À propos de la résistance aux antibiotiques : Préserver les antibiotiques aujourd'hui et demain

Pleins feux de l'administratrice en chef de la santé publique du Canada 2019

Il est difficile d'imaginer que nos grands-parents et nos arrières grands-parents vivaient dans un monde sans antibiotiques. À cette époque, de nombreuses personnes succombaient à des maladies infectieuses qu'on peut guérir aujourd'hui. Nous ne souhaitons pas un monde pareil à nos enfants ou à nos petits-enfants.

Malgré tout, les antibiotiques perdent de plus en plus de leur efficacité parce que les bactéries peuvent évoluer et s'adapter à ces médicaments, phénomène appellé « résistance aux antibiotiques ». Si rien n'est fait, nous pourrions ne plus pouvoir compter sur ces médicaments pour donner des traitements essentiels qui sauvent des vies. S'il est difficile de prédire l'avenir, il est estimé que les infections résistantes aux antibiotiques pourraient causer un total annuel de 10 millions de morts dans le monde d'ici 2050, chiffre plus élevé que le nombre total de décès attribuables aux cancers enregistrés aujourd'hui dans le monde entier.Note de bas de page 1

L'utilisation d'antibiotiques est problématique non seulement pour la santé des humains, mais l'est aussi pour celle des animaux. Les leaders au Canada et dans le monde entier unissent activement leurs efforts dans tous les secteurs de la santé et de l'agriculture pour s'attaquer au problème de la résistance aux antibiotiques. Par exemple, le Cadre pancanadien sur la résistance aux antimicrobiens du Canada, et le plan d'action qui sera publié sous peu, visent à renforcer la capacité de lutter contre les risques de résistance aux antimicrobiens au Canada.

Ce rapport porte sur l'utilisation d'antibiotiques et les pratiques en matière de prescription dans nos collectivités (ou en milieu non hospitalier). C'est là que 92 % des ordonnances d'antibiotiques sont écrites et remplies par les médecins, les infirmiers, les dentistes et les pharmaciens.Note de bas de page 2

Le présent rapport vise à décrire les raisons pour lesquelles des antibiotiques sont parfois prescrits inutilement et ce que nous pouvons faire à ce propos.

Que sont les antimicrobiens?

Les antimicrobiens sont un groupe de 4 types de médicaments qui tuent les microbes ou qui empêchent leur croissance. Note de bas de page 3

  1. Les antibiotiques servent à traiter les infections bactériennes (comme une pharyngite streptococcique et des infections des voies urinaires).
  2. Les antiviraux servent à combattre les maladies causées par des virus (comme la grippe et le VIH).
  3. Les antifongiques permettent de combattre les infections causées par des champignons (comme les infections à levures).
  4. Les antiparasitaires sont employés contre les parasites (comme des oxyures).

Le présent rapport porte sur :

Utilisation inutile d'antibiotiques

Qu'est-ce qu'on considère comme une utilisation inutile d'antibiotiques?Note de bas de page 4

Les microbes, bons et mauvais

Chacun de nous abrite de milliers de milliards d'organismes microscopiques qui vivent naturellement dans nos intestins, sur notre peau et dans d'autres parties du corps. Cet écosystème de microbes, qu'on appelle le microbiome, aide à la digestion, à l'immunité, et contribue à la santé du cœur et bien plus encore.Note de bas de page 5 Le microbiome est transmis à la naissance par la mère au nourrisson, puis évolue au fil du temps, pour prendre une forme unique à chacun, selon le régime et le milieu de vie de la personne.Note de bas de page 6 La science ne fait que commencer à découvrir les effets multiples du microbiome sur la santé humaine.

La plupart du temps, nous vivons en harmonie avec notre microbiome. Notre système immunitaire est toujours actif. Il empêche des microbes potentiellement dangereux de causer des maladies et veille à l'équilibre de notre microbiome.

Par exemple, la Staphylococcus aureus, bactérie bien connue pour ses infections chez l'humain, se trouve normalement dans le nez d'environ 20 % de la population, mais cause rarement des maladies graves.Note de bas de page 7 Les infections sont inévitables et sont causées par :

Le système immunitaire reconnaît habituellement les microbes dangereux et combat ces organismes en quelques jours seulement. D'autres fois, une infection bactérienne ne peut être guérie qu'avec des antibiotiques. Certaines personnes courent davantage de risques de contracter de graves maladies et même de succomber à une infection, surtout les personnes :

Il est crucial que les antibiotiques demeurent efficaces pour les personnes qui reçoivent des traitements pour le cancer ou qui ont un système immunitaire affaibli. Avant la découverte des antibiotiques, les personnes qui souffraient de graves infections bactériennes mourraient de ces infections, et de nombreuses procédures médicales étaient dangereuses. La découverte des antibiotiques et d'autres médicaments antimicrobiens est considérée comme l'une des plus importantes réalisations de l'histoire de la médecine.Note de bas de page 8 C'est au cours de l'« âge d'or » des antibiotiques entre 1938 et 1952 qu'on a enregistré la plus forte baisse du nombre de décès attribuables à des maladies infectieuses.

Le moyen par lequel l'antibiotique élimine ou interrompt la croissance des bactéries varie selon le médicament utilisé.Note de bas de page 9 Bien qu'aucun antibiotique ne puisse éliminer toutes les infections, de nombreux antibiotiques sont des médicaments à vocation multiple (ou « à large spectre ») et peuvent contrer des infections causées par de nombreuses bactéries différentes, comparativement à des antibiotiques plus sélectifs (ou « à spectre étroit »).

Certains antibiotiques tels que la pénicilline et l'amoxicilline détruisent les parois des cellules des bactéries, ce qui entraîne la mort de celles-ci. D'autres antibiotiques tels que l'érythromycine empêchent les bactéries de concevoir des protéines essentielles. Certains antibiotiques comme la daptomycine sont réservés comme médicaments de dernier recours et ne sont administrés que lorsque d'autres antibiotiques n'ont pas réussi à guérir une infection. Le meilleur type d'antibiotique à prescrire varie selon le type de bactérie causant l'infection, le lieu d'infection et le degré de gravité de l'infection.

Sauver des vies grâce aux antibiotiques : le combat de Vinesha contre le cancer juvénile

Transcription

Solution miracle ou couteau à deux tranchants?

Compte tenu de leur efficacité, les antibiotiques ont été perçus par certains comme des « solutions miracles », médicaments qui peuvent traiter toute infection sans aucune conséquence pour le reste de l'organisme.Note de bas de page 10 À mesure que nous avons appris à connaître ces médicaments et la complexité de notre microbiome, les antibiotiques se sont plutôt avérés comme des couteaux à deux tranchants parce qu'ils ne tuent pas que les bactéries qui causent l'infection, mais ils tuent aussi les bactéries inoffensives du monde bactérien.

L'équilibre du microbiome peut ainsi être changé, ce qui peut permettre à des microbes étrangers d'envahir l'organisme ou de causer une croissance excessive de microbes indigènes qui sont nuisibles. Par exemple, les infections à levures dues au champignon Candida ou encore la diarrhée et les ulcères aux intestins causés par la bactérie C. difficile peuvent être des conséquences non souhaitées de l'utilisation d'antibiotiques.Note de bas de page 11

Les antibiotiques sont comme tout autre médicament et ils offrent d'énormes avantages, ils exposent la personne qui les utilise à un léger risque de réaction allergique, à des interactions négatives avec d'autres médicaments et à d'autres effets secondaires.Note de bas de page 12 Par exemple, un des effets secondaires reconnus de l'amoxicilline est une éruption cutanée généralisée qui se manifeste si le médicament est administré à une personne atteinte d'une infection virale telle que la mononucléose ou « mono ».Note de bas de page 13

Pour les personnes atteintes d'une grave infection, les avantages peuvent l'emporter largement sur les risques associés aux antibiotiques. C'est ce risque peu élevé qui incite parfois les prestataires de soins à prescrire des antibiotiques sans que ce traitement ne soit nécessaire. Toutefois, l'utilisation d'antibiotiques pour lutter contre des maladies infectieuses est un facteur qui contribue de manière importante à la résistance aux antibiotiques. Limiter l'utilisation non nécessaire de ces médicaments peut contribuer à contrer la montée de la résistance.

Découverte et aube de l'« âge d'or » des antibiotiques

La découverte par pur hasard de la pénicilline par le Dr Alexander Fleming s'est ensuivie par l'« âge d'or » des antibiotiques. En 1928, Dr Fleming a découvert qu'une de ses expériences avec la bactérie Staphylococcus était contaminée par une « croissance blanche et pelucheuse » - c'était la moisissure de la pénicilline.Note de bas de page 14 À sa grande surprise, il a constaté à l'aide de son microscope que de nombreuses bactéries avaient péri à cause de la moisissure.Note de bas de page 14 Cette observation inattendue allait un jour mener à la synthèse et à la fabrication de l'antibiotique pénicilline dans les années 1940.Note de bas de page 8, Note de bas de page 15

Même si le Dr Fleming est largement reconnu comme la personne qui a découvert les antibiotiques, de nombreux scientifiques au début du XXe siècle découvraient des moyens de contrer les germes qui infectaient la population à l'époque.8 Plus de dix ans avant Fleming, le médecin allemand, le Dr Paul Ehrlich, utilisait le terme Zauberkugel pour la première fois (allemand pour « balle magique ») pendant qu'il concevait la Salvarsan, teinture à base d'arsenic ciblant la syphilis comme la balle d'un fusil qui atteint sa cible.Note de bas de page 16

Cette découverte a été suivie par la conception des sulfamides qui arrivaient sur le marché dès 1935 et qui ont permis de réduire significativement le nombre de décès attribuables à la pneumonie, à la méningite et à d'autres infections après l'accouchement.Note de bas de page 8 La pénicilline a été commercialisée en 1941 et servait au traitement d'un large éventail d'infections bactériennes. Les recherches et le développement ont permis ensuite de créer des pénicillines semi-synthétiques, les céphalosporines et les carbapénèmes.

La découverte et le développement de nouveaux antibiotiques a ralenti de manière considérable au cours des dernières décennies.Note de bas de page 17 Aujourd'hui, moins de 10 des 50 plus importantes compagnies pharmaceutiques disposent de programmes de développement actif d'antibiotiques, car la plupart des nouveautés proviennent d'entreprises pharmaceutiques spécialisées de petite et de moyenne taille.Note de bas de page 17

Les débuts de la résistance aux antibiotiques

À l'instar de tout autre organisme vivant sur terre, les bactéries ne cessent d'évoluer rapidement pour survivre. Certaines souches de bactéries comportent des traits génétiques naturels qui les protègent contre les substances antimicrobiennes produites par d'autres bactéries et champignons avec qui elles font concurrence pour survivre (p. ex. la moisissure Penicillium de laquelle est dérivée la pénicilline).Note de bas de page 18

Nous avons appris à isoler ces substances, à les fabriquer et à les utiliser comme antibiotiques. À mesure qu'augmentait notre utilisation d'antibiotiques pour lutter contre les infections bactériennes chez les personnes et les animaux, le problème de la résistance aux antibiotiques est vite devenu apparent. À chaque utilisation d'un antibiotique, les bactéries comportant les traits génétiques les protégeant contre l'antibiotique en question survivent et se multiplient, alors que celles qui ne sont pas dotées de ces gènes succombent au médicament.Note de bas de page 19

Les bactéries qui survivent se multiplient très rapidement, parfois dans aussi peu que 20 minutes, comme dans le cas des bactéries E. coli. La prochaine génération de bactéries portera ces gènes de résistance et résistera donc aussi aux effets de l'antibiotique. Les bactéries peuvent même partager des gènes de résistance avec d'autres bactéries, selon un processus qu'on nomme « transmission horizontale de gènes ».Note de bas de page 20

À la longue, à mesure que des populations de bactéries sont continuellement exposées à différents antibiotiques, ces organismes deviennent de plus en plus résistants à un nombre croissant d'antibiotiques, jusqu'à ce que très peu de traitement aux antibiotiques, voire aucun, ne soient disponibles.

La résistance aux antibiotiques n'est pas un phénomène récent. Dès 1924, soit 4 années avant la découverte de la pénicilline, les chercheurs avaient déjà dépisté une souche de syphilis qui était résistante à la Salvarsan, le médicament utilisé pour traiter la maladie à l'époque.Note de bas de page 21, Note de bas de page 22 Au cours des années qui ont suivi, de nombreux chercheurs ont émis une mise en garde au sujet du développement d'une résistance aux antibiotiques, y compris le Dr Alexander Fleming, le médecin qui a découvert la pénicilline. Ces mises en garde s'étant réalisées, les premiers cas d'infections bactériennes résistantes à la pénicilline sont apparus en 1945.Note de bas de page 8 Dès le milieu des années 1950, 90 % des souches analysées de Staphylococcus aureus étaient résistantes à la pénicilline.Note de bas de page 23

Figure 1. Comment la résistance aux antibiotiques se développe-t-elle
Figure 1 - Équivalent textuel

La figure illustre une séquence d'événements commune démontrant comment se produit la résistance aux antibiotiques:

  • Notre corps contient d'innombrables microbes. Certains peuvent être résistants aux antibiotiques.
  • Les antibiotiques tuent les bactéries qui causent les infections ainsi que les bonnes bactéries.
  • Les bactéries résistantes aux antibiotiques peuvent ainsi évoluer et prendre le contrôle.
  • Certaines bactéries peuvent donner de la résistance antibiotique à d'autres bactéries.

La résistance aux antibiotiques aujourd'hui

De nombreux Canadiens connaissent quelqu'un touché par les conséquences d'une infection résistante aux antibiotiques. La résistance aux antibiotiques complique la lutte contre les infections, ce qui entraîne des séjours de plus en plus longs à l'hôpital et par conséquent une augmentation des coûts de la santé. Il est estimé qu'un Canadien sur 16 admis à l'hôpital contractera une infection causée par une super-bactérie résistanteNote de bas de page 24 et que sept Canadiens sur 10 s'inquiètent du risque d'infection dans des hôpitaux et des installations médicales.Note de bas de page 25

Des progrès ont été réalisés au Canada, et les taux de résistance aux antibiotiques sont moins élevés que dans de nombreux autres pays du monde. Par exemple, dans le monde entier, le taux d'infections causées par la Enterobacteriaceae résistante à la dernière ligne de défense de la classe d'antibiotiques appelée les carbapénèmes a augmenté au fil des années, mais au Canada cette résistance est toujours faible et relativement stable.Note de bas de page 2

Cela dit, selon des échantillons prélevés auprès de personnes qui n'ont pas d'infection, 5 fois plus de bactéries résistantes aux carbapénème ont été notées, ce qui laisse croire que ces organismes résistants sont de plus en plus fréquents au Canada. Les taux d'infections à la Staphylococcus aureus résistante à la méthicilline (souvent appelée SARM) contractées en milieu hospitalier ont diminué quelque peu entre 2012 et 2017, mais les taux d'infections à la SARM contractées en milieu communautaire ont augmenté pendant cette même période.

Dans le même ordre d'idées, bien que les taux d'infections à la bactérie C. difficiledans les hôpitauxaient diminué au cours des années précédentes, les taux d'infections à la bactérie C. difficile acquises dans la collectivité sont demeurés stables depuis 2015. Les taux d'infections à la gonorrhée résistante, l'une des maladies transmises sexuellement les plus courantes au Canada, ont également augmenté au cours des dix dernières années : aujourd'hui plus de 50 % des infections de gonorrhée sont attribuables à des bactéries qui sont résistantes à au moins un antibiotique.Note de bas de page 26

Figure 2. Résistance aux antibiotiques dans les collectivités canadienne
Figure 2 - Équivalent textuel

La figure répertorie les données de tendance nationales pour certaines infections ou bactéries résistantes aux antibiotiques dans la communauté:

  • Les infections à Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline ont augmenté de 60 % depuis 2012.
  • Les infections à la bactérie C. difficile demeurent stable s depuis 2015.
  • Plus de 50 % de toutes les infections de gonorrhée sont résistantes à au moins un antibiotique.
  • Une augmentation de 5X chez les personnes porteuses des bactéries résistantes aux carbapénèmes, l'un des antibiotiques les plus puissants.

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