Traitement d'urgence des peintures sur toile endommagées par l'eau - Notes de l'Institut canadien de conservation (ICC) 10/5

En cas d’urgence, faire appel à un restaurateur dès que possible. Examiner les lieux afin d’évaluer la situation et d’assurer la sécurité des gens, puis prendre les mesures nécessaires pour prévenir des dommages supplémentaires.

Un plan d’action condensé a été annexé à la présente Note. On peut en faire une copie et l’afficher dans un endroit accessible afin de l’utiliser en cas d’urgence.

Introduction

Les peintures peuvent être gravement endommagées par l’eau. Les dommages se produisent habituellement à la suite d’inondations, de ruptures de conduites d’eau, de fuites d’eau, d’un refoulement d’égout ou de mesures prises pour combattre un incendie. Étant donné que la plupart des peintures peuvent subir des dommages immédiats au contact de l’eau et que cela est susceptible de les endommager à court ou à long terme, il faut prendre toutes les précautions possibles pour éliminer ces risques.

Les effets peuvent ne pas se produire immédiatement au contact de l’eau; il peut s’écouler plusieurs minutes, même des heures avant qu’ils apparaissent. Dans la majorité des cas, un simple séchage à l’air ambiant pourrait ne pas être approprié, car les couches de peinture ne réagissent pas à l’eau de la même façon et qu’il est probable que le séchage entraîne un écaillage ou une perte de la couche picturale. En conséquence, il est important de s’occuper des peintures touchées en les faisant sécher immédiatement sous surveillance. Étant donné la fragilité extrême de ces peintures, il faut communiquer avec un restaurateur le plus tôt possible. Toutefois, s’il est impossible d’obtenir les services d’un spécialiste, des personnes sans formation particulière peuvent se charger d’appliquer les mesures d’urgence énoncées ici.

La présente Note énonce les mesures qu’il convient de prendre pour limiter les dommages immédiats causés par l’eau. Les étapes à suivre énumérées ci-après sont résumées en annexe dans un plan d’action condensé qui servira de guide en cas d’urgence. Les renseignements fournis peuvent également servir à préparer un plan d’intervention adapté à la collection de votre musée.

Contexte : planification des mesures d’urgence

Nous recommandons fortement la mise en place préventive de mesures d’urgence et d’un plan de mesures d’urgence en cas de catastrophe (consulter la Note de l’ICC 14/1 Mesures d’urgence pour les établissements culturels : introduction et la Note de l’ICC 14/2 Mesures d’urgence pour les établissements culturels : détermination et réduction des risques). Compte tenu de l’effet dévastateur que l’eau peut avoir sur une collection de peintures, il apparaît judicieux de prendre toutes les mesures possibles afin d’éviter qu’un événement de la sorte se produise ou d’en atténuer les conséquences, le cas échéant. Il est donc important d’être préparé et de disposer des outils adéquats et d’un plan d’action qui comprend les coordonnées des membres du personnel ainsi qu’une description des rôles et responsabilités de chacun. Il est aussi important de disposer d’une liste de fournisseurs à jour et d’équipement de rétablissement après catastrophe.

L’organisation et la planification sont primordiales pour la récupération efficace des collections.

Répercussions de l’eau sur les peintures

Les risques les plus importants sont l’expansion, le rétrécissement et la déformation de la toile ou du cadre, ainsi que l’écaillage ou la perte de matière picturale.

Les supports de peintures couramment utilisés qui réagissent à l’humidité comprennent la toile, le bois, le panneau dur et le carton rigide contrecollé. La toile elle-même peut rétrécir considérablement sous l’effet de l’humidité, entraînant des craquelures, des soulèvements et l’écaillage de la préparation et de la couche picturale. Les produits en bois peuvent gonfler et gauchir. Les épaisseurs de carton rigide contrecollé peuvent se décoller et se déformer. Les châssis de bois peuvent gonfler et gauchir aussi, risquant ainsi de déformer la toile, voire de la déchirer. La préparation et la couche picturale peuvent gonfler en présence d’humidité, puis se détacher de leur support. Les surfaces peintes et vernies peuvent également s’opacifier. Certains liants sont sensibles à l’eau et peuvent se dissoudre. Les cadres de bois gonflent, et les couches et les décorations ornant les cadres sensibles à l’eau peuvent disparaître. Il est fort possible également que des moisissures se développent si les conditions sont propices (chaudes et humides), surtout si les peintures, les cadres et les châssis mettent longtemps à sécher.

Premières étapes à suivre aux fins de récupération à la suite d’une inondation

Se reporter au plan de mesures d’urgence en cas de catastrophe de son établissement pour obtenir des renseignements précis.

1. Procéder à l’intervention d’urgence

Appeler l’équipe d’intervention d’urgence et appliquer les procédures de sécurité appropriées afin de veiller à ce qu’aucun intervenant ne subisse de blessures (par exemple, vérifier s’il y a des risques électriques ou des fuites de gaz; s’assurer que la zone est sécuritaire et qu’on peut y entrer; informer chacun des risques potentiels pour la santé liés à la présence de moisissures ou à de l’eau contaminée; se procurer des vêtement protecteurs, des gants ajustés en vinyle ou en nitrile et l’équipement de protection individuelle approprié).

Définir et décrire le rôle de chacun des membres de l’équipe. (En situation d’urgence, les autorités responsables vous interdiront l’accès à l’établissement tant qu’ils n’auront pas déterminé qu’il est sécuritaire.)

2. Communiquer avec un professionnel de la restauration pour obtenir des conseils et de l’aide

3. Déplacer les peintures endommagées dans un endroit sec

Au moment de soulever un tableau, l’incliner afin de permettre à l’eau de s’écouler.

Il convient d’observer des règles sécuritaires en matière de manipulation. Utiliser ses deux mains pour tenir les peintures. En outre, le transport des peintures de grandes dimensions devrait être assuré par deux personnes. Éviter de toucher la peinture ou la toile, ainsi que les moulures décoratives des cadres. S’assurer que la voie est libre et préparer un endroit aux fins d’entreposage temporaire (par exemple, une surface sèche ou un emplacement sec et sécuritaire où il est possible d’appuyer les peintures contre un mur et de les surélever du sol à l’aide de blocs matelassés; consulter la Note de l’ICC 10/13 Règles générales visant la manipulation des tableaux et la Note de l’ICC 10/2 Fabrication de blocs matelassés).

La température de l’emplacement devrait être relativement fraîche et le taux d’humidité relative (HR) devrait être modéré (par exemple, entre 40 % et 60 %).

4. Stabiliser les peintures et préparer les tables de séchage

Enlever manuellement les débris qui peuvent être emprisonnés sur la surface de la peinture en prenant bien soin de ne pas endommager la peinture.

Si le cadre d’une peinture se déforme (gauchit) ou si le châssis de bois d’une peinture sans cadre gondole, il faut poser un poids sur leurs coins afin d’éviter la déformation. Placer la peinture sur une surface propre et plane, le côté peint vers le haut. Placer des blocs d’environ 10 ou 15 cm (4 à 6 po) de hauteur sous chacun des coins de la peinture afin que l’air puisse circuler dans toutes les directions. Ensuite, poser un poids léger, par exemple un sac de sable, à l’extrémité de chacun des coins. Il importe de toujours insérer un papier intercalé non texturé, par exemple du papier de soie blanc ou du papier buvard, entre la surface peinte et le poids.

S’il y a présence de moisissures, porter l’équipement de protection individuelle approprié (consulter le Bulletin technique 26 de l’ICC Prévention des moisissures et récupération des collections : Lignes directrices pour les collections du patrimoine), puis communiquer avec un restaurateur pour obtenir des conseils concernant les mesures qu’il convient de prendre dans l’immédiat.

5. Mettre en place le processus de séchage le plus rapidement possible

Aménagement de l’aire de travail destinée au séchage

  1. Dans la mesure du possible, aménager une aire de travail dans une pièce à l’écart de la collection et qui n’a pas été touchée par les dégâts d’eau.
  2. Obtenir de l’aide afin d’aménager deux aires de travail : une pour procéder au désencadrement et l’autre pour effectuer le séchage. Garder toutes les surfaces (planchers et tables) sèches.
  3. Installer des ventilateurs. Si l’HR est maintenue à un degré approprié, une bonne aération empêchera la formation de moisissures. Les ventilateurs permettront également d’accélérer le séchage. Ces derniers doivent fonctionner 24 heures sur 24 jusqu’à ce que les tableaux soient secs.
  4. On peut utiliser des déshumidificateurs pour favoriser le séchage et maintenir un taux d’HR approprié. Essayer de maintenir un taux d’HR acceptable pour les peintures (entre 40 % et 60 %). À noter : certains déshumidificateurs ne fonctionnent pas bien en dessous de certaines températures (par exemple, à 18 °C ou à 65 °F) ou lorsque le taux d’HR est inférieur à 35 %. Toutefois, les déshumidificateurs munis de roues desséchantes fonctionnent bien en dessous de 18 °C (65 °F). L’appareil doit avoir une taille appropriée à l’espace et il faut procéder au nettoyage du bac récepteur régulièrement.
  5. Afin de protéger la surface délicate des cadres, on peut matelasser la table de désencadrement avec des couvertures de déménagement et la couvrir d’un film de polyéthylène. On peut également placer des blocs matelassés (recouverts d’un film de polyéthylène) sous les quatre coins du cadre (consulter la Note de l’ICC 10/2 Fabrication de blocs matelassés).
  6. Préparer les tables de séchage en les recouvrant d’abord d’une fine couche de matelassure qui ne comporte aucun chevauchement ni pli. On peut utiliser des couvertures de déménagement, des serviettes, des couvertures ou un feutre de 4 mm d’épaisseur. Les tableaux à empâtements exigeront, par contre, une surface matelassée plus épaisse, correspondant à deux fois l’épaisseur des empâtements les plus saillants pour éviter que les empâtements soient pressés contre la table. On doit couvrir la surface matelassée d’une feuille de Mylar ou de plastique pour éviter de la mouiller. On réduit ainsi les risques de moisissures et l’on évite le transfert éventuel des saletés et des couleurs de la matelassure.

Dans la mesure du possible, avoir sous la main les matériaux suivants afin de favoriser le séchage des peintures :

  • aspirateurs pour détritus secs ou humides pour ramasser l’eau sur le plancher
  • ventilateurs pour favoriser la circulation d’air
  • déshumidificateurs
  • gants de travail; opter pour des gants ajustés en nitrile ou en vinyle qui permettent une grande dextérité
  • tables de travail pliantes ou portables
  • grandes couvertures ou serviettes, draps de coton blancs, morceaux de feutre ou couvertures de déménagement pour matelasser les tables
  • blocs matelassés
  • Mylar ou autres feuilles de plastique pour couvrir la matelassure
  • papier de soie blanc ou papier journal propre et non imprimé, lequel doit être inséré entre la peinture et la table matelassée
  • grande quantité de papier buvard ou de papier journal propre et non imprimé
  • panneaux rigides, comme du contreplaqué ou un panneau dur, ou des feuilles d’acrylique coupés en morceaux correspondant aux dimensions de l’intérieur de chacun des châssis (on doit avoir accès à une scie électrique pour couper les matériaux) – Remarque : bien qu’il soit plus facile de couper des feuilles de plastique ondulé double paroi, il en faut deux couches de 4 mm pour obtenir la rigidité requise et répartir le poids également sur toute la surface
  • poids divers, par exemple des briques ou des bouteilles en plastique bien étanche remplies d’eau, ainsi que des poids mous tels que petits sacs de sable
  • variété d’outils de base pour désencadrer la peinture

6. Faire sécher les peintures endommagées par l’eau

Les procédures suivantes peuvent ne pas convenir dans le cas d’une catastrophe majeure en raison du nombre d’objets endommagés. Dans tous les cas, toutefois, il est important d’établir des priorités.

Priorités

Si de nombreux tableaux ont été touchés, il faut établir un ordre de priorité. Il convient alors d’en déterminer le degré d’importance comme suit :

  • s’occuper d’abord des tableaux les plus précieux de la collection (la valeur des objets doit être déterminée au moment de l’élaboration du plan d’urgence);
  • s’occuper ensuite de ceux qui sont mouillés ou en train de se déformer.

Procédure

  • Toutes les toiles dont la peinture se soulève, s’écaille ou se recourbe et celles dont la couche picturale ou la préparation s’est ramollie ou désagrégée doivent être placées sur une table, le côté peint vers le haut, et surélevées au moyen de blocs placés aux quatre coins afin de permettre à l’air de circuler derrière le tableau; laisser ensuite sécher les toiles sans les toucher.
  • Le côté peint des peintures comportant des empâtements saillants (plus de 0,5 cm [environ 1/4 po]) ou des fine pointes d’empâtement prononcées ne doit pas être placé vers le bas. Comme il est indiqué ci-dessus, il convient de protéger les peintures comportant des empâtements arrondis et peu saillants avec une surface matelassée plus épaisse afin que les empâtements ne soient pas pressés contre la table lorsque les peintures sont placées face vers le bas. La matelassure devrait avoir deux fois l’épaisseur des empâtements les plus saillants.
  • Les toiles dont la couche picturale ne présentent pas d’écaillage ou de soulèvement et qui n’ont pas d’empâtements prononcés doivent être mises à sécher face vers le bas et tenues à plat de la façon suivante (figure 1) :
    Coupe transversale illustrant la place des divers éléments durant le séchage : la surface de la table se trouve en dessous, et la matelassure est recouverte d’une feuille de plastique; on place ensuite le matériau absorbant puis une couche de papier de soie; la peinture, le châssis ou le châssis simple, le papier buvard, le dos protecteur et les poids se trouvent sur le dessus.
    © Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation. ICC 122307-0002
    Figure 1. Coupe transversale illustrant la place des divers éléments durant le séchage d’une peinture sur toile endommagée par l’eau.
    • Dans la zone de désencadrement, enlever soigneusement les débris qui se trouvent sur la couche picturale (si ce n’est pas déjà fait).
    • Prendre des photographies et consigner des notes écrites. Photographier le devant et le dos du tableau, y compris les renseignements inscrits sur les étiquettes et les inscriptions.
    • Enlever le dos protecteur et les accessoires d’accrochage qui compromettent l’accès au revers du tableau.
    • Désencadrer les tableaux dont le support ou le cadre est mouilléNote de bas de page 1. Cependant, il convient de ne pas enlever les châssis. Si le tableau semble collé au cadre ou s’il présente un soulèvement, de l’écaillage, de la peinture hautement texturée ou un empâtement délicat, il ne doit pas être désencadré. Il faut alors le mettre à l’écart et demander conseil à un professionnel de la restauration.
    • Sur la table de séchage (décrite à la section Aménagement de l’aire de travail destinée au séchage), placer plusieurs couches de papier buvard ou de papier journal (dans le cas des peintures de grandes dimensions, utiliser un drap de coton ou de flanelle, ou même une couverture lisse absorbante) sur une surface assez grande pour y poser la peinture à faire sécher. Placer ensuite deux couches de papier de soie blanc sur la surface.
    • S’assurer que les couches sous la peinture sont bien à plat, ne se chevauchent pas et ne comportent aucun pli. Les plis peuvent laisser des empreintes à la surface d’une peinture soumise à une pression.
  • Peintures sur toile
    • Placer les peintures (qui ne comportent pas de soulèvement ou d’écaillage ni de surface hautement texturée ou comportant un empâtement délicat) sur une table de séchage sur laquelle on a posé une matelassure absorbante et du papier de soie, le côté peint vers le bas. Placer aussi des poids aux quatre coins du châssis pour réduire le gauchissement.
    • Couvrir le revers de la toile avec du papier buvard et glisser doucement les rebords du papier sous les barres du châssis. Si plusieurs morceaux sont nécessaires, disposer les feuilles côte à côte en évitant qu’elles se chevauchent, car la ligne double épaisseur qui en résulte peut déformer la surface de la peinture. Si la toile comporte des déchirures, s’assurer que les bords des déchirures sont bien à plat avant de placer le papier buvard.
    • Couper un morceau de panneau rigide aux dimensions intérieures du châssis. Placer le contreplaqué sur le papier buvard afin qu’il maintienne la toile à plat au cours du séchage. S’il s’agit d’un châssis à clés, couper les coins du contreplaqué en diagonale afin de pouvoir l’ajuster correctement. Ne pas tenter de le forcer sous les clés.
    • Mettre ensuite des poids sur le panneau, répartis également, et appliquer une légère pression pour empêcher la toile de se déformer en séchant. Le poids nécessaire varie d’un tableau à l’autre et doit être juste assez élevé pour maintenir la toile à plat. Si l’on utilise un panneau moins rigide, par exemple une feuille de plastique ondulé double paroi de 4 mm, il faut en mettre deux couches pour répartir le poids.
    • Remplacer d’abord le papier buvard toutes les 20 minutes, jusqu’à ce qu’il soit presque sec. Le remplacer ensuite toutes les heures jusqu’à ce que le papier paraisse sec au toucher. À cette importante étape, il se peut que le personnel doive travailler par rotation pour remplacer les buvards humides. Remarque : il est possible que les surfaces qui se trouvent sous les barres des châssis mettent plus de temps à sécher. Si c’est le cas, il se peut que le papier buvard et le papier de soie, qui se trouvent sous le devant de la peinture, doivent être remplacés. S’ils sont humides, les remplacer par des matériaux absorbants secs. Si le papier de soie ne se détache pas du tableau sur lequel il était posé, ne pas essayer de l’enlever. Il faut le laisser en place et faire appel à un restaurateur de tableaux.
    • Enfin, remettre du papier buvard sec sur le revers de la toile, le panneau de contreplaqué et les poids, puis laisser le tout en place pendant 24 heures en maintenant une circulation d’air suffisante au moyen de ventilateurs. Vérifier l’état de la toile après 24 heures et répéter cette étape, au besoin. (Un châssis qui a été mouillé complètement peut prendre plusieurs jours à sécher. Cela aura également une incidence sur le séchage de la toile qui lui est rattachée.)
  • Les peintures sur des supports en carton, par exemple des cartons rigides contrecollés ou des toiles cartonnées, peuvent être séchées, en suivant des procédures similaires à celles décrites ci-dessus.
    • Placer les peintures (qui ne comportent pas de soulèvement, d’écaillage ni de surface hautement texturée ou comportant un empâtement délicat) sur une table de séchage sur laquelle on a posé une matelassure absorbante et du papier de soie, le côté peint vers le bas.
    • Presser légèrement les gondolements mineurs ou les feuilles décollées du support afin de les maintenir à plat. Le devant de la peinture peut reposer sur des matériaux absorbants, tandis que le dos est recouvert d’un panneau rigide et de poids. Remplacer le papier buvard tel qu’il est indiqué ci-dessus.
    • Les supports qui ont subi une déformation importante peuvent plisser si on les force à rester à plat. Ils doivent être placés le côté peint vers le haut et il faut éviter de les manipuler pendant le séchage.
  • Les peintures sur des panneaux de bois ou de bois manufacturé, comme du contreplaqué ou un panneau dur, qui ont été mouillées peuvent avoir subi une déformation, comporter des soulèvements, de l’écaillage et des problèmes au niveau des joints. Les couches de préparation de gesso sensibles à l’eau ont tendance à ramollir après avoir été exposées à l’humidité. Il convient alors de demander conseil à un restaurateur.

7. Étapes finales

Prendre des dispositions le plus rapidement possible pour qu’un restaurateur de tableaux évalue l’étendue des dommages, prenne en charge le développement possible de moisissures et recommande des traitements. Les moisissures peuvent présenter un danger pour la santé humaine. En conséquence, il faudra prendre des précautions au cours des manipulations et des entreposages subséquents (voir Guild et MacDonald, 2004). Les réserves et les salles d’exposition ayant subi des dégâts d’eau doivent être nettoyées, désinfectées et satisfaire aux recommandations en matière de conditions ambiantes avant d’y remettre les tableaux. Communiquer avec l’Institut canadien de conservation pour obtenir des renseignements supplémentaires.

Lorsque la situation a été maîtrisée, il est nécessaire d’effectuer un examen plus approfondi des installations et de l’état de la collection. Il faudra mettre à jour les registres concernant les œuvres et y ajouter une courte description de leur état et des mesures qui ont été prises (consulter la Note de l’ICC 10/6 Constat d’état pour les tableaux – Partie I : Introduction et la Note de l’ICC 10/7 Constat d’état pour les tableaux – Partie II : Méthodes d’examen et liste de contrôle).

Fournisseurs

Remarque : Les renseignements qui suivent visent uniquement à informer le lecteur. Le fait qu’une entreprise figure dans la présente liste ne signifie pas pour autant qu’elle est approuvée par l’Institut canadien de conservation.

  • Papier journal (non imprimé) :
    • bureaux d’un journal ou les magasins de fournitures artistiques

  • Papier buvard (pur coton, non acide, le plus grand format possible) :
    • fabricants de papier, les magasins de fournitures artistiques et les papeteries

  • Feuille de plastique ondulé double paroi, par exemple Coroplast, Hi-Core, Cor-X (une feuille de plastique légère et cannelée offerte en diverses épaisseurs et couleurs) :
    • magasins d’encadrement, fournisseurs de matière plastique, magasins de fournitures artistiques et certaines firmes d’emballage
      Coroplast (en anglais seulement)
      Matra Plast Industries Incorporated (Hi-Core) (en anglais seulement)

  • Mylar (0,5 mm d’épaisseur) :
    • magasins de fournitures artistiques, fournisseurs de matériel de conservation et fournisseurs de matière plastique
      Pour obtenir le nom des fournisseurs locaux, communiquer avec le fabricant DuPont Teijin Films (en anglais seulement).

  • Feuilles de polyéthylène (produit qui n’est pas graisseux au toucher) :
    • quincailleries, entreprises d’emballage et distributeurs de peinture
      N.B. Il est possible de se procurer, dans de nombreux centres de rénovation, des feuilles de polyéthylène sans revêtement, vendues comme plastique pour effectuer des travaux de peinture. Certaines feuilles de polyéthylène semblent graisseuses ou souillées au toucher étant donné que leur surface est enduite d’agent de démoulage et de plastifiant. Dans le cas des objets provenant d’un musée, il est préférable d’utiliser des feuilles de polyéthylène propres et sans revêtement. (Vérification rapide : si un ruban adhésif reste bien collé sur une feuille, c’est qu’il s’agit d’une feuille sans revêtement.)

  • Matériel de surveillance des conditions ambiantes :
    • Les hygromètres sont vendus en quincaillerie.
      Les thermohygrographes et les psychromètres sont vendus par les fournisseurs d’équipement scientifique ou par des fournisseurs de matériel de conservation.
      Il est possible d’emprunter du matériel de surveillance des conditions ambiantes auprès de l’ICC (consulter le Programme de prêt de matériel de surveillance des conditions ambiantes de l’ICC).

  • Papier de soie (papier Japon mince ou papier de soie blanc) :
    • Magasins de fournitures d’artiste
      Fournisseurs de matériel pour la conservation et les archives

Bibliographie

Ball, C., et A. Yardley-Jones. « Salvage Techniques: Water-Damaged Paintings on Canvas », dans Help! A Survivor’s Guide to Emergency Preparedness, Edmonton (Alberta), Museums Alberta, 2001, p. 161-162.

Guild, S., et M. Macdonald. Prévention des moisissures et récupération des collections : Lignes directrices pour les collections du patrimoine, Bulletin technique 26, Ottawa (Ontario), Institut canadien de conservation, 2007.

Hutchins, J. K., et B. O. Roberts (directrices de publication). First Aid for Art: Essential Salvage Techniques, Lenox (Massachusetts), Hard Press Editions, 2006, p. 39-45.

Keck, C. K. « On Conservation: Instructions for Emergency Treatment of Water Damages », Museum News, vol. 50, no 10 (juin 1972), p. 13.

Walsh, B. Le sauvetage des fonds et des collections d’archives endommagés par l’eau (format PDF), s. l., Conseil canadien des archives, 2003. Texte également publié dans le WAAC Newsletter, vol. 19, no 2 (mai 1997).

De nombreux organismes culturels et de conservation ont publié des ressources en ligne, notamment des listes de fournitures et des lignes directrices utiles en situation de sauvetage et de récupération de collections à la suite d’un sinistre. Utiliser votre navigateur Web pour trouver les renseignements publiés par de grands musées ou des professionnels de la restauration.

Annexe : Plan d’action condensé – Traitement des peintures sur toiles endommagées par l’eau

(version PDF, 331 Ko)

Voici un plan d’action condensé visant à limiter les dommages immédiats causés aux peintures qui ont été en contact avec de l’eau. Les procédures de séchage devraient être mises en œuvre dès que possible.

  1. Appeler l’équipe d’intervention d’urgence et mettre en œuvre les procédures d’urgence afin de s’assurer que la zone est sécuritaire et que les intervenants ne subissent aucune blessure.
  2. Communiquer avec un professionnel de la restauration.
    • Nom et numéro de téléphone du professionnel de la restauration local :
    • Communiquer avec l’Institut canadien de conservation pour obtenir des renseignements supplémentaires : 613-998-3721
  3. Mettre les peintures touchées dans un endroit sec où l’air circule bien, où la température est fraîche et où le taux d’HR est modéré (entre 40 % et 60 %); tenir les tableaux à deux mains.
    • Au moment de soulever un tableau, l’incliner afin que l’eau puisse s’écouler.
    • Éviter de toucher la couche picturale, la surface de la toile ou les moulures décoratives du cadre.
    • On peut placer les tableaux sur une surface sèche, le côté peint vers le haut en les surélevant au moyen de blocs placés aux quatre coins du châssis ou les appuyer sur des blocs contre un mur pendant qu’on prépare les tables de séchage. (Éviter d’empiler les tableaux.)
  4. Pendant qu’on prépare les tables de séchage, il importe de prendre des photographies et de consigner des notes écrites concernant les œuvres touchées, ainsi que de retirer les débris qui peuvent être emprisonnés sur la surface de la peinture. Si le cadre, le châssis à clés ou le châssis simple gondolent, poser des poids sur les coins, tel qu’il est indiqué ci-dessous.
  5. Obtenir de l’aide afin d’aménager l’aire de travail destinée au séchage.
    • Installer des ventilateurs dans l’aire de travail pour favoriser le séchage et prévenir l’apparition de moisissures.
    • On peut utiliser des déshumidificateurs pour maintenir le taux d’HR entre 40 % et 60 %.
    • Matelasser les tables de désencadrement et les recouvrir d’une feuille de polyéthylène ou utiliser des blocs matelassés.
    • Rembourrer les tables de séchage avec une couche égale de matelassure (couvertures, serviettes, etc.), puis ajouter du Mylar ou une mince feuille de polyéthylène.
    • Communiquer avec des fournisseurs (insérer leur nom et leurs coordonnées ci-dessous) pour obtenir les matériaux et l’équipement requis dont vous ne disposez pas déjà
  6. Établir un ordre de priorité à respecter au cours du processus de séchage. Se concentrer sur les peintures les plus précieuses de la collection, puis sur celles qui sont humides ou qui gondolent.

    Peintures qui se détériorent ou comportent des empâtements saillants (peintures très texturées) :

    • Si le cadre se déforme, placer la peinture sur une surface sèche, le côté peint vers le haut, et sur des blocs, puis mettre des sacs de sable sur du papier de soie aux quatre coins du tableau pour appliquer une pression modérée.
    • Si le châssis de bois d’un tableau non encadré se déforme, placer la peinture sur des blocs, le côté peint vers le haut, puis déposer des sacs de sable aux quatre coins du tableau. Placer du papier de soie blanc entre la couche picturale et les poids.
    • Les toiles dont la peinture se soulève ou s’écaille, ou celles dont la couche picturale ou la préparation s’est ramollie ou désagrégée doivent être placées sur des blocs, le côté peint vers le haut. En outre, il faut éviter de les manipuler pendant toute la durée du séchage.
    • Le côté peint des toiles comportant des empâtements prononcés ou légers et en pics ne doit pas être placé vers le bas.

    Les peintures sur toile ne comportant pas de soulèvement, d’écaillage et d’empâtements saillants doivent être séchées et maintenues à plat selon la procédure suivante :

    • Désencadrer les tableaux dont le support ou le cadre est mouillé. Enlever le dos protecteur et les accessoires d’accrochage. Enlever les débris restants au revers du support. Étiqueter le cadre. Si le tableau semble collé dans le cadre, il ne faut pas le désencadrer. Demander plutôt conseil à un professionnel de la restauration.
    • Placer, sur la table matelassée, plusieurs couches de papier buvard, de papier journal, de draps de coton ou de flanelle ou de couvertures absorbantes ayant une texture lisse, puis deux couches de papier de soie. Toutes les couches doivent être planes (ne pas comporter de plis ni se chevaucher). Les tableaux à empâtements arrondis et peu saillants exigeront par contre une couche matelassée plus épaisse (la matelassure devrait avoir deux fois l’épaisseur des empâtements les plus saillants).
    • Mettre le tableau désencadré sur la surface de séchage matelassée. Placer les peintures sur toile sur le papier de soie, le côté peint vers le bas. Placer aussi des poids aux quatre coins du châssis pour réduire le gondolage.
    • Couvrir le revers de la toile avec du papier buvard et glisser doucement le papier sous les barres du châssis. Placer les feuilles côte à côte, car les chevauchements peuvent déformer la surface de la peinture.
    • S’il y a présence de déchirures, s’assurer que les bords des déchirures sont bien à plat avant de placer le papier buvard.
    • Couper un morceau de panneau rigide aux dimensions de l’intérieur du châssis. Placer le contreplaqué sur le papier buvard afin qu’il maintienne la toile à plat au cours du séchage. (Si l’on utilise des panneaux moins rigides, comme un plastique ondulé de 4 mm, il faut en mettre deux couches pour distribuer le poids.)
    • Mettre ensuite des poids par-dessus le panneau pour empêcher la toile de se déformer en séchant. Remplacer d’abord le papier buvard toutes les 20 minutes en remettant chaque fois le panneau de contreplaqué et les poids, jusqu’à ce que le papier buvard au dos soit presque sec.
    • Remplacer ensuite le papier buvard toutes les heures jusqu’à ce qu’il paraisse sec au toucher.
    • Si les matériaux absorbants placés sur le devant sont très humides, les remplacer par du papier sec. Si le papier de soie ne se détache pas du tableau sur lequel il était posé, ne pas essayer de l’enlever. Il faut le laisser en place et faire appel à un restaurateur de tableaux.
    • Remplacer ensuite le papier buvard placé sur le revers du tableau, remettre le panneau de contreplaqué et les poids et laisser le tout en place pendant 24 heures en maintenant une circulation d’air suffisante au moyen de ventilateurs. Vérifier l’état de la toile après 24 heures et répéter cette étape, au besoin. (Un châssis qui a été mouillé peut prendre plusieurs jours à sécher. Cela aura une incidence sur le séchage de la toile qui se trouve à proximité.)

    Il est possible de faire sécher les peintures sur des supports en carton, par exemple des cartons rigides contrecollés ou des toiles cartonnées, qui ne comportent pas d’empâtements et ne présentent pas d’écaillage, en suivant des procédures similaires. Il convient de presser légèrement les gondolements mineurs ou les feuilles décollées du support afin de les maintenir à plat, de laisser le devant du tableau reposer sur des matériaux absorbants et de recouvrir le dos d’un panneau rigide et de poids. Les supports qui ont subi une déformation importante doivent être placés le côté peint vers le haut et il faut éviter de les manipuler pendant le séchage.

    Les peintures sur des panneaux de bois ou de bois manufacturé, comme du contreplaqué ou un panneau dur, qui ont été mouillées peuvent avoir subi une déformation, comporter des soulèvements et des problèmes au niveau des joints. Les couches de préparation de gesso sensibles à l’eau ont tendance à ramollir après avoir été exposées à l’humidité. Il convient alors de demander conseil à un restaurateur.

  7. Prendre des dispositions le plus rapidement possible pour qu’un restaurateur de tableaux évalue l’étendue des dommages, enraye le développement possible de moisissures et recommande des traitements.

Rédigé par Barbara Klempan

Révisé par les restaurateurs de la Section des beaux-arts de l’ICC en 2016

Première date de publication : 1986

Also available in English.

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation, 2017.

ISSN : 1928-5272

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