Constat d'état pour les tableaux - Partie II : Méthodes d'examen et liste de contrôle - Notes de l'Institut canadien de conservation (ICC) 10/7

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La Note de l'ICC 10/7 fait partie de la dixième série des Notes de l'ICC (Peintures et sculptures polychromes)

Introduction

Lorsqu'on examine un tableau, il importe d'abord de vérifier s'il y a lacune, écaillage ou soulèvement de la couche picturale. Si on constate qu'il y a un manque d'adhérence entre le support et la couche picturale (par exemple, soulèvements ou écaillage), il est essentiel de placer le tableau horizontalement côté face tourné vers le haut. N'enlever le cadre du tableau que si la couche picturale et la préparation sont stables. En général, au cours des expositions itinérantes, on ne désencadre pas un tableau pour rédiger les rapports d'examens périodiques et les fiches cumulatives.

Au moment de désencadrer ou de faire l'examen, on place le tableau sur une table de travail propre et non encombrée. On recouvre la surface de la table d'une matelassure (par exemple, du feutre épais recouvert d'une pellicule de polyester transparente [Mylar] ou de tout autre pellicule de plastique non rugueuse). On évite ainsi l'usure des surfaces fragiles du tableau et du cadre pendant qu'on examine la face et le revers.

Il est important de travailler sur une surface lisse. Le aspérités d'un tableau ou d'un cadre placé directement sur un feutre ou un tissu pourraient s'accrocher dans les fibres et être arrachées lorsqu'on déplace ou retourne la peinture ou le cadre. Plutôt qu'une surface matelassée, on peut aussi utiliser des blocs matelassés ( 10/2 des Notes de l'ICC, Fabrication de blocs matelassés) pour soutenir les coins du cadre ou du tableau.

Matériel pour l'examen

Le matériel nécessaire à l'examen détaillé d'un tableau et à la rédaction du constat d'état se compose des articles suivants :

  • un lampe photographique à faisceau large équipée d'une ampoule de 100 watts;
  • quatre blocs matelassés;
  • un ruban à mesurer en toile;
  • une loupe à main ou une loupe serre-tête (par exemple, Optivisor);
  • pinces et tournevis (pour désencadrer), selon les besoins.

Mieux vaut utiliser un crayon pour rédiger le constat plutôt qu'un stylo ou un feutre qui pourrait tacher accidentellement les œuvres.

En général, on doit manipuler les tableaux avec les mains nues, propres et sèches. On porte cependant des gants de coton pour déplacer des cadres dorés ou des tableaux sans cadre laissant la toile à nu. Si les gants de coton risquent de s'accrocher dans les aspérités, porter des gants de plastique.

Techniques d'éclairage pour l'examen des tableaux

L'éclairage en lumière normale, rasante ou transmise permet de voir différents aspects de l'état d'un tableau. Pour chacune des trois techniques d'éclairage, on peut utiliser une ou plusieurs lampes portatives à faisceau large, munie d'ampoules de 100 watts.

Règle générale, les ampoules de 100 watts fournissent un éclairement adéquat et sont préférables à des lumières plus fortes qui risquent de trop chauffer le tableau. Même si on utilise des ampoules ordinaires de 100 watts, on doit veiller à ne pas surchauffer la surface que l'on est en train d'examiner. Comme la chaleur radiante ne réchauffe pas forcément l'air entre la lampe et le tableau, on doit vérifier périodiquement la température de la surface que l'on examine. Si, en touchant délicatement la peinture, on sent que la surface est chaude, c'est que la lampe est trop près du tableau.

L'utilisation d'une lampe à tube fluorescent ou d'une lampe dichroïque à faisceau large permet d'éviter de surchauffer la peinture.

L'éclairage en lumière normale ou incidente permet de déterminer l'état général d'une oeuvre et, en particulier, de déterminer si la surface du tableau est encrassée, si le vernis a jauni et si la couche picturale présente des craquelures ou des soulèvements.

L'éclairage en lumière rasante est obtenu en plaçant la source lumineuse d'un côté du tableau, de façon que le faisceau lumineux frappe la toile à un angle très aigu.

Un examen en lumière rasante permet de déceler les déformations de la surface comme les soulèvements de peinture et les ondulations de la toile. On peut ajuster l'angle d'éclairement de façon à faire ressortir le plus possible les irrégularités. En principe, pour ce genre d'examen, le tableau est placé à la verticale. Toutefois, si l'on constate que par endroits il y a risque de perte de matière picturale, on peut aussi effectuer l'examen en plaçant le tableau à plat.

L'éclairage en lumière transmise est obtenu en plaçant la source lumineuse derrière le tableau.

Cette méthode permet de faire passer la lumière à travers le tableau et de mettre ainsi en évidence les craquelures, les déchirures, les lacunes et les zones de couche picturale très mince.

L'examen à la lumière transmise peut se faire dans une pièce obscure, au moyen d'une seule source lumineuse placée directement derrière le tableau. Le projecteur, muni d'une ampoule de 100 watts, ne doit pas être à moins de 70 cm du tableau. On tient le tableau verticalement dans ses mains ou on le place sur un chevalet. Lorsqu'on a recours à cette méthode, il est extrêmement important d'éviter le réchauffement excessif de la toile. On doit donc vérifier fréquemment la chaleur sur la face et au revers du tableau.

Techniques d'éclairage spéciales

Certains détails d'un tableau (comme les serpents ou le dessin sous-jacent) sont invisibles sous un éclairage normal, mais ils peuvent être révélés au moyen de rayons ultraviolets ou infrarouges. Les restaurateurs ont recours à ces techniques d'éclairage lorsqu'ils ont besoin de renseignements détaillés sur la structure d'un tableau ou sur ses restaurations antérieures.

Liste de contrôle pour les tableaux

La présente liste vise à faciliter l'examen minutieux des tableaux. Il ne s'agit pas d'une liste exhaustive, limitant l'examen aux seuls points mentionnés. Ceux-ci doivent simplement guider l'opération; ils ne sont pas nécessairement applicables à tous les tableaux. La liste ne comprend pas, non plus, toute les structures ni tous les états possibles.

Pour plus de renseignements sur la terminologie des peintures, voir également le Constat d'état pour les tableaux - Partie III : Glossaire (Notes de l'ICC, 10/11).

  1. Identification de l'oeuvre

    Noter les renseignements suivants :

    • numéro d'acquisition
    • artiste, titre, date de l'oeuvre
    • matériau (par exemple huile sur toile, détrempe à l'oeuf sur panneau)
    • dimensions (hauteur puis largeur)
    • signature, date (si elle apparaît sur le tableau) et emplacement (par exemple coin inférieur droit)
    • date de l'examen de l'oeuvre
    • nom de l'examinateur
  2. Couche picturales

    Description des matériaux et de la méthode d'application

    • Quel est le médium utilisé (huile, acrylique, techniques mixtes)?
    • De quelle façon la peinture a-t-elle été appliquée (couche mince ou épaisse)?
    • Y a-t-il des empâtements?
    • Y a-t-il des traces de restaurations antérieures (retouches, surpeints)?

    État de la couche picturale

    • Y a-t-il une bonne adhésion entre les couches, et entre les couches et la préparation?
    • Les craquelures sont-elles généralisées ou localisées?
    • Se limitent-elles aux couches picturales ou traversent-elles aussi la préparation?
    • Les craquelures présentent-elles des bords arrondis ou des arêtes vives?
    • La peinture se détache-t-elle ou se soulève-t-elle à certains endroits?
    • Y a-t-il des lacunes?
    • Les lacunes laissent-elles voir la couche de préparation, le support ou une autre couche de peinture sous-jacente? (Décrire de la façon suivante : lacune laissant voir la préparation ou une couche de couleur sous-jacente, lacune laissant voir la toile, lacune laissant voir le bois, etc.)
    • Les parties du tableau protégées par la feuillure du cadre sont-elles différentes (couleurs plus foncées, plus claires, différentes, etc.)?
    • Y a-t-il eu altération des pigments ou du liant dans la partie non protégée par le cadre (pâlissement, jaunissement)?
  3. Couche protectrice
    • La peinture laisse-t-elle voir une couche protectrice? (Il s'agit habituellement d'un vernis, mais parfois aussi d'une autre matière, par exemple de la cire.)

    Description de la couche protectrice

    • La couche protectrice est-elle appliquée uniformément?
    • Est-elle uniformément brillante sur toute la surface?
    • La couche protectrice est-elle épaisse ou mince?
    • Est-elle transparente, laiteuse, jaunâtre?

    État de la couche protectrice

    • La couche superficielle a-t-elle jauni? Est-elle opacifiée, poudreuse?
    • La couche protectrice est-elle craquelée?
    • La surface est-elle poussiéreuse? sale? entachée?
    • Y a-t-il des taches?
  4. Préparation

    Description des matériaux et de la méthode d'application

    • La préparation est-elle apparente (sur les bords du support, dans la partie peinte)?
    • Quelle en est la couleur? la texture?
    • Quelle est son épaisseur par rapport à celle de la peinture?
    • S'il s'agit d'un support en toile, jusqu'où a-t-on appliqué la préparation (jusqu'au bords de tension, jusqu'à l'extrémité de la toile)?

    État de la préparation

    • La préparation est-elle propre? poussiéreuse? sale? A-t-elle foncé?
    • Est-elle cassante, friable?
    • Est-elle en bon état ou craquelée? Présente-t-elle des déformations en forme de cuvettes?
    • Adhère-t-elle bien au support?
    • Y a-t-il clivage?
    • Y a-t-il des lacunes de la préparation?
  5. Subjectiles

    Les tableaux peuvent être exécutés sur un support souple (par exemple une toile) ou sur un support rigide (par exemple panneau de bois, carton d'artiste, panneau dur). Ces deux types de subjectiles sont traités séparément ci-après tandis que les sections concernant la préparation, la couche picturale et la couche de protection s'appliquent à ces deux sortes de support.

    Se rappeler qu'en cas d'instabilité de la couche picturale, de soulèvement ou d'écaillage, les tableaux ne doivent pas être retournés et doivent demeurer à plat jusqu'à ce qu'ils soient traités.

    Tableaux sur support rigide

    • Quel matériau a-t-on utilisé pour le support (bois, contreplaqué, Masonite, panneau d'aggloméré, carton d'artiste, etc.)?
    • S'il s'agit de carton d'artiste, en préciser la structure (carton entoilé, carton apprêté, carton à dessin, etc.).
    • Décrire, s'il y a lieu, les estampilles ou les étiquettes se trouvant sur le revers.

    État du support rigide

    • Y a-t-il des fentes, des fragments soulevés ou arrachés, des usures?
    • S'il s'agit d'un support en plusieurs sections, les joints sont-ils en bon état? Y a-t-il déjà eu des réparations?
    • Les coins sont-ils usés, délaminés ou déchirés?
    • S'il s'agit d'une toile marouflée, y a-t-il partout une bonne adhérence ou remarque-t-on des décollements à certains endroits?
    • Le support est-il encore plat? A-t-il gauchi ou s'est-il déformé?

    Tableaux sur toile
    Châssis
    Description de la structure du châssis

    • De quel type de châssis s'agit-il (châssis extensible ou non)?
    • Indiquer, si possible, l'essence de bois utilisée (par exemple bois tendre, bois franc, pin, chêne, etc.).
    • Y a-t-il des clés, et combien (par exemple 4 sur 4, 5 sur 8)?
    • De quelle façon les coins sont-ils assemblés (par exemple en onglet, à mi-bois)?
    • Les barres du châssis sont-elles biseautées? (Indiquer si c'est le cas ou non.)
    • De quelle façon la toile est-elle fixée au châssis (par exemple broquettes, agrafes)?
    • S'il y a des étiquettes ou des inscriptions sur les barres du châssis, les décrire.

    État du châssis

    • Les barres du châssis sont-elles droites, solides, gauchies, fendues?
    • Les coins sont-ils en bon état, ouverts fendus?
    • Les clés ont-elles été fixées au châssis?
    • Les agrafes ou les broquettes sont-elles rouillées? En manque-t-il?
    • Le bois est-il poussiéreux? sale?

    Toile

    • Méthode de tissage (armure) et épaisseur de la toile (toile grossière, régulière, lâche).
    • Y a-t-il des coutures? Où se trouvent-elles?
    • Y a-t-il une lisière sur le côté de la toile?
    • Y a-t-il des traces de restaurations antérieures (par exemple rapiècements, toile de doublage)?
    • S'il y a des étiquettes, des estampilles ou des inscriptions sur la toile, noter les renseignements qu'elles fournissent.

    État de la toile

    • La toile est-elle partout bien fixée au châssis?
    • A-t-elle foncé? Est-elle sale, tachée?
    • Les bords de tension de la toile semblent-ils résistants, ou si, au contraire, la toile apparaît fragile et cassante?
    • La toile est-elle trouée ou déchirée? S'il y a des dommages, où se trouvent-ils (au centre, sur l'arête du châssis, sur les bords de tension)?
    • La toile et-elle bien tendue ou relâchée?
    • Y a-t-il des déformations (ondulations, plis, bombements)?
    • Y a-t-il des bosses le long de la barre inférieure du châssis? (Cela pourrait indiquer la présence de clés, de saleté ou de débris entre la toile et la barre du châssis.)
  6. Cadre

    Description de la structure du cadre

    • De quel matériau est fait le cadre (bois, métal)?
    • Quel en est le fini décoratif (doré, peint)?
    • Comporte-t-il une hausse ou une marie-louise? Le tableau est-il sous verre?
    • Y a-t-il un dos protecteur? Si oui, quel en est le matériau?
    • Comment le tableau est-il fixé au cadre?

    État du cadre

    • Le cadre est-il assez solide? La hausse ou la marie-louise sont-elles bien fixées?
    • Les coins sont-ils en bon état? Les joints sont-ils ouverts (à l'avant ou à l'arrière)?
    • Les éléments décoratifs sont-ils en bon état?
    • La feuillure est-elle recouverte de feutrine? Est-elle en bon état?
    • Le tableau est-il convenablement et solidement fixé dans son cadre?
    • Le cadre est-il encrassé (poussière ou suie)?
    • S'il y a des inscriptions ou des étiquettes sur le cadre, noter les renseignements qu'elles fournissent.
    • Y a-t-il un peu de jeu entre le cadre et le tableau, ou le cadre est-il trop serré?

Ouvrages à consulter

  1. Buck, Richard. « Inspecting and Describing the Condition of Art Objects », dans Museum Registration Methods, 3e édition, Dorothy H. Dudley, Irma Bezold Wilkinson et coll. éditeurs, Washington (D.C.), American Association of Museums, .

  2. Gettens, Rutherford J. et George L. Stout. Painting Materials: A Short Encyclopedia, New York, Dover Publications Inc., .

  3. Keck, Caroline K. A Handbook on the Care of Paintings, New York, Watson-Guptill Publications, .


Texte également publié en version anglaise
Copies are also available in English.

©Gouvernement du Canada,
Nº de cat. : NM 95-57/10-7-1989F
ISSN : 1191-7237


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