Lignes directrices provisoires : Gestion des décès de masse durant la pandémie de la maladie à coronavirus (COVID-19)

L’Agence de la santé publique du Canada, en collaboration avec des experts canadiens en santé publique et en prévention et contrôle des infections (PCI) et l’Association des services funéraires du Canada, a élaboré les présentes lignes directrices sur les mesures de santé publique en matière de gestion des décès de masse attribuables à la COVID-19. Le présent guide est destiné aux planificateurs locaux et régionaux, aux dirigeants communautaires, aux travailleurs des services funéraires, aux médecins légistes et aux coroners.

Les orientations présentées dans le présent document reposent sur les dernières données scientifiques et les avis actuels des spécialistes. Par conséquent, les conseils figurant dans ce document sont susceptibles d’être modifiés à mesure que de nouvelles informations sur la maladie deviennent disponibles.

L’expérience des autres pays au sujet de la COVID-19 montre qu’il est important de se préparer à une hausse du nombre de décès liés à la maladie au pays qui pourrait dépasser la capacité habituelle des services funéraires. Le nombre de décès attribuables à d’autres causes pourrait également augmenter en raison des pressions exercées sur la capacité du système de santé. Les services funéraires et la gestion des restes humains constituent une part importante des mesures d’atténuation de la pandémie au Canada.

Ce document doit être utilisé conjointement avec le document intitulé Lignes directrices provisoires : Services de soins funéraires et manipulation des dépouilles durant la pandémie de la maladie à coronavirus (COVID-19).

Préambule

Pendant cette pandémie, les autorités locales devront être prêtes à gérer des décès additionnels dus à la COVID-19, en plus du nombre de décès pour toute autre cause. Les présentes lignes directrices visent à aider les planificateurs locaux et régionaux, les dirigeants communautaires, les travailleurs des services funéraires, les médecins légistes et les coroners à se préparer à faire face aux pertes humaines à grande échelle liées à la pandémie. Les stratégies d’atténuation doivent faire l’objet de discussions dans les communautés autochtones et avec les Aînés et d’autres dirigeants communautaires.

La planification des situations de décès de masse doit être guidée par les principes suivants :

Ce document a pour but de fournir une orientation générale. Les planificateurs ont intérêt à connaître les exigences et la terminologie particulières de la législation dans leur territoire respectif en ce qui a trait à la gestion des décès (p. ex. la loi sur les coroners, les lois sur le secteur du deuil, la gestion des urgences) et devront adapter la planification en cas de pandémie en conséquence.

Planification d’une forte hausse du nombre de décès

On s’attend à ce que la plupart des décès liés à la COVID-19 se produisent dans un établissement de soins de santé; par conséquent, les hôpitaux, les centres de soins infirmiers et les autres établissements (y compris les sites non traditionnels) devraient prévoir un traitement rapide des restes humains. Compte tenu du fardeau qui risque de peser sur le système de soins de santé, les administrations qui demandent généralement le transport d’une dépouille à un hôpital ou dans un autre établissement de soins de santé avant le transfert vers d’autres services funéraires devraient envisager d’ajuster leurs processus actuels.

La planification de la gestion des décès de masse n’est pas exclusive au secteur de la santé, et elle requiert souvent une coordination avec les autorités civiles, gouvernementales et policières, à l’échelle nationale et régionale.

Dans les collectivités éloignées et isolées, le personnel de santé local, les dirigeants communautaires et les autres autorités devraient travailler ensemble pour planifier un traitement rapide des restes humains. Par exemple, les Aînés de certaines communautés peuvent préférer recevoir des soins à domicile ou mourir à la maison.

Afin de préciser les besoins de planification de la gestion d’une hausse subite du nombre de décès lors d’une pandémie, il est important d’examiner la gestion d’une dépouille en temps normal, puis de déterminer quels seront les facteurs limitants si le nombre de dépouilles augmente rapidement sur une courte période. Le tableau 1 « Facteurs à considérer lors de la planification en cas de décès de masse » ci-dessous présente les étapes habituelles. Les solutions possibles ou les exigences de planification sont examinées plus en détail dans les sections qui suivent ce tableau.

Tableau 1. Facteurs à considérer lors de la planification en cas de décès de masse
Étapes Exigences Facteurs limitants Planification de solutions possibles/mesures d’accélération
Déclaration du décès
  • si le décès se produit à domicile, l’une des personnes désignées (p. ex. le coroner) devra être contactée
  • disponibilité des personnes capables d’effectuer cette tâche
  • renseigner le public sur les mesures à prendre, fournir un numéro à composer
  • mettre en place un système d’appel 24h sur 24, sept jours sur sept réservé à cette tâche ou élaborer des stratégies pour utiliser l’actuel système d’intervention en cas d’urgence (c.-à-d. le 911)
Certification du décès
  • personne dûment autorisée à s’acquitter de cette tâche (p. ex. médecin soignant)
  • il ne s’agit pas forcément de la personne qui a déclaré le décès, comme dans le cas des infirmières ou des travailleurs paramédicaux
  • envisager la mise en place d’un processus permettant de centraliser la préparation des certificats de décès, afin de réduire la charge de travail des travailleurs des services funéraires.
  • envisager de désigner une seule personne autorisée qui « rassemblera » les dépouilles en un seul endroit afin d’améliorer l’efficacité
Enveloppement du corps
  • personne(s) formée(s) par les services funéraires ou les fournisseurs de soins de santé à effectuer cette tâche
  • housse ou sac mortuaire, ou étoffe en l’absence de housses ou de sacs (2)
  • fourniture de ressources humaines et matérielles (housses ou sacs mortuaires)
  • si le décès se produit à domicile : les housses ou les sacs mortuaires, ou l’étoffe, et les personnes formées pour répondre à ces exigences peuvent ne pas être disponibles
  • l’OMS souligne qu’une étoffe peut être utilisée (2)
  • envisager de former le personnel des services de santé pertinent ou d’élargir son rôle pour y inclure cette tâche
  • fournir ce service à domicile conjointement avec la déclaration de décès et le transport à la morgue, ou idéalement directement aux soins d’un salon funéraire
Transport à la morgue ou à une morgue temporaire
  • dans un hôpital : personnel qualifié et civière
  • à l’extérieur d’un hôpital : civière et véhicule convenant à cette tâche
  • équipement de protection individuelle pour répondre à cette exigence, notamment des gants, des blouses et, si les éclaboussures sont inévitables, un écran facial et un masque.
  • voir la section « Morgues temporaires  » ci-dessous
  • disponibilité des ressources humaines et matérielles
  • disponibilité des équipements de protection individuelle pour répondre à cette exigence
  • encourager le transfert rapide du lieu du décès directement aux soins d’un salon funéraire avec des directives précises pour la disposition du corps, afin de réduire la charge de travail des morgues
  • dans un hôpital : envisager de former du personnel additionnel travaillant dans l’établissement
  • envisager d’entreposer les vieilles civières au lieu de les jeter ou de réserver une ou plusieurs civières exclusivement à cet usage
  • chercher d’autres fournisseurs d’équipement qui pourrait servir de civière en cas d’urgence, par exemple, fabricants de chariots
  • à l’extérieur d’un hôpital : renseigner le public ou donner des instructions précises par l’intermédiaire d’un service téléphonique sans frais ou d’un autre contact prédésigné pour savoir où amener les dépouilles si la famille doit s’occuper du transport
Conservation à la morgue
  • une installation appropriée pouvant être maintenue entre 4 °C et 8 °C
  • le transport aérien des dépouilles dans des communautés éloignées et isolées peut être nécessaire si la morgue locale ou les capacités d’inhumation sont dépassées
  • capacité de telles installations
  • déterminer et prévoir des lieux possibles d’installation de morgue temporaire, par exemple, surfaces de glace d’aréna communautaire.
  • envisager un entreposage à court terme dans des conteneurs réfrigérés temporaires
Autopsie si requise/demandée
  • personne habilitée à effectuer une autopsie et installation convenable dotée d’équipement
  • disponibilité des ressources humaines et matérielles
  • peut être requis dans certaines circonstances
  • veiller à ce que les médecins et les familles sachent qu’une autopsie n’est pas requise pour confirmer la COVID-19 comme cause du décès
1) IncinérationNote de bas de page *
  • véhicule qui convient au transport du défunt vers un crématorium conforme aux lois et règlements provinciaux et territoriaux
  • disponibilité des services crématoires
  • certificat d’incinération dans certaines administrations
  • la dépouille doit généralement être identifiée par le plus proche parent avant le processus d’incinération
  • besoin de cercueils ou de contenants appropriés à l’incinération
  • capacité d’incinération/vitesse de l’opération
  • disponibilité d’un coroner ou d’un agent équivalent pour délivrer un certificat
  • exigence d’identification de la dépouille avant l’incinération
  • disponibilité des cercueils ou des contenants appropriés à l’incinération
  • trouver d’autres véhicules qui pourraient servir au transport des dépouilles nombreuses tout en restant conformes aux lois et règlements provinciaux et territoriaux
  • examiner la capacité et la capacité de pointe des crématoriums de l’administration concernée
  • discuter et prévoir des options d’entreposage qui conviennent si la demande est trop forte aux crématoriums
  • examiner et planifier des processus accélérés de préparation des certificats d’incinération
  • envisager un nouveau protocole d’identification des dépouilles avant l’incinération
  • envisager de former du personnel supplémentaire (p. ex. étudiants des programmes de services funéraires) sur la façon de réaliser des incinérations. Il s’agit d’une habileté qui exige une formation suffisante pour tenir compte du danger relatif et du risque connexe. Une chambre crématoire fonctionne à une température comprise entre 1 400 et 1 800 degrés Fahrenheit.
  • collaboration des principaux fournisseurs pour envisager la consolidation, le partage et la distribution des stocks de cercueils et de contenants disponibles afin d’améliorer l’offre et d’aider les détaillants de première ligne à répondre à la demande. La fabrication locale de contenants d’incinération simples pourrait aider à répondre à la demande
2) EmbaumementNote de bas de page *
  • véhicule convenant au transport depuis la morgue
  • personne qualifiée
  • équipement d’embaumement
  • lieu adéquat qui respecte les lois et règlements provinciaux/territoriaux
  • besoin d’un équipement de protection individuelle pour répondre à cette exigence, notamment des gants, un masque, des blouses, un écran facial
  • étudier les options pour réduire le besoin en matière d’embaumement
  • consulter les fournisseurs de services au sujet de la disponibilité des fournitures et des éventuelles perturbations de la chaîne d’approvisionne-ment
  • discuter de la capacité et d’autres sources potentielles de ressources humaines pour effectuer cette tâche, par exemple, travailleurs retraités des services funéraires ou étudiants en formation
  • envisager de « recruter » des travailleurs qui seraient prêts à fournir ce service en cas d’urgence
  • envisager de dresser un inventaire des équipements de protection individuelle pour répondre à cette exigence. En cas de pénurie d’équipement de protection individuelle, partager l’inventaire avec les collègues et chercher des solutions de rechange à l’équipement de protection individuelle habituel
Service funéraire
  • lieu(x) approprié(s), cercueils, directeur de funérailles ou personne désignée
  • disponibilité des cercueils
  • disponibilité de lieux pour le service et les visites
  • contacter les fournisseurs en vue de déterminer le délai de fabrication des cercueils et discuter des possibilités de faire une rotation des stocks
  • privilégier les services virtuels par vidéo
2a) Transport vers un caveau temporaire ou un lieu d’inhumation
  • véhicule qui convient et chauffeur désigné
  • disponibilité des ressources humaines et matérielles
  • trouver d’autres véhicules qui pourraient être utilisés à cette fin
  • protocoles standard acceptables pour le transport. Des cercueils, des véhicules ou un permis de conduire spécialisés ne sont pas nécessaires
  • envisager le recours à des chauffeurs bénévoles, au besoin. L’Association des services funéraires du Canada recommande fortement que les soins, la manipulation et le transport liés aux dépouilles ou aux restes soient effectués par des travailleurs qualifiés plutôt que par une main-d’œuvre temporaire non qualifiée; certaines administrations ont des exigences à cet égard
2b) Conservation dans un caveau temporaire
  • accès au caveau temporaire et espace (un lieu de conservation non isolé pour les dépouilles qui ont été embaumées et mises dans un cercueil et qui attendent d’être inhumées)
  • capacité et accessibilité du caveau temporaire
  • augmenter la capacité en augmentant le nombre de lieux d’entreposage temporaire, par exemple, les arénas réfrigérés, les remorques réfrigérées
2c) Inhumation
  • fossoyeur, espace de cimetière
  • besoin de cercueils ou de contenants nécessaires à l’inhumation
  • disponibilité des fossoyeurs et de l’espace de cimetière
  • très grands froids et enneigements abondants
  • inondations et incendies
  • disponibilité des cercueils ou des contenants nécessaires à l’inhumation
  • identifier les sources de travailleurs supplémentaires, par exemple, les excavateurs locaux
  • collaboration des principaux fournisseurs pour envisager la consolidation, le partage et la distribution des stocks de cercueils et de contenants disponibles afin d’améliorer l’offre et d’aider les détaillants de première ligne à répondre à la demande. La fabrication locale de contenants d’incinération simples pourrait aider à répondre à la demande.
Note *

Les familles peuvent choisir d’avoir un service funèbre suivi d’une incinération ou d’une inhumation sans embaumement. La nécessité d’un embaumement doit être soigneusement examinée. L’embaumement retarderait le début de la décomposition, mais il nécessite le port d’un équipement de protection individuelle (EPI) supplémentaire et accroît le risque d’exposition à la COVID-19. Si possible, il convient d’encourager le report du service commémoratif jusqu’à la fin de la pandémie.

Retour à note *

Autopsies

Pour connaître les recommandations relatives aux autopsies pendant la pandémie de COVID-19, veuillez consulter les Lignes directrices provisoires : Services de soins funéraires et manipulation des dépouilles durant la pandémie de la maladie à coronavirus (COVID-19).

Préparatifs pour les funérariums et les crématoriums

 

Il convient de conseiller à chaque funérarium de prendre des dispositions particulières, comme la collaboration avec d’autres funérariums, le recours à des fournisseurs de services funéraires à temps partiel ou à la retraite ou le recours à des bénévoles d’associations de bienfaisance locales ou des églises qui pourraient assumer des tâches telles que la préparation des tombes sous la direction du personnel actuel.

Les crématoriums devront examiner la capacité de pointe de leurs installations. La plupart des crématoriums peuvent traiter chaque corps en (4) heures et peuvent fonctionner en continu pendant de longues périodes pour faire face à une demande accrue, permettant des périodes de refroidissement quotidiennes sûres pour un entretien critique et pour éviter d’endommager la cornue. La crémation exige moins de ressources que l’inhumation et, lorsque cela est acceptable, elle peut être un moyen rapide et efficace de gérer un grand nombre de décès pendant une pandémie. Toutefois, pour certaines religions et cultures, notamment dans certaines communautés autochtones, la crémation n’est pas appropriée sur le plan culturel.

Planification de morgues temporaires

D’autres installations temporaires peuvent être nécessaires pendant une pandémie pour conserver des dépouilles avant leur transfert vers les funérariums ou pour offrir une capacité d’appoint aux funérariums. Une morgue temporaire doit être maintenue entre 4 °C et 8 °C. Cependant, même conservées à cette température, les dépouilles commenceront à se décomposer en quelques jours. L’embaumement peut retarder la décomposition jusqu’au moment de la disposition (c.-à-d. l’inhumation ou l’incinération), mais il doit être soigneusement envisagé et utilisé uniquement si nécessaire (p. ex. pour la préservation en vue du transport, pour des raisons culturelles ou religieuses ou pour un entreposage temporaire), car ce processus comporte généralement des procédures qui produisent des éclaboussures et des aérosols et qui augmentent généralement le risque d’infection. Veuillez consulter les Lignes directrices provisoires : Services de soins funéraires et manipulation des dépouilles durant la pandémie de la maladie à coronavirus (COVID-19) pour obtenir de plus amples renseignements sur l’embaumement et l’équipement de protection individuelle. Dans le cas où les dépouilles ne seraient pas incinérées, il convient d’élaborer des plans pour accélérer le processus d’embaumement, car, en contexte de pandémie, les dépouilles pourraient devoir être conservées pendant une période prolongée. Dans les administrations où il n’est pas possible d’inhumer les dépouilles rapidement parce que le sol est gelé ou parce que les installations sont insuffisantes, il peut être nécessaire d’entreposer les dépouilles pendant toute la durée d’une vague pandémique. Les morgues temporaires dans les zones rurales et éloignées doivent être dotées de murs rigides afin que les animaux ne puissent pas accéder aux dépouilles.

La coordination régionale devrait aider chaque municipalité à prendre des dispositions préalables pour des morgues temporaires en fonction des possibilités et des exigences locales, y compris les services de soutien logistique pour entretenir celles-ci, comme des génératrices de secours, des services de sécurité et un accès routier. Il faut également prendre en compte les besoins en ressources (p. ex. housses ou sacs mortuaires) et la gestion de l’offre pour les morgues temporaires. Les types d’entrepôts réfrigérés temporaires à envisager peuvent inclure des camions réfrigérés, des installations de congélation à cases ou des arénas.

Les camions réfrigérés peuvent généralement contenir de 25 à 30 dépouilles sans l’ajout d’un système d’étagères ou de palettes. Toutefois, déposer les dépouilles directement sur le plancher des camions ne serait pas conforme aux pratiques traditionnelles en matière de dignité. Pour augmenter la capacité d’entreposage et permettre une conservation respectueuse des dépouilles, il est possible de construire des étagères temporaires en bois suffisamment solides, mais il faudrait idéalement les peindre avec une peinture-émail pour faciliter le lavage et la désinfection. Les étagères doivent être construites de manière à préserver la dignité du défunt et à permettre le déplacement et l’enlèvement des dépouilles en toute sécurité (p. ex. les étagères ne devraient pas dépasser la hauteur de la taille). Pour éviter d’être tenues responsables en cas de pertes commerciales, les municipalités doivent éviter d’utiliser des camions portant les marques d’une chaîne de supermarchés ou d’autres entreprises, car l’utilisation de ces camions pourrait avoir des conséquences négatives pour les entreprises.

Les arénas et les pistes de curling, où la température requise de 4 °C à 8 °C peut être maintenue, représentent d’autres solutions pour les morgues temporaires. Les municipalités devraient examiner s’il est possible de conserver la glace dans les arénas pendant le printemps et l’été afin de maintenir des températures idéales. Il n’est pas recommandé de faire appel à des entreprises locales pour la conservation des dépouilles. Cette solution ne doit être envisagée qu’en dernier recours, car au lendemain de la pandémie, ces entreprises pourraient être confrontées à des répercussions très graves, susceptibles d’avoir des conséquences négatives sur leurs activités et d’entraîner des pertes.

Dans le cas peu probable où une personne non identifiée décède en raison de la COVID-19, tout doit être mis en œuvre pour identifier les dépouilles et informer les proches. Dans le cas des morgues temporaires, il faudra peut-être mettre en place des systèmes et des procédures de rechange aux pratiques habituelles pour assurer le suivi des dépouilles. L’inhumation des dépouilles dans des fosses communes (c.-à-d. enfouissement indifférencié de plus de deux corps dans la même fosse sans identification des dépouilles inhumées) n’est pas justifiée par des motifs de santé publique et aura des conséquences humanitaires négatives. L’inhumation collective et mixte (dans des fosses communes) est traumatisante pour les familles et les communautés et peut avoir de graves conséquences juridiques (p. ex. incapacité de récupérer et d’identifier les dépouilles) (3). Toutefois, dans certains cas, l’inhumation coordonnée et ordonnée de dépouilles identifiées placées dans des cercueils, puis dans une tranchée commune, peut être utilisée pour atténuer les enjeux relatifs à la capacité d’inhumation. 

Capacité et accès aux caveaux

Un caveau est un lieu de conservation non isolé pour les dépouilles qui ont été embaumées et mises dans un cercueil et qui attendent d’être inhumées. Au Canada, il existe déjà des installations de conservation supplémentaires presque partout, car elles sont souvent nécessaires de janvier à avril, lorsque le sol est gelé et que les inhumations sont difficiles à réaliser. Bien que les grandes villes puissent ouvrir des lots d’inhumation en hiver, les petites communautés ne disposent pas de l’équipement ou du personnel permanent requis pour le faire.

Il convient d’évaluer l’accessibilité des caveaux pendant l’hiver. Un caveau peut être situé au fond d’un cimetière, et son entrée peut se trouver partiellement sous le niveau du sol ou à proximité de pierres tombales, de sorte qu’une souffleuse à neige ou une charrue aurait du mal à créer un chemin d’accès sans endommager certaines pierres tombales.

En prévision d’une pandémie, chaque communauté doit déterminer la capacité des caveaux et résoudre les problèmes d’accès pour l’entreposage temporaire. En outre, il convient d’examiner la nécessité de créer de nouveaux caveaux temporaires pour répondre à la demande accrue pendant une pandémie. Ces caveaux temporaires doivent être non isolés et comporter des dispositifs de sécurité comme des fenêtres couvertes et des serrures sur les portes.

Autres considérations techniques

Enregistrement du décès

L’enregistrement du décès relève de la compétence des provinces et des territoires et chaque administration possède ses propres lois, règlements et pratiques administratives relatifs à l’enregistrement d’un décès. Il existe une distinction entre les pratiques en matière de constatation et de certification du décès. Par exemple, les médecins, le personnel infirmier et, dans certaines circonstances, les policiers et les ambulanciers paramédicaux de l’Ontario peuvent constater le décès d’une personne. Seuls les médecins et un petit groupe d’infirmières désignées peuvent, dans des circonstances bien précises, certifier le décès.

Dans le cadre d’une pandémie, si une hausse du nombre de décès est observée, chaque administration doit disposer d’un plan pour s’assurer qu’il n’y a aucun délai inutile en ce qui a trait au transfert de la dépouille d’une personne décédée vers un salon funéraire ou une morgue (temporaire). Si le décès de la personne ne correspond à aucun des critères requis pour la déclaration au service de coroners ou de médecins légistes, la dépouille pourrait être transférée vers la zone d’attente peu de temps après que le décès a été constaté. Ensuite, probablement une fois par jour, un médecin pourrait être désigné pour remplir le certificat de décès afin d’éviter des délais de traitement.

En règle générale, les entrepreneurs de pompes funèbres sont assujettis à des politiques administratives qui leur interdisent de ramasser la dépouille au sein de la communauté ou d’un établissement jusqu’à ce qu’un certificat médical de décès ait été rempli. Dans le cadre d’une pandémie où de nombreuses personnes décèdent, les entrepreneurs de pompes funèbres sont encouragés à mettre en place un processus plus efficace s’ils reçoivent une consigne de l’autorité centrale (p. ex. procureur général provincial, registraire des statistiques de l’état civil). Ces arrangements spéciaux devraient tenir compte des différences régionales en matière de ressources, de géographie et de population. Compte tenu de la longue évolution de la COVID-19 sur plusieurs jours et semaines, il est peu probable que des décès surviennent sans qu’il soit possible d’identifier la personne décédée. Toutefois, dans l’éventualité où l’identité de la personne est inconnue, les pratiques et les protocoles existants pour l’identification de la personne décédée devraient être suivis. Ces pratiques et protocoles comprennent généralement l’identification visuelle de la personne décédée par un membre de la famille avant de disposer de la dépouille au moyen d’une photo (plutôt que de demander au membre de la famille de se rendre au salon funéraire).

Manipulation des dépouilles

Pour des recommandations sur la manipulation des dépouilles pendant la pandémie de COVID-19, veuillez consulter le document Lignes directrices provisoires : Services de soins funéraires et manipulation des dépouilles durant la pandémie de la maladie à coronavirus (COVID-19).

Gestion de l’approvisionnement en fournitures

Des interruptions d’approvisionnement et des pénuries de certaines fournitures pourraient se produire. Les familles au sein desquelles plus d’une personne est décédée sont peu susceptibles d’être en mesure de payer plusieurs produits ou arrangements dispendieux. Les salons funéraires pourraient rapidement manquer de produits moins dispendieux (p. ex. cercueils abordables faits de tissu ou certains cercueils en bois) et devraient se préparer à offrir d’autres produits de rechange.

Considérations sociales et religieuses

Populations spéciales

Certains groupes religieux et ethniques et certaines communautés autochtones ont des approches précises en ce qui a trait au traitement des dépouilles après le décès. Les Autochtones et les membres de confessions juive, hindoue et musulmane ont tous des directives claires pour le traitement des dépouilles et les funérailles. Ces directives devraient être respectées autant que possible. Ces groupes peuvent représenter près de 10 % de la population nationale, taux qui variera considérablement selon la région. La taille et la répartition selon l’âge de ces communautés devraient être prises en compte lors de la planification régionale et municipale afin d’anticiper les services requis. Les chefs religieux et autochtones devraient prendre part à la planification des funérailles afin de s’assurer que les cérémonies funéraires sont appropriées sur le plan culturel et religieux. Les chefs religieux et autochtones devraient également être invités à prendre part aux services de consultation et de communication aux personnes endeuillées afin de trouver des solutions acceptables pour les plans de fin de vie lors d’une pandémie, particulièrement au sein des communautés ethniques au sein desquelles de nombreuses personnes peuvent parler différentes langues. Si une inhumation dans le pays ou la région d’origine est requise pour des raisons culturelles ou religieuses, veuillez consulter la section « Rapatriement des dépouilles » dans le document Lignes directrices provisoires : Services de soins funéraires et manipulation des dépouilles durant la pandémie de la maladie à coronavirus (COVID-19).   

Les vœux de la famille fourniront également une orientation. Toutefois, si aucun membre de la famille n’est disponible, il est possible de communiquer avec les communautés religieuses, ethniques ou autochtones locales pour obtenir de plus amples renseignements. Par exemple, dans le cas des peuples autochtones, si aucun membre de la famille n’est disponible, il existe des mécanismes pour communiquer avec les conseils de bande dans ces circonstances (mécanismes habituellement utilisés pour traiter des enjeux archéologiques). Dans les cas où le coroner ou le médecin légiste mène une enquête sur le décès, celui-ci doit communiquer avec le conseil de bande de la personne décédée, si possible. Dans d’autres circonstances, le coroner ou le médecin légiste peut demander à la municipalité locale de s’occuper de la dépouille, notamment en vertu de la Loi sur l’anatomie de l’Ontario.  

En raison de ces besoins spéciaux, certains groupes religieux disposent de diverses installations, comme de petits crématoriums, morgues et autres installations, qui sont généralement exploitées par des bénévoles. Il faut communiquer avec les groupes religieux afin de s’assurer que ces installations et les bénévoles sont prêts à gérer les enjeux associés à une pandémie.

Communautés éloignées et isolées

Les communautés éloignées et isolées font face à des enjeux particuliers en ce qui a trait à la gestion d’un nombre élevé de décès. Les facteurs ci-après compliquent grandement la préparation, l’entreposage et l’inhumation ou la disposition d’un grand nombre de dépouilles dans ces communautés.

Les planificateurs responsables de ces administrations doivent s’assurer que les plans locaux en cas de pandémie abordent ces questions.

Les peuples autochtones ont un riche patrimoine et de longues traditions en ce qui concerne les pratiques et les cérémonies de fin de vie. Souvent, aucun fournisseur de services funèbres qualifié n’est disponible dans les régions éloignées et la manipulation des dépouilles est laissée au soin de membres de la communauté qui traiteront le corps dans le respect de leurs cérémonies et pratiques d’inhumation. Aucun service d’embaumement n’est généralement offert dans les communautés éloignées. L’éloignement géographique et la difficulté à accéder à ces communautés compliquent la fourniture d’aide, de ressources et d’équipement. De l’équipement de protection individuelle, comme des housses mortuaires, des gants, des masques, des blouses imperméables, des couvre-chaussures et des couvre-cheveux, devrait être fourni avec l’information nécessaire pour indiquer à tout utilisateur potentiel la méthode appropriée pour enfiler et retirer de l’équipement de protection individuelle. Dans les cas où les besoins sont supérieurs à la capacité, des morgues temporaires peuvent devoir être mises en place, comme il est indiqué à la section « Planification de morgues temporaires ». Des conteneurs maritimes réfrigérés sécurisés pourraient être utilisés pour l’entreposage temporaire des dépouilles s’il est impossible de les inhumer immédiatement en raison de restrictions saisonnières. Un conteneur maritime réfrigéré peut contenir environ 20 personnes décédées placées dans des housses mortuaires, et ce, sans support. Puisque la réfrigération prolonge vraisemblablement la durée de vie du virus sur les surfaces, des mesures de précaution supplémentaires devraient être prises pour assurer la désinfection et l’assainissement complets après l’utilisation et lors de la manipulation des dépouilles. 

L'équipement et les installations utilisées pour le soin et la manipulation d'une personne décédée de la COVID-19 doivent être désinfectés et assainis selon un protocole global uniforme pour nettoyer et assurer l'hygiène du personnel. Une solution diluée d'eau de Javel (hypochlorite de sodium à 0,1 %) ou de l'éthanol à 70 % peut également être utilisé(e) pour désinfecter, car ces solutions devraient réduire de façon importante l'infectiosité du coronavirus sur les surfaces dans la minute suivant son application. Les produits d'entretien ménager réguliers ne suffisent pas à la désinfection des surfaces contaminées par le SRAS-CoV-2 dans le contexte de soins mortuaires. Veuillez consulter les instructions concernant les désinfectants de surfaces dures à utiliser contre le coronavirus (COVID-19) et la Liste des désinfectants pour surfaces dures autorisés par Santé Canada pouvant être utilisés contre le coronavirus (COVID-19). Les Lignes directrices provisoires : Services de soins funéraires et manipulation des dépouilles durant la pandémie de la maladie à coronavirus (COVID-19) contiennent de l'information pertinente concernant la manipulation des dépouilles dans les communautés autochtones dans les régions éloignées. Des conseils sur l'inhumation par les membres de famille ou sur les décès à domicile se trouvent dans la directive provisoire de l'Organisation mondiale de la Santé intitulée Conduite à tenir en matière de lutte anti-infectieuse pour la prise en charge sécurisée du corps d'une personne décédée dans le contexte de la COVID-19, tout en soulignant que l'Agence de la santé publique du Canada recommande une distance de 2 mètres de ceux qui préparent la dépouille, ce qui est supérieur à la recommandation minimale de 1 mètre de l'OMS.

Personnes sans abri

Les sans-abri et les itinérants sont confrontés à un défi unique dans l'éventualité de décès liés à une pandémie. Certains décès attribuables à la COVID-19 toucheront des patients sans-abri hospitalisés alors que d'autres décès seront constatés à l'extérieur d'un milieu hospitalier, soit dans le contexte d'un refuge ou dans la rue, pour ceux qui n'ont pas réussi à accéder aux soins médicaux. Il faut tout mettre en œuvre pour identifier les personnes décédées par l'entremise de communication avec les hôpitaux, les services de police, d'autres services sociaux et de santé et les refuges pour sans-abri. Il faut suivre les procédures locales et régionales et aviser, en priorité, les membres de la famille afin de permettre des enterrements ou des cérémonies qui allégeront l'anxiété et le chagrin des personnes endeuillées. Dans certains cas, les municipalités ou les régions devront planifier en vue d’une hausse des restes humains lorsque le plus proche parent ne peut pas être identifié immédiatement ou qu’aucun demandeur ne peut être localisé. Les administrations peuvent étudier la possibilité de réduire ou d’éliminer les périodes d’attente pour la disposition des dépouilles non identifiées afin d’éviter d’exacerber toute hausse future.

Éléments à prendre en compte concernant les décès dans la communauté 

Même si la plupart des décès liés à la COVID-19 surviennent en milieu hospitalier, les autorités qui manipulent les dépouilles, tels que les ambulanciers paramédicaux, les policiers et les omnipraticiens, doivent avoir accès à l’équipement de protection individuelle (EPI). Cela est particulièrement important s’ils ont raison de soupçonner que la personne décédée correspondait à un cas de la COVID-19. Veuillez consulter les Lignes directrices provisoires : Services de soins funéraires et manipulation des dépouilles durant la pandémie de la maladie à coronavirus (COVID-19) afin d’obtenir de l’information sur l’EPI et les processus de transport et de manipulation des dépouilles. Si les processus en vigueur diffèrent du protocole local normalisé, les travailleurs doivent les connaître pour disposer des dépouilles des personnes décédées soupçonnées d’avoir la COVID-19 ou pour lesquelles la maladie a été confirmée. Dans les communautés éloignées et isolées, les décès peuvent se produire dans la communauté et, dans certains cas, les dépouilles sont conservées dans le domicile familial après le décès. Dans certains cas, les dépouilles seront ensuite déplacées par des membres de la communauté lorsqu’il n’y a pas de services funéraires. Les communautés devraient se référer au document Lignes directrices provisoires : Services de soins funéraires et manipulation des dépouilles durant la pandémie de la maladie à coronavirus (COVID-19) afin d’obtenir de l’information sur l’EPI et les processus de transport et manipulation des dépouilles. Des conseils sur l’enterrement par les membres de la famille ou pour les décès à domicile se trouvent dans la directive provisoire de l’Organisation mondiale de la Santé intitulée Conduite à tenir en matière de lutte anti-infectieuse pour la prise en charge sécurisée du corps d’une personne décédée dans le contexte de la COVID-19.

Considérations psychosociales

Soutien pour apaiser le deuil et la douleur

Même si en général les gens trouvent leurs propres manières de souligner la perte d’un membre de leur famille ou d’un ami, certains pourraient avoir besoin de soutien psychologique pour gérer le deuil, en particulier dans les cas de pertes multiples et de menace de pertes ultérieures, d’absence ou de désorganisation du réseau social de soutien et, s’il s’agit d’un enfant ou d’un adulte vieillissant, lorsque le parent ou la personne qui s’occupe principalement de lui n’est plus disponible. De plus, certains survivants de la COVID-19 peuvent être aux prises avec des problèmes de santé prolongés, des problèmes liés au travail et d’autres problèmes d’ordre social qui provoquent une réaction de deuil.

Les équipes de planification psychosociale devraient collaborer étroitement avec les gens responsables de la planification et de la prestation des services médico-légaux et funéraires afin de mettre en place une réponse intégrée aux besoins des personnes et des familles endeuillées. Une attention particulière doit être accordée aux dispositions possiblement inhabituelles qui pourraient devoir être prises pour contrer un manque de ressources (humaines ou matérielles) et faire face au nombre important de restes humains et à la demande accrue en médecins légistes et en services funéraires et mortuaires qui pourraient être observés pendant les vagues successives de la pandémie de la COVID-19. En raison de cette demande accrue, les personnes dans le deuil pourraient voir leurs souhaits contrariés en ce qui concerne les funérailles et l’enterrement, ce qui pourrait compliquer le processus de deuil. Les équipes psychosociales devraient inclure des personnes responsables du soutien spirituel et religieux, ou travailler en collaboration avec de telles personnes.

Il faut favoriser le recours à la technologie lorsque des arrangements funéraires sont faits ou des rites et des cérémonies liés au deuil sont tenus. Le téléphone, le courriel ou une vidéo sont de bonnes solutions de remplacement à une rencontre en personne, et rendre un compte le recours à l’utilisation d’une signature électronique pour signer la paperasse requise (documentation). La webdiffusion ou d’autres technologies virtuelles peuvent être utilisées au cours des services d’aide au processus de deuil, particulièrement pour ceux qui ne pourraient probablement pas y assister autrement. Les associations de services funéraires aident déjà à éduquer et à faciliter ces options.

Des événements publics (commémorations, cérémonies commémoratives publiques) peuvent donner l’occasion aux citoyens de faire leur deuil collectivement; ces événements reconnaissent les répercussions individuelles et collectives, et les conséquences sociales de la pandémie. De tels événements peuvent améliorer le processus de guérison psychosociale pour les individus, les organisations et les communautés et devraient être pris en compte lorsque la pandémie sera sous contrôle et les rassemblements de masse ne seront plus une activité à risque élevé. Pour les familles endeuillées et leur santé mentale, il est important sur le plan psychosocial de dire au revoir une dernière fois dans un milieu sûr non médical.

Étant donné la possibilité d’une hausse du nombre de décès ou de pertes de masse découlant de la COVID-19, le personnel des services funéraires et les autres personnes qui manipulent les dépouilles présentent un risque accru de difficultés au chapitre de la santé mentale, comme un état de stress post-traumatique. De l’aide psychologique devrait être prise en compte pour ces secteurs.

Références

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