Chapitre 4 : Rapport de L’administrateur en chef de la santé publique sur l’état de la santé publique au Canada 2008 – Emploi et conditions de travail

En 2003, 630 000 Canadiens ont subi au moins un accident de travail qui les a obligés à restreindre leurs activités. Chez les cols bleus (vente et entretien, transport, fonctionnement d’équipement, industrie du secteur primaire et fabrication), le taux de blessures est quatre fois plus élevé que chez les cols blancs (affaires, administration, gestion et postes liés à la santé, aux sciences, aux sciences sociales et aux arts). De plus, le nombre d’accidents de travail est plus élevé chez les hommes (5,2 %) que chez les femmes (2,2 %). Par ailleurs, s’il est vrai que le type d’emploi est un important déterminant des risques, force est de constater que les travailleurs ayant un salaire élevé (plus de 60 000 $ chez les hommes et plus de 40 000 $ chez les femmes) sont moins susceptibles de subir un accident de travail que ceux ayant un salaire inférieur231.

Aider les aînés par la réduction de la pauvreté

Régimes de pension publics nationaux

Au début du siècle précédent, il n’existait aucun régime de pension public. À cette époque, les aînés du Canada étaient plus susceptibles d’être désavantagés sur le plan économique que le reste de la population. Étant donné que le revenu est un déterminant important de la santé, cela voulait donc dire que les aînés risquaient beaucoup plus de présenter un mauvais bilan de santé en raison de leur situation financière. Lorsque la Sécurité de la vieillesse (SV) a été introduite, en 1952, il s’agissait du premier régime universel de pension. Au milieu des années 1960, d’autres programmes ont été introduits, comme le Régime de pensions du Canada (RPC) et le Régime de rentes du Québec (RRQ) qui sont liés à l’emploi, et le Supplément de revenu garanti (SRG) qui est établi en fonction du revenu. Par la suite, les programmes d’Allocation au conjoint (AC) et d’Allocation au survivant – établis en fonction du revenu – ont été introduits en 1975 et en 1985 respectivement. Au fil du temps, des provinces et des territoires ont également ajouté des suppléments de revenus. Aujourd’hui, plus de 95 % des aînés reçoivent un revenu de la SV, du SRG ou de l’AC. De plus, 96 % des hommes âgés et 86 % des femmes âgées reçoivent des prestations du RPC ou du RRQ. À mesure que le système public de pension du Canada a évolué, de plus en plus d’aînés sont devenus admissibles à des prestations et leur revenu après impôt s’est accru de 18 % entre 1980 et 2003123. D’ailleurs, il s’agirait d’un facteur déterminant du revirement de situation quant à la prévalence du faible revenu chez les aînés au Canada. En effet, dans les années 1970, le Canada figurait parmi les pays industrialisés où la prévalence du faible revenu chez les aînés était très élevée, tandis qu’aujourd’hui, il fait partie des pays où elle est très faible8, 228.

 

Pour de nombreux Canadiens, le stress causé par des contraintes au travail (exigences professionnelles et gestion de la charge de travail), la satisfaction, la perception de risques physiques et les problèmes liés à la sécurité au travail constituent des préoccupations de santé importantes232. En général, plus de femmes que d’hommes disent vivre un stress au travail. La perception de stress lié au travail s’accroît également en fonction du niveau de scolarité et du revenu familial117. Cependant, les travailleurs membres de familles à faible revenu font également état d’un stress élevé en raison de l’insécurité d’emploi et de leur insatisfaction à l’égard de leur emploi117, 232.

Au cours des 20 dernières années, le nombre moyen d’heures de travail payées et non payées pendant une journée s’est accru chez le groupe des 25 à 54 ans, passant de 8,2 heures en 1986 à 8,8 heures en 2005. Les heures de travail non payées tout comme les heures payées peuvent être une source de stress pour certains Canadiens. En général, plus de femmes que d’hommes se disent stressées par le manque de temps. Entre 1986 et 2005, le nombre d’heures payées consacrées au travail s’est accru tant chez les femmes que chez les hommes. Toujours pendant cette période, le nombre d’heures non payées consacrées au travail a diminué chez les femmes (de 4,8 à 4,3 heures par jour) et s’est accru chez les hommes (de 2,1 à 2,5 heures par jour)233.

La famille peut également souffrir des longues heures de travail et des horaires de travail peu prévisibles. La présence des parents auprès des enfants est l’un des facteurs importants du développement sain des bébés et des enfants. En 2001, le congé parental prévu par le régime d’assurance-emploi du Canada a été prolongé jusqu’à un maximum d’un an. Depuis ce temps, le nombre de parents qui prennent congé et le nombre de semaines de congé prises ont augmenté234. Cependant, de nombreuses mères ne profitent toujours pas d’un congé de maternité prolongé, certaines mères choissent de ne pas prendre un congé, certaines n’y sont pas admissibles (p. ex. travailleuses autonomes) ou certaines n’ont pas la capacité financière de vivre uniquement des prestations de l’assurance-emploi (55 % du salaire) et qu’elles ne reçoivent pas de supplément de leur employeur235.

Sécurité alimentaire 

Pour manger sainement, il faut avoir une « sécurité alimentaire » (c. à d. avoir un accès physique et économique à une quantité suffisante d’aliments sains et nutritifs afin de pouvoir mener une vie saine et active)236. En 2004, 9 % des ménages Canadiens ont fait état d’une insécurité alimentaire à un moment ou à un autre au cours de l’année précédente en raison de difficultés financières237

L’écart entre l’insécurité alimentaire signalée par les ménages à faible revenu et les ménages à revenu élevé est très grand (48,3 % contre 1,3 %). Par ailleurs, les données montrent que les personnes ayant un statut socioéconomique élevé consomment beaucoup plus régulièrement des aliments nutritifs (fruits et légumes, produits laitiers, viandes maigres, grains entiers) que les personnes ayant un statut socioéconomique moins élevé. Les études montrent qu’il existe également un gradient du niveau de scolarité lié à l’insécurité alimentaire. En effet, 13,8 %
des ménages ayant un faible niveau de scolarité (inférieur aux études secondaires) ont fait état d’une certaine forme d’insécurité alimentaire liée à l’emploi contre 6,9 % des ménages ayant le niveau de scolarité le plus élevé (diplôme d’études postsecondaires)237

Un ménage sur dix avec enfants vivent dans l’insécurité alimentaire, en particulier si les enfants sont jeunes237. Lorsque les enfants vont à l’école affamés ou mal nourris, leur niveau d’énergie, leur mémoire, leur capacité à résoudre des problèmes, leur créativité, leur capacité de concentration et leur comportement en souffrent. Selon certaines études, 31 % des élèves du primaire et 62 % des élèves du secondaire ne mangent pas un déjeuner nutritif avant d’aller à l’école238. Près du quart des enfants canadiens en quatrième année ne déjeunent pas tous les jours et près de la moitié des filles de huitième année ne déjeunent pas239. Ces enfants ne déjeunent pas pour différentes raisons. Parfois, notamment dans les ménages à faible revenu, c’est parce qu’il n’y a rien à manger ou que les aliments offerts ne sont pas nutritifs. Dans d’autres cas, les enfants ou les personnes qui s’occupent d’eux font de mauvais choix alimentaires. Par conséquent, les enfants qui vont à l’école affamés peuvent ne pas réaliser leur plein potentiel, ce qui pourrait avoir des incidences sur leur santé tout au long de leur vie.

Le nombre croissant de banques alimentaires et de programmes de déjeuners à l’école au Canada traduit bien le fait que l’insécurité alimentaire est de plus en plus reconnue comme un problème au pays (consultez la zone de texte encadré). Il va sans dire que ces types de programmes sont importants, mais il est tout de même essentiel de s’attaquer aux causes sous-jacentes de l’insécurité alimentaire, comme le revenu, le niveau de scolarité et les connaissances ainsi que d’autres obstacles qui limitent l’accès à des aliments abordables et nutritifs. En 1996, à l’occasion du Sommet mondial de l’alimentation, le Canada et 186 autres pays se sont engagés à réduire de moitié le nombre de personnes sous-alimentées dans le monde d’ici 2015. Le Plan d’action du Canada pour la sécurité alimentaire, lancé en 1998, est une initiative découlant de cet engagement. Il s’appuie sur un certain nombre d’autres engagements nationaux et internationaux pris par le Canada relativement à la sécurité alimentaire240

Dans le cadre du Plan, le Canada a accepté de présenter aux Canadiens à tous les deux ans des rapports à leur sujet. À ce jour, les rapports ont montré qu’il existe d’importants réseaux qui s’attaquent directement et indirectement aux questions de sécurité alimentaire. Ils ont également montré comment, dans bien des cas, les lacunes sont comblées indirectement grâce à des activités d’aide n’ayant aucun mandat précis en matière de sécurité alimentaire241. Les activités mises en œuvre et les engagements pris au Canada comprennent notamment les suivants : programmes alimentaires pour les écoles et les refuges; banques alimentaires; transport subventionné d’aliments nutritifs périssables par avion; réglementation et surveillance de la salubrité des aliments (p. ex. la présence de contaminants); aide en cas d’urgence (sécurité et accès); travaux et rapports de recherche sur la nutrition, l’étendue des problèmes de sécurité alimentaire et les facteurs socioéconomiques sous-jacents à ces problèmes.

 

S’attaquer à la faim

Déjeuner pour apprendre

Depuis 1992, Déjeuner pour apprendre, organisation sans but lucratif, offre du financement, de l’information sur la nutrition et d’autres ressources à des programmes communautaires de nutrition pour les élèves partout au Canada afin de s’assurer que tous les enfants du pays mangent avant d’aller à l’école242. Au moment de sa création, Déjeuner pour apprendre finançait 20 programmes. Il en finance maintenant 3 000 dans l’ensemble des provinces et des territoires du Canada243. À ce jour, grâce à son réseau qui compte plus de 30 000 bénévoles, 1,5 millions d’élèves canadiens ont reçu des déjeuners, des collations et des dîners nutritifs242, 244, 245.  Même si nous ne disposons pas de beaucoup de données sur l’atteinte des objectifs des programmes de déjeuners, les enseignants font état d’une amélioration du rendement scolaire, du comportement et de l’attention chez certains écoliers. De plus, les bénévoles disent que leur participation leur apporte beaucoup de satisfaction et un sentiment de solidarité246. Si Déjeuner pour apprendre réussit à venir en aide à autant d’enfants, c’est principalement grâce à la mobilisation et à la gestion communautaires de chaque programme. Les besoins de chaque secteur sont fonction des efforts déployés à la fois par les gouvernements, les entreprises, les organismes communautaire, les bénévoles, les banques alimentaires, les parents et les enseignants.

Banques alimentaires 

En 2006, l’Association canadienne des banques alimentaires (ACBA) a distribué à ses membres, par l’entremise du Système national de partage des aliments, plus de 8,5 millions de livres de denrées alimentaires offertes par l’industrie alimentaire (d’une valeur de 18 millions de dollars)247. En plus des denrées distribuées par l’ACBA, les banques alimentaires communautaires recueillent et distribuent environ 150 millions de livres de denrées alimentaires chaque année248. La première banque alimentaire du Canada a été ouverte à Edmonton, en Alberta, en 1981249. En mars 2007, il y avait 673 banques alimentaires et 2 867 organismes partenaires répartis dans l’ensemble des provinces et des territoires du Canada. Toujours en mars 2007, les banques alimentaires et les organismes partenaires ont servi plus de 2 millions de repas et fourni des provisions à plus de 720 000 personnes. Au cours des 18 dernières années, le nombre de personnes dépendantes des banques alimentaires s’est accru de 91 %. Tant que le problème de la sécurité alimentaire ne sera pas mieux pris en charge, le nombre de personnes dépendantes des banques alimentaires demeurera élevé250. 

 

 

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