Chapitre 3 : Briser le silence sur la maltraitance : pourquoi le sport n’a pas tenu ses promesses envers de si nombreuses personnes
Sur cette page
- Différentes formes de maltraitance
- Les enjeux qui favorisent la maltraitance dans le sport
- La prévalence de la maltraitance dans le sport à travers le monde
- La prévalence de la maltraitance dans le sport au Canada
- Les études sur les préjudices psychologiques, physiques et sexuels et sur la négligence
- La prévalence de la violence sexuelle chez les femmes et les filles
- La prévalence des préjudices chez les athlètes en situation de handicap
- La prévalence du racisme et de la discrimination dans le sport communautaire
- La prévalence des pratiques d’initiation abusives dans le sport
- La prévalence des inconduites individuelles et organisationnelles au sein des organismes nationaux de sport
- Le sondage Léger Marketing sur l’éthique, l’équité et la sécurité dans le sport
- Le sondage public mené en ligne dans le cadre des activités de la Commission
- Conclusion quant à la prévalence de la maltraitance dans le sport canadien
Comme le souligne le chapitre 2, le sport est immensément bénéfique pour les personnes, les collectivités et la société dans son ensemble. Pourtant, malgré les bienfaits reconnus du sport, une réalité troublante persiste. Le monde du sport est depuis longtemps rongé par diverses formes de maltraitance.
Au cours des dernières années, une série d’événements largement médiatisés a mis en lumière la maltraitance généralisée et systémique présente dans tous les types de sport et à tous les niveaux, de l’échelle locale à la scène nationale. De nombreuses études et enquêtes ont été menées par des comités parlementaires et des enquêteurs indépendants à la demande d’athlètes, de personnes victimes ou survivantes et de défenseurs des droits. Ces dénonciations publiques et les rapports qui ont suivi ont révélé non seulement des souffrances individuelles, mais aussi les défaillances systémiques qui permettent à de tels préjudices de perdurer. Il ne fait également aucun doute que la maltraitance dans le sport demeure profondément enracinée, de nombreux nouveaux cas ayant émergé au cours des travaux de la Commission.
Face à cette réalité troublante, il est important de reconnaître le courage de ceux et celles qui ont partagé leur expérience. Que ce soit devant la Commission ou devant d’autres tribunes, des personnes victimes ou survivantes ont courageusement raconté les traumatismes douloureux qu’elles ont subis et ont révélé l’ampleur de la maltraitance. Leur volonté de s’exprimer met aussi en lumière la nécessité de changer les choses de manière durable. Ces histoires, bien que difficiles à entendre, nous rappellent à quel point il faut faire preuve de courage pour affronter les injustices.
Nous saluons également le travail des journalistes d’investigation. Non seulement ils ont offert une voix à ceux et celles qui souffraient en silence ou qui avaient l’impression que leurs appels à l’aide n’étaient pas entendus, mais ils ont également joué un rôle essentiel dans les processus qui ont conduit les gouvernements à écouter et à agir. En effet, les médias ont déclenché une prise de conscience collective à laquelle les Canadiennes et les Canadiens ont réagi par l’indignation et des appels au changement. Cette pression publique a contraint les gouvernements à prendre des mesures concrètes, comme l’étude menée par le Comité permanent du Patrimoine canadien de la Chambre des communes, qui a débouché sur le rapport « La pratique sécuritaire du sport au Canada »Note de bas de page 101.
Différentes formes de maltraitance
La Commission a eu l’occasion d’entendre des récits déchirants d’abus graves. Nous avons été informés que la maltraitance dans le sport prenait de nombreuses formes : agressions sexuelles, violences physiques et psychologiques, négligence, racisme, humiliation à propos de l’apparence physique (body shaming), intimidation, pratiques d’initiation abusives (bizutage) et discrimination. Les personnes victimes ou survivantes ont dit s’être senties humiliées, dégradées et brisées.
Bon nombre des personnes victimes ou survivantes qui nous ont rencontrés étaient des enfants lorsque les situations de maltraitance se sont produites. Aujourd’hui adultes, ces personnes continuent de vivre avec les conséquences dévastatrices et traumatisantes de ces mauvais traitements. Nous avons également entendu des personnes qui ont subi de la maltraitance ces dernières années, y compris certaines qui subissent actuellement des comportements nuisibles. De tels comportements ont un impact sur les athlètes et ternissent l’intégrité de l’ensemble de la communauté sportive.
Malgré une sensibilisation accrue et de nombreux rapports et études visant à explorer et à traiter ces enjeux, la maltraitance dans le sport dans ce pays demeure omniprésente. Ci-dessous, nous résumons certains des témoignages que nous ont racontés des personnes victimes ou survivantes et des témoins.
L’humiliation à propos de l’apparence physique (body shaming)
Les personnes victimes ou survivantes, dont plusieurs étaient des enfants au moment des faits, ont subi de l’humiliation à propos de l’apparence physique, une surveillance inappropriée de leur poids, des restrictions alimentaires et d’autres tactiques néfastes de gestion du poids. Nous avons entendu des histoires d’enfants-gymnastes contraints de porter un élastique autour de leur taille pour faire paraître leur ventre plus mince, ou qu’on a placés devant un miroir en leur disant que leurs jambes se touchaient alors qu’elles ne le devraient pas. Nous avons entendu parler d’athlètes ayant recours à des méthodes extrêmes comme le jeûne, les vomissements et les laxatifs pour atteindre le poids idéal en vue d’une compétition, et de nutritionnistes d’équipes renforçant les restrictions alimentaires imposées par les entraineurs. Des personnes ont expliqué comment ces pratiques avaient continué à les influencer à l’âge adulte, entraînant des effets psychologiques et physiques durables et menant souvent à des troubles alimentaires.
Bien que certains de ces comportements aient déjà été considérés comme acceptables, nous comprenons aujourd’hui à quel point ils peuvent être néfastes. Malgré cela, la maltraitance liée au poids demeure fréquente dans le sport, en particulier dans les disciplines artistiques et celles où les athlètes doivent concourir dans des catégories de poids spécifiquesNote de bas de page 102.
Les abus et les négligences physiques et psychologiques
La Commission a entendu des personnes victimes ou survivantes décrire des situations de violence physique et psychologique comme se faire enfermer dans des vestiaires en guise de punition, subir de la violence verbale dans les vestiaires, se faire lancer des objets comme des ballons et des chaussures et se voir refuser l’accès aux toilettes. Nous avons entendu parler de mauvais traitements infligés dans le sport à des personnes autochtones, y compris dans le contexte des pensionnats.
Nous avons entendu des récits d’entraîneurs refusant que les athlètes reçoivent des soins médicaux ou des équipements de protection de remplacement après un accident. Certains athlètes ont été menacés de se voir retirer leur financement au titre du Programme d’aide aux athlètes. Nous avons également entendu que des entraîneurs modifiaient l’équipement sportif à l’insu des athlètes afin d’améliorer leurs performances.
Les pratiques d’initiation abusives et d’intimidation
La Commission a entendu de nombreux témoignages concernant les pratiques d’initiation abusives, aussi appelées « bizutage ». Dans ce genre de situation, des membres établis de l’équipe, et parfois des entraîneurs et des parents, infligent aux recrues une forme d’intimidation collective. Cette intimidation implique l’humiliation et le dénigrement d’une personne, mais dans l’objectif de l’inclure dans un groupe. Elle est donc différente des autres formes d’intimidation qui visent à exclure la personne d’un groupeNote de bas de page 103.
On nous a raconté que des recrues étaient obligées de se raser la tête, de consommer des quantités excessives d’alcool (souvent pour la première fois de leur vie) et de fréquenter des clubs de strip-tease. Des athlètes ont décrit avoir été victimes de violences physiques et sexuelles infligées par des vétérans, avoir été privés de sommeil, de nourriture ou d’eau, et avoir dû agir comme serviteurs personnels dans le cadre de rites d’initiation. Nous avons entendu des récits d’athlètes victimes d’intimidation et de menaces quotidiennes de la part de leurs entraîneurs lors de déplacements pour des compétitions. Nous avons aussi entendu des récits d’entraîneurs obligeant des athlètes masculins à porter publiquement des sous-vêtements féminins par-dessus leur tenue de compétition, jusqu’à ce qu’ils parviennent à certains résultats.
Les abus sexuels
D’autres personnes victimes ou survivantes et d’autres témoins nous ont raconté des récits poignants de maltraitance sexuelle, incluant des agressions, des actes de violence et du harcèlement sexuels. La Commission a appris que ces expériences d’inconduite sexuelle sont souvent précédées d’un conditionnement, causant des dommages permanents et destructeurs. Un tel conditionnement comprend la manipulation des perceptions d’une personne, sa désensibilisation aux comportements inacceptables et la normalisation de ces comportements.
Plus précisément, des experts nous ont expliqué que le conditionnement est un processus graduel qui semble d’abord être une occasion spéciale ou un privilège. Par exemple, un athlète peut obtenir une attention particulière de la part d’une personne en position d’autorité ou plus de temps de jeu sur le terrain, ce qui peut mener à de meilleures performances athlétiques. Mais en réalité, ces « occasions » ou « privilèges » font partie du processus néfaste de conditionnement. Ils sont utilisés volontairement par la personne qui occupe une position de confiance et de pouvoir auprès de personnes ciblées afin de les contrôler davantage et, éventuellement, de sexualiser leur relation. Un tel conditionnement mène à une trahison fondamentale et durable de la confiance.
Le racisme
Le racisme, y compris les abus à l’encontre des communautés autochtones, ainsi que l’homophobie, le capacitisme (discrimination fondée sur le handicap) et le sexisme ont été identifiés comme étant profondément enracinés dans le système sportif. Les préjudices qui en découlent compromettent les principes mêmes d’équité et d’inclusion que le sport est censé défendre.
La Commission a été informée du fait que des cas de racisme survenaient fréquemment, tant en dehors que sur le terrain de jeu. Des athlètes ont partagé des expériences où des joueurs d’équipes adverses et des administrateurs ont proféré des insultes raciales ou utilisé des stéréotypes vicieux à leur endroit. Certains se sont fait dire qu’ils faisaient partie de l’équipe uniquement pour remplir un « quota ». Des stéréotypes raciaux ont également été utilisés pour justifier le manque de diversité dans le système sportif.
Selon un rapport publié en 2021 par l’Ontario University Athletics et portant sur l’antiracisme, le racisme qui existe au sein des programmes de cette université se manifeste souvent sous la forme de « microagressions »Note de bas de page 104. Ces microagressions sont définies comme étant des outrages verbaux, comportementaux et environnementaux quotidiens, brefs et banals, intentionnels ou non, qui communiquent à la personne ou au groupe ciblé des vexations hostiles, méprisantes ou négatives liées à la race, au sexe, à l’orientation sexuelle et à la religionNote de bas de page 105.
Selon cette étude, des étudiants ont indiqué que les entraîneurs blancs n’étaient souvent pas conscients de l’impact des blagues et des microagressions sur les personnes qui sont sous leur responsabilité, et qu’ils n’étaient pas outillés pour gérer ce genre de situation problématiqueNote de bas de page 106.
L’exclusion et la marginalisation
De nombreuses personnes appartenant à des groupes méritant l’équité continuent d’être marginalisées et exclues du sport. Nous avons appris que des personnes 2ELGBTQI+, dont des athlètes, des entraîneurs et des officiels, devaient cacher des pans de leur vie personnelle par crainte de représailles. Elles avaient souvent l’impression de ne pas pouvoir profiter des mêmes occasions que les autres.
On nous a aussi rapporté des cas où des organismes nationaux de sport ont logé leurs para-athlètes dans un hôtel différent de celui des autres athlètes parce que les dirigeants n’avaient pas pris soin de trouver des hébergements accessibles en fauteuil roulant. Nous avons été informés d’autres cas où des entraîneurs ont refusé de fournir l’aide nécessaire à des para-athlètes.
Les nouvelles formes de maltraitance
La maltraitance a également évolué au fil du temps en raison des changements significatifs dans le fonctionnement de la société. L’essor des médias sociaux et leurs répercussions ont exacerbé les formes traditionnelles d’abus. Par exemple, les rituels d’initiation, qui sont depuis longtemps un problème dans la culture du sport, sont désormais présents en ligne.
Les plateformes de médias sociaux peuvent maintenant causer un second degré de préjudices en étant facilement accessibles à un public plus large. La Commission a entendu que, dans certains cas, les médias sociaux ont facilité la maltraitance et ont été utilisés pour faire pression, intimider et humilier les personnes concernées.
L’utilisation accrue des communications en ligne a aussi créé de nouvelles possibilités d’abus, la cyberintimidation devenant une préoccupation majeure pour les athlètes de tout âge. Le harcèlement en ligne peut prendre de nombreuses formes, allant des propos blessants au partage d’images intimes sans consentement. Il contribue à une culture de honte, de peur et d’intimidation.
Un autre exemple d’une nouvelle forme de maltraitance est l’enjeu de la manipulation de compétitions, qui consiste en « un effort délibéré pour influencer des éléments ou l’issue d’une compétition sportive, généralement pour en retirer un gain financier »Note de bas de page 107. La manipulation de compétitions est une menace sérieuse à l’intégrité du sport puisqu’elle est souvent associée aux paris et au crime organiséNote de bas de page 108.
La manipulation de compétitions constitue également une menace directe pour la sécurité des athlètes. Elle prend forme lorsqu’une personne, appelée « truqueur », compromet un joueur, un officiel, un entraîneur ou un autre membre du personnel en influençant son comportement. Cette influence peut prendre la forme de pots-de-vin et d’intimidation, y compris des menaces de violence physique, et cherche souvent à exploiter les vulnérabilités de la personne cibléeNote de bas de page 109. La peur d’être démasqué par le « truqueur » augmente davantage la vulnérabilité aux abus sous de nombreuses formes.
Les enjeux qui favorisent la maltraitance dans le sport
En examinant de près la complexité de la maltraitance, un phénomène répandu et qui persiste dans le sport, nous constatons que les enjeux soulevés ne sont pas des incidents isolés. Ils sont les symptômes d’enjeux systémiques plus vastes, notamment les déséquilibres de pouvoir, la culture persistante du silence, la normalisation historique de pratiques nocives et un système sportif autoréglementé.
Comprendre les multiples facettes de la maltraitance et les environnements qui lui permettent de se développer est essentiel pour créer collectivement des environnements sportifs sécuritaires, respectueux et bienveillants pour tous.
Le déséquilibres de pouvoir
Les déséquilibres de pouvoir sont une cause fondamentale de la maltraitance dans le sport. En effet, le sport comprend plusieurs relations caractérisées par des déséquilibres de pouvoir qui, s’ils sont exploités, peuvent entraîner des situations de maltraitanceNote de bas de page 110. Ces relations sont notamment celles entre les personnes suivantes : un entraîneur et un athlète, un capitaine d’équipe et un athlète, un formateur et un athlète, un administrateur sportif et un athlète, ainsi qu’un athlète chevronné et un athlète débutantNote de bas de page 111. Dans le cadre de ces relations, plusieurs personnes de l’écosystème sportif peuvent abuser de leur pouvoir. Les victimes, tout comme les auteurs, occupent divers rôles au sein de la communauté sportive, incluant non seulement les athlètes, mais aussi les entraîneurs, les arbitres, les parents et d’autres membres.
Dès leur plus jeune âge, les athlètes peuvent voir leur vie étroitement liée à leurs activités sportives, parfois au détriment d’un mode de vie plus équilibré. De nombreux athlètes de haute performance sont découragés de fréquenter l’école ou de poursuivre des études postsecondaires. Ils sont souvent séparés de leurs parents et de leurs réseaux de soutien. Cela peut créer un environnement dans lequel les athlètes se sentent sous pression et contrôlés, surtout dans les sports où ils n’ont qu’un seul entraîneur. Des athlètes nous ont dit qu’ils se sentaient piégés, sans autonomie ni contrôle sur leur vie. Lorsqu’ils ont cessé de concourir, ils ont été livrés à eux-mêmes pour faire face aux conséquences d’un monde qui, jusque-là, avait été entièrement contrôlé par le système sportif.
Les entraîneurs deviennent des mentors, mais aussi des gardiens de la carrière des athlètes, ce qui peut conduire à une relation de dépendance malsaine. Cela peut rendre les athlètes plus vulnérables aux abus, notamment psychologiques, de la part de personnes en position de confiance qui peuvent exploiter le déséquilibre de pouvoir. On nous a dit que les entraîneurs avaient le pouvoir de créer l’environnement qu’ils souhaitaient sur le terrain de jeu et en dehors, et d’attirer les athlètes dans des situations inappropriées à l’extérieur du cadre sportif. On nous a dit que des entraîneurs utilisaient même des athlètes pour infliger des mauvais traitements à d’autres athlètes.
Bien que nous ayons appris que la maltraitance se produit le plus souvent dans le cadre des relations entre les entraîneurs et les athlètes, on nous a dit que les mécanismes de plainte dans tout le pays devaient désormais traiter un nombre croissant de dossiers de maltraitance dans le cadre de relations entre athlètes.
Souvent, malgré les traumatismes qu’ils ont endurés, les athlètes retournent au système sportif, en partie parce que c’est tout ce qu’ils connaissent et en partie parce qu’on leur a fait croire qu’ils n’étaient pas assez bons et qu’ils devaient encore faire leurs preuves auprès des autres, même après avoir remporté des médailles mondiales et olympiques.
Ces dynamiques de pouvoir existent également en dehors du système sportif sanctionné. Des personnes victimes ou survivantes nous ont partagé qu’elles avaient été agressées physiquement et sexuellement par leur professeur d’éducation physique ou par leur entraîneur dans le cadre de programmes sportifs scolaires.
La culture du silence
Une culture du silence, répandue dans le sport, exacerbe la maltraitance. Les conflits d’intérêts et le favoritisme font souvent en sorte que les situations d’abus persistent sans être signalées, vérifiées ou résolues. Les entraîneurs et les administrateurs priorisent parfois la victoire et leurs intérêts personnels ou professionnels, et ce, au détriment du bien-être des athlètes. On nous a rapporté des récits d’athlètes de haut niveau utilisés par les organismes de sport comme des trophées, exhibés devant les médias afin d’attirer des commandites privées, avec peu de considération pour leurs choix ou leur bien-être.
Les déséquilibres de pouvoir entre les différents acteurs du monde sportif peuvent créer des environnements où la peur et le silence relèguent le bien-être des athlètes au second plan.
De nombreuses personnes ont confié à la Commission qu’elles hésitaient à s’exprimer, que ce soit en tant que témoins ou en tant que personne victime ou survivante. Elles ont dit craindre les représailles de leurs entraîneurs, de leurs coéquipiers, de leurs superviseurs ou des institutions. Dans de nombreux cas, ces craintes de représailles se sont concrétisées lorsque des témoins ou des personnes victimes ou survivantes ont effectivement fait part de leurs inquiétudes ou signalé de la maltraitance. Nous avons entendu parler de parents auxquels il a été interdit d’assister aux entraînements après avoir exprimé des préoccupations. Nous avons également appris que dans bien des cas, de nombreuses personnes étaient conscientes de ce qui se passait, mais avaient choisi de ne rien faire. On nous a parlé de professionnels, incluant des médecins, des thérapeutes et des nutritionnistes, qui ont été témoins de mauvais traitements, ont écouté les athlètes et ont néanmoins laissé les entraîneurs poursuivre leurs comportements, par crainte eux aussi de perdre leur emploi s’ils les signalaient. Cette culture du silence incite souvent les témoins et les personnes victimes ou survivantes à abandonner leur sport ou à changer d’équipe plutôt qu’à signaler les cas d’abusNote de bas de page 112.
Les athlètes et les autres personnes impliquées dans le sport craignent souvent de perdre leur financement, d’être exclus ou d’être considérés comme des agents perturbateurs si des allégations de maltraitance étaient révélées. Cela crée un climat de peur où la crainte d’instabilité financière ou l’insécurité concernant l’avenir sportif l’emportent sur la volonté de signaler les inconduites. Cette culture dissuade les personnes victimes ou survivantes de se manifester pour demander de l’aide, perpétuant les cycles d’abus. Par ailleurs, le sentiment de honte des personnes victimes ou survivantes contribue à leur perception selon laquelle le fait de s’exprimer peut leur causer des problèmes. Ce sentiment de honte peut conduire les personnes victimes ou survivantes à douter d’elles-mêmes et peut renforcer l’idée néfaste qu’elles sont elles-mêmes à blâmer, et non les auteurs des mauvais traitements. L’ensemble de ces craintes contribuent à réduire au silence les personnes victimes ou survivantes et les témoins. Ces craintes nuisent ultimement aux progrès nécessaires pour lutter contre la maltraitance dans le sport.
La Commission a entendu de nombreux témoignages d’athlètes et d’autres participants qui ont soulevé des préoccupations ou signalé des mauvais traitements à leurs organismes de sport, pour ensuite être écartés ou discrédités par des dirigeants craignant une mauvaise publicité. À de nombreuses reprises, nous avons été informés que, malgré la maltraitance dénoncée par les victimes, les survivants et les témoins, les auteurs présumés demeuraient dans le système et, dans certains cas, étaient même promus. On nous a indiqué que, dans bien des cas, les organismes de sport n’ont agi que lorsqu’ils étaient confrontés à la menace d’un scandale.
Néanmoins, malgré cette culture du silence persistante, on peut observer des signes de progrès. De plus en plus de personnes commencent à se manifester. Cette évolution témoigne d’une prise de conscience croissante, d’une meilleure compréhension des enjeux et d’une plus grande volonté de la part de personnes qui souhaitent dénoncer des injustices qui étaient auparavant tolérées.
Le monde du sport est aussi en train d’évoluer lentement. Certains efforts, comme les politiques en matière de sport sécuritaire et les outils éducatifs, ont contribué à une évolution culturelle qui met de l’avant la sécurité et le bien-être de tous les participants. Bien qu’il y ait encore beaucoup à faire, ces mesures témoignent d’un changement positif et de l’effritement progressif de la culture du silence qui a permis à la maltraitance de perdurer.
Ces progrès ne doivent toutefois pas conduire à un relâchement, car cela permettrait aux mauvais traitements de persister ou de réapparaître. La prévention de la maltraitance doit demeurer une priorité centrale pour tous les organismes de sport au sein du système sportif canadien.
L’exceptionnalisme sportif et la normalisation des pratiques nocives
La Commission a constamment entendu que des personnes impliquées dans le sport, y compris des entraîneurs, des administrateurs, des athlètes et des parents, étaient prêtes à tolérer des comportements qui seraient jugés inacceptables dans d’autres contextes. C’est comme si les normes qui s’appliquent ailleurs ne s’appliqueraient tout simplement pas au sport.
Cette tendance illustre ce que les chercheurs appellent « l’exceptionnalisme sportif », c’est-à-dire la notion selon laquelle le sport se distingue des autres domaines puisqu’il implique des personnes dotées d’un talent exceptionnel dans la quête de réalisations exceptionnellesNote de bas de page 113.
L’exceptionnalisme peut conduire à la tolérance de comportements qui seraient considérés comme inacceptables dans d’autres contextes, par exemple à l’école, au travail ou à la maison en tant que parentNote de bas de page 114. Des études portant sur les facteurs de risque de violence psychologique de la part des entraîneurs ont révélé que la normalisation de ce type de comportement dans le sport est l’un des facteurs de risque de maltraitance les plus répandusNote de bas de page 115.
Comme des chercheurs l’ont documenté, l’exceptionnalisme sportif est renforcé par la façon dont le sport fonctionne : il s’agit d’un secteur autoréglementé qui établit ses propres règles et mécanismes d’applicationNote de bas de page 116. Ces chercheurs affirment qu’en l’absence d’un organisme de réglementation, le sport continuera à justifier des pratiques qui vont à l’encontre des normes appliquées dans d’autres secteurs impliquant des jeunes.
La nature autoréglementée du sport
Tout au long de nos travaux, les participants ont constamment exprimé leur inquiétude quant au fait que le système sportif canadien opère dans un environnement largement non réglementé malgré une présence considérable d’enfants. Historiquement, le sport a fonctionné de manière indépendante, a fait l’objet de peu de surveillance externe et s’est appuyé sur une main-d’œuvre autonome et non superviséeNote de bas de page 117. Comme cela a déjà été dit au sujet d’autres institutions, le sport est demeuré insulaire, fermé, sûr de lui-même, persuadé des mérites de sa méthodologie et rarement exposé aux normes sociétales plus largesNote de bas de page 118.
Le fait que le sport soit autoréglementé a contribué à des mesures de prévention médiocres et incohérentes au sein des organismes de sport et à une surveillance gouvernementale insuffisante de ces organismes.
Au Canada, même si certains organismes nationaux, provinciaux et territoriaux de sport reçoivent des fonds publics, de nombreux organismes de sport dépendent en grande partie des bénévoles. Un sondage de Statistique Canada réalisé en 2005 a révélé que 40 % des enfants âgés de 5 à 14 ans jouent au soccer et que plus de 20 % des enfants de ce groupe d’âge participent à des ligues mineures de hockey. Malgré ces taux de participation élevés, la plupart des entraîneurs dans des sports appréciés des enfants sont des bénévolesNote de bas de page 119. Et puisque le sport s’autoréglemente dans une large mesureNote de bas de page 120, les mesures de protection visant à prévenir la maltraitance sont limitées et incohérentes. Comme nous le verrons plus loin dans le rapport, les bénévoles ne font pas systématiquement l’objet d’une vérification des antécédents de maltraitance et ne reçoivent pas tous une formation ou de l’information sur la sécurité dans le sport, la protection des enfants et les méthodes d’entraînement responsables. En fait, une étude réalisée en 2024 par la Coaches Association of Ontario (l’association des entraîneurs de l’Ontario) révèle que 4 entraîneurs sur 10 sont incapables de déterminer avec précision les valeurs qui fondent une culture sportive positiveNote de bas de page 121.
Par ailleurs, les organismes nationaux de sport qui reçoivent du financement fédéral ne remplissent pas toujours les conditions de financement liées à la sécurité dans le sport. Dans les années 1990, plusieurs cas d’agressions sexuelles sur des athlètes, perpétrées par leurs entraîneurs, ont été médiatisés. Ces cas ont incité Sport Canada à exiger que tous les organismes nationaux de sport qui reçoivent des fonds publics élaborent une politique en matière de harcèlement et d’abus et la rendent accessible au public. Sport Canada a aussi exigé que ces organismes désignent des agents formés, indépendants et chargés de la lutte contre le harcèlement, et finalement qu’ils lui fassent rapport annuellement sur leur conformité à ces exigences. Cette initiative a également été adoptée par des gouvernements provinciaux qui ont exigé que les organismes provinciaux de sport financés respectent des normes semblablesNote de bas de page 122.
Une étude réalisée 20 ans plus tard a révélé que seuls 86 % des organismes nationaux de sport et 71 % des organismes provinciaux de sport (Ontario) disposaient de politiques accessibles au public en matière de harcèlementNote de bas de page 123. L’étude souligne notamment que seuls 10 % des organismes nationaux de sport et 14 % des organismes provinciaux de sport (Ontario) disposaient des services d’un agent chargé de la lutte contre le harcèlement et qu’aucun d’entre eux n’était indépendant de l’organisme de sportNote de bas de page 124.
La nature non réglementée des organismes sportifs signifie également qu’ils ne sont pas surveillés par des organismes indépendants et, par conséquent, qu’ils ne sont pas systématiquement tenus de rendre des comptesNote de bas de page 125. Les organismes sportifs sont largement laissés à eux-mêmes, dans le cadre de leurs propres programmes, pour gérer les signalements de maltraitance physique, mentale et émotionnelleNote de bas de page 126. Comme nous l’expliquons plus loin dans le rapport, la plupart des organismes sportifs n’ont pas les capacités nécessaires pour gérer efficacement ces enjeux, en grande partie parce qu’ils manquent d’indépendance, d’expertise et de capacité organisationnelle.
La prévalence de la maltraitance dans le sport à travers le monde
C’est indéniable. Les recherches approfondies sur la maltraitance subie par les athlètes dans le monde entier ont permis de brosser un portrait clair, parfois horrifiant et déchirant. Des études et des témoignages d’athlètes ont permis d’établir des preuves substantielles que la maltraitance, notamment psychologique, physique et sexuelle, ainsi que la négligence et la discrimination, sont largement répandues dans le sport à l’échelle internationaleNote de bas de page 127. Au Canada, les preuves de la prévalence nationale de ces enjeux sont limitées, bien que de plus en plus nombreusesNote de bas de page 128.
Nous partageons ci-dessous les résultats de projets de recherche qui compilent des données sur la prévalence de la maltraitance dans le sport dans plusieurs pays, dont le Canada. Nous examinons ensuite les études canadiennes, qui révèlent des taux de prévalence, des tendances et des facteurs de risque semblables à ceux qui sont observés à l’échelle internationale. Ces études confirment ce que la Commission a constamment entendu tout au long de ses travaux : la maltraitance dans le sport demeure un problème grave qui nécessite des actions urgentes au sein du système sportif canadien.
La Déclaration de consensus du Comité International Olympique
En 2024, le Comité International Olympique a publié la Déclaration de consensus 2024 du CIO sur la protection et la violence interpersonnelle dans le sport (la « déclaration de consensus du CIO »). Parmi ses objectifs, la déclaration de consensus du CIO visait à synthétiser des études évaluées par des pairs provenant principalement d’Europe et d’Amérique du Nord (dont le Canada) sur la fréquence de la violence interpersonnelle dans le sportNote de bas de page 129. Elle révèle que la prévalence mondiale de la violence interpersonnelle dans le sport varie de 44 % à 86 %, la plupart des études utilisant une mesure de seuil faible, définie comme le fait qu’une personne ait vécu au moins un événementNote de bas de page 130.
Selon la déclaration de consensus du CIO, bien que la violence sexuelle soit la forme la plus documentée de violence interpersonnelle dans le sport, c’est la violence psychologique qui est la plus courante :
| Type de violence interpersonnelle dans le sport | Qualité de la documentation | Estimation de la prévalence minimale (%) | Estimation de la prévalence maximale (%) |
|---|---|---|---|
| Violence sexuelle | La mieux documentée | 0,5 | 78 |
| Violence psychologique | La deuxième mieux documentée | 21 | 79 |
| Violence physique | Moins bien documentée | 4 | 66 |
| Négligence | Moins bien documentée | 27 | 69 |
L’étude MacPherson
Selon une étude réalisée en 2022 par MacPherson, Battaglia, Kerr et leurs collègues (l’« étude MacPherson »), des études de prévalence menées au Royaume-Uni, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Belgique, au Canada et aux États-Unis présentent les taux de prévalence suivants :
| Type de violence interpersonnelle dans le sport | Estimation de la prévalence minimale (%) | Estimation de la prévalence maximale (%) |
|---|---|---|
| Violence psychologique | 40 | 79 |
| Violence physique | 11 | 56 |
| Négligence | 36 | 76 |
| Violence sexuelle | 9 | 29 |
Les auteurs de l’étude Macpherson ont noté que seules deux études avaient exploré les taux de prévalence de négligenceNote de bas de page 133. Ces études étaient canadiennes. Ils ont également indiqué que les athlètes appartenant à des groupes méritant l’équité, notamment les filles et les femmes, les athlètes 2ELGBTQI+, les athlètes racisés et autochtones, ainsi que les athlètes en situation de handicap, courent un risque accru de subir des préjudices dans le contexte sportifNote de bas de page 134.
Le rapport général CASES
En 2019, sept universités et instituts de recherche ainsi que trois organisations sportives se sont associés pour réaliser le projet Child Abuse in Sport: European Statistics (CASES)Note de bas de page 135. Le projet, dirigé par l’Université Edge Hill au Royaume-Uni, visait à recueillir des données dans six pays européens (Autriche, Belgique (Bruxelles-Wallonie), Belgique (Flandre), Allemagne, Roumanie, Espagne et Royaume-Uni) sur la prévalence de la violence interpersonnelle vécue par les enfants (les personnes âgées de moins de 18 ans) dans le sportNote de bas de page 136.
Les résultats du projet CASES montrent que 75 % des répondants ont déclaré au moins une expérience de violence interpersonnelle envers les enfants dans le sportNote de bas de page 137. Les taux de prévalence des différentes catégories de violence interpersonnelle envers les enfants dans le sport sont les suivants :
| Violence interpersonnelle envers les enfants dans le sport | Taux de prévalence (%) |
|---|---|
| Violence psychologique | 65 |
| Violence physique | 44 |
| Négligence | 37 |
| Violence sexuelle sans contact | 35 |
| Violence sexuelle avec contact | 20 |
La revue de la littérature de Bjørnseth et Szabo
Une revue de la littérature européenne publiée en 2018 par Ingunn Bjørnseth et Attila Szabo met en évidence certaines caractéristiques qui augmentent la probabilité pour une personne de subir de la maltraitanceNote de bas de page 139. Ces facteurs, particulièrement associés à un risque accru de violence sexuelle, incluent les personnes homosexuelles, bisexuelles, les minorités ethniques ainsi que les athlètes en situation de handicapNote de bas de page 140. La revue suggère également que le fait d’évoluer à des niveaux élevés de compétition sportive accroît les risques de violence sexuelleNote de bas de page 141. Les auteurs attribuent cette augmentation du risque au temps prolongé passé entre les entraîneurs et les jeunes athlètes, ainsi qu’à la proximité accrue que ces relations impliquent souventNote de bas de page 142.
D’autres études menées dans plusieurs pays, dont le Canada, ont également fait état d’une prévalence élevée d’abus à l’encontre des officiels, allant de 10 % à 92 %Note de bas de page 143.
Ces statistiques et études démontrent que la maltraitance dans le sport est un problème mondialement documenté. Les préjudices psychologiques apparaissent comme la forme la plus courante de maltraitance, suivis par la négligence et les préjudices physiques et sexuels. Ces études internationales soulignent également que les personnes issues de groupes minoritaires et celles qui pratiquent un sport de haute performance courent un risque plus élevé de vivre une situation de maltraitance.
La prévalence de la maltraitance dans le sport au Canada
Des études canadiennes sur la prévalence de la maltraitance dans le sport révèlent des constats inquiétants qui concordent avec les données internationales, notamment en ce qui concerne les taux de prévalence, les tendances et les facteurs de risque.
Les études sur les préjudices psychologiques, physiques et sexuels et sur la négligence
Au Canada, trois études récentes ont examiné la prévalence de toutes les formes de maltraitance dans le sport, incluant les préjudices psychologiques, physiques et sexuels, et la négligence :
- En 2019, Kerr, Willson et Stirling (l’« étude Kerr ») ont interrogé des athlètes d’équipes nationales.
- En 2021, Parent et Vaillancourt-Morel (l’« étude Parent ») ont interrogé des athlètes âgés de 14 à 17 ans qui participaient à des compétitions de différents niveaux.
- En 2022, Willson, Kerr, Stirling et Buono (l’« étude Willson ») ont interrogé des athlètes d’équipes nationales.
Les données présentées dans ces études démontrent qu’entre 75 et 85 % des athlètes canadiens déclarent avoir vécu une forme de maltraitance dans le sport (études Parent et Willson). Les données démontrent aussi que la forme la plus courante de maltraitance chez les athlètes canadiens est le préjudice psychologique, suivi par la négligence, le préjudice sexuel et le préjudice physique (études Kerr et Willson), ce qui est cohérent avec les études internationales.
Ces études canadiennes ont également révélé que certaines caractéristiques identitaires, notamment le fait d’être une athlète féminine, un athlète racisé ou un athlète 2ELGBTQI+, sont associées à un risque plus élevé de préjudices dans le sport (études Parent et Willson).
Aucune différence notable n’a été observée entre les préjudices signalés pour les athlètes en situation de handicap et ceux signalés pour les autres athlètes (études Parent et Willson). Enfin, les données démontrent que la maltraitance augmente avec le niveau de participation au sport (études Parent et Willson).
Ci-dessous, nous présentons la portée et les résultats détaillés des trois études.
L’étude Kerr
En 2019, les auteurs de l’étude Kerr ont développé un sondage anonyme pour évaluer la prévalence de la maltraitance parmi les anciens athlètes des équipes nationales du Canada et les athlètes qui en font encore partieNote de bas de page 144. Au total, 1 001 athlètes ont répondu au sondage, 764 étant des membres actifs d’une équipe nationale et 237 étant à la retraite. Les résultats révèlent les pourcentages suivants d’athlètes, actifs et retraités, qui ont déclaré avoir vécu au moins une forme des comportements préjudiciables énumérés :
| Forme de préjudice | Athlètes actifs ayant déclaré au moins un comportement préjudiciable (%) | Athlètes retraités ayant déclaré au moins un comportement préjudiciable (%) |
|---|---|---|
| Négligence | 67 | 76 |
| Préjudice émotionnel | 59 | 62 |
| Préjudice sexuel | 20 | 21 |
| Préjudice physique | 12 | 19 |
L’étude a également mesuré la fréquence à laquelle les athlètes actifs et ceux à la retraite ont été confrontés à chacune des formes de préjudice. Le tableau ci-dessous indique la fréquence à laquelle ces athlètes ont vécu des comportements précis pour chaque forme de préjudice et par rapport au nombre total d’expériences possiblesNote de bas de page 146:
| Forme de préjudice | Comportements préjudiciables signalés par les athlètes actifs (%) | Comportements préjudiciables signalés par les athlètes retraités (%) |
|---|---|---|
| Préjudice psychologique | 17 | 23 |
| Négligence | 15 | 22 |
| Préjudice sexuel | 4 | 7 |
| Préjudice physique | 3 | 5 |
L’étude Parent
En 2021, l’étude Parent a examiné l’ampleur de la violence interpersonnelle envers les jeunes athlètes canadiens dans le contexte du sport et a exploré les facteurs de risque qui y sont associés. L’étude a été menée auprès de 1 055 athlètes canadiens âgés de 14 à 17 ans et concourant à différents niveaux (local ou régional, interrégional, provincial, national et international) et dans différents types de sport. Cette étude a révélé que 84,5 % des athlètes ont déclaré avoir vécu au moins un type de violenceNote de bas de page 147. Plus précisément, les pourcentages suivants indiquent la proportion des répondants ayant déclaré avoir vécu au moins une situation associée à chaque type de violence :
| Type de violence | Expérience déclarée d’au moins une situation de violence (%) |
|---|---|
| Violence psychologique | 79,2 |
| Violence physique | 39,9 |
| Négligence | 35,7 |
| Violence sexuelle | 28,2 |
Dans l’étude Parent, la situation de handicap et l’origine ethnique n’ont pas été identifiées comme des facteurs prédisant la violence envers les athlètesNote de bas de page 149. L’étude a révélé que certaines caractéristiques personnelles et liées à la performance sont des facteurs de risque de la violence interpersonnelle. Ces facteurs de risques sont résumés dans le tableau suivant :
| Type de violence | Facteurs de risque |
|---|---|
| Violence psychologique et négligence | Âge plus élevé, sexe (filles), spécialisation sportive précoce et nombre d’heures de pratique hebdomadaire |
| Violence physique | Âge plus élevé, sexe (garçons), préférence sexuelle (non hétérosexuelle), heures de pratique hebdomadaire, niveau sportif (interrégional ou provincial) et type de sport (sport d’équipe) |
| Violence sexuelle | Préférence sexuelle (non hétérosexuelle) et niveau sportif (interrégional ou international) |
L’étude Willson
Plus récemment, en 2022, l’étude Willson a interrogé 995 athlètes actifs et retraités des équipes nationales canadiennes afin d’examiner :
- la prévalence de la maltraitance (notamment les préjudices physiques, sexuels et psychologiques, ainsi que la négligence)
- le moment où le préjudice est survenu (avant ou pendant l’adhésion à l’équipe nationale)
- la mesure dans laquelle les caractéristiques identitaires ont influencé les expériences de maltraitance qui ont été déclarées
- l’identité des auteurs de maltraitance dans le sportNote de bas de page 150.
L’étude a révélé que 75 % des athlètes interrogés avaient vécu au moins une situation de maltraitance, principalement sous la forme de négligence et de préjudice psychologiqueNote de bas de page 151. L’étude Willson, tout comme l’étude Kerr, a évalué le pourcentage de comportements signalés pour chaque forme de préjudice. Les résultats démontrent que les formes les plus courantes de préjudice sont les suivantes :
| Forme de préjudice | Comportements préjudiciables déclarés (%) |
|---|---|
| Préjudice psychologique | 24 |
| Négligence | 23,7 |
| Préjudice sexuel | 4,7 |
| Préjudice physique | 3,4 |
Les résultats ont aussi indiqué que les athlètes ont signalé avoir vécu significativement plus d’expériences de toutes les formes de maltraitance au sein d’une équipe nationale qu’au cours de leur carrière sportive avant de joindre cette équipeNote de bas de page 153.
En ce qui concerne les caractéristiques identitaires, l’étude Willson n’a pas observé de différences significatives entre les préjudices déclarés par les athlètes en situation de handicap et les autres athlètesNote de bas de page 154. Cependant, l’étude a spécialement révélé que :
- Les athlètes féminines ont connu des taux significativement plus élevés de toutes les formes de préjudices que les athlètes masculins.
- Les athlètes autochtones ont connu des taux de préjudices psychologiques significativement inférieurs à ceux des athlètes non autochtones.
- Les athlètes racisés ont subi des taux de préjudices physiques significativement plus élevés que leurs pairs non racisés.
- Les athlètes LGBTQ2I+ ont vécu des cas significativement plus nombreux de préjudice sexuel que les athlètes non LGBTQ2I+Note de bas de page 155.
Enfin, les résultats indiquent que les entraîneurs sont les auteurs de négligence et de préjudices psychologiques et physiques les plus fréquemment identifiés, tandis que les pairs sont le plus souvent identifiés comme les auteurs de préjudice sexuelNote de bas de page 156.
La prévalence de la violence sexuelle chez les femmes et les filles
Des études canadiennes démontrent également que les jeunes femmes et les filles pratiquant un sport subissent des taux de victimisation par violence sexuelle plus élevés que les jeunes hommes et les garçonsNote de bas de page 157. Comme le souligne l’Association canadienne contre la violence sexuelle, [traduction] « lorsque des femmes et des filles sont victimes de mauvais traitements dans le cadre de la pratique du sport, les conséquence négatives ne se limitent pas à des problèmes importants de santé mentale et autres blessures, mais contribuent également à perpétuer une culture sportive dans laquelle les femmes et les filles ne sont pas traitées avec dignité et où les auteurs ne sont pas tenus responsables de leurs actes »Note de bas de page 158.
La prévalence des préjudices chez les athlètes en situation de handicap
Les données concernant la prévalence de la maltraitance chez les athlètes en situation de handicap dans le sport canadien demeurent relativement limitées. En 2019, Kerr, Willson et Stirling ont mené une autre étude pour évaluer la prévalence de la maltraitance chez 110 athlètes qui ont évolué ou qui évoluent toujours dans des équipes nationales canadiennes et qui ont déclaré être en situation de handicapNote de bas de page 159. Les auteurs ont ensuite comparé ces données à celles de 891 athlètes canadiens qui ne se sont pas déclarés comme étant en situation de handicap.
Les résultats du sondage n’ont pas révélé de différences statistiquement significatives entre les taux de prévalence de la maltraitance chez les athlètes qui ont déclaré être en situation de handicap et ceux qui ont déclaré ne pas l’être. Les résultats ont également démontré que les expériences de maltraitance vécues par les para-athlètes et les autres athlètes étaient semblablesNote de bas de page 160.
Le préjudice le plus fréquemment vécu par les athlètes s’identifiant comme étant en situation de handicap, tout comme pour les autres athlètes, était le préjudice psychologique, suivi par la négligence et le préjudice sexuel. Aucun para-athlète n’a fait état d’un préjudice physiqueNote de bas de page 161.
Bien que ces résultats ne soient pas concluants en raison de la petite taille de l’échantillon de para-athlètes interrogés, ils sont cohérents avec les études Parent et Willson mentionnées ci-dessus, qui ont également démontré que le fait de vivre en situation de handicap ne semblait pas être un facteur de risque de violence envers les athlètes. Nous notons toutefois que des études internationales suggèrent que de vivre en situation de handicap augmente la probabilité de subir de la maltraitance dans le sport.
La prévalence du racisme et de la discrimination dans le sport communautaire
D’autres études canadiennes ont porté spécifiquement sur la prévalence du racisme et de la discrimination, en particulier dans le contexte du sport communautaire.
Une étude de Statistique Canada réalisée en 2025 visait à faire la lumière sur la prévalence du traitement injuste, du racisme et de la discrimination dans les sports communautaires canadiensNote de bas de page 162. Cette étude a révélé qu’en 2023, 26 % des athlètes estimaient que le racisme et la discrimination étaient des problèmes dans le sport communautaire et que 6 % des membres de la communauté sportive en général déclaraient avoir subi des traitements injustes, du racisme ou de la discrimination dans un sport communautaire au cours des cinq dernières annéesNote de bas de page 163.
Les taux de prévalence étaient plus élevés parmi les populations racisées, les personnes s’identifiant comme étant en situation de handicap et les personnes 2ELGBTQ+, ainsi que parmi les personnes pratiquant exclusivement un sport de compétition.
Ces résultats renforcent les conclusions de la Commission selon lesquelles les problèmes de racisme et de discrimination sont répandus non seulement au niveau national, mais aussi dans le sport communautaire.
La prévalence des pratiques d’initiation abusives dans le sport
La Commission a entendu que les pratiques d’initiation abusives sont un problème répandu non seulement dans le système sportif sanctionné, mais aussi, et surtout, dans le sport scolaire. À titre de rappel, les pratiques d’initiation abusives, aussi appelées « bizutage », sont une forme d’intimidation collective ou de harcèlement envers les recrues perpétrée par les membres établis de l’équipe et parfois par les entraîneurs et les parents de joueurs.
Un rapport de 2024 de la Coaches Association of Ontario (l’association des entraîneurs de l’Ontario) révèle que les pratiques d’initiation abusives sont un problème majeur dans le sport en Ontario, où 4 entraîneurs sur 10 sont au courant de cas de bizutage entre les athlètes et où 6 entraîneurs sur 10 ont eux-mêmes vécu du bizutage alors qu’ils étaient athlètesNote de bas de page 164. Les résultats démontrent également qu’une majorité d’entraîneurs (86 %) reconnaissent que le bizutage dans le sport est un problème grave, mais qu’ils ne s’entendent pas sur les comportements qui constituent des pratiques d’initiation abusiveNote de bas de page 165.
En 2018, une étude menée par l’Université du Manitoba s’est penchée, entre autres, sur la prévalence et la nature des pratiques d’initiation abusives chez 434 étudiants-athlètes du sport interuniversitaire canadien, aujourd’hui appelé U SPORTS. Les résultats ont démontré que 57,8 % des athlètes avaient déclaré qu’au moins une pratique d’initiation abusive leur était arrivée ou était arrivée à d’autres membres de leur équipeNote de bas de page 166. Les femmes ont déclaré avoir vécu plus de pratiques d’initiation abusives (56,57 %) que les hommes (43,43 %)Note de bas de page 167.
Les pratiques d’initiation abusives les plus courantes sont les suivantes :
- devoir porter des vêtements embarrassants (30,2 %)
- devoir chanter ou scander en public lors d’un événement sportif, d’un entraînement ou d’un partie sans rapport avec le sport (28,1 %)
- devoir assister à une soirée de sketches satiriques ou de moqueries (18,2 %)
- devoir boire ou manger des préparations infâmes (15,9 %)
- se faire crier dessus ou injurier par d’autres personnes (15,7 %)
- être obligé de fréquenter certaines personnes et d’en éviter d’autres (11,1 %)
- agir comme « serviteur » personnel d’autres membres de l’équipe (10,4 %)Note de bas de page 168.
La Commission considère comme troublant que ces résultats indiquent que plus de la moitié des athlètes sportifs universitaires aient été victimes de pratiques d’initiation abusives à un moment ou à un autre de leur parcours sportif. Mais surtout, que certains entraîneurs ne sachent toujours pas ce qui constitue une pratique d’initiation abusive.
La prévalence des inconduites individuelles et organisationnelles au sein des organismes nationaux de sport
La maltraitance ne se produit pas uniquement entre les entraîneurs et les athlètes. Elle est également profondément ancrée dans les organismes de sport. Un projet de recherche dirigé par l’Université de Guelph a étudié des documents accessibles au public et trouvé 132 cas d’inconduite dans des organismes nationaux de sport canadiens entre 2008 et 2024Note de bas de page 169. Cette étude a défini l’« inconduite » comme étant toute violation des normes juridiques, éthiques ou organisationnelles qui menacent la légitimité, la responsabilité ou le fonctionnement éthique d’un organismeNote de bas de page 170.
Cette recherche a révélé que les 132 cas d’inconduite émanaient de 53 % des organismes nationaux de sport au Canada (ce qui représente 36 organismes nationaux de sport différents). En moyenne, trois cas d’inconduite ont été gérés par chacun de ces organismes au cours de la période d’étude de 16 ans, certains ayant traité jusqu’à 10 cas. Les auteurs ont identifié des inconduites en lien avec les éléments suivants :
- la sélection des équipes et l’octroi des brevets (32 %)
- le dopage (28 %)
- les relations et le pouvoir (16 %)
- la gouvernance organisationnelle (16 %)
- la culture toxique (8 %).
Plus précisément, l’étude a identifié 256 infractions comprises dans les 132 cas d’inconduite. Les infractions les plus fréquentes sont les suivantes :
- agression (18 %)
- harcèlement (16 %)
- violations de politiques (15 %)
- fautes administratives (14 %)
- inaction (11 %).
Comme le souligne l’étude avec inquiétude, les infractions liées aux agressions et au harcèlement représentaient à elles seules un tiers de toutes les infractions identifiées dans l’ensemble des cas d’inconduiteNote de bas de page 171.
Le sondage Léger Marketing sur l’éthique, l’équité et la sécurité dans le sport
En début 2024, à la demande Sport Canada, un sondage Léger Marketing sur l’éthique, l’équité et la sécurité dans le sport a été réalisé auprès de la population générale du Canada (10 376 Canadiennes et Canadiens âgés de 16 ans et plus), des administrateurs d’organismes nationaux de sport et des athlètes de haut niveauNote de bas de page 172.
Les résultats du sondage ont révélé que 49 % des répondants dans la population générale ont pratiqué un sport au Canada au cours des trois dernières années. Parmi ces répondants, 83 % ont reconnu avoir pratiqué le sport dans un environnement « sécuritaire » et 80 % ont reconnu avoir pratiqué le sport dans un environnement « accueillant ».
Selon le sondage, près de la moitié des répondants qui ont pratiqué un sport au Canada au cours des trois dernières années (40 %) ont déclaré avoir subi ou avoir été témoins d’au moins une « situation problématique » dans le cadre de leur sport organisé. Aux fins du sondage, les « situations problématiques » comprenaient un large éventail de problèmes, notamment les problèmes de santé mentale (16 %), les commotions cérébrales diagnostiquées (15 %) et non diagnostiquées (11 %), le harcèlement (14 %), le sexisme (14 %), le racisme (13 %), l’homophobie (10 %), les abus ou la maltraitance (9 %), toute forme de corruption (8 %) et le dopage (6 %).
Les résultats ont également révélé que les répondants autochtones (69%), bisexuels (62%), homosexuels (50%), vivant en situation de handicap (55%) et PANDC (personnes autochtones, noires et de couleur) (46%), ainsi que les répondants âgés de 16 à 34 ans (54%), étaient plus susceptibles de vivre une « situation problématique » ou d’en être témoins.
En utilisant les données recueillies de cette question dans le cadre du sondage de Léger Marketing, la Commission a calculé le taux de prévalence de la maltraitance ainsi que d'autres comportements prohibés sous le Code de conduite universel pour prévenir et contrer la maltraitance dans le sport, excluant d’autres types d’« incidents » qui n’étaient pas couverts par le sondage de la Commission et le Code de conduite universel (problèmes de santé mentale, commotions cérébrales diagnostiquées ou non diagnostiquées, corruption, et dopage ou usage de substances interdites améliorant la performance). Il a été constaté que plus d’un répondant sur quatre ayant pratiqué un sport au Canada au cours des trois dernières années (28 %) a déclaré avoir été témoin ou avoir subi au moins un incident lié au harcèlement, au sexisme, au racisme, à l’homophobie, à l’abus ou à la maltraitance. Plus précisément, 14 % ont déclaré avoir été témoins ou avoir personnellement subi du harcèlement, 14 % ont déclaré avoir été témoins ou avoir personnellement subi du sexisme, 13 % ont déclaré avoir été témoins ou avoir personnellement subi du racisme, 10 % ont déclaré avoir été témoins ou avoir personnellement subi de l'homophobie et 9 % ont déclaré avoir été témoins ou avoir personnellement subi de l'abus ou de la maltraitanceNote de bas de page 173.
Les résultats ont également révélé que les répondants autochtones (56,3 %), bisexuels (46,1 %), homosexuels (40,2 %), vivant en situation de handicap (39,5 %), PANDC (personnes autochtones, noires et de couleur) (36,8 %) et les répondants âgés de 16 à 34 ans (35,1 %), étaient plus susceptibles de subir ou d'être témoins d’harcèlement, de sexisme, de racisme, d’homophobie, d’abus ou de maltraitance.
Le sondage public mené en ligne dans le cadre des activités de la Commission
Les résultats du sondage public mené en ligne par la Commission confirment que la maltraitance est répandue dans le sport canadien. Aux fins du sondage, la Commission a défini la « maltraitance » comme suit :
« […] la maltraitance désigne les comportements inacceptables et interdits dans le sport. Cela comprend la violence physique, psychologique et sexuelle, l’intimidation, des pratiques d’initiation abusives, la négligence, ainsi que le conditionnement, le fait de franchir des limites appropriées et la discrimination »Note de bas de page 174.
Le sondage demandait aux participants qui ont répondu aux questions sur l’amélioration du sport sécuritaire au Canada d’indiquer leur appréciation de l’ampleur du problème de la maltraitance dans le sport organisé au Canada. La figure ci-dessous illustre les résultats du sondage.
Figure 3.1. Ampleur de la maltraitance dans le sport organisé – Commission sur l’avenir du sport au Canada (2025)
Figure 3.1. Ampleur de la maltraitance dans le sport organisé – Commission sur l’avenir du sport au Canada (2025) – version texte
Quelle est l’ampleur du problème de la maltraitance dans le sport organisé aujourd’hui?
- Problème grave – 29.4%
- Problème modéré – 41.5%
- Problème mineur – 21.4%
- Aucun problème – 2.4%
- Je ne sais pas – 5.3%
Comme le montre cette image, 70,9 % des 2 524 personnes qui ont répondu à cette question précise estiment que la maltraitance dans le sport est un problème modéré ou grave.
Nous avons aussi demandé aux participants qui ont choisi de répondre aux questions portant sur l’amélioration du sport sécuritaire au Canada s’ils avaient subi ou été témoins de mauvais traitements dans le sport organisé au Canada au cours des dix dernières années. Parmi les 2 223 personnes qui ont répondu à cette question et qui ont déclaré pratiquer un sport organisé :
- 50,3 % ont déclaré avoir été témoins de maltraitance
- 22,0 % ont déclaré avoir personnellement subi de la maltraitance
- 36,0 % ont déclaré ne pas avoir été témoins ni avoir subi de maltraitance.
Nous avons analysé les résultats du sondage de la Commission en fonction de certaines caractéristiques identitaires afin de déterminer si elles étaient associées à des taux de prévalence plus élevés et donc à une probabilité accrue de subir de la maltraitance.
| Caractéristique identitaire | Taux de prévalence (%) |
|---|---|
| Racialisé | 32,7 |
| Autochtones | 33,7 |
| 2ELGBTQI+ | 35,5 |
| En situation de handicap | 41,1 |
| Minorité de langue officielle (anglais au Québec, sauf la région de la capitale nationale) | 28,3 |
| Minorité de langue officielle (français hors Québec, sauf la région de la capitale nationale) | 32,6 |
Ce tableau montre que chacune de ces caractéristiques identitaires augmente la probabilité que les répondants subissent de la maltraitance dans le sport organisé au Canada. En effet, ces taux de prévalence sont significativement plus élevés que le taux de prévalence de 22,0 % mentionné ci-dessus pour l’ensemble des répondants qui ont répondu à cette question et qui se sont identifiés comme pratiquant un sport organisé.
Les répondants qui ont déclaré avoir subi personnellement de la maltraitance dans le sport organisé ou en avoir été témoins au cours des dix dernières années ont aussi été invités à préciser si l’incident de maltraitance le plus récent avait été vécu personnellement ou s’ils en avaient été témoins. Parmi les 319 personnes qui ont répondu à cette question, 49,5 % ont déclaré avoir vécu personnellement l’incident de maltraitance le plus récent, tandis que 50,5 % ont indiqué en avoir été témoins.
Conclusion quant à la prévalence de la maltraitance dans le sport canadien
Les résultats des études canadiennes portant sur la prévalence de toutes les formes de maltraitance dans le sport, incluant les préjudices physiques, psychologiques et sexuels, ainsi que la négligence, correspondent de près aux résultats des recherches internationales. Ces études révèlent des taux alarmants de prévalence de la maltraitance parmi les personnes impliquées dans le sport canadien, nombre d’entre elles déclarant avoir subi une forme de maltraitance au moins une fois au cours de leur parcours sportif.
Par ailleurs, et conformément à la recherche internationale, les études canadiennes confirment que certaines caractéristiques identitaires comme le fait d’être une athlète féminine, un athlète autochtone, un athlète racisé ou un athlète 2ELGBTQI+ sont associées à un risque accru de subir de la maltraitance dans le sport. Ces éléments soulignent l’exclusivité du système sportif, une réalité qui a été constamment rappelée tout au long du processus de mobilisation de la Commission.
Les statistiques présentées dans ce chapitre démontrent clairement que la maltraitance est à la fois omniprésente et profondément ancrée dans le système sportif canadien. Ces taux de prévalence élevés ne laissent aucun doute sur le fait que la maltraitance est, et malgré les efforts déployés jusqu’à présent, continue d’être, un symptôme de problèmes systémiques nécessitant une intervention gouvernementale immédiate et soutenue.
À la suite de la publication de notre rapport préliminaire, on nous a indiqué que les mesures visant à améliorer la sécurité dans le sport au Canada devraient aller au-delà du sport de haut niveau, puisque la maltraitance est répandue au niveau du sport communautaire.
Bien qu’il soit impossible d’éradiquer la maltraitance dans le sport canadien, il est impératif que les gouvernements et les organismes sportifs collaborent pour renforcer et harmoniser les mesures de prévention et d’intervention. L’objectif ultime est de réduire considérablement la maltraitance et de veiller à ce que tous les participants puissent profiter en toute sécurité des nombreux bienfaits offerts par le sport.