Avis de modification - Interdire le recours aux huiles partiellement hydrogénées (HPH) dans les aliments

Numéro de référence : [NOM/ADM-C-2017-3]

15 septembre 2017

Table des matières

Résumé

L’objectif du présent Avis consiste à informer les consommatrices et les consommateurs ainsi que les intervenantes et les intervenants concernés de la décision de Santé Canada de procéder avec la mise en œuvre d’une interdiction de l’utilisation des huiles partiellement hydrogénées (HPH) dans les aliments en les ajoutant à la partie 1 de la Liste des contaminants et des autres substances adultérantes dans les aliments (la Liste).

L’interdiction prendra effet le jour auquel les HPH sont ajoutées à la Partie 1 de la Liste. Santé Canada modifiera la Liste 12 mois suivant la date de publication de cet Avis.

Description

La Liste des contaminants et des autres substances adultérantes dans les aliments (la Liste) est incorporée par renvoi au titre 15 du Règlement sur les aliments et drogues. Elle est divisée comme suit, en deux parties : la partie 1 comporte la liste des substances qui, si elles sont présentes dans un aliment, peu importe en quelle teneur, feraient en sorte que l’aliment en question serait déclaré comme falsifié. La partie 2 établit des limites maximales à l’égard de substances particulières dans certains aliments au-delà desquelles ils seraient déclarés falsifiés.

Santé Canada va modifier la Liste comme suit pour ajouter les HPH au moyen d’un nouvel article (no 18) dans la partie 1 :

Article Substance Aliment
18 Huiles partiellement hydrogénées (HPH) Tous les aliments

En ajoutant les HPH à la partie 1 de la Liste, tout aliment en contenant serait déclaré comme falsifié, et sa vente au Canada serait interdite conformément à l’article 4 de la Loi sur les aliments et drogues.

Portée de l’interdiction

L’interdiction s’applique aux HPH qui sont définies comme une huile ou une graisse qui comporte les caractéristiques suivantes :

  • elle est hydrogénée;
  • son indice d’iode dépasse 4.

Pour qu’une graisse ou une huile soit considérée à titre d’HPH, les deux conditions ci-dessus doivent être satisfaites. Les ingrédients ne répondant pas à ces deux conditions sont exclus de la définition.

La définition des HPH est cohérente avec celle établie par la Food and Drug Administration des États-Unis (FDA des É.-U.) dans son document intitulé Final Determination Regarding Partially Hydrogenated Oils.

Inclusions et exclusions

La définition s’applique aux HPH utilisées dans les aliments destinés à l’alimentation humaine. Elle s’applique aussi aux HPH ajoutées aux aliments pour des usages limités ou à des fins techniques, par exemple, comme antiagglomérants. Les HPH utilisées dans les produits autres que les aliments, par exemple dans les produits de santé naturels (PSN) et les médicaments, ne sont pas visées par cette interdiction.

Des exemples d’ingrédients exclus comprennent :

  • les HPH utilisées comme matériaux bruts afin de synthétiser d’autres ingrédients, de même que des ingrédients dérivés d’HPH dans la mesure où les acides gras trans sont présents dans les matériaux sans qu’on les retrouve dans l’aliment final;
  • les acides linoléiques conjugués;
  • l’ester méthylique de rosine partiellement hydrogéné;
  • les ingrédients qui ne contiennent que des gras trans d’origine naturelle (p. ex., de sources bovines non hydrogénées);
  • les ingrédients ou les aliments qui contiennent des gras trans présents par inadvertance à cause de la transformation à haute température.

Les huiles entièrement hydrogénées (HEH) sont aussi exclues de la portée de l’interdiction. Une HEH est définie comme une huile ou une graisse qui comporte les caractéristiques suivantes :

  • elle est hydrogénée;
  • son indice diode ne dépasse pas 4.

Comme c’est le cas à l’égard de la définition des HPH, les deux conditions ci-dessus doivent être satisfaites pour qu’une huile ou une graisse soit considérée comme une HEH. La définition des HEH s’harmonise aussi avec celle établie par la FDA des É.-U.

Remarque : L’indice d’iode (II) ne constitue pas une mesure directe de la teneur en gras trans, mais il s’agit d’une mesure technique de taux d’insaturation. Comme les HEH sont des huiles qui ont été hydrogénées jusqu’à saturation complète ou presque complète, leur degré d’insaturation est faible. Les HEH et la plupart des ingrédients alimentaires à base de graisse contenant des HEH contiennent autant de gras trans que les huiles raffinées non hydrogénées, soit, en règle générale, moins de 2 % de l’huile (Dhaygude et coll., 2017; Farfán et coll., 2015; Tarrago-Trani et coll., 2006; Mjos et Pettersen, 2003; Petrauskaite et coll., 1998). Au contraire, les HPH ont été hydrogénées, mais sans atteindre la saturation complète ou presque complète. La teneur en gras trans des HPH atteint généralement de 25 à 45 % de l‘huile (Ackman et Mag, 1998).

Modifications corrélatives connexes

Interdire l’utilisation des HPH dans les aliments exige certaines modifications corrélatives au Règlement sur les aliments et drogues afin de prescrire la définition des HPH et des HEH, de traiter les mentions des HPH et de veiller à ce que le libellé de la réglementation reflète l’interdiction. Ces modifications corrélatives auront cours au moyen d’un projet de règlement distinct dont Santé Canada prévoit la publication préalable à l’automne 2017 dans la Partie I de la Gazette du Canada.

Contexte et justification

Les gras trans consistent en un type d’acides gras insaturés naturellement présents dans les aliments provenant de ruminants (p. ex., le lait et le bœuf) et peuvent aussi être produits de manière industrielle. Les HPH constituent la source principale de gras trans de production industrielle dans l’approvisionnement alimentaire. Celles-ci sont produites au moyen d’un processus appelé hydrogénation partielle.

La consommation de gras trans augmente le risque de coronaropathie, l’une des principales causes de décès au Canada. Compte tenu des effets délétères des gras trans, plusieurs organismes de la santé faisant autorité tels que l’Institute of Medicine (IOM) et l’organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture/l’Organisation mondiale de la Santé (FAO/OMS) ont recommandé d’en limiter la consommation.

Depuis le début des années 2000, Santé Canada a déployé une démarche multifacette visant la réduction de l’apport en gras trans chez la population canadienne. Celle-ci comprenait l’instauration de l’étiquetage obligatoire des gras trans, l’établissement des cibles volontaires à l’égard des aliments transformés et la mise en œuvre d’un programme de surveillance et de déclaration de deux ans visant à mesurer les progrès accomplis par l’industrie dans l’atteinte des cibles volontaires.

Bien que ces initiatives se soient révélées efficaces pour la réduction des teneurs en gras trans de l’approvisionnement alimentaire canadien, certains aliments contiennent toujours des gras trans de production industrielle, notamment des HPH. Ceux-ci comprennent certains produits de boulangerie et de pâtisserie (p. ex., des biscuits), certains shortenings et certaines margarines. Cette situation peut constituer une source de préoccupation pour la santé des Canadiennes et des Canadiens qui consomment régulièrement ces aliments et aussi certaines sous-populations, telles que les enfants et des adolescents, les personnes vivant en régions éloignées et les consommateurs sensibles aux prix qui courent un risque accru d’avoir un apport plus élevé en gras trans (Krenosky et coll., 2012).

La lettre de mandat de la ministre de la Santé (2015) comprenait l’adoption d’un règlement plus strict sur les gras trans, soit semblable à celui proposé aux États-Unis. Le 24 octobre 2016, la ministre a lancé la Stratégie en matière de saine alimentation (SMSA), laquelle comprenait parmi ses nombreuses initiatives, une proposition d’interdire l’utilisation des HPH dans les aliments.

Interdire le recours aux huiles partiellement hydrogénées (HPH) dans les aliments réduira le plus possible la teneur en gras trans de l’approvisionnement alimentaire. L’interdiction contribuera aussi à l’atteinte de l’objectif de santé publique qui consiste à réduire l’apport en gras trans à moins de 1 % de l’apport énergétique total chez la grande majorité de la population canadienne. Atteindre cet objectif devrait mener à une réduction globale du risque de coronaropathie au sein de la population générale.

Consultations

Une consultation préalable sur la proposition de politique de Santé Canada visant à interdire l’utilisation des HPH dans les aliments s’est déroulée du 14 novembre 2016 au 13 janvier 2017. Puis l’Avis de proposition visant à interdire le recours aux huiles partiellement hydrogénées dans les aliments (no de référence NOP/ADP-C-2017-3) a été publié pendant une période de commentaires de 75 jours, laquelle a commencé le 7 avril et pris fin le 21 juin 2017.

Au total, 30 commentaires ont été reçus pendant cette période. Le groupe qui a répondu comptait neuf consommatrices et consommateurs, une personne du milieu universitaire, neuf organismes/porte-parole gouvernementaux, trois porte-parole d’organisations professionnelles de la santé, trois entreprises à titre individuel, quatre associations de l’industrie et un organisme non gouvernemental (ONG).

1. Points de vue sur l’interdiction proposée

Presque toutes les répondantes et tous les répondants ont soutenu la proposition qui consistait à interdire l’utilisation des HPH dans les aliments et ne se sont pas opposés à l’ajout des HPH à la partie 1 de la Liste des contaminants et des autres substances adultérantes dans les aliments. Les raisons évoquées au soutien de la proposition étaient semblables à celles qui ont été exprimées pendant la consultation préalable, lesquelles sont résumées dans l’Avis de proposition d’avril 2017 (p. ex., améliorer la santé de la population canadienne, protéger les sous-populations vulnérables, harmoniser les politiques avec celles des É.-U., etc.). Un porte-parole gouvernemental et un autre d’une organisation professionnelle de la santé ont souligné le fait que l’interdiction devrait s’appliquer aux aliments importés ainsi qu’aux aliments préparés et vendus dans les établissements de services alimentaires, et ce, respectivement. Une personne du groupe des consommateurs a réclamé des éclaircissements sur la question de savoir pourquoi les HEH ne sont pas interdites tout comme les HPH. Une autre personne a demandé si l’interdiction des HPH s’étendrait aux produits de santé naturels (PSN).

Deux associations de l’industrie ont exprimé des préoccupations au sujet de l’interdiction en question et ont réclamé que soit envisagée l’acceptation de la présence dans les aliments d’une quantité minimale d’HPH, que ce soit dans un but fonctionnel particulier ou éventuellement, de manière fortuite. L’une de ces associations a avancé de plus qu’elle ne s’attendait pas à ce que l’usage limité des HPH à des fins fonctionnelles particulières ait une incidence sur la santé publique, puisqu’en ces faibles teneurs, elle ne contribuerait pas de manière appréciable à la consommation totale de gras trans. En se fondant sur ces points, il a été suggéré que les HPH et des limites de tolérance qui s’y rattachent soient ajoutées à la partie 2 plutôt qu’à la partie 1 de la Liste.

Réponse de Santé Canada

Santé Canada poursuit sa démarche visant à interdire les HPH, puisqu’aucune donnée n’a été présentée à l’appui d’un autre plan d’action pour réaliser l’objectif de santé publique qui consiste à réduire l’apport en gras trans chez la vaste majorité de la population canadienne de sorte qu’il atteigne moins de 1 % de l’apport énergétique total. Interdire le recours aux HPH assurerait la quasi-élimination des gras trans de production industrielle de tous les aliments, rendant ainsi l’objectif atteignable. En outre, non seulement l’objectif serait-il atteint, mais aussi maintenu, puisque l’interdiction ferait obstacle à tout retour à l’utilisation des HPH.

L’interdiction s’appliquera à tous les aliments vendus au Canada, y compris aux aliments importés et aux aliments préparés et vendus dans les établissements de services alimentaires. Elle ne s’appliquera pas aux HEH, puisque leur teneur en gras trans est semblable à celle des huiles végétales raffinées (Dhaygude et coll., 2017; Farfán et coll., 2015; Tarrago-Trani et coll., 2006; Mjos et Pettersen, 2003; Petrauskaite et coll., 1998). En ce qui concerne les PSN, comme indiqué dans la section du présent avis portant sur les inclusions et les exclusions, l’interdiction vise les HPH utilisées dans les aliments seulement et non celles qui le sont dans les PSN et les médicaments.

En ce qui concerne l’utilisation de faibles teneurs d’HPH à des fins fonctionnelles particulières, aucune donnée n’a été soumise à Santé Canada soutenant cette demande. Qui plus est, rien ne soutient l’hypothèse selon laquelle l’utilisation des HPH à ces fins n’aurait pas d’incidence sur la santé publique. Si l’industrie alimentaire souhaite utiliser de faibles quantités d’HPH dans les aliments, elle est invitée à présenter aux fins d’un examen par Santé Canada des données probantes suffisantes en démontrant l’innocuité.

En ce qui a trait à la présence fortuite d’HPH dans les aliments, aucune preuve n’a été présentée au soutien de l’existence effective d’un tel risque éventuel.

2. Points de vue sur les définitions proposées

La définition des HPH a remporté un appui général. La liste des inclusions et des exclusions a été jugée utile pour identifier les HPH sans équivoque. L’inclusion d’une définition des huiles entièrement hydrogénées (HEH) a aussi reçu du soutien.

3. Points de vue sur la période de transition proposée

La plupart des répondantes et des répondants qui ont formulé des commentaires sur la période de transition proposée de 12 mois s’y sont montrés favorables. De fait, l’un des plus grands fabricants d’aliments du Canada a affirmé que les 12 mois suffiraient à l’industrie alimentaire pour trouver des solutions de rechange convenables aux HPH. Au contraire, un organisme gouvernemental et deux associations de l’industrie ont jugé cette période insuffisante, et  ces dernières ont réclamé une période de transition minimale de cinq ans. De leur point de vue, plus de temps est nécessaire pour évaluer les solutions de rechange aux HPH, développer et mettre à l’essai les produits ainsi que trouver les sources d’approvisionnement. Une association de l’industrie a avancé que vraisemblablement, l’utilisation d’une faible quantité d’HPH resterait permise aux États-Unis et que plus d’investissement dans la recherche de solutions de rechange aux HPH pour le Canada seulement serait difficile à obtenir.

Réponse de Santé Canada

Aucune nouvelle donnée n’a été présentée à Santé Canada à l’appui de la nécessité d’une prolongation de la période de transition. La rétroaction de l’un des plus importants fabricants d’aliments au Canada soutient la période de 12 mois, tout comme l’appuient les résultats de l’appel de données sur les HPH lancé par Santé Canada en 2016. Sept fabricants, deux transformateurs d’huiles et de graisses, un restaurant, deux associations de l’industrie et une partie prenante du milieu universitaire ont répondu à cet appel de données. La majorité des répondantes et des répondants ont indiqué avoir déjà éliminé les HPH ou être en train de le faire dans le cadre de leur plan d’activités courant.

L’instauration d’une période de transition de 12 mois après la publication de l’Avis de modification s’apparente étroitement aux échéanciers de la FDA des É.-U. pour la révocation de la reconnaissance GRAS (substance généralement reconnue inoffensive) des HPH. Actuellement, la question de savoir si la FDA des É.-U. permettra l’utilisation limitée d’HPH reste à trancher. Comme souligné auparavant, si l’industrie alimentaire souhaite recourir aux HPH en faibles teneurs à des fins fonctionnelles particulières, la responsabilité lui incombe de présenter à Santé Canada des données probantes suffisantes en matière d’innocuité.

4. Autres commentaires

4.1 Surveillance continue des gras trans

Un organisme gouvernemental et deux organisations professionnelles de la santé ont souligné l’importance de maintenir une surveillance régulière des gras trans malgré l’interdiction des HPH. Ils ont recommandé que la surveillance de l’exposition aux gras trans par les HPH comprenne la production de données sur leur présence dans les tissus des consommatrices et des consommateurs, par exemple dans le sang (pour surveiller l’exposition) et les aliments (pour surveiller l’approvisionnement alimentaire) dans le but de renforcer la confiance de la population canadienne envers l’approvisionnement alimentaire.

Réponse de Santé Canada

À l’heure actuelle, Santé Canada n’a pas l’intention de surveiller la présence de gras trans dans l’approvisionnement alimentaire. Le Ministère se concentrera plutôt sur l’exposition aux gras trans chez la population canadienne au moyen de mesures dans les globules rouges. Les données issues des cycles 3 et 4 de l’Enquête canadienne sur les mesures de la santé (ECMS) recueillies en 2012-2013, puis en 2014-2015, tiendront lieu de mesures de référence (c.-à-d., préalables à l’interdiction). Une fois l’interdiction des HPH en vigueur, cette analyse sera reprise (c.-à-d., au moyen de données issues des cycles à venir de l’ECMS) afin d’évaluer les changements au fil du temps.

Il convient de noter que les produits qui suscitent des préoccupations en matière de respect de l’interdiction une fois mise en œuvre peuvent être signalés à l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA). Plus de renseignements sur le signalement de problèmes d’étiquetage ou de salubrité sont publiés sur le site Web de l’Agence.

4.2 Solutions de rechange aux HPH

Le fait que les HPH peuvent être remplacées par des substances malsaines (p. ex., des gras saturés) à propos desquelles les données scientifiques manquent (p. ex., les graisses interestérifiées) et/ou qui peuvent ne pas être durables sur le plan de l’environnement (p. ex., l’huile de palme) constitue une préoccupation évoquée de manière récurrente chez à peu près toutes les catégories de répondantes et de répondants.

Réponse de Santé Canada

Santé Canada recommande fortement que dans toute la mesure du possible, les HPH soient remplacées par des solutions de rechange faibles en gras saturés, par exemple par des huiles à teneur élevée en acide oléique/monoinsaturées plutôt que par des mélanges de graisses ou des graisses interestérifiées à haute teneur en gras saturés. Modifier la composition des produits de manière à en retirer les HPH améliorera la qualité nutritionnelle de l’approvisionnement alimentaire, l’une des initiatives de premier plan dans le cadre de la Stratégie en matière de saine alimentation. Des recommandations alimentaires ainsi que l’étiquetage proposé sur le devant de l’emballage des aliments à teneur élevée en graisses saturées viendront compléter cette démarche en favorisant la consommation d’aliments faibles en graisses saturées. Dans certains cas, ces initiatives pourraient tenir lieu de mesures dissuadant de remplacer les HPH par des graisses saturées.

Santé Canada est conscient du fait que dans certains aliments, il est difficile de remplacer les HPH par des huiles riches en graisses insaturées, puisque ces dernières risquent de ne pas exercer les propriétés fonctionnelles recherchées. Comme indiqué dans l’Avis de proposition publié en avril 2017, le remplacement des HPH par des solutions de rechange malsaines, par exemple des huiles à teneur élevée en gras saturés plutôt que des huiles insaturées, n’est pas la solution privilégiée. Il n’en demeure pas moins que les effets globaux des graisses saturées sur la santé cardiovasculaire sont moins nocifs que ceux des gras trans (Brouwer, 2016; Wang et coll., 2016; de Souza et coll., 2015; Mozaffarian et Clarke, 2009). Ainsi, on s’attend à ce que le remplacement des HPH par des huiles à teneur élevée en graisses polyinsaturées et en graisses monoinsaturées, ainsi qu’en graisses saturées (bien que non idéal), aura des effets favorables sur la santé publique.

Il y a maintenant plusieurs décennies que l’industrie alimentaire utilise les graisses interestérifiées pour remplacer les HPH. Actuellement, leurs effets sur la santé ne sont pas clairs, d’une part à cause de leur composition hétérogène et d’autre part, en raison des difficultés rencontrées quand il s’agit d’en mesurer l’apport (Mensink et coll., 2016). La recherche suit son cours à ce sujet, et Santé Canada maintiendra une surveillance de cette question.

Comme préalablement signalé, la plupart des modifications à la composition des produits ont déjà été apportées au cours des récentes années. Par conséquent, une fois l’interdiction des HPH en vigueur, seule une augmentation résiduelle mineure des apports en graisses saturées et interestérifiées se produirait, et ce, même si ces graisses entraient désormais dans la composition de tous les produits restants. Bien qu’aucune donnée présentée n’ait donné à penser que l’interdiction des HPH allait faire en sorte que l’industrie choisisse des solutions non durables sur le plan de l’environnement, Santé Canada encourage cette dernière à opter dans toute la mesure du possible pour des substituts de source durable.

Enfin, Santé Canada a été informé du fait que certains gouvernements provinciaux offrent des ressources et un soutien additionnels à l’industrie quand il s’agit de remplacer les HPH. En effet, en réponse à l’Avis de proposition d’avril 2017, l’un des ministères provinciaux de l’Agriculture a annoncé la mise sur pied d’un programme d’aide financière à l’appui de la détermination de solutions de remplacement plus saines aux HPH à l’intention de l’industrie alimentaire.

4.3 Étiquetage des gras trans

Vu l’interdiction des HPH, deux associations de l’industrie, une organisation professionnelle de la santé et un organisme non gouvernemental ont demandé que Santé Canada réexamine la question de la déclaration obligatoire des gras trans dans le tableau de la valeur nutritive (TVN). Une fois les HPH bannies de l’approvisionnement alimentaire, la viande de ruminants et les produits laitiers constitueront les principales sources de gras trans. De leur point de vue, maintenir l’étiquetage obligatoire des gras trans risque d’instiller un sentiment infondé de risque chez les consommatrices et les consommateurs, alors qu’au contraire des gras trans industriels, les gras trans provenant des ruminants, en se fondant sur les quantités habituellement consommées, n’ont pas d’effets nocifs pour la santé.

Réponse de Santé Canada

Une fois les HPH interdites, bon nombre d’aliments contiendront toujours des gras trans, puisqu’ils se trouvent naturellement dans les produits issus des ruminants. À ce point-là, Santé Canada continuera à exiger la déclaration des gras trans dans le TVN. Cette décision est basée sur les connaissances scientifiques actuelles, lesquelles ne permettent pas de tirer des conclusions définitives quant aux effets relatifs des gras trans issus des ruminants par rapport à ceux des gras trans de production industrielle sur les lipides sanguins et le risque de coronaropathie. De plus, le maintien de la teneur en gras trans dans le TVN s’harmonise avec l’étiquette de la valeur nutritive exigée par la FDA des É.-U.

Afin de confirmer que l’étiquetage des gras trans soutient toujours les consommatrices et les consommateurs au moment de faire des choix alimentaires plus sains, Santé Canada prévoit de réévaluer cette position en fonction des nouvelles données probantes éventuelles.

Considérations internationales

À l’échelle internationale, la décision de Santé Canada concorde avec les efforts mondiaux déployés pour éliminer les HPH dans les aliments. De fait, l’OMS a réclamé l’élimination des gras trans de production industrielle de l’approvisionnement alimentaire mondial en réponse à l’augmentation de la prévalence des maladies non transmissibles. En juin 2015, la FDA des É.-U. a rendu une décision définitive (final determination) déterminant que les HPH ne sont plus jugées généralement sans danger (generally recognized as safe ou GRAS) en raison des risques que comporte la consommation de gras trans. D’ici le 18 juin 2018, les fabricants devront avoir modifié la composition de leurs produits pour en éliminer les HPH.

Mise en œuvre et application

Mise en œuvre

L’interdiction prendra effet le jour auquel les HPH sont ajoutées à la Partie 1 de la Liste. Santé Canada modifiera la Liste 12 mois suivant la date de publication de cet Avis.

Application

L’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) est responsable de l’application des dispositions relatives aux aliments de la Loi sur les aliments et drogues et de ses règlements afférents. L'ACIA vérifiera que l'industrie a mis en place des mesures appropriées pour satisfaire aux exigences réglementaires par le biais d'activités de surveillance telles que les inspections, les vérifications et / ou l'échantillonnage.

Coordonnées

Pour obtenir plus de renseignements ou soumettre des commentaires au sujet de cet Avis, veuillez-vous adresser au :

Bureau des sciences de la nutrition, Direction des aliments
Direction générale des produits de santé et des aliments, Santé Canada
251, promenade Sir-Frederick-Banting
Pré Tunney, IA : 2203E
Ottawa (Ontario) K1A 0L2

Courriel : BNS-BSN@hc-sc.gc.ca
Télécopieur : 613-941-6636

Les personnes communiquant par courrier électronique ou télécopieur sont priées d’inscrire les mots « HPH ADM » dans le champ d’objet du message.

Références

  • Ackman, R. G. et T. K. Mag. « Trans fatty acids and the potential for less in technical products », 1998, dans Trans Fatty Acids in Human Nutrition, Eds. Sébédio JL and Christie WW, Dundee, R.U. , The Oily Press, p. 35-56.
  • Brouwer, I. A. « Effect of trans-fatty acid intake on blood lipids and lipoproteins: a systematic review and meta-regression analysis », Genève, Organisation mondiale de la Santé, 2016, disponible au : http://apps.who.int/iris/bitstream/10665/246109/1/9789241510608-eng.pdf, consulté le 24 juillet 2017.
  • de Souza, R. J., A. Mente, A. Maroleanu, A. I. Cozma, V. Ha, T. Kishibe, E. Uleryk, P. Budylowski, H. Schünemann, J. Beyene et S. S. Anand. « Intake of saturated and trans unsaturated fatty acids and risk of all cause mortality, cardiovascular disease, and type 2 diabetes: systematic review and meta-analysis of observational studies », 2015, BMJ, 351:h3978.
  • Dhaygude, V., A. SoÓs et L. SOMOGYI. « Solidification of the blends of fully hydrogenated coconut oil and non-hydrogenated coconut oil », 2017, Periodica Polytechnica Chemical Engineering, paper 9638, disponible au : https://doi.org/10.3311/PPch.9638.
  • Farfán, M, A. Álvarez, A. Gárate et P. Bouchon. « Comparison of Chemical and Enzymatic Interesterification of Fully Hydrogenated Soybean Oil and Walnut Oil to Produce a Fat Base with Adequate Nutritional and Physical Characteristics », 2015, Food technology and biotechnology, vol. 53, no3, p.361-366.
  • Krenosky, S., M. L’Abbe, N. Lee, L. Underhill, M. Vigneault, S. Godefroy et N. Ratnayake. « Risk Assessment of Exposure to Trans Fat in Canada », 2012, International Food Risk Analysis Journal, vol. 2, p. 1-15.
  • Mensink, R. P.,T. A. Sanders , D. J. Baer, K. C. Hayes ,P. N. Howles et A. Marangoni. « The Increasing Use of Interesterified Lipids in the Food Supply and Their Effects on Health Parameters », 2016, Advances in nutrition, vol. 7, no4, p.719-29.
  • Mozaffarian, D. et R. Clarke R. « Quantitative effects on cardiovascular risk factors and coronary heart disease risk of replacing partially hydrogenated vegetable oils with other fats and oils », 2009, European journal of clinical nutrition, vol. 63, suppl. 2, p. S22-33.
  • Mjos, S. A. et J. Pettersen J. « A rapid method for the analysis of hydrogenated fats by GC with IR detection », 2003, Journal of the American Oil Chemists' Society, vol. 80, p. 839-846.
  • Petrauskaite, V., W. De Greyt, M. Kellens, et A. Huyghebaert.« Physical and chemical properties of trans-free fats produced by chemical interesterification of vegetable oil blends », 1998, Journal of the American Oil Chemists' Society, vol. 75, no 4, p. 489–493.
  • Tarrago-Trani, M. T., K. M. Phillips, L. E. Lemar et J. M. Holden. « New and existing oils and fats used in products with reduced trans-fatty acid content », 2006, Journal of the American Dietetic Association, vol. 106, no 6, p. 867-80.
  • Wang, D., Y. Li, S. Chiuve, M. Stampfer, J. Manson, E. Rimm, W. Willet et F. Hu. « Association of specific dietary fats with total and cause-specific mortality », 2016, Journal of the American Medical Association Internal Medicine, vol 176, n 8, p. 1134-1145.
Signaler un problème ou une erreur sur cette page
Veuillez cocher toutes les réponses pertinentes :

Merci de votre aide!

Vous ne recevrez pas de réponse. Pour toute question, contactez-nous.

Date de modification :