ARCHIVÉ – Analyse des données sur les niveaux de compétence linguistique canadiens issues de l’enquête sur la langue (Citoyenneté)

Rapport sommaire et recommandations

Rapport sommaire

L’examen de données du même genre que celles ayant été utilisées dans le cadre de cette étude peut potentiellement fournir des renseignements utiles, même s’ils sont incomplets, au sujet des résultats de l’apprentissage de la langue pour les immigrants adultes. Notre analyse a révélé divers moyens d’améliorer la conception de la recherche et les méthodes de collecte de données. Les données présentées ici révèlent un éventail de facteurs qui prédisent les notes des participants à l’ENCLC. De fait, un modèle de régression qui comprenait dix facteurs a prédit plus de 41 p. 100 de la variance dans les notes. Compte tenu de l’éventail complexe des influences sur l’apprentissage d’une langue, il s’agit d’une corrélation multiple inhabituellement élevée. Parmi les variables explicatives statistiquement significatives notons les cours de langue, les études au Canada, l’âge au moment de l’immigration, la catégorie d’immigration et la ville de résidence. Peut-être que la constatation la plus digne de mention de l’étude est l’effet de la langue maternelle. Les locuteurs dans les catégories de langues de l’Asie orientale (à l’exception des locuteurs du tagalog) et de l’Asie du Sud-Est semblent avoir été désavantagés par rapport aux autres groupes de langues. Cette constatation souligne la nécessité de mettre en place des cours de langue destinés à améliorer les compétences en compréhension et en expression orale pour les membres de ces groupes linguistiques, et plus particulièrement compte tenu du fait qu’ils constituent les cohortes les plus importantes de nouveaux immigrants au Canada.

Même si l’analyse a révélé une relation négative entre les cours de langue au Canada et les notes à l’ENCLC, il faut reconnaître qu’il n’existe aucun fondement pour établir qu’il s’agit d’une relation de cause à effet. Au contraire, les personnes ayant suivi des cours de langue l’ont très probablement fait parce qu’elles sont arrivées au Canada avec des compétences limitées ou inexistantes dans les langues officielles. Cette supposition est confirmée par le fait que le programme CLIC en particulier, qui est conçu pour les débutants et les apprenants dont les compétences linguistiques sont faibles, a montré la contribution négative la plus importante aux notes à l’ENCLC. La constatation d’une relation négative entre l’âge au moment de l’immigration et les notes à l’ENCLC renforce des preuves empiriques antérieures selon lesquelles la réussite finale dans l’acquisition d’une langue seconde dépend de facteurs de développement, de telle sorte que les jeunes apprenants disposent d’un avantage. Une autre constatation qui ne nous surprend pas beaucoup tient aux écarts entre les notes obtenues à l’ENCLC par les trois catégories d’immigrants et la contribution significative qui en résulte de la catégorie d’immigration au modèle de régression multiple. Les notes plus élevées des membres de la catégorie des immigrants indépendants peuvent s’expliquer par les critères de sélection. En effet, les immigrants indépendants sont choisis, du moins en partie, en fonction de leur connaissance d’une langue officielle, ainsi que de leurs études. On ne s’attend pas à ce que les immigrants dans la catégorie de la famille satisfassent aux mêmes critères rigoureux, et compte tenu que les réfugiés, qui ont obtenu les notes les plus faibles dans l’ensemble à l’ENCLC, ne sont plus sélectionnés en fonction de leur capacité d’adaptation, la connaissance préalable d’une langue et les études antérieures ne sont pas prises en considération.

Recommandations

Les recommandations suivantes reposent sur notre analyse des limites de l’étude pilote. Nous recommandons qu’elles soient mises en œuvre dans toute autre collecte de données que CIC voudra bien entreprendre. Ces suggestions conduiront, à notre avis, à recueillir des renseignements beaucoup plus utiles pour évaluer l’efficacité des cours de langue que ceux qui sont contenus dans l’ensemble de données actuel.

1. Définir un ensemble d’objectifs suffisamment clairs et ciblés dès le début de l’étude.

Comme nous l’avons déjà mentionné, on a tenté dans le cadre de la présente étude de se pencher sur plusieurs enjeux distincts, et ce, au détriment de priorités bien définies. Par exemple, il n’y a aucune raison de croire a priori que les résultats obtenus à l’examen pour la citoyenneté et aux autres questions ayant trait à la citoyenneté pourraient contribuer à l’objectif général de l’étude qui était de déterminer les variables explicatives de la compétence dans une langue seconde. En accordant la priorité aux facteurs qui sont réputés avoir une incidence sur l’acquisition d’une langue seconde, on obtiendra des résultats plus significatifs dans les futures études. Même s’il est tentant dans ce genre de travail d’essayer de recueillir le plus de renseignements possibles auprès des participants, cette approche peut se révéler contre-productive parce que les entrevues trop longues entraînent souvent une certaine fatigue chez les évaluateurs et les participants, et peuvent déboucher sur des données erronées ou des données manquantes.

Afin de s’assurer d’obtenir un ensemble de données final le plus utile possible, les procédures de sélection des participants doivent être uniformes pendant toute la durée de l’étude. Des données tirées de “CIC Langage Surveys: Sample Development and Data Management” (Enquêtes sur la langue de CIC : élaboration de l’échantillon et gestion de données)  (Services conseils du gouvernement) semblent indiquer que ce ne fut pas le cas pour l’ensemble de données actuel. Il est également clair que les questions qui ont été posées dans l’enquête n’avaient pas été arrêtées au début de l’étude; en effet, après que la collecte de données a été achevée à Toronto et à Vancouver, on a apporté d’importantes modifications au questionnaire d’enquête.

2. Élaborer et mettre en œuvre un protocole de formation clair pour les évaluateurs et les coordonnateurs.

Tout projet futur de collecte de données devrait comprendre des ateliers de formation en personne pour les évaluateurs et les autres personnes qui participent au projet. De plus, il faudrait rédiger un guide de formation dans lequel on anticipe les problèmes potentiels et on leur fournit une solution. Il serait utile d’employer un instructeur/coordonnateur à temps plein pour surveiller le projet. Cette personne pourrait diriger les séances de formation dans toutes les villes participantes, observer les évaluateurs au cours de leurs premières entrevues et leur fournir une rétroaction régulièrement. L’investissement dans la formation contribuerait à ajouter de la valeur au processus, non seulement en éliminant le besoin de procéder à un nettoyage coûteux et fastidieux des données, mais aussi en réglant les problèmes qui autrement peuvent conduire à des données manquantes ou impossibles à interpréter.

3. Rationaliser et améliorer la cohérence des procédures de saisie des données.

Une étape essentielle dans une grande étude quantitative de ce genre est l’élaboration d’un guide de codage pour la saisie des données. Afin de réduire la marge d’erreur, et pour faciliter l’analyse, toutes les variables devraient être codées numériquement. Si les futures données sont recueillies de la même manière, la saisie devrait être centralisée afin de garantir un enregistrement uniforme. Toutefois, une autre approche, qui à notre avis est supérieure, consiste à mettre en place un système de saisie des données en ligne qui exige des utilisateurs de choisir leur réponse à partir d’un menu à choix multiples. Ce genre de système d’enregistrement des données contribuera à réduire les possibilités de commettre des erreurs et d’oublier des données. Les évaluateurs pourraient entrer les données directement, ce qui éliminerait le besoin d’avoir recours à du personnel seulement pour faire la saisie des données.

À l’avenir, les professions devraient être codées en fonction du protocole de la CNP.

Les codes de réponses devraient être inclus afin que l’on puisse déterminer si le répondant n’a pas compris la question ou s’il ne connaissait pas la réponse ou encore si la question ne s’appliquait pas à lui. Cette façon de faire permettrait de recueillir davantage de renseignements qu’avec une réponse laissée en blanc.

4. Recueillir davantage de renseignements sur les facteurs réputés pertinents pour l’acquisition d’une langue seconde.

Le facteur unique le plus important, qui n’a pas été inclus dans cette étude, est la note que les participants avaient obtenue à l’ENCLC lors de leur première évaluation au Canada. Sans ce renseignement, il est impossible de quantifier les effets des cours de langue ou tout progrès réalisé par les participants sur le plan linguistique. De nombreux facteurs influent sur le développement d’une langue, mais en l’absence d’une idée du point de départ des participants, il est impossible d’évaluer les contributions relatives de chacun. Si les données sources issues des évaluations initiales ne sont pas disponibles, on pourrait demander aux participants d’indiquer quelle note ils avaient obtenue lors de leur première ENCLC.

Deux variables additionnelles qui sont réputées avoir un lien avec l’apprentissage d’une langue sont les études dans un programme d’enseignement régulier et les cours de langue suivis dans le pays d’origine. Sans connaître le bagage avec lequel les immigrants arrivent, il est très difficile de prendre en compte les modèles et le degré de perfectionnement linguistique. Il est bien connu que les études dans un programme d’enseignement régulier sont corrélées positivement avec la compétence dans une langue seconde. Pour ce qui est des cours de langue suivis dans le pays d’origine, il serait utile de connaître le genre d’instruction que les participants ont reçu, autant pour comprendre quelles sont les compétences déjà acquises que pour déterminer les lacunes éventuelles (p. ex. aptitudes à l’expression orale ou à la compréhension, raisonnement pragmatique, compétences en lecture/écriture, grammaire). Le fait que beaucoup de programmes d’enseignement de l’anglais langue seconde portent presque exclusivement sur le développement de la lecture et de l’écriture contribue souvent à ce que les étudiants développent une bonne maîtrise du vocabulaire et de la grammaire, mais au détriment des aptitudes à l’expression orale.

Même si l’emploi occupé dans le pays d’origine n’a habituellement pas de lien direct avec l’acquisition de la langue, il serait utile de connaître des renseignements de ce genre parce que les objectifs personnels des participants sur le plan linguistique et leur motivation pourraient être liés à la possibilité de retrouver le même genre d’emploi que dans leur pays. Les critères de compétence linguistique liés à ces emplois peuvent, d’une certaine manière, déterminer le niveau ultime qu’atteindront les participants dans l’apprentissage d’une langue seconde.

Il faudrait recueillir davantage de renseignements sur la langue parlée au travail. Même s’il est intéressant de savoir quelle langue est utilisée le plus fréquemment, sans précisions au sujet de la nature des utilisations réelles de la langue, on ne recueille pas d’information utile au sujet des possibilités de perfectionnement linguistique permanent. Les participants devraient être interrogés sur la mesure dans laquelle ils utilisent des formules toutes faites (p. ex. les serveuses dans les restaurants) comparativement à des phrases dans le cadre d’une conversation (comme avec des clients et des collègues). De plus, il faudrait que les participants indiquent dans quelle mesure leur travail exige qu’ils lisent et écrivent, ainsi que le degré de complexité des tâches que l’on attend d’eux. Quelques questions sur la langue parlée au travail devraient être posées suivant une certaine échelle de valeur, par exemple, le pourcentage de temps passé à s’exprimer dans une langue officielle (0 %, 10 %, 20 %... 100 %). De plus, l’utilisation d’une langue officielle par les participants devrait faire l’objet de questions plus poussées afin de recueillir de l’information au sujet de la langue qui est utilisée à la maison et dans les interactions sociales en-dehors du milieu de travail. La réponse à la dernière question, plus particulièrement, pourrait permettre de mieux saisir le degré d’intégration.

S’il est vrai que la répartition en trois catégories d’immigration utilisée dans l’étude a permis de recueillir des renseignements, des précisions plus détaillées sur les catégories des immigrants indépendants et des réfugiés pourraient contribuer à l’élaboration de programmes de formation linguistique plus ciblés et répondant davantage aux besoins de ces cohortes particulières au sein des trois catégories. Dans le groupe des réfugiés, par exemple, les besoins d’apprentissage de la langue peuvent varier selon la catégorie de réfugié.

La durée des cours de langue devrait être indiquée en heures. Toute augmentation du temps requis pour répondre à cette question serait compensée par la plus grande utilité de la réponse.

Il faudrait demander directement aux participants ce qu’ils pensent de l’utilité de leurs expériences d’apprentissage linguistique. Cela pourrait se faire, par exemple, en leur demandant de répondre sur une échelle à une question du genre de celle-ci : « Avez-vous trouvé que les cours de langue que vous avez suivis étaient utiles, et dites à quel point ils l’étaient? 1 = pas utiles du tout, 5 = extrêmement utiles. Il faudrait également leur demander d’évaluer le degré d’importance accordé à certaines compétences linguistiques particulières dans le programme qu’ils ont suivi (compréhension, expression/prononciation, lecture, écriture, grammaire, acquisition de vocabulaire).

Il faudrait évaluer la compréhension et l’expression ensemble plutôt que séparément. De plus, la composante de l’expression orale du test devrait être enregistrée numériquement pour permettre une analyse additionnelle. Une analyse informelle des commentaires des évaluateurs a montré qu’un grand nombre des observations portaient sur la prononciation des participants. Ces commentaires ne pouvaient pas être utilisés dans le cadre de la présente analyse en raison du manque d’uniformisation, mais les enregistrements pourraient permettre une évaluation plus approfondie de la prononciation en même temps que d’autres variables du discours comme la fluidité. Avec une analyse appropriée, les données qui viendraient s’ajouter au test de l’ENCLC pourraient être une source extrêmement valable de renseignements pour les chercheurs et les responsables de l’élaboration des programmes. Elles permettraient aussi de réaliser une validation transversale à grande échelle de cet aspect de l’outil d’évaluation de l’ENCLC.

Le test de l’ENCLC lui-même pourrait s’enrichir d’une tâche additionnelle au cours de laquelle les participants devraient répéter un certain nombre de phrases à la suite d’un modèle d’expression (qui serait enregistré numériquement). D’un point de vue méthodologique, cela faciliterait la comparaison entre tous les participants parce que le contenu serait identique. En réussissant ou non à s’acquitter de la tâche,  les participants fourniraient la preuve de leur compétence linguistique.

5. Envisager des moyens additionnels et complémentaires d’évaluer l’efficacité de la formation linguistique.

Même si une enquête de ce genre peut contribuer à faire ressortir certains facteurs susceptibles d’influer sur l’apprentissage d’une langue seconde, de même que des moyens qui pourraient permettre d’améliorer les cours de langue subventionnés actuellement par le gouvernement fédéral, il reste qu’elle n’ouvre qu’une perspective limitée sur ces préoccupations. Afin d’améliorer la compréhension d’une gamme plus complète de questions ayant une incidence sur l’acquisition d’une langue seconde, les cours de langue eux-mêmes, incluant les programmes, les exercices en classe, les qualifications des instructeurs, la qualité et le caractère adéquat des outils d’évaluation, de même que la pertinence du contenu des cours par rapport aux objectifs des apprenants devraient aussi être étudiés. À défaut de prendre ces facteurs en considération, il pourrait être difficile d’apporter des améliorations notables aux programmes existants. Une démarche à envisager pour mesurer l’efficacité des programmes consisterait à étudier des programmes novateurs qui obtiennent un taux de réussite élevé, tel qu’il est mesuré par l’amélioration des résultats à l’ENCLC.

6. Divers

Nous suggérons de limiter la catégorie des commentaires de l’évaluateur aux sujets qui concernent des renseignements très inhabituels au sujet des participants. Bon nombre des remarques que nous avons notées dans l’étude n’étaient que des répétitions de renseignements qui avaient déjà été recueillis, ou des renseignements hautement idiosyncratiques sans grande utilité.

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