Une tension dynamique

Culture

  1. Généralités. L’évaluation de la culture par l’équipe VAEM spéciale représente une description au sens large de ce que les membres de l’équipe ont pu observer comme étant la culture prévalente entourant les élof/aspm du CMR. Ces observations tentent d’encadrer des attitudes, des comportements et des croyances qui distinguent la culture du CMR. À partir des entrevues menées, l’équipe VAEM spéciale a identifié quelques sous-cultures présentes dans les quatre principaux groupes au CMR, c’est-à-dire les élof/aspm, l’Escadre d’instruction, l’Escadre des études et le personnel de soutien. L’équipe VAEM spéciale a conclu que chacun de ces quatre groupes affichait des attitudes, des comportements, des valeurs et des croyances caractéristiquesNotes de bas de page 18.
  2. « L’image du CMR ». Pour le grand public, l’image du CMR est parfois représentée par les tuniques rouge écarlate portées par les élof/aspm au cours des rassemblements ou des cérémonies importantes. La culture est une de « Vérité, devoir, vaillance », la devise du Collège, et elle représente le jeune homme ou la jeune femme, en bonne forme physique, travaillant, de partout au Canada, qui obtient son diplôme d’études universitaires en échange du service militaire à la fin des études. Cette image du RMC est clairement liée à l’histoire et à la tradition. Il y a également une part d’élitisme transmis dans cette culture, qui peut être perçue positivement comme un sentiment de fierté qui l’accompagne ou négativement s’il semble que les élof/aspm ou les anciens élof/aspm manifestent un sentiment qu’on leur doit quelque chose ou s’ils se comportent d’une manière arrogante.
  3. Personnel de soutien. Le personnel de soutien du CMR est composé du personnel des Programmes de soutien du personnel (PSP), comme les entraîneurs et les instructeurs de conditionnement physique; et du personnel de soutien général comme les personnes directement engagées dans la prestation de soutien logistique, notamment l’administration du personnel, la préparation de la nourriture, le nettoyage, l’entretien, le contrôle d’accès, etc. Bien que le personnel soit diversifié, l’équipe VAEM spéciale a observé qu’il semble y avoir une sous-culture distincte qui reflète une forte croyance voulant que l’expérience du CMR est spéciale pour les élof/aspm, qu’ils (le personnel de soutien) sont très fiers de faire partie de l’histoire du Collège et qu’ils sont dévoués à offrir un niveau de soutien constant et empathique dans le but d’améliorer l’expérience de chaque élof/aspm. Par contre, ce groupe semble frustré par les contraintes financières et l’inertie institutionnelle à régler ces problèmes qui, selon certains, ont une incidence directe sur leur capacité de s’acquitter de leurs responsabilités à niveau optimal et à un niveau qu’il pouvait atteindre dans le passé. Tout à leur honneur, ils ne semblent pas vouloir transmettre ces frustrations aux élof/aspm ou à tout autre groupe au CMR. 
  4. Personnel de l’Escadre des études. Les membres de l’équipe VAEM spéciale ont conclu que le personnel de l’Escadre des études semble avoir une sous-culture qui comprend la fierté envers les réalisations universitaires des professeurs, du personnel et des élof/aspm, les programmes enrichissants et novateurs offerts au CMR (c.-à-d. cybertechnologie, sciences des matériaux, génie aérospatial, etc.) et la recherche fondamentale menée au Collège. Le personnel a démontré un niveau très élevé de dévouement et d’empathie pour les élof/aspm par leurs efforts pour enrichir leur expérience ou dans leur accessibilité pour les élof/aspm qui ont besoin d’aide dans leurs études. Par contre, l’équipe VAEM spéciale a aussi observé une sous-culture chez certains éducateurs et professeurs qui croient que le CMR est d’abord et avant tout une université et pas seulement une institution nationale unique. Par conséquent, certains sont d’avis que les autres éléments du programme, en particulier le volet militaire, sont donnés aux dépens du temps d’étude et de la préparation académique des élof/aspm. L’Escadre d’instruction, en particulier, est souvent nommée comme étant responsable de la surprogrammation des élof/aspm et l’empiétement sur le temps d’étude. Il ne s’agit pas là d’une croyance universelle, mais cette observation a un impact lorsque l’autorité de l’Escadre d’instruction, de la discipline militaire et de l’éthos est érodée par ces attitudes transmises aux élof/aspm.
  5. Escadre d’instruction. L’équipe VAEM spéciale a noté qu’il y a de nombreuses facettes à la sous-culture des membres de l’Escadre d’instruction. La plupart des membres de l’Escadre d’instruction semblent se sentir responsables du bien-être des élof/aspm et des soins qui leur sont offerts – à un point tel que certains sont mentalement et physiquement épuisés. D’autres ne semblent pas prêts ou aptes à s’engager auprès des élof/aspm ou leur servir de mentors – en effet, on a dit à l’équipe VAEM spéciale que quelques personnes étaient considérées comme étant très fermées aux élof/aspm apparemment parce qu’elles sont surchargées de travail. Une autre attitude que l’équipe a notée était l’aversion au risque – c’est-à-dire que certains membres de l’Escadre d’instruction ne semblent pas vouloir traiter avec les élof/aspm qui échouent à au moins un volet du PFOR du CMR, ni prendre les décisions appropriées qui, dans certains cas, pourraient donner lieu à leur retrait du CMR ou à leur libération des FAC. Quoi qu’il en soit, l’équipe VAEM spéciale a vu que de nombreux membres de l’Escadre d’instruction, tant officiers que MR, sont clairement des leaders exceptionnels et des modèles au grand avantage des élof/aspm de qui ils sont responsables.
  6. Élof/aspm. L’équipe VAEM spéciale a noté de loin la sous-culture la plus distincte des quatre, celle des élof/aspm. Il semble y avoir au sein de l’Escadre des élèves-officiers un certain nombre de sous-groupes ou de cliques (c.-à-d. sport universitaire, fanfare, franco/anglo, les universitaires, etc.) qui influencent la perception positive ou négative des élof/aspm par rapport à leur expérience au CMR. Il semble que cette situation dépend jusqu’à un certain point des attitudes prévalentes, de la perception externe et des niveaux de réussite dans le PFOR du CMR du sous-groupe ou de la clique auquel ils s’associent. Sans tenir compte de l’existence de ces sous-groupes ou cliques, l’équipe VAEM spéciale a noté des caractéristiques communes entre tous les groupes d’élof/aspm. Il importe de noter que l’équipe VAEM spéciale a recueilli des commentaires autant des élof/aspm ayant une perception et des expériences positives que de ceux qui ont vécu le contraire.
  7. La culture des élof/aspm présente de nombreux traits positifs, notamment la fierté par rapport à l’expérience du CMR, l’appréciation pour les occasions de relever des défis sur tous les aspects du PFOR du CMR, en particulier l’aspect des études, et la reconnaissance du fait qu’il y avait toujours quelqu’un pour les aider, les guider ou les conseiller. Bon nombre des élof/aspm interviewés étaient particulièrement diserts, posés, réfléchis et confiants. En perspective, le CMR a réussi et continue de réussir à remplir son mandat et à générer des officiers éduqués, ayant un bon sens de l’éthique et accomplis pour les FAC.
  8. Les traits négatifs sont généralement le résultat de problèmes dont il est question dans ce rapport.
    1. Cynisme par rapport aux règles et pratiques du CMR. Certains élof/aspm remettent en question la raison pour laquelle ils doivent respecter certaines règles (c.-à-d. tenue, stationnement, etc.) ou on s’attend à ce qu’ils se comportent d’une manière qui leur semble contraire à ce qui ce passe, à leur avis, dans le monde réel des FAC. Ils ont tendance à ne pas tenir compte de ces règles dont l’objectif n’est pas clair pour eux, ce qui donne lieu à des infractions chroniques des règles parce que certaines personnes dans la chaîne de commandement des élèves-officiers et aspirants ignorent ces infractions ou ne présentent pas le niveau adéquat de leadership;
    2. Rancœur par rapport au manque de confiance et de liberté. Cerrtans élof/aspm se sentent infantilisés. Ils se sentent constamment sous surveillance et croient qu’ils n’ont ni de temps ni d’endroit pour décompresser dans leur logement, ce qui amène frustration, cynisme et négativité par rapport au personnel de l’Escadre d’instruction et leur expérience au CMR;
    3. Attitude médiocre. Certains élof/aspm manquent de toute évidence de motivation pour s’améliorer ou ils voient de la médiocrité dans tout ce que le CMR attend d’eux;
    4. Conditions de vie. Certains points de vue négatifs ont été communiqués par rapport à la solde, aux conditions de vie, à la cuisine, aux services de soutien, au leadership et à l’ensemble de l’expérience au CMR.
  9. Dynamique entre les sous-cultures. Il n’est pas du tout étonnant que l’interaction entre les sous-cultures engendre des affrontements, en partie en raison des attitudes générationnelles, en partie à cause du manque de compréhension des objectifs de l’institution et des rôles respectifs de chacun à l’intérieur de celle-ci, le tout exaspéré par le manque fréquent de communication aux divers niveaux à l’intérieur et à l’extérieur du Collège. De tels affrontements ne font que renforcer le manque de respect et le cynisme entre les groupes. L’équipe VAEM spéciale a de toute évidence noté que certaines personnes dans l’Escadre des études et certains élof/aspm faisaient porter l’odieux des problèmes à l’Escadre d’instruction, de la fatigue des élof/aspm au taux d’échecs dans les quatre piliers. À son tour, cette situation augmente le sentiment d’isolement et ajoute de la pression sur le personnel de l’Escadre d’instruction et semblait contribuer à leur épuisement. L’équipe VAEM spéciale a également noté que le leadership du CMR a mis en place des mécanismes pour apaiser cette tension à l’aide de réunions de facultés combinées et en regroupant le personnel enseignant et militaire dans les réunions.
  10. Comme l’un des interviewés a dit : « La culture des élèves-officiers est généralement imperméable à l’influence normale des leaders militaires. À un niveau, l’ensemble des élèves-officiers et la mémoire collective s’étendent sur au moins sept ans (les 4es années qui transmettent aux 1res années ce qu’on leur a dit lorsqu’ils étaient en 1er année). Le résultat net est que l’ensemble des élèves-officiers transmet efficacement les leçons reçues au cours des années sur la manière de conserver la culture opérante opaque de la chaîne de commandement; la manière d’évaluer quelles règles suivre, quelles règles enfreindre, quelles règles ignorer; et la manière de se regrouper pour protéger les copains lorsque quelqu’un fait une erreur et se fait prendre. Les narratifs pour justifier l’infraction des règles et l’insistance sur le fait que leur comportement est particulier au CMR (je ne ferais pas ceci dans les vraies FAC) illustrent bien la confusion quant à l’identité et la faible socialisation professionnelle. Une partie de la confusion par rapport à l’identité entourant le CMR repose sur le fait que les leaders des FAC ont de la difficulté à concilier leur rôle de superviseurs des militaires subalternes (adultes) qui commencent à peine à apprendre leur profession et qu’ils jouent en fait le rôle des parents auprès de leurs adolescents plus âgés qui apprennent à être des adultes. Le principal défi (en particulier pour les commandants d’escadron) est qu’ils ont tendance à se fier à l’influence normale des leaders militaires et, en particulier, à utiliser le pouvoir relié à une position fondée sur les règles. Ce qui résulte généralement en une conformité minimale (jusqu’à ce que les élof/aspm comprennent comment s’évader des nouvelles règles établies ou de la supervision de la chaîne de commandement)Notes de bas de page 19.

Climat

  1. Globalement, tous les groupes du RMC ont démontré à l’équipe VAEM spéciale que dans l’ensemble, l’intensité du climat est axée sur la réussite. Il s’agit d’un trait positif puisque la plupart des élof/aspm, des professeurs et du personnel militaire cherchent avec diligence des résultats exceptionnels. Comme l’Escadre des élèves-officiers et aspirants est dominée en nombre par les hommes, il existe une approche de mâle alpha chez les élof/aspm par rapport à divers éléments des quatre piliers. Cette situation presse les élof/aspm qui sont d’une minorité selon le sexe, la diversité ou l’orientation, à suivre et à accepter la norme de la majorité. Ceux qui sont réticents à suivre ces normes ou qui ne sont pas capables de le faire peuvent être ostracisés puisqu’ils sont perçus comme incapables de s’intégrer. Bien qu’il y ait certains leaders en mesure de reconnaître ces problèmes et dédiés à essayer de guider les élof/aspm afin d’assurer la reconnaissance, la considération et le respect des besoins des groupes non dominants, en respect de chaque individu, il y en a d’autres qui ne le reconnaissent pas. Il faut un certain degré de maturité et des compétences subtiles en leadership à tous les niveaux pour bâtir les relations nécessaires à la préparation et à la réussite de l’éducation des élof/aspm pour l’avenir, après l’obtention des diplômes.
  2. Dans une autre observation, on note que l’horaire des élof/aspm est tellement chargé que bon nombre d’entre eux ne peuvent trouver de temps pour se détendre et s’amuser. Par exemple, les élof/aspm qui suivent un programme d’ingénierie ont très peu de souplesse dans leur horaire très chargé en raison des exigences des cours et des laboratoires. Les horaires chargés s’ajoutent au stress d’essayer de gérer et d’équilibrer leur temps d’une manière efficace et saine.
  3. Un des réels défis pour tout le monde au CMR, en particulier pour les élof/aspm, est de trouver la force et la maturité émotionnelle pour faire face aux crises entourant les problèmes d’inconduite sexuelle et les décès. L’équipe VAEM spéciale a conclu qu’on n’a pas ménagé les efforts pour s’assurer que les élof/aspm connaissent les services médicaux et de counseling qui leur sont offerts. C’est grâce au leadership du Collège que ces services sont solidement soutenus et communiqués aux élof/aspm. Le leadership du Collège a indiqué à l’équipe VAEM spéciale que des mesures ont été prises, à de nombreux niveaux, pour communiquer et s’engager avec les élof/aspm et le personnel dans ces conditions. Ces mesures comprennent l’utilisation d’un système de jumelage pour lequel tout le monde au CMR s’engage personnellement avec un superviseur ou un ami à vérifier et s’enquérir de son bien-être. L’équipe VAEM spéciale a toutefois entendu qu’il y avait une certaine perception qui courrait, en particulier chez les élof/aspm, que ces mesures ne répondaient pas à leurs besoins ni aux attentes. La communication demeure la clé lorsqu’un incident survient et les membres de l’équipe sont d’avis qu’il faut peaufiner encore plus la procédure prévue, c’est-à-dire de communiquer immédiatement  d’une manière ouverte et empathique avec tous les éléments du CMR.
  4. Les membres de l’équipe VAEM spéciale étaient initialement préoccupés de recevoir les observations auxquelles ils s’attendaient par rapport à la manière dont les femmes élof/aspm sont traitées par leurs pairs masculins. Le message qu’a reçu l’équipe de ces femmes interviewées est qu’elles se sentent en sécurité le jour comme la nuit au Collège; qu’elles savent distinguer un comportement acceptable et qu’elles sont en mesure de communiquer avec confiance et clairement avec les hommes qui commencent à franchir les limites de l’acceptable. Celles qui se sont entrevues avec nous ont reconnu avoir une solide estime de soi, ainsi qu’une bonne confiance en elles et en leurs capacités, en plus d’avoir un fort désir de réussir. Elles ont également indiqué que certaines d’entre elles arrivaient au Collège pas très sûres d’elles et avec un faible estime de soi; pas très certaines de savoir comment réagir avec des collègues masculins agressifs – certaines ont de la difficulté dans ce domaine et elles sont confrontées à divers degrés de comportements inappropriés. L’équipe VAEM spéciale note que celles qui demandent de l’aide et du counseling reçoivent l’aide dont elles ont besoin et des mesures disciplinaires sont prises pour punir les agresseurs.
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