valeur pronostique. Certaines formes autosomiques dominantes de la maladie d’Alzheimer peuvent être causées par des mutations de gènes codant pour la protéine précurseur amyloïde, la préséniline-1 (PSEN-1) ou la préséniline-2 (PSEN-2). De plus, environ 10 % des cas de la maladie de Parkinson sont attribuables à des mutations de gènes uniques, qu’ils soient dominants (SNCA, LRRK2) ou autosomiques récessifs (Parkin, PINK1, DJ-1). La SLA familiale est une forme de SLA qui touche 5 % des casNote de bas de page 49 . Une mutation du gène SOD1 (superoxyde dismutase à Cu/Zn) a été décelée dans 20 % des cas de SLA familiale; d’autres mutations (p. ex. FUS, TARDBP et C9ORF72) ont aussi été identiféesNote de bas de page 50 .

D’autres affections neurologiques sont causées par l’interaction entre un ou plusieurs gènes de prédisposition et des facteurs toxiques ou environnementaux (rarement identifiés), notamment la forme sporadique de la maladie d’Alzheimer (allèle e4 du gène APOE et autres gènes), de la SLA (gène de l’ataxine 2 et autres), de l’épilepsie (gènes codant pour les canaux ioniques sensibles au voltage ou ligand-dépendants)Note de bas de page 51, de la sclérose en plaques (allèle HLA-DRB1*1501 et gènes non identifiés soupçonnés d’après des études familiales) et de la maladie de Parkinson (au moins 19 gènes de prédisposition identifiés)Note de bas de page 52. En raison de leur manque d’exactitude (attribuable à une sensibilité et/ou une spécificité inadéquates), les tests de prédisposition génétique ne sont actuellement pas recommandés dans ces cas pour mesurer le risque d’affection neurologique. Toutefois, les gènes de prédisposition présentent un grand intérêt, car certains peuvent fournir des indications sur les mécanismes responsables du développement de ces affections complexes.

4.3 Lacunes sur le plan des connaissances

Il n’existe pas encore de données probantes exhaustives sur les facteurs de risque liés au développement et à l’évolution des affections neurologiques. En général, les données sur les facteurs de risque liés aux affections neurologiques sont absentes ou insuffisantes relativement aux aspects suivants :

  • La pertinence sur le plan de la médecine clinique et de la santé publique des facteurs de risque validés statistiquement;
  • Les facteurs de risque liés à l’évolution des affections neurologiques, soit à l’amélioration ou à la dégradation de l’affection;
  • Le risque relatif et le risque attribuable dans la population des facteurs de risque modifiables associés au développement d’affections neurologiques. Ces données permettraient d’évaluer l’efficacité potentielle des mesures de prévention sur le plan individuel et populationnel.

Des mesures ont été prises pour accroître, à l’avenir, la disponibilité des données et de l’information sur les facteurs de risque liés aux affections neurologiques.

4.4 Principaux thèmes

Les thèmes suivants ont été soulevés concernant ce volet de l’Étude, qui a fourni des résultats préliminaires sur les facteurs de risque liés à certaines affections neurologiques :

  • L’analyse statistique des facteurs de risque liés au développement d’affections neurologiques constitue une des étapes du processus d’identification des associations qui se prêtent à la prévention.
  • Les facteurs de risque liés à l’évolution de maladies doivent faire l’objet d’études longitudinales exhaustives et coûteuses auprès des personnes « à risque » et atteintes tout au long de l’évolution de l’affection, soit du stade le plus précoce au stade le plus avancé.
  • L’identification des facteurs de risque et la détermination de leur causalité potentielle constituent un défi de taille sur le plan méthodologique, notamment en raison de la difficulté à mettre en évidence des relations temporelles et à prouver la plausibilité biologique. Dans de nombreux cas, les études appropriées n’ont pas encore été menées.
  • Il est nécessaire de reconnaître l’interaction complexe entre les facteurs génétiques, épigénétiques et environnementaux lors de l’évaluation des risques pour les personnes et les membres de leur famille.


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