ARCHIVÉ - Maladies chroniques au Canada

 

Volume 29 · Supplément 1 · 2010

Le cancer et l’environnement : dix questions d’intérêt dans le domaine de l’épidémiologie environnementale du cancer au Canada

Shirley A. Huchcroft, Yang Mao et Robert Semenciw, Rédacteurs

Remerciements

Une œuvre de telle envergure nécessite l’apport de nombreuses personnes, qui méritent toutes des remerciements spéciaux. Wendy Thompson, Brenda Branchard et Grace Alessi ont contribué à la rédaction du chapitre sur les pesticides. Colin L. Soskolne, Steve E. Hrudey, Tee L. Guidotti, Shirley M. Fincham et Kay E. Teschke ont préparé l’analyse bibliographique qui faisait partie d’une demande de subvention sur laquelle repose en grande partie le chapitre sur l’industrie des pâtes et papier. L’aide apportée par Stephen Gabos et Agneta Hollander à la préparation de cette même demande de subvention est vivement appréciée. Urmil (Kitty) Chugh a préparé l’ébauche initiale du glossaire, Judith Hall a procuré des conseils sur les composés en chimie organique, et Kevin Hall a agi à titre de consultant en matière de terminologie en géologie, et nous leur sommes très reconnaissants pour les efforts soutenus qu’ils ont consacrés à cette tâche.

Nous sommes très reconnaissants aux traducteurs de la version française (Service Médecine et Technologies, Bureau de la traduction, TPSGC), ainsi qu’aux réviseurs de cette version, Ulrick Auguste, Susan Cook, Marie DesMeules, Claudia Lagacé, Patrick Levallois, Pierre Philippe, Marie-Claude Rousseau et Anne-Marie Ugnat. Nous apprécions aussi vivement l’examen du contenu effectué par les membres de la Direction générale de la santé environnementale et de la sécurité des consommateurs de Santé Canada et par Paul Villeneuve, du Département des sciences de la santé publique de l’Université de Toronto. Enfin, nous tenons à remercier les membres du personnel de la Commission canadienne de la sûreté nucléaire qui ont revu les sections traitant des rayonnements.

Sue Price a formaté les premières versions du document et a fait de nombreuses vérifications en cours de route, James Hutchenreuther et Urmil Chugh ont participé à la numérotation des références et Robert Semenciw a passé en revue plusieurs ébauches avec patience et grande attention aux détails. Mary Hodges s’est chargée de la plus grosse partie du formatage et de la préparation du document final.

En ce qui a trait à certains chapitres, Mme Kay Teschke a formulé des commentaires précieux sur une version antérieure du chapitre sur les pâtes et papiers.

Résumé

Le présent supplément de Maladies chroniques au Canada constitue une compilation d’analyses documentaires réalisées par divers experts scientifiques. Sa rédaction a été amorcée dans la foulée du Plan vert, que le gouvernement fédéral a adopté dans les années 90 en guise de programme environnemental. Faisant écho aux préoccupations des Canadiens vis-à-vis de l’environnement et aux liens qui existent entre celui-ci et leur santé, nous avons rédigé le présent document pour analyser certaines préoccupations liées au cancer en passant en revue et en résumant des publications épidémiologiques sur dix types d’exposition environnementale et en dégageant les besoins futurs en matière de recherche. Il sera question de l’exposition à trois types de rayonnement (rayonnement ultraviolet, radon et champs électromagnétiques à la fréquence du réseau électrique), à trois classes de produits chimiques (organochlorés, sous-produits de la désinfection et pesticides), à deux types de pollution de l’air (fumée de tabac ambiante, pollution de l’air extérieur) et à deux sources industrielles de pollution (pâtes et papiers, extraction et transformation des métaux).

Le présent document constitue une source d’information à l’intention des chercheurs qui s’intéressent à l’épidémiologie des cancers liés à l’environnement et vise à faciliter la formulation de priorités de recherche. Les dix sujets passés en revue ont été choisis parce que des préoccupations ont été exprimées à leur endroit ou parce qu’ils sont liés à des agents dont on sait qu’ils sont cancérogènes pour l’animal. L’élimination complète de toute forme d’exposition à des agents cancérogènes dans l’environnement, que ces agents soient synthétiques ou naturels, est impossible si un cancer peut survenir à n’importe quel degré d’exposition (c.-à-d. le principe de la relation linéaire sans seuil). Par conséquent, il est important de se doter d’un concept opérationnel de sécurité qui soit plus réaliste que celui du « risque nul ». Une telle approche se fonde sur le concept de risque acceptable ou essentiellement négligeable pour déterminer le degré d’exposition à partir duquel il faut réglementer les agents cancérogènes1a. On a défini la notion de risque acceptable comme un risque « si faible, dont les conséquences sont si minimes ou qui procurerait des avantages (perçus ou réels) si importants, que des personnes ou des groupes sont prêts à le prendre ou à s’y exposer » . Le niveau de risque pour lequel des mesures d’atténuation sont recommandées variera seront « l’agent ou le procédé réglementé, les coûts et les avantages économiques et sociaux et les facteurs technologiques »1b-3.

Conformément au système utilisé par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) pour évaluer la solidité des preuves relatives à la cancérogénicité pour l’humain4a, on peut regrouper les dix types d’exposition dont il est question dans le présent document en trois grandes catégories; certains de ces types d’exposition peuvent figurer dans plus d’une catégorie, et la première catégorie – cancérogènes humains – peut être sous-divisée. L’on trouvera ces catégories dans les tableaux 1 à 4. Pour de nombreuses expositions dont il est question dans le présent document, il faut améliorer la méthodologie des travaux de recherche étiologique en cours, notamment en ce qui concerne l’évaluation des expositions.

I Cancérogènes humains

a) Types d’exposition associés à un nombre attribuable estimatif inquiétant de cas de cancer

Les données épidémiologiques sont suffisantes pour que l’on puisse conclure que le rayonnement ultraviolet, la fumée de tabac ambiante et le radon sont cancérogènes pour l’humain et pour que l’on puisse estimer le nombre de cas de cancer et de décès par cancer associés à une exposition normale à ces agents (tableau 1).

Tableau 1
Nombre annuel estimatif de cas de cancer et de décès attribuables à des agents cancérogènes présents dans l’environnement et auxquels les Canadiens sont couramment exposés
Type d’exposition Cancers les plus probables Nombre annuel estimatifa Remarque
cas décès
Rayonnement ultraviolet Peau et lèvre 70 000b 450 Le rayonnement ultraviolet du soleil est le principal facteur de risque environnemental de cancer de la peau et de cancer de la lèvre. Le phénotype et divers facteurs d’exposition, comme l’âge, l’intensité et la durée de l’exposition, ont une incidence sur le degré de risque.
Fumée de tabac ambiante Poumon 280c 252 La fumée de tabac ambiante est considérée comme l’une des causes du cancer du poumon. Les nombres estimatifs de cas et de décès sont ceux des Canadiens non fumeurs exposés à de la fumée secondaire.
Radon Poumon 1 589 1 430c Le radon est l’une des causes du cancer du poumon.

a Sauf avis contraire, les données proviennent des chapitres portant sur le type d’exposition en cause.

b Estimation correspondant à environ 90 % des cas estimatifs de cancer de la peau et de cancer de la lèvre5c.

c Estimation correspondant à un taux de létalité de 90 %5d.

Rayonnement ultraviolet

Chaque année, environ 69 000 Canadiens reçoivent un diagnostic de cancer de la peau autre que le mélanome, ce qui en fait le cancer le plus fréquent, et environ 350 Canadiens reçoivent un diagnostic de cancer de la lèvre5a. Parmi les nouveaux cas de cancer de la peau, environ 94 % sont des cas d’épithéliome basocellulaire ou spinocellulaire, et 6 %, des cas de mélanome malin. L’exposition au rayonnement ultraviolet du soleil est vraisemblablement responsable de plus de 90 % des cas de cancer de la peau au Canada et de plus de la moitié des cas de cancer de la lèvre6,7. Au Canada, on compte chaque année environ 4 600 cas de mélanome malin, la plus grave des formes de cancer de la peau, et environ 900 décès attribuables à ce cancer5b. Les décès attribuables aux cancers de la peau autres que le mélanome et au cancer de la lèvre sont rares. On estime qu’on pourrait prévenir, annuellement, environ 450 décès par cancer liés à une exposition au rayonnement ultraviolet (la moitié des décès liés à une exposition au rayonnement ultraviolet) en diminuant la durée des expositions au soleil.

Fumée de tabac ambiante

La fumée de tabac est la principale source de pollution de l’air intérieur. Selon des travaux récents, environ 250 Canadiens non fumeurs meurent chaque année des suites d’un cancer du poumon lié à une exposition prolongée à la fumée secondaire8. Selon une méta-analyse récente (c.-à-d. une synthèse systématique d’études), le risque de cancer du poumon chez les non-fumeuses serait supérieur d’environ 24 % chez celles qui vivent avec un fumeur par rapport à celles qui ne vivent pas avec un fumeur, et supérieur d’environ 39 % chez celles qui sont exposées à de la fumée de tabac ambiante au travail. Vu le nombre important de Canadiens qui n’ont jamais fumé mais qui ont été exposés régulièrement et pendant plusieurs années à de la fumée secondaire pendant leur enfance, à la fumée de leur conjoint(e) et/ou à celle de collègues de travail, le risque associé à l’exposition a d’importantes répercussions sur le plan de la santé publique.

Radon

Le rayonnement émis par les produits de désintégration du radon est cancérogène pour l’humain9. Les données de cancérogénicité du radon proviennent dans une large mesure d’études menées auprès de mineurs exposés à de fortes concentrations de radon; on a cependant noté que même les faibles niveaux auxquels bien des Canadiens sont régulièrement exposés pouvaient accroître le risque de cancer du poumon. Au Canada, on estime que le radon est responsable de plus de 1 500 cas de cancer du poumon par année (environ 8 % des cas de cancer du poumon)10. Un certain nombre de techniques sont disponibles, pour les propriétaires désireux de réduire les concentrations de radon dans leur maison.

b) Niveaux d’exposition entraînant de faibles augmentations du risque de cancer

Les données accumulées sur trois types d’exposition – l’exposition à certains insecticides organochlorés, à la pollution atmosphérique et à certains composés du nickel – donnent à penser que les niveaux auxquels les Canadiens sont normalement exposés entraînent une légère augmentation du risque de cancer (tableau 2). Pour estimer le nombre de cas de cancer pouvant être attribués à un type d’exposition donné, il faut connaître la fréquence de l’exposition et l’ampleur du risque. Or, on ne dispose que de peu de données sur la fréquence de l’exposition de la population canadienne à ces agents. De plus, dans bien des cas, les données sur la cancérogénicité de ces agents proviennent d’études portant sur des expositions professionnelles, dans lesquelles le degré d’exposition est de beaucoup supérieur aux niveaux auxquels est exposée la population générale. Comme la nature des relations dose-réponse n’est pas claire à faible dose, on ne peut tenter de quantifier le fardeau du cancer dans la population canadienne à partir des données sur ces types d’exposition. Il est, par ailleurs, difficile de tenir compte des facteurs de confusion potentiels.

Tableau 2
Niveaux d’exposition entraînant de faibles augmentations du risque de cancer dans la population canadienne
Type d’exposition Cancers les plus probables Remarque
Insecticides organochlorés Sarcome, lymphome, leucémie Bon nombre des insecticides organochlorés que l’on utilisait au Canada sont maintenant considérés comme des agents cancérogènes connus ou possibles pour l’animal. Les indications épidémiologiques limitées concernant un certain nombre de ces insecticides appuient généralement les indications toxicologiques d’une association avec le cancer.
Pollution atmosphérique Poumon L’exposition à de l’air fortement pollué est associée à un risque légèrement accru de cancer du poumon. De façon générale, au Canada, l’air n’est pas suffisamment pollué pour représenter un risque notable de cancer.
Extraction et transformation du nickel Voies respiratoires Les risques sont principalement liés aux fortes expositions aux composés du nickel que l’on pouvait trouver dans certains milieux de travail dans le passé. Pour la population générale, le risque que représentent les infimes concentrations atmosphériques de ces composés est négligeable.

Insecticides organochlorés

Les données épidémiologiques limitées sur un certain nombre d’insecticides organochlorés et divers types de cancers corroborent généralement les données toxicologiques indiquant l’existence d’une association entre ces produits et le cancer. C’est notamment pour ces raisons que les insecticides organochlorés ont été retirés du marché canadien, à l’exception du lindane, dont l’utilisation est toujours permise comme produit pharmaceutique pour traiter les infestations de poux de tête.

Pollution atmosphérique

Parmi les polluants atmosphériques les plus étudiés au Canada, on compte les particules, l’ozone troposphérique, le monoxyde de carbone, le dioxyde de soufre et les oxydes d’azote. Ces substances sont les principaux polluants précurseurs qui mènent à la formation du smog et des pluies acides2. Certaines particules sont suffisamment petites pour être inhalées et se déposer dans les poumons. Selon certaines études, l’exposition fréquente aux particules est associée, à long terme, à une augmentation du risque de cancer du poumon11. Dans les pays occidentaux industrialisés qui ont réglementé les émissions de polluants, la pollution atmosphérique n’est associée qu’à un faible risque de cancer; toutefois, la réalisation d’autres travaux de recherche demeure une priorité, pour mieux tenir compte de la confusion résiduelle associée au tabagisme (actif ou passif) et mieux définir les types d’exposition à la pollution atmosphérique.

Extraction et transformation du nickel

Le CIRC a conclu que l’on disposait d’indications suffisantes quant à la cancérogénicité pour l’humain du sulfate de nickel et des oxydes et sulfures de nickel formés lors du raffinage de ce métal et que l’on disposait également d’indications suffisantes de cancérogénicité chez les animaux de laboratoire pour conclure que le nickel métallique pourrait être cancérogène pour l’humain12. Certaines études menées auprès de travailleurs de l’industrie du nickel pendant la première moitié du XXe siècle ont révélé une fréquence plus élevée que prévue de certains types de cancer des voies respiratoires. On a depuis lors abaissé les concentrations auxquelles sont exposés les travailleurs à un point où le risque de cancer devient faible ou indétectable dans la majeure partie des secteurs de l’industrie du nickel. Pour la population générale, le risque associé à l’exposition à d’infimes concentrations atmosphériques de composés du nickel est négligeable.

II Types d’exposition pour lesquels les indications épidémiologiques de cancérogénicité pour l’humain sont limitées

Selon le système de classification du CIRC, une indication limitée de cancérogénicité pour l’humain signifie que l’on a observé une association positive entre un type d’exposition et des cas de cancer et que l’existence d’un lien de causalité est vraisemblable, mais que l’on ne peut exclure avec suffisamment de certitude la possibilité d’un quelconque effet de hasard, de biais ou de confusion4b. On dispose d’indications limitées dans le cas de trois des dix types d’exposition passés en revue dans le présent document (tableau 3).

Tableau 3
Types d’exposition pour lesquels les indications épidémiologiques de cancérogénicité pour l’humain sont limitées
Type d’exposition Cancers les plus probables Remarque
Dioxines Sarcome des tissus mous, lymphome non hodgkinien, maladie de Hodgkin Dans le cas de certains groupes d’organochlorés, les indications épidémiologiques de l’existence d’une association avec certains types de cancer sont suffisantes pour qu’on les considère préoccupantes, comme dans le cas des dioxines et du sarcome des tissus mous, du lymphome non hodgkinien et de la maladie de Hodgkin. Les études toxicologiques ont montré que la 2,3,7,8-tétrachloro-dibenzo-para-dioxine (TCDD) est cancérogène.
Champs électromagnétiques Leucémie Selon certaines études, il y aurait un lien entre de fortes expositions à des champs électromagnétiques et la leucémie; cependant, d’autres études n’ont révélé aucune association de ce type. On dispose d’indications insuffisantes quant à l’existence d’une association entre l’exposition domestique à des champs électriques ou magnétiques et un risque accru de cancer chez les adultes. Notamment, les données sont non concluantes en ce qui concerne l’existence d’un lien entre le fait de vivre à proximité d’une source de champs électromagnétiques (p. ex. lignes de transport d’énergie) et l’augmentation du risque de cancer.
Herbicides de type phénoxy Lymphome non hodgkinien et sarcome des tissus mous Les résultats des études épidémiologiques donnent à penser qu’il y aurait une association entre ces types de cancer et l’exposition à ces herbicides; les résultats d’études toxicologiques animales ne mettent toutefois pas en évidence une telle association.

Dioxines

Les dibenzo-para-dioxines polychlorées (PCDD) – une classe de composés organochlorés – peuvent être des sous-produits indésirables de la production de chlorophénols et d’herbicides de type chlorophénoxy, qui contaminent ces produits. La formation de dioxines peut également survenir lors de procédés thermiques, comme l’incinération et la transformation des métaux, et pendant le blanchiment de la pâte à papier à l’aide de chlore libre. On a établi suffisamment de liens entre l’exposition aux dioxines et certains types de cancer, comme le sarcome des tissus mous, le lymphome non hodgkinien et la maladie de Hodgkin, pour justifier la réalisation d’autres travaux de recherche. Cette décision est fondée sur la constance des résultats obtenus dans le cadre de diverses études, sur l’ampleur du risque estimatif et sur l’absence de sources de biais importantes. Les études toxicologiques ont montré que la 2,3,7,8-tétrachlorodibenzo-para-dioxine était cancérogène, mais les autres dioxines ne sont pas classables sur le plan de la cancérogénicité13.

Herbicides de type phénoxy

Les pesticides englobent un grand nombre de classes de produits chimiques ayant une caractéristique commune, soit la capacité de détruire ou autrement contrôler les organismes nuisibles. Nombre d’entre eux sont considérés comme des cancérogènes humains possibles ou probables. Les données toxicologiques ne viennent pas corroborer les études épidémiologiques, qui indiquent que les herbicides de type phénoxy peuvent être associés à des cas de lymphome non hodgkinien et de sarcome des tissus mous. Le CIRC a conclu que l’on disposait d’indications limitées de cancérogénicité pour l’humain des herbicides de type phénoxy en tant que groupe et d’indications insuffisantes quant à leur cancérogénicité pour l’animal14. La position du CIRC est fondée sur la classe de produits chimiques qui englobe l’acide 2,4,5-trichlorophénoxyacétique (2,4,5-T), dont la contamination est plus importante, et « peut ne pas s’appliquer à chacun des produits chimiques de ce groupe ». L’U.S. Environmental Protection Agency (EPA des États-Unis) considère que le 2,4-D n’est pas classable sur le plan de la cancérogénicité pour l’humain15. Cependant, l’EPA des États-Unis et l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire du Canada ont récemment conclu que l’utilisation du 2,4-D à la maison, soit l’un des herbicides phénoxy les plus courants, ne représente pas un risque inacceptable pour la santé humaine.

Champs électromagnétiques

Les champs électriques et magnétiques, deux formes de rayonnement non ionisant, sont omniprésents au Canada. Parmi les sources de tels champs, on compte les appareils électriques, les lignes de transport d’énergie et les appareils électroménagers. Le CIRC considère que les champs magnétiques de fréquence extrêmement basse pourraient être cancérogènes pour l’humain et que les champs électriques de fréquence extrêmement basse ne sont pas classables sur le plan de la cancérogénicité pour l’humain. On dispose d’indications limitées quant à l’existence d’un lien, chez l’humain, entre l’exposition à des champs magnétiques de fréquence extrêmement basse et la leucémie infantile16.

III Types d’exposition pour lesquels les indications épidémiologiques de cancérogénicité pour l’humain sont insuffisantes

Selon le système de classification du CIRC, l’expression « indications épidémiologiques insuffisantes » signifie que les études dont on dispose présentent une qualité, une cohérence ou une puissance insuffisante pour qu’il soit possible de tirer quelque conclusion que ce soit quant à la présence ou à l’absence d’un lien de causalité entre un type d’exposition et le cancer, ou bien que l’on ne dispose d’aucune donnée sur le cancer chez l’humain (tableau 4)4c.

Tableau 4
Types d’exposition pour lesquels les indications épidémiologiques de cancérogénicité pour l’humain sont insuffisantes
Type d’exposition Cancers les plus probables Remarque
Sous-produits de la désinfection Vessie L’ensemble des données, et plus particulièrement les données provenant des études d’exposition les plus détaillées, donne à penser qu’il y aurait une légère augmentation du risque de cancer de la vessie après une exposition de nombreuses années. Cependant, l’ampleur du risque observé dans les études épidémiologiques n’est pas confirmée par les études toxicologiques.
Industrie des pâtes et papiers Divers sièges Plusieurs composés présents dans les effluents des usines où l’on effectue le blanchiment des pâtes sont des mutagènes et ont été caractérisés comme cancérogènes pour les mammifères à la lumière d’études de laboratoire. Les études menées auprès des travailleurs de ces usines et des résidents des collectivités avoisinantes n’ont pas produit de résultats concluants.
Extraction et transformation de l’or et du cuivre Poumon et estomac On a trouvé certaines associations entre les cancers du poumon et de l’estomac et l’extraction de l’or et du cuivre, principalement dans d’anciennes études d’exposition professionnelle menées avant l’adoption de méthodes visant à réduire l’exposition aux poussières. Il est impossible de tirer quelque conclusion que ce soit relativement à l’absence ou à l’existence d’un lien entre le cancer et les expositions se produisant pendant l’extraction et la transformation de l’or et du cuivre.

Sous-produits de la désinfection

Pour prévenir les maladies d’origine hydrique, la plupart des réserves municipales d’eau potable au Canada sont désinfectées au chlore. Lors du processus de désinfection, le chlore réagit avec les matières organiques présentes dans l’eau, ce qui provoque la formation d’un certain nombre de sous-produits, dont les trihalométhanes (THM). Plusieurs études sur l’incidence du cancer dans des populations humaines ont fait état de l’existence d’associations entre une exposition de longue durée à de fortes concentrations de sous-produits de la désinfection et un risque accru de cancer de la vessie, et peut-être de cancer du côlon. Cependant, l’ampleur du risque observé dans les études toxicologiques ne correspond pas à celui observé dans les études épidémiologiques. On peut consulter une récente synthèse des données toxicologiques et épidémiologiques sur le site Web du Programme international sur la sécurité des substances chimiques (PISSC) de l’OMS17. Le CIRC considère que l’eau potable chlorée n’est pas classable sur le plan de la cancérogénicité pour l’humain, car il juge insuffisantes les indications de cancérogénicité pour l’humain et les animaux de laboratoire18.

Pâtes et papiers

Bien que plusieurs composés organiques présents dans les effluents des usines où l’on effectue le blanchiment des pâtes soient des mutagènes et des agents cancérogènes avérés chez les mammifères, les études épidémiologiques menées auprès des travailleurs de ces usines et des résidents des collectivités avoisinantes n’ont pas produit de résultats concluants. Le CIRC considère donc que l’exposition aux substances produites lors de la fabrication de pâtes et papiers n’est pas classable sur le plan de la cancérogénicité pour l’humain19.

Extraction de l’or et du cuivre

Il n’est pas encore possible de tirer des conclusions relativement à l’existence d’un lien entre le cancer et les expositions résultant de l’extraction et de la transformation de l’or et du cuivre.

Considérations d’ordre général

En aucun cas ne faut-il s’attendre à ce qu’une seule étude épidémiologique fournisse une réponse définitive au sujet du potentiel cancérogène d’un type exposition environnementale. Ainsi, malgré le nombre d’études passées en revue (souvent élevé), le besoin d’effectuer d’autres travaux de recherche est un thème récurrent pour la majorité des types d’exposition dont il est question dans le présent document. Cependant, le type de recherche à effectuer varie selon la nature des expositions. Dans le cas du rayonnement ultraviolet et de la fumée de tabac ambiante, il faut mener des recherches sur la diminution du risque ainsi que des recherches étiologiques sur d’autres sièges de cancer. Dans le cas des trois types d’exposition qui entraînent une légère augmentation du risque de cancer aux niveaux auxquels les Canadiens sont normalement exposés (insecticides organochlorés, pollution atmosphérique, exploitation et transformation du nickel), il faut continuer de surveiller les niveaux d’exposition. Dans le cas des types d’exposition dont on ne sait toujours pas s’ils peuvent être cancérogènes pour l’humain, la priorité est à la réalisation de travaux de recherche étiologique. Enfin, il est à noter que pour bon nombre de ces expositions, il est nécessaire d’effectuer des travaux axés sur la mise au point de méthodes qui serviront aux recherches étiologiques futures, en particulier en ce qui concerne l’évaluation de l’exposition.

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