Les expériences des nouveaux Canadiens sur le plan du logement : d’après l’Enquête longitudinale auprès des immigrants du Canada (ELIC)

1. Introduction : l’immigration hier et aujourd’hui au Canada

1.1 Introduction

Par le passé, la plupart des nouveaux arrivants au Canada venaient d’Europe. Ils étaient attirés par l’abondance d’avantages qu’offrait le pays, comme les possibilités d’emploi, l’immobilier abordable et une meilleure qualité de vie pour eux-mêmes et pour leurs enfants. À l’instar des autres destinations des immigrants, le Canada était une terre d’avenir et attirait des millions de nouveaux arrivants à la recherche d’une vie meilleure.

La plupart de ceux qui quittaient tout et qui déracinaient leur famille pour s’établir au Canada y ont trouvé ce qu’ils cherchaient : une multitude d’emplois et des logements abordables, et des gens du pays qui les accueillaient volontiers, eux et leurs enfants. Les nouveaux arrivants se sont ainsi fondus relativement facilement dans la société canadienne et ont saisi un grand nombre des occasions dont ils rêvaient.

En comparaison, les immigrants qui arrivent au Canada aujourd’hui diffèrent à plusieurs égards importants, dont l’intégration. Premièrement, la plupart des immigrants ne sont plus d’ascendance européenne et ne sont pas de race blanche, ce qui est susceptible de les distinguer de la société hôte à long terme (Boyd, 2003). Deuxièmement, ils n’arrivent plus dans une « économie en friche », et les possibilités ne sont peut-être pas aussi nombreuses qu’autrefois. Troisièmement, leurs compétences professionnelles différentes les placent différemment dans le marché du travail par rapport aux Canadiens de naissance. Ces changements, conjugués à beaucoup d’autres, ont des répercussions sur l’intégration des immigrants dans la société canadienne.

Les chercheurs qui tentent de déterminer la « nouveauté » des expériences des immigrants d’aujourd’hui au Canada se concentrent donc sur les résultats sur le marché du travail, comme le revenu (Baker et Benjamin, 1994; Frenette et Morissette, 2003; McMullen, 2009), la situation d’emploi (Worswick, 1996; McDonald et Worswick, 1997; Gilmore, 2009), la réussite professionnelle (Frenette et coll., 2003; Green, 1999; Boyd et Thomas, 2001; Zietsma, 2010) ou même les habitudes de transferts de fonds (Houle et Schellenberg, 2008). D’autres chercheurs examinent pour leur part la répartition spatiale des immigrants et leurs profils résidentiels (Hou, 2004; Fong et Wilkes, 2003; Myles et Hou, 2004; Hou, 2007; Houle, 2007; Ostrovsky, Hou et Picot, 2009) et, bien souvent, assimilent l’intégration spatiale à l’intégration socioéconomiqueNote de bas de page 1.

Nous combinons ces deux champs de recherche en utilisant l’Enquête longitudinale auprès des immigrants du Canada (ELIC) pour nous pencher sur le logement, un autre aspect au cœur de l’établissement des immigrants. Bien que le thème du logement soit lié à la position spatiale et économique dans la société canadienne, il met en évidence des dimensions de l’expérience des immigrants que ne font pas ressortir les autres facteurs. D’abord, le logement, en particulier le logement en propriété, est une composante essentielle de la sécurité financière (Alba et Logan, 1992; Hou, 2010). Ensuite, il constitue un élément géographique fixe; le type de logement, sa qualité et son emplacement ne sont pas seulement révélateurs du lieu de vie d’un ménage d’immigrants, mais également de son accès aux commodités (Henry, 1989). Enfin, le logement marque l’engagement du ménage d’immigrants à l’égard de sa nouvelle collectivité et de sa nouvelle société (Alba et Logan, 1992; Haan, 2007). Par conséquent, le logement représente un moyen de produire (ou d’empêcher) une stratification socioéconomique et de cerner ainsi un élément de l’expérience des immigrants qu’il est impossible d’obtenir avec les autres facteurs.

Dans le présent rapport, nous mettons l’accent sur plusieurs caractéristiques d’habitation d’une cohorte récente d’immigrants au cours de leurs premières années au Canada. Nous examinons les dépenses consacrées au logement, les cheminements résidentiels et les moyens qui permettent, le cas échéant, de devenir propriétaire d’un logement au cours des premières années. La section qui suit contient des renseignements détaillés sur l’évolution de la situation des immigrants et de l’accueil qu’ils reçoivent ainsi que sur les répercussions possibles de ces changements sur leurs expériences résidentielles. Vient ensuite une analyse détaillée de l’abordabilité du logement, suivie d’un examen des corrélats de l’accession à la propriété. Nous terminons par un examen de certaines conséquences sur le plan de la politique.

1.2 Évolution de la population d’immigrants au Canada

Les chercheurs du domaine de l’immigration qui souhaitent mieux comprendre le processus d’intégration des immigrants dans la société canadienne ont la chance de pouvoir compter sur une documentation de longue date étayée par des recherches menées au Canada et aux États-Unis. Du côté canadien, les travaux de John Porter et de Burton Hurd sont de nature formative, tandis que les premiers chercheurs américains comme Robert Park et Ernest Burgess fondent en grande partie leurs conclusions sur les expériences des immigrants arrivés dans leur pays hôte vers la fin des années 1800 et le début des années 1900. Ces travaux portent principalement sur les migrants pauvres et non instruits qui ont choisi de s’établir dans un petit nombre de villes canadiennes et américaines. Ces nouveaux arrivants étaient « triés sur le volet » et ne venaient que de quelques pays et, par conséquent, étaient plutôt homogènes, du moins quand on les compare aux immigrants d’aujourd’hui.

Dans l’ensemble, on s’attendait de constater une diminution graduelle des caractéristiques qui distinguent ces nouveaux arrivants de l’ensemble de la population. Selon Park et Burgess, il fallait s’attendre à ceci :

Un processus d’interpénétration et de fusion dans lequel les personnes et les groupes acquièrent les souvenirs, les sentiments, les attitudes de l’autre et, en partageant leur expérience et leur histoire, s’intègrent dans une vie culturelle commune.
(Park et Burgess, 1921, p. 735)

Même si elle ne renvoie à aucun résultat en particulier, cette étude initiale est paradigmatique et un nombre incalculable de chercheurs y ont fait appel depuis pour mieux comprendre la façon dont les immigrants s’intègrent à leur société hôte.

Toutefois, comme nous l’avons mentionné, ces théories initiales reposaient sur les expériences de migrants qui étaient principalement des Européens de race blanche et qui, pour la plupart, ne se démarquaient pas physiquement des membres de la société hôte. À compter des années 1960, la plupart des pays (y compris le Canada) d’immigration ont délaissé leur politique privilégiant certains pays pour tenir compte du mérite et des considérations humanitaires (on trouvera un examen de ces mesures dans Rekai [2002] et Borjas [1991]). C’est ainsi que la source principale de nouveaux immigrants n’a plus été l’Europe mais plutôt le reste du monde et que, par ricochet, le nombre d’immigrants non-blancs a fortement augmenté (figure 1-1).

Figure 1-1 : Minorités visibles auxquelles appartiennent les chefs de ménages d’immigrants récents dans les sept plus grandes RMR du Canada, 1971-2001

Minorités visibles auxquelles appartiennent les chefs de ménages d’immigrants récents dans les sept plus grandes RMR du Canada, 1971-2001

Comme l’indique la figure 1-1, en 1971 (la première année où l’Europe a été supplantée par le reste du monde comme source des immigrants canadiens (Troper, 2003), environ les trois quarts de tous les immigrants canadiens récents (≤ 5 ans) étaient de race blanche. Toutefois, cette proportion a diminué continuellement au cours des deux décennies suivantes si bien qu’en 1991, seulement le quart environ des immigrants récents (arrivés entre 1986 et 1991) étaient de race blanche; des nombres appréciables de Noirs, de Chinois et d’Asiatiques du Sud constituaient les trois autres quarts. Cette proportion n’a à peu près pas changé depuis.

1.2.1 En quoi l’évolution de la composition des minorités visibles peut-elle avoir une incidence sur les expériences résidentielles?

Plusieurs chercheurs (Myles et Hou, 2004; Zhou, 1997; Boyd, 2003) pensent que l’évolution de la « couleur » de l’immigration constatée dans la figure 1.1 peut donner lieu à des expériences différentes sur le plan de l’intégration. Contrairement aux premières théories mentionnées précédemment qui laissaient entrevoir que les forces du changement effaceraient les divisions entre les immigrants et la société hôte (Hirschman, 1983), la diversité des nouveaux immigrants remet en question l’orthodoxie théorique en ajoutant la perspective d’obstacles structurels ou institutionnels à long terme aux chances de réussir dans la vie.

L’élément principal qui incite à revoir les théories de base est le fait que les immigrants d’autrefois se distinguaient largement par leurs caractéristiques culturelles et linguistiques, mais non par leurs caractéristiques physiques. Maintenant, à ces « obstacles secondaires » (Murdie et coll., 1999) s’ajoutent des obstacles physiques ou « primaires » durables qui distinguent en permanence les immigrants des gens nés au pays. Par conséquent, même après avoir adopté les conventions de la société hôte, de nombreux immigrants continuent de se distinguer de nos jours de leurs concitoyens nés au Canada (encore principalement de race blanche). Parallèlement, les populations de minorités visibles augmentent rapidement et devraient plus que doubler d’ici 2031. Ainsi, à Toronto, elles deviendront globalement majoritaires. C’est une raison de plus de revoir les cadres d’intégration du passé.

Même si de nombreuses études sur les expériences des immigrants mettent aujourd’hui l’accent sur la couleur de la peau (« l’appartenance à une minorité visible » au Canada ou la « race » dans la plupart des autres pays), il ne s’agit aucunement de la seule nouveauté entourant les immigrants d’aujourd’hui. On peut en effet classer les nouveaux immigrants selon l’âge, la catégorie d’admission, le niveau de scolarité, le revenu, le patrimoine et la région d’origine.

Plusieurs questions se posent quant au logement. Premièrement, les immigrants du Canada ont-ils aujourd’hui des expériences résidentielles différentes en raison de leur diversité croissante? Deuxièmement, si les résultats sur le plan du logement sont différents, peut-on les expliquer par des facteurs qui varient en même temps que les caractéristiques distinctives susmentionnées, ou les différences s’expliquent-elles par des facteurs comme la culture ou les préférences? Enfin, les résultats s’inscrivent-ils dans les attentes traditionnelles en matière d’intégration ou s’en écartent-ils? Bien que le présent rapport ne puisse répondre qu’en partie à ces questions et pour une seule cohorte d’immigrants, ces questions sont l’essence de tout le rapport. Les résultats descriptifs présentés dans la deuxième section sont structurés selon ces « nouveaux » aspects de la diversité, tandis que la troisième section décrit l’incidence de tous ces facteurs dans un cadre multidimensionnel.

1.2.2 Évolution du marché canadien du logement

L’étude du logement nécessite de se pencher également sur les nombreux facteurs du marché qui ont une incidence sur les expériences des immigrants canadiens. Les politiques gouvernementales sur les questions telles que les exigences en matière de mise de fonds et les taux hypothécaires notamment jouent un rôle déterminant. Les mesures telles que la Loi nationale sur l’habitation, qui ont contribué au lancement d’un programme de logement public efficace (1964), d’un programme d’aide pour l’accession à la propriété (1973), d’un programme de remise en état des logements (1973) et d’un programme de logements coopératifs et sans but lucratif (1973), se répercutent directement sur le marché du logement canadien en offrant des solutions abordables aux gens qui cherchent un logement.

Au cours des dernières années, un grand nombre de ces mesures de soutien ont été abandonnées et le marché canadien du logement est ainsi devenu l’un de ceux qui sont le plus largement dominés par le secteur privé de toutes les démocraties libérales (Hulchanski, 2006). Il existe certes encore des mesures publiques de soutien, comme le crédit d’impôt pour l’achat d’une première habitation (CIAPH), le crédit d’impôt pour la rénovation domiciliaire (CIRD) et le Régime d’accession à la propriété (RAP), mais elles sont peu susceptibles d’orienter le comportement des nouveaux arrivants en matière d’achat et ce, pour plusieurs raisons. Le CIAPH est un crédit d’impôt maximal de 750 $ accordé aux acheteurs d’une première habitation pour les aider à payer les frais initiaux de l’achat (honoraires juridiques, déboursements et droits de cession immobilière, etc.) et est probablement trop faible pour influer considérablement sur la décision d’acheter plutôt que de louer. Le CIRD vise à réduire les frais de rénovation; par conséquent, il touche uniquement les propriétaires effectifs et non les propriétaires éventuels. Quant au RAP, il permet aux acheteurs d’une première habitation de retirer jusqu’à 25 000 $ de leur régime enregistré d’épargne-retraite (REER) en vue de l’achat ou de la construction d’une habitation. Comme les nouveaux arrivants au Canada n’ont probablement pas eu l’occasion de se constituer un REER au Canada, ils sont peu susceptibles de profiter du programme. Or, comme il s’agit des trois principales mesures favorisant l’accès à la propriété au pays, on peut dire sans risque de se tromper que la plupart des immigrants doivent se débrouiller sur le marché privé du logement sans compter sur l’aide gouvernementale. Par ailleurs, ces mesures n’offrent aucun soutien aux immigrants (ni à qui que ce soit) qui ne désirent ni acheter une maison ni moderniser un logement dont ils sont déjà propriétaires.

1.2.3 Évolution du marché hypothécaire canadien

Si les programmes de logement n’ont pas vraiment d’incidence sur les immigrants de l’échantillon de l’ELIC, il en va autrement des taux hypothécaires. Ces taux ont considérablement fluctué ces dernières années (figure 1.2) et ont un effet appréciable sur l’abordabilité du logement et sur la décision des ménages d’immigrants d’acheter plutôt que de louer.

Figure 1-2 : Taux hypothécaires annuels canadiens moyens, 1951-2005, échéance de cinq ans

Taux hypothécaires annuels canadiens moyens, 1951-2005, échéance de cinq ans

À titre d’exemple, pour une maison de 200 000 $ (amortissement sur 25 ans) et un taux d’intérêt de 7 %, les paiements hypothécaires mensuels seraient d’environ 1 400 $, somme à laquelle s’ajoutent les impôts fonciers et les frais des services publics. Si le taux d’intérêt était de 18 %, soit le sommet atteint vers 1981 (figure 1-2), les paiements hypothécaires mensuels correspondraient alors à 2 930 $, soit plus du double du montant calculé au taux de 7 %.

Évidemment, les immigrants arrivés au cours d’une période de taux hypothécaires élevés auraient connu un marché du logement canadien très différent s’ils étaient arrivés à une époque de taux hypothécaires moins élevés, à l’instar d’ailleurs de tous les nouveaux acheteurs. Autre entrave à l’abordabilité, l’achat d’une maison nécessitait une mise de fonds minimale de 10 % en 1981; cette exigence a été assouplie au cours des dernières années. Par ailleurs, les taux hypothécaires sont demeurés plutôt stables au cours des dernières années et comme les immigrants de l’échantillon de l’ELIC sont à peu près arrivés en même temps au Canada, ils peuvent aussi profiter de taux historiquement bas. Pour ce qui est des attentes à l’égard de l’intégration, ces faibles taux d’intérêt devraient profiter à quiconque souhaite acheter une maison sans la payer comptant.

L’augmentation du prix des logements neutralise toutefois les effets positifs des taux d’intérêt historiquement bas. Tous n’aspirent certes pas à la propriété, mais ceux qui souhaitent devenir propriétaires ont dû composer avec une diminution graduelle de l’abordabilité (figure 1-3).

Figure 1-3 : Prix des logements occupés par le propriétaire, Toronto, 1966-2011

Prix des logements occupés par le propriétaire, Toronto, 1966-2011

Comme l’indique la figure 1-3, le prix des logements à Toronto (où environ 40 % de tous les immigrants du Canada se sont établis ces derniers temps) a grimpé constamment depuis au moins 1966. Les tendances récentes des taux hypothécaires ont atténué cette escalade dans une certaine mesure, mais on observe tout de même une diminution à long terme de l’abordabilité des logements occupés par le propriétaire. Cette conjoncture détermine non seulement l’accès des nouveaux acheteurs, mais également de ceux qui préfèrent demeurer locataires. Ces tendances ci-dessus entraînent une crise de l’abordabilité, car les loyers augmentent en général avec l’appréciation des logements occupés par les propriétaires (OCDE, 2005). L’évolution des prix du logement donne donc une indication de la situation dans le marché locatif (Arnold et Skaburskis, 1989).

En ce qui a trait aux immigrants de l’échantillon de l’ELIC, la figure 1-3 montre que les immigrants habitent maintenant dans des logements (achetés ou loués) plus coûteux qu’auparavant. Il s’ensuit que les ménages qui louent un logement à leur arrivée au Canada sont plus susceptibles qu’avant d’avoir de la difficulté à épargner pour verser une mise de fonds, ce qui donne à penser que le passage à la propriété se fera de façon plus graduelle que par le passé. Bien que ce soit le cas en général au Canada, plusieurs marchés métropolitains du logement ont connu un recul général de l’abordabilité. Au premier rang, se trouvent Toronto et Vancouver, les deux principales destinations des immigrants de l’échantillon de l’ELIC et des immigrants en général (Hou, 2007). Parallèlement, les répondants de l’ELIC qui optent pour l’achat d’un logement bénéficient des taux hypothécaires les plus bas depuis 50 ans (figure 1-2), ce qui compense en partie la hausse des prix constatée dans la figure 1-3 et indique qu’ils sont peut-être incités à acheter parce qu’il en coûte maintenant « moins cher » pour emprunter.

1.3 L’Enquête longitudinale auprès des immigrants du CanadaNote de bas de page 2

Certains défis font partie intégrante du processus d’adaptation de bon nombre d’immigrants, comme trouver un logement convenable, apprendre ou améliorer l’une des langues officielles ou les deux, participer au marché du travail et profiter des possibilités d’études et de formation. Les résultats de l’Enquête longitudinale auprès des immigrants du Canada (ELIC) fournissent des indicateurs de la façon dont les nouveaux immigrants relèvent ces défis. Bien que l’intégration nécessite bon nombre d’années, l’ELIC a pour objet d’examiner le processus d’intégration au cours des quatre années qui suivent l’arrivée au pays, période cruciale durant laquelle l’immigrant noue des liens économiques, sociaux et culturels avec la société canadienne. À cet égard, le but de l’enquête est double : examiner comment les nouveaux immigrants s’adaptent à la vie au Canada au fil du temps et renseigner sur les facteurs susceptibles de favoriser ou d’entraver cette adaptation.

L’Enquête vise à faire la lumière sur le processus par lequel les nouveaux immigrants s’adaptent à la société canadienne et sur les facteurs qui facilitent ou freinent l’adaptation. Les données permettent aux chercheurs d’évaluer les services qui sont offerts et de les améliorer. L’Enquête s’intéresse aux compétences linguistiques, à la scolarité, à la reconnaissance des diplômes étrangers, à l’emploi, à la santé, aux valeurs et attitudes, à l’établissement et à l’utilisation de réseaux sociaux, au revenu et aux perceptions relatives à l’établissement au Canada.

En ce qui a trait au logement, comme l’ELIC fournit beaucoup d’information sur l’abordabilité et le caractère approprié du logement, elle est une excellente ressource pour étudier cet aspect de l’intégration des immigrants. Les chercheurs peuvent se servir des données pour examiner les expériences résidentielles des immigrants au moment de leur arrivée et en quoi ces expériences évoluent au fil du temps passé au Canada.

1.4 L’ELIC et la généralisabilité

Exception faite de quelques données tirées du recensement qui comparent les immigrants et les gens nés au pays, le présent rapport s’appuie presque exclusivement sur l’ELIC. L’ELIC est une étude réalisée en trois vagues auprès de 12 040 personnes de 15 ans et plus (à la vague 1) qui ont fait l’objet d’une sélection aléatoire parmi les quelque 165 000 immigrants qui se sont établis au Canada entre octobre 2000 et septembre 2001. Les répondants ont été interviewés six mois, deux ans et quatre ans après leur arrivée. Pour faire partie de l’échantillon de l’ELIC, les répondants devaient avoir présenté une demande d’admission au Canada par l’entremise d’une mission à l’étranger (Statistique Canada, 2003).

L’échantillon de l’ELIC a été créé au moyen d’une méthode d’échantillonnage stratifié à deux degrés. En premier lieu, nous avons effectué la sélection des unités immigrantes (UI) à l’aide de la méthode d’échantillonnage avec probabilité proportionnelle à la taille. En deuxième lieu, nous avons sélectionné un membre au sein de chaque UI, appelé le répondant longitudinal (RL). Seul le RL fait l’objet d’un suivi tout au cours de l’enquête. Dans la présente étude, nous avons réduit l’échantillon de l’ELIC aux seuls répondants pour lesquels des renseignements valides portaient sur les variables d’intérêt, et avons ainsi supprimé une centaine d’observations concernant les 7 716 répondants qui avaient participé aux trois vagues de l’enquête.

Bien qu’il s’agisse d’un excellent ensemble de données, l’ELIC comporte des limites qu’il est nécessaire de souligner. Premièrement, le taux d’érosion de l’échantillon est important, alors que seulement 9 500 personnes ayant participé à la vague 2, et 7 716 personnes à la vague 3 (par rapport à 12 040 à la vague 1), et, il peut en résulter un biais croissant dans l’échantillon d’une vague à l’autre. Ce pourrait être le cas en particulier quand on compare des catégories d’immigrants où les réfugiés peuvent difficilement retourner dans leur pays d’origine ou déménager dans un autre pays, contrairement aux immigrants de la catégorie économique, ce qui peut exacerber les différences. Même si Statistique Canada ajuste les poids pour maintenir la représentativité, il existe vraisemblablement des différences non observées entre les immigrants qui demeurent dans l’échantillon et les autres. En outre, il est difficile de connaître combien de répondants ne font plus partie de l’étude parce qu’ils sont retournés dans leur pays d’origine ou qu’ils ont émigré ailleurs, ou combien sont restés au Canada mais ne peuvent être retracés. Nous nous en sommes tenus aux répondants qui étaient présents dans les trois vagues et nous prions le lecteur d’en tenir compte à la lecture des résultats.

Contrairement à certaines autres enquêtes de Statistique Canada, les interviews par procuration ne sont pas permises dans l’ELIC. La seule exception s’applique au module sur le revenu auquel doit répondre la personne du ménage (qu’il s’agisse ou non du répondant pour le reste de l’enquête) la mieux renseignée sur le sujet. Autrement, aucune entrevue n’est menée par procuration. Les valeurs consignées reposent sur les réponses de la personne interviewée et aucun renseignement n’est tiré d’autres sources de données (comme les dossiers d’impôt). Les réponses sur le revenu ont fait l’objet de certaines vérifications à des fins de cohérence, mais celles-ci se limitaient en grande partie aux cas où un revenu individuel dépassait le revenu de la famille économique, ou aux cas de non-réponse partielle.

D’autres facteurs sont susceptibles de compliquer la représentativité de l’ELIC. Premièrement, dans cette enquête, la catégorie des réfugiés comprend uniquement les réfugiés parrainés par le gouvernement ou par des organismes du secteur privé (elle ne comprend pas les demandeurs d’asile admis) et omet, par conséquent, une fraction du nombre total de demandeurs du statut de réfugié au Canada.

Par ailleurs, l’ELIC contient des renseignements sur une seule cohorte d’arrivée et il serait présomptueux de supposer que les constatations issues de cet échantillon unique s’appliquent de manière égale aux immigrants arrivés avant ou après les répondants de l’ELIC. Parallèlement, il est certain que les observations tirées de cet échantillon auront une certaine pertinence pour les immigrants d’aujourd’hui.

En résumé, l’ELIC est la source de données par excellence du Canada sur la dynamique de l’établissement des immigrants et elle constitue une ressource précieuse pour mieux comprendre leurs premières années au pays, notamment leurs expériences résidentielles. Dans la deuxième section, nous examinerons l’abordabilité du logement chez les répondants de l’ELIC avant de tenter d’expliquer les différences entre les groupes dans la troisième section. Nous mettons principalement l’accent sur les coûts du logement dans la deuxième section et nous examinons si ce montant varie selon le mode d’occupation, la région métropolitaine de recensement, l’appartenance à une minorité visible et la catégorie d’admissionNote de bas de page 3.

1.5 Remarque sur l’unité d’analyse

Il est possible d’associer les résultats sur le plan du logement aux caractéristiques individuelles (sexe, revenu, état matrimonial, etc.), mais dans la plupart des cas, il est plus utile de les considérer comme une ressource du ménage, ce qui donne à penser qu’il convient d’utiliser les caractéristiques du ménage pour expliquer les résultats sur le plan du logement. Bien souvent, les membres de la famille (quelle qu’en soit la définition) font ensemble les choix en matière d’habitation et contribuent ensemble au loyer. C’est pourquoi notre rapport renferme très peu de renseignements associant les caractéristiques des individus et le logement.

C’est ce qui explique également que nous mesurons non pas le revenu individuel, mais plutôt le revenu de la famille économique, au sens que lui donne Statistique Canada :

La famille économique renvoie à un groupe de deux personnes ou plus habitant dans le même logement et apparentées par le sang, par alliance, par union libre ou par adoption. Le couple peut être de sexe opposé ou de même sexe. Les enfants en famille d’accueil font partie de cette catégorie. Par définition, toutes les personnes qui sont membres d’une famille de recensement sont également membres d’une famille économique. Voici des exemples du vaste concept de famille économique : deux familles de recensement habitant ensemble qui sont apparentées sont considérées comme une famille économique; les frères et sœurs habitant ensemble qui ne sont pas membres d’une famille de recensement sont considérés comme une famille économique; et les nièces ou les neveux habitant avec leur tante ou leur oncle sont considérées comme une famille économique.Note de bas de page 4

L’examen des caractéristiques du ménage nécessite quelques exceptions. L’appartenance à une minorité visible et le pays d’origine ne sont pas déterminés pour chaque membre du ménage, mais seulement pour le répondant longitudinal de l’ELIC. Compte tenu de l’intérêt que revêtent les différences entre les groupes, pour la politique publique, toutefois, les caractéristiques du répondant longitudinal sont considérées représenter le ménage au complet.

Toutes les sommes d’argent indiquées dans le présent rapport sont exprimées en dollars de 2002, corrigés de l’inflation au moyen de l’IPC global de 2002 de la Banque du CanadaNote de bas de page 5. On trouvera à l’annexe C les autres renseignements de codage des variables utilisées dans le présent rapport.

1.6 Remarque sur la terminologie

Par effet de style et par souci de concision, nous employons indifféremment certains termes dans le présent rapport. Premièrement, les répondants de l’ELIC ont été interviewés à trois moments différents, soit environ six mois après leur arrivée au Canada, puis de nouveau après deux ans et enfin, après quatre ans. Comme il serait peu commode de décrire les entrevues en fonction du temps qui s’est écoulé depuis l’arrivée d’un répondant au Canada, nous les désignons souvent comme les vagues 1, 2 et 3. De plus, comme l’ELIC contient de l’information rétrospective sur les expériences et les ressources des immigrants immédiatement à leur arrivée, une autre série de données de synthèse s’applique au moment de l’arrivée, soit la « vague 0 ».

Deuxièmement, nous utilisons ici les termes assimilation, incorporation, intégration et établissement comme synonymes. Dans la recherche sur l’immigration canadienne, l’usage préfère « intégration » aux autres termes (en particulier le terme « assimilation »). Troisièmement, il est entendu que toute famille économique qui consacre plus de 30 % de son revenu total au loyer est aux prises avec l’inabordabilité du logement. Cette définition concorde avec celle de Statistique CanadaNote de bas de page 6 et celle du US Census BureauNote de bas de page 7 et est souvent employée dans les études sur le logement.

Enfin, le terme « ménage » renvoie à la famille économique. Il serait préférable de recueillir dans l’ELIC plus de renseignements au niveau du ménage (à caractère financier surtout) qu’au niveau de la famille économique, même si la composition des ménages et des familles économiques est souvent semblable. Ici encore, nous utilisons le terme « ménage » pour faciliter la lecture du rapport, même s’il arrive que les deux termes ne sont pas synonymes.

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