Page 2 : InfoVigilance sur les produits de santé - février 2017

Nouveaux renseignements sur l'innocuité des produits de santé

Les sujets suivants ont été sélectionnés dans le but d'accroître la sensibilisation et, dans certains cas, encourager la déclaration d'effets indésirables similaires.

Article de synthèse

Endoprothèses colorectales et bévacizumab : risque accru de perforation intestinale

Points clés

  • Des publications scientifiques récentes ont décrit un risque accru de perforation intestinale chez les patients porteurs d'une endoprothèse colorectale qui reçoivent une chimiothérapie à base de bévacizumab pour le traitement du cancer colorectal.
  • L'utilisation concomitante de bévacizumab et d'une endoprothèse colorectale devrait être envisagée avec prudence.
  • Les professionnels de la santé sont encouragés à déclarer à Santé Canada tout cas de perforation soupçonnée d'être associée à l'utilisation d'une endoprothèse colorectale et/ou du bévacizumab et à fournir des renseignements détaillés dans la description des cas.

Le cancer colorectal (CCR) est l'un des cancers les plus fréquents dans le monde, et il constitue un problème de santé majeurNote de bas de page 1. Au Canada, le CCR représentait environ 13 % des nouveaux cas de cancer en 2012Note de bas de page 2. L'obstruction colorectale aiguë d'origine maligne est une complication d'un CCR primitif ou métastatique qui peut survenir chez 7 % à 29 % des patientsNote de bas de page 1,Note de bas de page 2,Note de bas de page 3,Note de bas de page 4. La prise en charge optimale de ce problème clinique grave demeure difficile.

Les endoprothèses colorectales sont une famille d'endoprothèses métalliques auto-expansives (EMAE) qui sont implantées pour maintenir la perméabilité colorectale en présence d'une obstruction colorectale. Les endoprothèses sont employées comme alternative à la chirurgie chez les patients atteints d'un cancer à un stade avancé dans le contexte de soins palliatifsNote de bas de page 2. Elles sont aussi utilisées dans l'attente d'une chirurgie pour la prise en charge d'une obstruction résécableNote de bas de page 2,Note de bas de page 4.

L'une des plus importantes complications de la pose d'une endoprothèse est la perforation intestinaleNote de bas de page 4. On a signalé dans la littérature que la perforation surviendrait chez 3,8 % à 6,9 % des patients subissant la pose d'une endoprothèse colorectale, elle exigerait une intervention chirurgicale dans 73 % des cas, et elle entraînerait le décès dans 16,3 % des casNote de bas de page 5.

Le bévacizumab est un anticorps monoclonal humanisé recombinant qui se lie sélectivement au facteur de croissance de l'endothélium vasculaire humain et en neutralise l'activité biologiqueNote de bas de page 6. Au Canada, le bévacizumab est indiqué en association avec une chimiothérapie à base de fluoropyrimidine dans le traitement de première intention des patients atteints d'un CCR métastatique, entre autres indications. On a signalé que l'ajout du bévacizumab à la chimiothérapie standard à base de fluoropyrimidine permettrait d'améliorer la survie des patients atteints d'un CCR métastatique; toutefois, ce médicament a aussi été associé à un risque de perforation intestinaleNote de bas de page 2,Note de bas de page 7. Des perforations intestinales ont été signalées chez jusqu'à 2,7 % des patients atteints de CCR métastatique traités par le bévacizumabNote de bas de page 6.

La perforation est un risque connu associé tant aux endoprothèses colorectales qu'au bévacizumab. Récemment, Santé Canada a identifié plusieurs publications, dont une méta-analyse et une série de cas rétrospective, qui révèlent l'existence d'un risque accru de perforation chez les patients faisant l'utilisation concomitante d'une endoprothèse et d'une chimiothérapie à base de bévacizumab, comparativement à des patients traités au moyen d'une chimiothérapie sans bévacizumab pour le traitement du CCRNote de bas de page 2,Note de bas de page 5,Note de bas de page 8,Note de bas de page 9. D'après les résultats de la méta-analyse portant sur 4 086 patients qui se sont fait poser une endoprothèse colorectale, le taux de perforation chez les patients qui recevaient une chimiothérapie à base de bévacizumab était de 12,5 %, alors qu'il était de 7,0 % chez ceux qui recevaient une chimiothérapie sans bévacizumabNote de bas de page 5. Une série de cas rétrospective récente menée au Canada a révélé la présence d'une perforation chez 2 des 10 patients (20 %) porteurs d'une endoprothèse qui étaient traités par une chimiothérapie à base de bévacizumabNote de bas de page 2. Ces deux patients présentaient aussi une atteinte péritonéale, et il est difficile de déterminer si ceci avait pu augmenter le risque de perforation. Dans le cas des patients porteurs d'une endoprothèse qui avaient reçu une chimiothérapie sans bévacizumab, une perforation a été signalée chez 3 des 47 patients (6 %).

Le mécanisme proposé pour expliquer le risque accru de perforation intestinale associée au traitement concomitant est que l'effet anti-angiogénique du bévacizumab pourrait affaiblir la paroi de l'intestin et prédisposer ce dernier à une perforation due à la pression exercée par l'EMAENote de bas de page 9. Compte tenu de ce risque, plusieurs publications dans la littérature médicale, y compris le guide de pratique clinique sur les EMAE de la Société Européenne d'Endoscopie Gastro-intestinale, ont indiqué que l'utilisation concomitante de bévacizumab et d'une EMAE devrait être envisagée avec prudence et évitée si possibleNote de bas de page 1,Note de bas de page 2,Note de bas de page 4,Note de bas de page 5Note de bas de page 10. En raison d'un mécanisme thérapeutique semblable, d'autres agents anti-angiogéniques plus récents pourraient aussi présenter un risque accru de perforation s'ils sont prescrits à des patients porteurs d'une endoprothèse colorectaleNote de bas de page 1,Note de bas de page 4,Note de bas de page 10. Toutefois, les données actuelles à l'appui de cette hypothèse sont insuffisantes.

Au moment de son évaluation, Santé Canada avait reçu 6 cas de perforation liée à l'utilisation d'une endoprothèse et 83 cas de perforation liée à l'utilisation du bévacizumab. Parmi ces 83 cas, 3 cas ont signalé l'utilisation de bévacizumab et d'une endoprothèse. Deux des 3 cas ont été décrits dans la littératureNote de bas de page 2. Dans le troisième cas, la perforation s'est produite au niveau de l'endoprothèse, mais, comme aucun renseignement précis n'était fourni concernant le moment où l'endoprothèse avait été implantée et la période où le bévacizumab avait été administré, il a été impossible de déterminer si l'endoprothèse avait contribué à la perforation. Aucun des autres cas signalés avec le bévacizumab ou les endoprothèses n'ont fourni des renseignements concernant l'utilisation concomitante des 2 produits de santé.

Il est difficile de quantifier le risque accru de perforation pour le moment, les données probantes étant insuffisantes en raison des limites et des facteurs de confusion dans les études publiées. L'utilisation concomitante de bévacizumab et d'une EMAE devrait être envisagée avec prudence afin de réduire le risque potentiel de perforation associée à l'utilisation de ces produitsNote de bas de page 1,Note de bas de page 2,Note de bas de page 4,Note de bas de page 5Note de bas de page 10.

Les professionnels de la santé sont encouragés à déclarer à Santé Canada tout cas de perforation soupçonnée d'être associée à l'utilisation d'une EMAE et/ou du bévacizumab en donnant des renseignements détaillés pour permettre une évaluation plus approfondie de ce problème d'innocuité potentiel (consulter « Le saviez-vous? »).

Le saviez-vous?

Éléments à inclure dans votre déclaration d'effet indésirable ou d'incident soumise à Santé Canada au sujet de la perforation intestinale suite à l'utilisation d'une EMAE et/ou du bévacizumab

Il est important d'inclure le plus d'éléments possible de la liste suivante :

  • Caractéristiques du patient (âge, sexe, taille et poids)
  • Nom du produit de santé soupçonné ou des produits de santé, si des thérapies concomitantes sont utilisées (y compris le nom de marque de l'instrument, le modèle et le numéro de l'homologation pour les instruments médicaux tels que les endoprothèses)
  • Description de l'effet indésirable ou de l'incident
  • Information posologique et indication du/des produit(s) de santé soupçonné(s)
  • Dates du traitement : début et fin de l'utilisation du/des produit(s) de santé soupçonné(s)
  • Changements apportés au traitement par le(s) produit(s) de santé soupçonné(s) et répercussions sur le patient (p. ex., effet au retrait du médicament et à la reprise du médicament)
  • Traitement de l'effet indésirable ou de l'incident (y compris la date de l'apparition de l'effet indésirable ou de l'incident et la date de sa résolution, s'il y a lieu)
  • Examens cliniques effectués pour exclure d'autres causes de l'effet indésirable ou l'incident
  • Antécédents pertinents et conditions préexistantes
  • Résultats pertinents des tests ou des analyses de laboratoire
  • Autres produits de santé consommés (y compris les médicaments en vente libre et les produits de santé naturels), avec les dates du traitement et l'information posologique
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